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Archive for the ‘Histoires de vie’ Category

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clavier-pixabay
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Les défis d’Estelle prennent leur temps pour arriver jusqu’à réalisation complète, le dernier jour de juin annonce l’arrivée du panier de juillet, garni de belles surprises pour peu que le temps y soit. C’est en allant soulever quelques feuilles que l’atelier s’est découvert à moi ici. J’ai actionné la petite clef pour entrer. Le croisillon (#) s’est décalé pour que le huit (∞) se lève (8) et vienne à ma rencontre.
Cela faisait plusieurs mois déjà que le temps passait. Alors, imaginez bien que le temps qu’il avait fait en juin le trois soit le temps de tous le mois prenait à ce jour un goût de temps à dépasser.
Sait-on jamais ce qui est à l’œuvre sous la surface du temps ?
Je l’avais vu nimbé de lumière, éblouissant et merveilleusement heureux.
Et puis il y eut un choc. Un impact sur le tissage de ses jours en joie.
La mesure de l’ampleur de la commotion ne viendrait que bien plus tard, et je savais que seul, le temps serait plus long à réparer la meurtrissure, alors je l’ai accompagné, légère, dans le couple le plus improbable qui soit. Rires et larmes s’emmêlaient à nouer leurs brins, et ils accumulaient tant de fils de couleurs si différentes que l’ouvrage en était devenu invraisemblable. Tous les temps y étaient réunis, pèle-mêle, mais le temps n’y était plus. Je ne savais pas encore qu’un temps mort gagnait de sa disparition l’éternelle lutte à vivre, mais je sentais bien qu’il était là, puissant par son absence, à remplir les jours du temps qui passe aussi sûrement que le présent lui-même.
Curieux temps qui ne veut pas laisser sa possession vivante reprendre le cours d’un nouveau fil de temps.
Alors la peine pesant sur l’âme de la feuille de trop, j’ai décidé qu’elle gagnerait à écrire combien parfois ces petites phrases anodines peuvent influer le cours du temps sans laisser la place à la création d’un temps neuf qui pourrait changer la face de la surface du temps.
Le temps de juin le trois ne sera que ce temps d’un jour, et juin pourra accueillir le temps des autres jours sans l’assimiler à ce temps du trois, en se dégageant de l’anodine suggestion de l’uniformité du temps de juin qui serait censé se calquer au temps du fameux trois.
Que de temps répété, à se répéter !
Qu’il se répète de joie, ce sera fameusement préférable.
C’est ainsi que j’en appelle au neuf pour venir à la suite du huit et réinventer le tandem de l’improbable. Heureux passage en juillet Monsieur l’intemporel, et revenez vite à votre meilleur fil, celui de la délicate attention à créer de la joie.
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Amour er rêve toile-boho-attrape-reve-dream-love

Il y a ceux qui en parlent, il y a ceux qui l’expérimentent.

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Toujours en hommage à Pierre Desproges, né le 9 mai 1939, mort le 18 avril 1988, à l’âge de 49 ans.
C’est chez Valentyne que chacun ici peut s’y essayer.
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Testons l’hibernation printanière de la quiche au poireaux
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Vous connaissez tous ici le principe des mathématiques statistiques appliquées.
En voici un exemple.
Quelque part, dans le monde, toutes les trois minutes une quiche aux poireaux meurt. Mais précise-t-on jamais combien il en naît ?
Avec l’accord du participe passé, nous avons fait une enquête menée par l’institut Français d’opinion publique.
Le complément d’objet direct est placé avant, ou après le verbe, et en fonction, Sophie cassera l’assiette.
Premier cas COD devant : L’assiette que Sophie a cassée était ancienne.
Seconde situation COD derrière : Cette assiette, Sophie l’a cassée hier.
Il suffit alors de remplacer l’assiette par la quiche aux poireaux et Sophie par Sosso.
Nous nous trouvons alors devant les deux affirmations suivantes :
La quiche aux poireaux que Sosso a cassée était ancienne.
Cette quiche aux poireaux, Sosso l’a cassée hier.
Ce qui fait en tout deux quiches, donc six minutes.
En 2017, les chiffres indiquent la naissance de 767000 tartes en France.
Imaginons qu’il y ait 50% de quiches nées, et que de ces 50% nous retenons 50% de quiches aux poireaux.
Cela fait en divisant 767000 par deux, 383500, puis encore divisé par deux 191750 quiches aux poireaux.
Dans une année, il y a 525600 minutes.
Il naît donc une quiche aux poireaux toutes les 2,74 minutes : 525600 divisé par 191750.
Raisonnons bien. Il naît plus de quiches aux poireaux qu’il n’en meurt !
Considérons que dans une année, il y a trois mois d’hibernation.
Soit 191750 divisé par 4 ce qui est égal à 47937,5.
Toujours autant que Sosso n’aura pas l’occasion de casser.
Autant dire que l’hibernation aura permis de sauver un nombre de quiches au poireaux égal au résultat de la petite opération que je vous propose de résoudre dans l’exercice suivant.
Sachant qu’une quiche aux poireaux meurt toutes les trois minutes dans le monde, combien de quiches aux poireaux Françaises nées dans l’année seront sauvées par une hibernation dont la durée est de trois mois ?
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Etonnant, non ?
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Je ne suis pas sûre…
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Desproges 2
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Music background with treble clef and hummingbirds for design

