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Archive for the ‘Histoires de vie’ Category

Music background with treble clef and hummingbirds for design

Clef de sol et colibris

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L’émail du filet est doré,
Comme un sentiment ouvragé,
Son émotion peut se fixer,
Et prendre racine au carré.

Elle se tricote au point de joie,
Comme si du jour en forme de la,
De lavabo en robinet,
Elle arrose tous les jardinets.

C’est chaque fois un peu différent,
Sans même une seule guerre et pourtant,
Le carré bleu de sa racine,
N’attend plus rien qu’il n’imagine.

Cette clef vit d’elle tout simplement,
Mais se garde bien dans le temps,
Car même quand l’attente est trop longue,
Elle ne défaille ni ne tombe.

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clef de sol bonnes vacances

 

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Il n’y a pas de Gabonais au numéro que vous avez demandé. Parlez après le signal sonore. Bip – Bip – Bip – Bi – Bop – Be – Bop – A – Lula.
C’est toujours comme ça, quand tu as besoin de ta meilleure copine parce-que tu sens que tu couves une grosse pintade, et que la pintade, c’est toi, bin croyez-le ou pas, ça fait râler de chez craquer.
Bon, dans ces cas là, il me reste encore une sortie de secours. Aller me payer un gloubi-boulga chez Casimir, ça tombe plutôt bien, il y a quatre jeudis cette semaine, voyons, voyons, jeudi ou jeudi ?
Plutôt jeudi au final. Quoique, jeudi, c’est pas mal non plus. Bref, je ferme les yeux, je lance mon doigt à l’aveuglette sur les jeudis de la semaine, et là… Surprise, je tombe sur jeudi. Ça tombe plutôt bien encore une fois, puisqu’on est jeudi. Ouf ! J’ai bien cru ne jamais m’en sortir.

Donc, c’est décidé, je file au carnet bleu, chez Casimir et Susy, sa copine la nymphomane, avec mon tricycle. On l’appelle comme ça parce-qu’elle est capable d’engloutir dix gloubi-boulgas d’affilées et d’avoir encore faim. Bon, tu me diras, avec Casimir, ils forment un super beau couple. Lui, il a la ligne arrondie devant, elle c’est derrière, ce qui fait qu’ils s’emboîtent si parfaitement bien qu’à eux deux ils posent pour les magazines Tao. Tiens, je vous envoie un portrait.
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Pingouin de la banquise

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Allo les studios, ce n’est pas tao cette photo, mais qu’est-ce qu’y fout… à la télé, tu veux pas qu’ça rende rogneugneu ! Rhhhôôô !
Bref, je continue.
Ils me surnomment le
dragon. Oh, c’est toute une histoire. C’était le jour où je leur avait commandé un smoothies barbe bleue. En fait, le bouchon doseur est tombé avec le curaçao, et la coupe était pleine. Je reconnais que je m’étais bâfrée, c’est pas tous les jours que t’es servi copieux dans un établissement pareil. J’avais juste pas prévu que mon estomac se retourne, dans un hoquet général, sur glace pilée, je vous dis pas, ça fait du désordre, comme une grosse gerbe. Alors ils m’ont raconté qu’à me voir déposer un renard triple boyaux sur le parquet fraîchement lavé, ils ont cru voir un dragon cracheur de feu bleu. Paraît qu’en Chine, y sont sacré, et protégés. Depuis, on en rigole encore quand on se voit.
J’adore les regarder travailler en cuisine. Ils sont inséparables, imparables, impeccables, imperméables, improbables, cherchez l’intrus, et tellement heureux d’être ensemble. Oh, ça ne se voit pas du premier coup d’œil, c’est fin, juste assez pour l’intuiter, à peine pour le voir pour qui ne les côtoient pas. Ils ont une grâce infinie à se savoir, à se sentir là, ensemble c’est tout, à se vivre. Ils dégagent une aura de fraise tagada, tagada, tagada, tagada tsoin tsoin, tagada, tagada, tagada tsoin tsoin, enfin, ils sentent bon, ils sentent le bonbon.
Deuxième acte, la scène se déroule devant la carte, le choix s’avère cornélien, mais ce n’est pas la première fois, comme on dit, les goûts et les couleurs…
Bref, les couleurs qui se faisaient plus vives, même si c’était le mois dernier, continuaient à se densifier, s’y fier, danser, dans ses fieffées cartes, les mélanges s’intensifiaient. Au point que même Casimir en eut des suées. Trop de couleur tue la couleur, divise-moi tout ça par une racine carrée !
Hippolyte son meilleur ami arriva juste à temps pour l’arrêter.
– Stop, fais gaffe mon vieux, choisis bien ton chiffre. Diviser de la racine au carré, c’est comme faire de la compote de pommes, si tu ne mets pas un peu de sucre, y’a comme un pépin.
– Ah ! Quel est le chiffre préféré des Français alors ?
– C’est le 28, parce que dans le 28, il y a 2 et il y a 8.
– Allons pour la
racine carrée de 28, je ne suis pas contrariant pour la futilité populaire. D’ailleurs, la popularité n’est pas mon fort. Il me semble que la maison a opté plutôt pour la qualité dégustative que pour le chiffre d’affaire. Mais quitte à marier les deux, je préfère que la clientèle sorte satisfaite plutôt que la bourse à plat. Je ne ferai pas un cour complet d’algèbre, ni un tour complet du cadran solaire, pour dire que la saveur ne se compte pas, bien au contraire, la saveur compte, c’est ce qui fait son goût de reviens-y.
Revenons-en à nos couleurs. Dans une comédie en trois actes, il y a comédie, et il y a …
Quatrième de couverture, passage à l’acte.
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tomate1
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– Je prendrai la coupe
paléobotanique s’il vous plaît.
Casimir se retourne et me toise de haut en bas.
Pour s’écrier de son bon ton le plus orange qui soit.
– Qu’est-ce que c’est que ce vous !?
Oh la la, je sentais déjà le clafouillis arriver, j’ai piqué un far, puis le nez dans un gloubi-boulga imaginaire pour tenter de sauver la façade. Peine perdue, et c’est rouge comme une pivoine que je bégeya lâmentablement dans la semaine des quatre jeudis.
Si vous voulez le numéro de mon répondeur, composez le gabonais absent et faites l’étoile.
Je vous remercie de votre attention dans le cadre de cette comédie en racine carrée de 28 actes, à partir de ce tombé de rideau, la scène sera jouée en cryptée.
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Une sonorité, un rythme, une idée, et voici une réécriture approximative de la chanson de Serge Gainsbourg qui a été son premier succès en 1958, adaptée pour l’agenda ironique de mai, « en attendant le prochain pont ».
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J’suis l’pointilleur des émois,
Celui qui trace la direction des joies,
J’écoute le chant des cœurs,
C’est mon bonheur,
J’pointille et trace sous carapace,
Toute la cruauté qui nous glace.
Une fois pointillée la chose,
Je la renverse comme un pot aux roses,
ça fait un pont d’aurore,
Dans le décors,
Et la tristesse devient la joie,
Et la vie devient nirvana.
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J’fais des ponts, des p’tits ponts, encore des p’tits ponts,
Des p’tits ponts, des p’tits ponts, toujours des p’tits ponts,
Des ponts sous la glace,
Des ponts dans l’espace.
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J’suis l’pointilleur des ponts rois,
Celui qui trace ma direction vers toi,
J’embrasse toute la lumière,
J’en suis bien fier,
J’pointille les lois qui font de toi,
L’île qui n’attendait plus que moi.
J’y fais pousser du bonheur,
Je prends mon temps car jamais je n’ai peur,
J’arrive, et je renverse,
Tout ce qui reste,
Et qui n’est pas tourné vers lui,
Ce monde où je construis ma vie.
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Quand j’pointille, j’fais des ponts, des ponts solitaires,
Tous ces ponts, ces p’tits ponts, parfois je m’y perds,
Je perds mes repères,
Et je désespère,
Sur les ponts, les p’tits ponts, je m’assois par terre,
Pour les ponts, pas question, d’une mise en bière,
De mes idéaux les plus chers.
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A pointiller de la joie,
Qui sait si les ponts riront bien de moi,
Je m’fous de ces ornières,
Qui trop austères,
Finiront par noyer le cœur,
De ceux qui auront bien trop peur.
Qu’est-ce qui nous rendra heureux,
Est-ce d’essayer ou bien d’être peureux,
Nos choix, nous appartiennent,
Mais si la haine,
Prend le dessus moi je me casse,
Et laisse le pont à sa place.
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J’fais des ponts, des p’tits ponts, encore des p’tits ponts,
Des p’tits ponts, des p’tits ponts, toujours des p’tits ponts,
Des ponts d’chemin d’faire,
Des ponts luminaires.
J’fais des ponts, des p’tits ponts, encore des p’tits ponts,
Quand j’pointille, j’fais des ponts, toujours des p’tits ponts,
Des ponts solidaires,
Des ponts sans manières,
Et dans l’fond, dans le trou, j’y trouv’rai un pont,
Un pont sous la terre,
Un pont d’mise en bière.