Clef de sol et colibris

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L’émail du filet est doré,
Comme un sentiment ouvragé,
Son émotion peut se fixer,
Et prendre racine au carré.

Elle se tricote au point de joie,
Comme si du jour en forme de la,
De lavabo en robinet,
Elle arrose tous les jardinets.

C’est chaque fois un peu différent,
Sans même une seule guerre et pourtant,
Le carré bleu de sa racine,
N’attend plus rien qu’il n’imagine.

Cette clef vit d’elle tout simplement,
Mais se garde bien dans le temps,
Car même quand l’attente est trop longue,
Elle ne défaille ni ne tombe.

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clef de sol bonnes vacances

 

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Il n’y a pas de Gabonais au numéro que vous avez demandé. Parlez après le signal sonore. Bip – Bip – Bip – Bi – Bop – Be – Bop – A – Lula.
C’est toujours comme ça, quand tu as besoin de ta meilleure copine parce-que tu sens que tu couves une grosse pintade, et que la pintade, c’est toi, bin croyez-le ou pas, ça fait râler de chez craquer.
Bon, dans ces cas là, il me reste encore une sortie de secours. Aller me payer un gloubi-boulga chez Casimir, ça tombe plutôt bien, il y a quatre jeudis cette semaine, voyons, voyons, jeudi ou jeudi ?
Plutôt jeudi au final. Quoique, jeudi, c’est pas mal non plus. Bref, je ferme les yeux, je lance mon doigt à l’aveuglette sur les jeudis de la semaine, et là… Surprise, je tombe sur jeudi. Ça tombe plutôt bien encore une fois, puisqu’on est jeudi. Ouf ! J’ai bien cru ne jamais m’en sortir.

Donc, c’est décidé, je file au carnet bleu, chez Casimir et Susy, sa copine la nymphomane, avec mon tricycle. On l’appelle comme ça parce-qu’elle est capable d’engloutir dix gloubi-boulgas d’affilées et d’avoir encore faim. Bon, tu me diras, avec Casimir, ils forment un super beau couple. Lui, il a la ligne arrondie devant, elle c’est derrière, ce qui fait qu’ils s’emboîtent si parfaitement bien qu’à eux deux ils posent pour les magazines Tao. Tiens, je vous envoie un portrait.
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Pingouin de la banquise