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Le thème de la semaine aux impromptus littéraires nous propose d’écrire soit le premier chapitre, soit le dernier d’un ouvrage dont le titre est au choix parmi ceux cités ci-dessous.


La pluie, incertaine
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L’oblique des sentiments.
L’étrange aventure du nain Sielbermann.
Une aube au coin des doutes.
Les catastrophes sereines.
A ne plus pouvoir te dire.
Ton nom dans ma main.
Un soir, allongés.
Une camisole de farce.
La raideur des oublis.

Je me suis employée à utiliser tous les titres dans le début de l’histoire pour n’en garder qu’un seul ensuite.

Ce n’est pas le poète qui fait l’homme, mais c’est l’homme qui fait le poète.

La pluie, incertaine, déposait ses perles d’eau aux cils effrangés du bouleau, laissant pleurer goutte à goutte les chatons soyeux suspendus aux feuilles dentelées. C’était le début du jour, l’œil collé à la vitre de la cuisine, j’écoutais le refrain de la cafetière qui entonnait vigoureusement ses râles glougloutants, et plongé dans l’oblique des sentiments, mon esprit divaguait de raideurs d’oublis en songes flexibles du souvenir, à ne plus pouvoir te dire combien d’heures à parcourir, de catastrophes sereines cet amour traversera encore pour voir le chant des abeilles retourner les ruches en jachère. C’était une aube au coin des doutes, une de ces aurores sauvage où vient ruer l’imaginaire, renversant d’une cabrade la camisole de farce du passé. Le café était prêt, j’ai versé le breuvage aromatique dans la jolie tasse en porcelaine chinoise décorée d’ombres bleu nuit, comme les nuages d’un soir, allongés sur fond d’azur, et j’en ai dégusté toute la saveur en fermant les yeux. Lorsque je les ai rouverts, j’avais ton nom dans ma main, et ma main contenait toute la douceur de vivre, la pluie pouvait être incertaine, j’avais la certitude d’une chose. L’apparence n’est crue que pour celui qui ne vient pas à la rencontre. Alors, j’ai repensé à l’étrange aventure du nain Sielbermann, une histoire vraie qui avait bercé mon enfance, puisqu’il était mon voisin et me la racontait souvent, et je l’ai réécrite.

L’étrange aventure du nain Sielbermann

Sielbermann avait grandi dans une famille aimante, raison pour laquelle il avait refusé de grandir, ne souhaitant pas quitter le nid. Ses parents tentèrent mille stratégies pour tenter de l’en dissuader, rien n’y fit. Le temps passait, et malgré sa petite taille, Sielbermann était capable de très grandes choses, comme grimper au sommet d’un arbre pour aller décrocher le chat quand il se prenait pour un oiseau, ou encore fabriquer des cabanes dans les bois pour que les marcheurs perdus puissent se reposer. De temps en temps, quand l’envie le prenait, il allait à l’école du village équipé d’un cartable et de cahiers à carreaux seyes, détail qui prend toute son importance quand on sait qu’il écrivait gros. Le jeudi était son jour préféré, un professeur de la ville venait donner des cours de poésie, pour laquelle il se prit de passion.
Il remplissait des pages et des pages de rimes, cherchant cet ajustement parfait, comme une clef qui ouvrirait sur l’espace intérieur, tout en lançant des ponts vers les autres. Ses camarades de classe se moquaient de sa petite taille, le chahutant parfois, jusqu’au jour où l’un d’eux pour le taquiner lui prit un de ses cahiers et l’ouvrit. Croyant y trouver les cours de mathématique du jour, il fut bien surpris de lire des vers, des poèmes, des notes en tout genre. Comme il les trouvait jolis, il demanda à Sielbermann qui pouvait bien écrire tout ça, bien qu’il ait reconnu l’écriture, il pensait que le nain avait peut-être recopié des bribes dans un livre. Sa réponse le surprit un peu :
– c’est moi, et ce n’est pas moi, lui dit-il. C’est moi qui ressens ce quelque chose qui me pousse à écrire, et ensuite c’est comme si ma plume elle-même se chargeait de l’écrire seule. Parfois elle s’absente, alors je n’écris plus rien. Parfois mon esprit s’embrouille, ou flotte, ou encore, est sous l’emprise d’émotions envahissantes, alors j’attends que des deux côtés tout le monde soit prêt, et quand je sens que c’est là, je m’assois à mon bureau et je laisse la plume gratter le papier et suivre mes idées. J’ai presque envie de dire que ce sont plusieurs « moi » qui m’habitent, des « moi » dans tous leurs états, dans tous leurs états d’émois. Lorsque la plume épouse leurs contours, j’en perçois mieux leur nature.
– Par exemple, lorsque j’ai voulu savoir pourquoi j’aimais autant les coquelicots, je me suis assis devant l’un de ses représentants et j’ai pensé à ce qui me faisait tant plaisir à le regarder. J’ai observé la finesse des pétales, les nuances de couleur, la force de vie qui s’en dégage.
Et je lui ai dit

Le temps dissémine tes graines,
Puisque le talus tu entraînes,
Dans l’escalade de ta couleur,
C’est un vrai tapis de bonheur,
Qui jaillit en plein moi de mai,
De ton rouge rare de densité.
Aussi fragiles soient tes pétales,
Ils ont cette force colossale,
De teinter la bordure des champs,
Du pourpre qui colore mes traits,
Pour peu que l’émoi l’y transporte.
Si parfois la gène l’emporte,
La joie oserait s’y frotter,
La liesse dit oui tranquillement.

A la suite de cet épisode, Sielbermann décida que ses poèmes seraient disséminés comme des graines de coquelicot. Il rentra donc chez lui, annonça son départ à ses parents, qui, heureux de le voir prendre son envol, l’encouragèrent dans sa démarche.
Le premier éditeur qui le reçut à la capitale fut très enthousiaste, il organisa des interviews puis l’invita à rencontrer d’autres auteurs, à participer à des salons, des festivals. Tout ceci était fort agréable, il voyageait, passait des soirées dans les milieux en vogue, jusqu’au jour où il se rendit compte qu’il n’avait plus rien écrit depuis bientôt deux ans. Toute cette vie en société, toute cette agitation, ne lui permettaient plus de prendre le temps de goûter, de sentir, de réfléchir, et il se rendit compte que le calme d’un environnement paisible et affectueux lui manquait.
Lorsqu’il annonça à son éditeur sa décision de rentrer chez lui, ce dernier ne le prit tout d’abord pas très au sérieux. Le chiffre des ventes allait en souffrir. Puis, quand il comprit que le choix était irrévocable, il tenta toutes les manœuvres possibles pour l’en dissuader, mais sans succès. Le nain avait compris que toute l’agitation superficielle de la popularité ne remplacerait jamais la tranquille lenteur des instants simples, solitaires ou partagés, entouré de l’affection des personnes aimées. Aller à la rencontre demande du temps, et lui, il en voulait, il en avait, et ne s’en privait plus.
Depuis, sa poésie continue à fleurir les rayons de ventes à succès, il avait recouvert son talus de coquelicots, et pouvait regarder fleurir le tapis rouge sans plus aucune gène, pour lui, c’était ça, le bonheur. Il aimait prendre son temps, sans tapage, sans éparpillement. Et le bien être qu’il en retirait le confortait dans son choix.
Il n’est nullement nécessaire de vivre dans la promiscuité pour qu’une réelle amitié se construise. Juste dans des partages authentiques, échanger la chaleur humaine, savoir que l’absence n’est pas vide, cela suffit à éclairer les cœurs.

 

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Imaginons un point « A » situé dans l’espace. Puis un point « B » situé dans le temps.
Supposons que je sois présente dans « A », pendant que dans « B » tu voyages.
Est-il possible que ces deux points se rencontrent ?
Auquel cas ils formeraient le point « AB » d’intersection à la jonction de l’espace et du temps.
Il ne reste plus qu’à choisir, toi, l’instant, moi, l’endroit, pour ouvrir ce point sur le jardin d’AB.