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Allo les studios, ce n’est pas tao cette photo, mais qu’est-ce qu’y fout… à la télé, tu veux pas qu’ça rende rogneugneu ! Rhhhôôô !
Bref, je continue.
Ils me surnomment le
dragon. Oh, c’est toute une histoire. C’était le jour où je leur avait commandé un smoothies barbe bleue. En fait, le bouchon doseur est tombé avec le curaçao, et la coupe était pleine. Je reconnais que je m’étais bâfrée, c’est pas tous les jours que t’es servi copieux dans un établissement pareil. J’avais juste pas prévu que mon estomac se retourne, dans un hoquet général, sur glace pilée, je vous dis pas, ça fait du désordre, comme une grosse gerbe. Alors ils m’ont raconté qu’à me voir déposer un renard triple boyaux sur le parquet fraîchement lavé, ils ont cru voir un dragon cracheur de feu bleu. Paraît qu’en Chine, y sont sacré, et protégés. Depuis, on en rigole encore quand on se voit.
J’adore les regarder travailler en cuisine. Ils sont inséparables, imparables, impeccables, imperméables, improbables, cherchez l’intrus, et tellement heureux d’être ensemble. Oh, ça ne se voit pas du premier coup d’œil, c’est fin, juste assez pour l’intuiter, à peine pour le voir pour qui ne les côtoient pas. Ils ont une grâce infinie à se savoir, à se sentir là, ensemble c’est tout, à se vivre. Ils dégagent une aura de fraise tagada, tagada, tagada, tagada tsoin tsoin, tagada, tagada, tagada tsoin tsoin, enfin, ils sentent bon, ils sentent le bonbon.
Deuxième acte, la scène se déroule devant la carte, le choix s’avère cornélien, mais ce n’est pas la première fois, comme on dit, les goûts et les couleurs…
Bref, les couleurs qui se faisaient plus vives, même si c’était le mois dernier, continuaient à se densifier, s’y fier, danser, dans ses fieffées cartes, les mélanges s’intensifiaient. Au point que même Casimir en eut des suées. Trop de couleur tue la couleur, divise-moi tout ça par une racine carrée !
Hippolyte son meilleur ami arriva juste à temps pour l’arrêter.
– Stop, fais gaffe mon vieux, choisis bien ton chiffre. Diviser de la racine au carré, c’est comme faire de la compote de pommes, si tu ne mets pas un peu de sucre, y’a comme un pépin.
– Ah ! Quel est le chiffre préféré des Français alors ?
– C’est le 28, parce que dans le 28, il y a 2 et il y a 8.
– Allons pour la
racine carrée de 28, je ne suis pas contrariant pour la futilité populaire. D’ailleurs, la popularité n’est pas mon fort. Il me semble que la maison a opté plutôt pour la qualité dégustative que pour le chiffre d’affaire. Mais quitte à marier les deux, je préfère que la clientèle sorte satisfaite plutôt que la bourse à plat. Je ne ferai pas un cour complet d’algèbre, ni un tour complet du cadran solaire, pour dire que la saveur ne se compte pas, bien au contraire, la saveur compte, c’est ce qui fait son goût de reviens-y.
Revenons-en à nos couleurs. Dans une comédie en trois actes, il y a comédie, et il y a …
Quatrième de couverture, passage à l’acte.
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– Je prendrai la coupe
paléobotanique s’il vous plaît.
Casimir se retourne et me toise de haut en bas.
Pour s’écrier de son bon ton le plus orange qui soit.
– Qu’est-ce que c’est que ce vous !?
Oh la la, je sentais déjà le clafouillis arriver, j’ai piqué un far, puis le nez dans un gloubi-boulga imaginaire pour tenter de sauver la façade. Peine perdue, et c’est rouge comme une pivoine que je bégeya lâmentablement dans la semaine des quatre jeudis.
Si vous voulez le numéro de mon répondeur, composez le gabonais absent et faites l’étoile.
Je vous remercie de votre attention dans le cadre de cette comédie en racine carrée de 28 actes, à partir de ce tombé de rideau, la scène sera jouée en cryptée.
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Une sonorité, un rythme, une idée, et voici une réécriture approximative de la chanson de Serge Gainsbourg qui a été son premier succès en 1958, adaptée pour l’agenda ironique de mai, « en attendant le prochain pont ».
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J’suis l’pointilleur des émois,
Celui qui trace la direction des joies,
J’écoute le chant des cœurs,
C’est mon bonheur,
J’pointille et trace sous carapace,
Toute la cruauté qui nous glace.
Une fois pointillée la chose,
Je la renverse comme un pot aux roses,
ça fait un pont d’aurore,
Dans le décors,
Et la tristesse devient la joie,
Et la vie devient nirvana.
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J’fais des ponts, des p’tits ponts, encore des p’tits ponts,
Des p’tits ponts, des p’tits ponts, toujours des p’tits ponts,
Des ponts sous la glace,
Des ponts dans l’espace.
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J’suis l’pointilleur des ponts rois,
Celui qui trace ma direction vers toi,
J’embrasse toute la lumière,
J’en suis bien fier,
J’pointille les lois qui font de toi,
L’île qui n’attendait plus que moi.
J’y fais pousser du bonheur,
Je prends mon temps car jamais je n’ai peur,
J’arrive, et je renverse,
Tout ce qui reste,
Et qui n’est pas tourné vers lui,
Ce monde où je construis ma vie.
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Quand j’pointille, j’fais des ponts, des ponts solitaires,
Tous ces ponts, ces p’tits ponts, parfois je m’y perds,
Je perds mes repères,
Et je désespère,
Sur les ponts, les p’tits ponts, je m’assois par terre,
Pour les ponts, pas question, d’une mise en bière,
De mes idéaux les plus chers.
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A pointiller de la joie,
Qui sait si les ponts riront bien de moi,
Je m’fous de ces ornières,
Qui trop austères,
Finiront par noyer le cœur,
De ceux qui auront bien trop peur.
Qu’est-ce qui nous rendra heureux,
Est-ce d’essayer ou bien d’être peureux,
Nos choix, nous appartiennent,
Mais si la haine,
Prend le dessus moi je me casse,
Et laisse le pont à sa place.
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J’fais des ponts, des p’tits ponts, encore des p’tits ponts,
Des p’tits ponts, des p’tits ponts, toujours des p’tits ponts,
Des ponts d’chemin d’faire,
Des ponts luminaires.
J’fais des ponts, des p’tits ponts, encore des p’tits ponts,
Quand j’pointille, j’fais des ponts, toujours des p’tits ponts,
Des ponts solidaires,
Des ponts sans manières,
Et dans l’fond, dans le trou, j’y trouv’rai un pont,
Un pont sous la terre,
Un pont d’mise en bière.