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Je vous l’avais annoncé, la sphinxattitude chez Rx Bodo a fait couler de l’encre, et en remontant le courant de mes écrits, j’édite aujourd’hui le texte du début du milieu avec toujours dans l’ordre, dans la mesure où le premier texte écrit sera le dernier édité, le dernier, le milieu centre gauche, le centre-centre, le milieu centre droit, le premier venant plus tard.
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Je venais tout juste d’être diplômé, au bout de quinze années d’études, bon, vous allez dire : « Il a mis le temps ». Faut avouer que j’avais bien galéré pour trouver ma voie. Au début, j’étais dans la section goûteur d’épices, et puis ça me donnait des aigreurs d’estomac, alors j’ai embrayé sur un BTS de lanceur de flammes. Quand je me suis rendu compte que l’essence était coupée avec de l’huile de soja, je me suis dit que le métier n’était plus ce qu’il était. Alors j’ai dévié sur autre chose. Chez cas par cas, ils montaient des fenêtres en acier zingué et cherchaient un stagiaire. Ça a duré deux mois, jusqu’au jour où j’ai su, par un pote, qu’ils avaient ouvert un master de moniteur skieur sur étoiles. Donc, l’autre jour, ma mère entre dans ma chambre et me demande de ranger tout le bazar, puis elle rajoute, maintenant que tu es mastérisé, tu vas chercher du boulot. Il est temps que tu ailles gagner ta vie. Là dessus, elle me dit : « Va te faire couper les cheveux », sur quoi je lui réponds : « Va en vacances si tu veux ».
Je me suis tout de même mis à éplucher les petites annonces.
J’en ai même trouvé quelques unes.
« Cherche moniteur skieur sur tuiles aux amandes ».
Ou encore :
« Cherche skieur de fond de veau pour le médaillon ».
Mais rien de vraiment correspondant à mon bagage, trop pointu, pas assez équipé. Ça n’allait jamais.
A la NASA ils étaient complet. Mais comme j’ai un ami dans la finance qui a le bras long, j’ai réussi à obtenir un entretien d’embauche.
Le jour dit, à l’heure dite, je me pointe au bureau Apollo Water. Une petite dame en tailleur bleu marine me reçoit. Du haut de son chignon, elle me dévisage puis d’un ton sec me dit :
– Trop maigre !
Là, elle appelle une secrétaire et, me désignant du regard lui demande :
– T’en penses quoi, toi ?
La secrétaire, une blonde sulfureuse, me dévisage de haut en bas puis déclare :
– Pas assez blond !
Et là, elles interpellent un employé du bureau d’à côté pour lui demander son avis.
– Trop petit !
Ils ont fait défilé tout le département du « programme voyageur » pour m’entendre dire :
– Trop mal fagoté !
– Pas assez de taches de rousseur !
– Il a une oreille plus petite que l’autre !
– Il aurait pu se brosser les ongles !
Moi j’attendais, stoïque, que quelqu’un veuille bien s’intéresser à mes compétences.
La petite brune du départ, une fois tout le monde sorti du bureau, me dit alors.
– Bon, on va aller voir le patron !
Je la suis, on monte au dernier étage du building, grand bureau, vue sur Manhattan.
Là, on me laisse attendre une bonne demie-heure.
Une porte s’ouvre, le directeur porte un costume vert avec une rayure orange devant, une manche bleue, une autre rose, et trois poches dans le dos. Je me suis dit, tiens, c’est original mais pas pratique pour mettre les mains dans les poches.
Il m’adresse la parole d’un ton sec. A croire qu’ils ont tous été formatés au pain dur ici.
– paraît que vous n’avez pas le profil !
– Possible, mais j’ai peut-être le trois quart si ce n’est la face.
– On va voir ça .
Il fait entrer un sphinx. Oui, j’ai bien dit un sphinx. Cette créature folle comme un bourdon, qui pose des questions improbables et profite de la stupéfaction de l’adversaire pour lui clouer le bec et le dévorer. J’étais cuit.
– Pose ta question Clarence, qu’il rajouta.
La bestiole se planta sous mon nez et me dévisagea de haut en bas puis :
– T’as quel âge mon bonhomme ?
– Euh ! En vrai ou dans ma tête ?
Et vlan, l’air bête, je fixe le bout de mes chaussures pour planquer la honte. Elle va me bouffer tout cru, la bestiole.
Qu’est-ce qui m’a pris.
Répondre à une question par une autre question…