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Le thème de la semaine aux impromptus littéraires nous propose d’écrire soit le premier chapitre, soit le dernier d’un ouvrage dont le titre est au choix parmi ceux cités ci-dessous.


La pluie, incertaine
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L’oblique des sentiments.
L’étrange aventure du nain Sielbermann.
Une aube au coin des doutes.
Les catastrophes sereines.
A ne plus pouvoir te dire.
Ton nom dans ma main.
Un soir, allongés.
Une camisole de farce.
La raideur des oublis.

Je me suis employée à utiliser tous les titres dans le début de l’histoire pour n’en garder qu’un seul ensuite.

Ce n’est pas le poète qui fait l’homme, mais c’est l’homme qui fait le poète.

La pluie, incertaine, déposait ses perles d’eau aux cils effrangés du bouleau, laissant pleurer goutte à goutte les chatons soyeux suspendus aux feuilles dentelées. C’était le début du jour, l’œil collé à la vitre de la cuisine, j’écoutais le refrain de la cafetière qui entonnait vigoureusement ses râles glougloutants, et plongé dans l’oblique des sentiments, mon esprit divaguait de raideurs d’oublis en songes flexibles du souvenir, à ne plus pouvoir te dire combien d’heures à parcourir, de catastrophes sereines cet amour traversera encore pour voir le chant des abeilles retourner les ruches en jachère. C’était une aube au coin des doutes, une de ces aurores sauvage où vient ruer l’imaginaire, renversant d’une cabrade la camisole de farce du passé. Le café était prêt, j’ai versé le breuvage aromatique dans la jolie tasse en porcelaine chinoise décorée d’ombres bleu nuit, comme les nuages d’un soir, allongés sur fond d’azur, et j’en ai dégusté toute la saveur en fermant les yeux. Lorsque je les ai rouverts, j’avais ton nom dans ma main, et ma main contenait toute la douceur de vivre, la pluie pouvait être incertaine, j’avais la certitude d’une chose. L’apparence n’est crue que pour celui qui ne vient pas à la rencontre. Alors, j’ai repensé à l’étrange aventure du nain Sielbermann, une histoire vraie qui avait bercé mon enfance, puisqu’il était mon voisin et me la racontait souvent, et je l’ai réécrite.