Salut, je vous écrit de l’étoile du Nord. Fait pas chaud, mais temps idéal pour apprendre à skier sur une étoile contraire.
Signé : John Green
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Ouvrir une fenêtre sur l’abysse de l’inconnu n’était pas chose simple, et pourtant, un explorateur avait décidé de relever le défi. Il s’appelait Paul Alexandre Lebon.
Pour s’équiper, il avait choisi les outils les plus divers mais les plus simples, en avait fait une synthèse, puis s’était mis au travail.
Il avait commencé par faire le tour du monde pour rassembler autour de lui les connaissances des explorateurs les plus ingénieux, afin de constituer la banque de données la plus fournie possible, qui régulièrement était complétée, discutée, partagée.
Puis l’expédition s’était montée, une fois les territoires identifiés. Un plan d’actions progressif venait indiquer la méthode à employer, rien n’avait été laissé au hasard, bien que pourtant toutes surprises y étaient justement les bienvenues. Car c’était là le paradoxe, avoir une discipline au millimètre pour aller débusquer l’inattendu.
Enfin, entouré d’un groupe de volontaires curieux d’aller à la découverte des profondeurs, Paul Alexandre décida de la date du départ. C’est toujours un peu empreint de fébrilité, les départs d’aventure. Les plus impatients durent freiner leurs ardeurs afin de progresser dans la sécurisation la plus réalisable qui soit, aucune prise de risques inutiles n’irait mettre en péril une telle démarche.
Vint donc le moment de se mettre en marche.
Le groupe rassemblait vingt et une personnes, y compris l’organisateur de l’expédition, toutes de milieux très différents, mais réunies autour du projet d’exploration avec une même volonté de découverte de l’inconnu.

1 Marine, qui étudiait les milieux marins depuis quelques années, espérait en retirer de nouvelles compétences. Les dernières mois de recherche lui avaient donné l’impression de stagner, elle avait besoin de se renouveler et d’avancer dans de nouvelles directions, et ce voyage allait peut-être lui apporter de nouvelles sources d’évolution.

2 Bienvenu avait un rêve, celui de tout comprendre. Il dévorait livres et œuvres de penseurs, assoiffé de tous raisonnements lui permettant d’y voir plus clair. Toute utopique soit sa recherche, elle lui permettait malgré tout de ne pas sombrer dans un pessimisme désabusé, de garder l’espoir chimérique mais porteur de réussir un jour à tout comprendre et de constituer progressivement un art de vivre en équilibre.

3 Roger voulait changer le monde. Il poursuivait l’idéal d’un monde meilleur, en paix, fait de petits bonheurs simples. Il pensait trouver dans l’abysse de l’inconnu le truc qui l’aiderait à approcher cet idéal.

4 Hector était un résistant qui venait chercher la force de résister. Le monde de l’image avait figé le mouvement en le fixant sur une pellicule glacée. Il tentait de réveiller la douceur du printemps dans les clichés endormis.

5 Gatien était un résistant potentiel qui cherchait à quoi résister. La routine, la violence, l’indifférence, les interdits à l’emporte pièce, l’injustice ? La liste était longue. Il tentait de trouver une hiérarchie cohérente.

6 Gaël entrait dans la résistance et voulait savoir de quelle manière résister en priorité. Il cherchait le mode d’emploi, la stratégie la plus efficace.

7 Arsène cherchait à ne plus résister, mais simplement à accompagner le mouvement et le diriger vers la clef de la réalisation.

8 Adèle savait qu’elle aurait de nouveaux points de vue en sortant de l’aventure. Sa motivation était forte, pour couvrir le panorama du monde environnant d’un regard le plus large possible.

9 Alice désirait un souffle nouveau. Vivre du nouveau, créer quelque chose d’autre que tout ce qu’elle avait pu vivre jusqu’à présent. Elle cherchait un guide de réinvention de vie. Elle l’avait trouvé en la personne de Paul Alexandre.

10 Angèle espérait découvrir le principe de développement du goût du partage. Elle voyait bien qu’il était possible de faire passer ce goût à d’autres, comptait bien l’acquérir et le disperser autour d’elle.

11 Barbara quant à elle souhaitait acquérir de nouvelles connaissances à partager. L’abysse était le lieu des compréhensions par excellence, elle n’aurait pour rien raté le voyage.

12 Pour Fabrice les choses étaient un peu différentes. Il n’avait aucunement l’intention de trouver quoique ce soit bien qu’il sache qu’il en retirerait forcément quelque chose. Il accompagnait simplement son meilleur ami, soutien inconditionnel amical, prêt à accueillir toute forme d’imprévisible.