L’étrange aventure du nain Sielbermann

Sielbermann avait grandi dans une famille aimante, raison pour laquelle il avait refusé de grandir, ne souhaitant pas quitter le nid. Ses parents tentèrent mille stratégies pour tenter de l’en dissuader, rien n’y fit. Le temps passait, et malgré sa petite taille, Sielbermann était capable de très grandes choses, comme grimper au sommet d’un arbre pour aller décrocher le chat quand il se prenait pour un oiseau, ou encore fabriquer des cabanes dans les bois pour que les marcheurs perdus puissent se reposer. De temps en temps, quand l’envie le prenait, il allait à l’école du village équipé d’un cartable et de cahiers à carreaux seyes, détail qui prend toute son importance quand on sait qu’il écrivait gros. Le jeudi était son jour préféré, un professeur de la ville venait donner des cours de poésie, pour laquelle il se prit de passion.
Il remplissait des pages et des pages de rimes, cherchant cet ajustement parfait, comme une clef qui ouvrirait sur l’espace intérieur, tout en lançant des ponts vers les autres. Ses camarades de classe se moquaient de sa petite taille, le chahutant parfois, jusqu’au jour où l’un d’eux pour le taquiner lui prit un de ses cahiers et l’ouvrit. Croyant y trouver les cours de mathématique du jour, il fut bien surpris de lire des vers, des poèmes, des notes en tout genre. Comme il les trouvait jolis, il demanda à Sielbermann qui pouvait bien écrire tout ça, bien qu’il ait reconnu l’écriture, il pensait que le nain avait peut-être recopié des bribes dans un livre. Sa réponse le surprit un peu :
– c’est moi, et ce n’est pas moi, lui dit-il. C’est moi qui ressens ce quelque chose qui me pousse à écrire, et ensuite c’est comme si ma plume elle-même se chargeait de l’écrire seule. Parfois elle s’absente, alors je n’écris plus rien. Parfois mon esprit s’embrouille, ou flotte, ou encore, est sous l’emprise d’émotions envahissantes, alors j’attends que des deux côtés tout le monde soit prêt, et quand je sens que c’est là, je m’assois à mon bureau et je laisse la plume gratter le papier et suivre mes idées. J’ai presque envie de dire que ce sont plusieurs « moi » qui m’habitent, des « moi » dans tous leurs états, dans tous leurs états d’émois. Lorsque la plume épouse leurs contours, j’en perçois mieux leur nature.
– Par exemple, lorsque j’ai voulu savoir pourquoi j’aimais autant les coquelicots, je me suis assis devant l’un de ses représentants et j’ai pensé à ce qui me faisait tant plaisir à le regarder. J’ai observé la finesse des pétales, les nuances de couleur, la force de vie qui s’en dégage.
Et je lui ai dit

Le temps dissémine tes graines,
Puisque le talus tu entraînes,
Dans l’escalade de ta couleur,
C’est un vrai tapis de bonheur,
Qui jaillit en plein moi de mai,
De ton rouge rare de densité.
Aussi fragiles soient tes pétales,
Ils ont cette force colossale,
De teinter la bordure des champs,
Du pourpre qui colore mes traits,
Pour peu que l’émoi l’y transporte.
Si parfois la gène l’emporte,
La joie oserait s’y frotter,
La liesse dit oui tranquillement.

A la suite de cet épisode, Sielbermann décida que ses poèmes seraient disséminés comme des graines de coquelicot. Il rentra donc chez lui, annonça son départ à ses parents, qui, heureux de le voir prendre son envol, l’encouragèrent dans sa démarche.
Le premier éditeur qui le reçut à la capitale fut très enthousiaste, il organisa des interviews puis l’invita à rencontrer d’autres auteurs, à participer à des salons, des festivals. Tout ceci était fort agréable, il voyageait, passait des soirées dans les milieux en vogue, jusqu’au jour où il se rendit compte qu’il n’avait plus rien écrit depuis bientôt deux ans. Toute cette vie en société, toute cette agitation, ne lui permettaient plus de prendre le temps de goûter, de sentir, de réfléchir, et il se rendit compte que le calme d’un environnement paisible et affectueux lui manquait.
Lorsqu’il annonça à son éditeur sa décision de rentrer chez lui, ce dernier ne le prit tout d’abord pas très au sérieux. Le chiffre des ventes allait en souffrir. Puis, quand il comprit que le choix était irrévocable, il tenta toutes les manœuvres possibles pour l’en dissuader, mais sans succès. Le nain avait compris que toute l’agitation superficielle de la popularité ne remplacerait jamais la tranquille lenteur des instants simples, solitaires ou partagés, entouré de l’affection des personnes aimées. Aller à la rencontre demande du temps, et lui, il en voulait, il en avait, et ne s’en privait plus.
Depuis, sa poésie continue à fleurir les rayons de ventes à succès, il avait recouvert son talus de coquelicots, et pouvait regarder fleurir le tapis rouge sans plus aucune gène, pour lui, c’était ça, le bonheur. Il aimait prendre son temps, sans tapage, sans éparpillement. Et le bien être qu’il en retirait le confortait dans son choix.
Il n’est nullement nécessaire de vivre dans la promiscuité pour qu’une réelle amitié se construise. Juste dans des partages authentiques, échanger la chaleur humaine, savoir que l’absence n’est pas vide, cela suffit à éclairer les cœurs.

 

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Imaginons un point « A » situé dans l’espace. Puis un point « B » situé dans le temps.
Supposons que je sois présente dans « A », pendant que dans « B » tu voyages.
Est-il possible que ces deux points se rencontrent ?
Auquel cas ils formeraient le point « AB » d’intersection à la jonction de l’espace et du temps.
Il ne reste plus qu’à choisir, toi, l’instant, moi, l’endroit, pour ouvrir ce point sur le jardin d’AB.

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