Les huit autres participants étaient des fervents fidèles du pionnier et le suivaient depuis tellement longtemps qu’il était devenu impensable pour eux de ne pas graviter dans son cercle. C’est que la vie que savait créer Paul Alexandre autour de lui était si enrichissante sur tous les plans que la recréer ailleurs ne réussirait pas à égaler la qualité de cet environnement, alors l’alimenter de réciprocité étant une source de joie pour tous, il n’y avait aucune raison de la quitter. Ils étaient comme une grande famille harmonieuse, mutualisant leurs forces, partageant leurs incertitudes, mais progressant irréductiblement vers la connaissance d’eux-même et du monde, vers une diffusion des fruits de leurs recherches.
Tout ceci constituait l’originalité du groupe. Chacun venant participer à hauteur de ce qu’il était capable d’offrir tout en étant réunis autour d’une même cause, celle d’aller vers plus de conscience.
Paul Alexandre déroulait la carte et guidait l’expédition.
La première partie du voyage se déroula lentement. Le terrain était accidenté, la marche difficile. Le groupe avançait péniblement, peu de paroles s’échangeaient, mais avertis de l’aspect difficile du parcours, personne ne démissionnait. Il y avait beaucoup de dénivelés, des rochers se détachaient parfois, déboulant des sommets au risque d’écraser les marcheurs au passage. La stratégie adoptée était celle du chapeau. Les bords renforcés envoyaient les signaux nécessaires à l’avertissement, un pas de côté, et la roche dégringolait sans faire ni morts ni dégâts matériels vers les fonds insondables. Régulièrement ils levaient leurs chapeaux à l’efficacité du procédé.
Lorsqu’ils eurent gravi le sentier étroit, ils débouchèrent sur une prairie ou un gîte les attendait. Le temps coulait comme une rivière, naturel, fluide, sans heurt, malgré la difficulté du voyage.
Chaque jour qui passait ainsi les rapprochait de leur but. L’altitude commençait à faire sentir son manque d’oxygène. Certains passages comprenaient leur lot de difficultés, c’était ainsi, il était nécessaire de l’accepter pour aller jusqu’au bout.
Jusqu’au jour où après avoir gravi, puis redescendu la montagne Lanterneau, ils atteignirent enfin l’abysse.
Tous les bleus les plus profonds déclinaient leurs nuances à l’infini. Des taches plus claires émergeaient par endroit. Le paysage, d’une beauté inouïe, n’était plus que ciel et eau bordés des continents, immensité et infinitude, rien en surface ne permettait de penser qu’une fenêtre s’ouvrirait en ce lieu. Pourtant…
Paul Alexandre demanda au groupe de se positionner en cercle, allongés à terre, têtes réunies.
Puis, il sortit une flûte de Pan et se mit à jouer.
Pour déverrouiller une surface : un mariage de forces unies, un air enchanté, et le miracle s’accomplissait.
Les eaux se sont ouvertes mettant toute sa profondeur en lumière.
Une lumière éblouissante, fulgurante, jaillissant de nulle part, de partout, vint alors les aveugler. Une fois accommodés les regards se tournèrent vers la fenêtre.
Ce qu’ils y virent les déconcerta au plus haut point.
Il n’y avait rien. Absolument rien. Vide ou néant, appelez ça comme vous voudrez. Et ce rien entrait dans leur esprit au point de leur faire oublier qu’ils existaient.
Ils auraient pu rester là, cloués, pour l’éternité.
C’est un grand chien noir qui vint les tirer du néant. Hasard de la destinée il s’était amusé à flairer les traces du groupe parce-que l’odeur de l’un d’eux lui rappelait son maître, qui n’était autre que Paul Alexandre Lebon.
Un simple jappement réussit à sortir le groupe du rien.
L’abysse se referma.
Le voyage de retour fut plus facile. La connaissance du chemin inverse faisait qu’un homme averti en valait deux, chaque piège de terrain devenait presque un jeu.
Ils discutèrent longtemps de cette expérience extraordinaire. Chacun d’entre eux en avait retiré quelque chose, quelque chose d’un tout. Ils avaient touché l’inexistence dans le rien, ce qui les avait conduit à leur tout individuel. Une fraction infime de l’abysse avait élu domicile dans leur conscience, et ce rien changeait tout.

https://fr.wikipedia.org/wiki/%C5%9A%C5%ABnyat%C4%81

https://fr.wikipedia.org/wiki/Ens%C5%8D

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