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Archive for novembre 2017

Ce que je vais vous rapporter dans le présent témoignage va probablement vous sembler étrange, moi-même ayant encore parfois du mal à y croire et pourtant…
Quoiqu’il en soit, il me semble absolument nécessaire de le partager de façon à ouvrir le débat.
Car si jamais quelqu’un d’autre, passant par là et me lisant, se souvient d’avoir vécu ou entendu parler d’une expérience similaire, la possibilité d’ouvrir un champ de recherche s’offrirait qui sait à la science.
Avez-vous déjà remarqué que le changement d’un état à un autre est toujours un passage un peu sensible et délicat qui induit des modifications plus amples que le simple changement d’état lui-même ?
Nous savons tous par exemple que l’élément « eau », qui passe de l’état liquide à l’état gazeux, produit du froid. Que la pression exercée sur elle fait baisser son degré de solidification.
Nous observons des codes de société différents d’un état à l’autre, états séparés par des frontières géographiques, linguistiques, culturelles.
Et bien, ce fin passage entre les états s’applique aussi à ceux de « veille » et de « sommeil ». Un changement d’état inducteur d’une modification de conscience suffisante pour accéder à des situations totalement imprévisibles et surprenantes. Il suffit de se souvenir d’Alice qui, prise d’un état d’ennui semi-comateux, découvrit alors le pays des merveilles.
Si je vous raconte ça, c’est qu’un soir, épuisée par une journée chargée, alors que je rédigeais un courrier de réclamation à un client régulièrement en retard de paiement, je fus saisie d’un état soporifique tel que mon esprit s’offrit une échappée belle incontrôlée, regard flottant, yeux dans le vide. J’avais posé sur le bureau, devant moi, le gros Robert illustré d’aujourd’hui en couleur, un peu vieillissant, ouvert à la page des « Cy » où je venais de vérifier l’orthographe d’un mot.
La scène dont je fus témoin alors me laisse à ce point encore si perplexe que vous me pardonnerez j’espère les confusions dont ce récit souffrira sans doute par endroit. Car du fond de cette bienheureuse léthargie dans laquelle je baignais, une voix soudain s’éleva de nulle part en s’exprimant ainsi :

« Ce n’est pas exactement comme cela que je me serais écrit ! Est-il possible que Robert se soit trompé d’orthographe ? Il serait bon que je lui en parle directement !
Ohé, Robert ! Ohé, répond-moi, ohé ! Je sais que tu m’entends !
Mais il est où, encore, celui-là ? »

J’ai entendu gronder un : « Silence, on dort !», puis plus rien.
C’est à ce moment là que j’ai remarqué que le dictionnaire s’auto-feuilletait. Il s’arrêta sur les lettres « Pen » et ne bougea plus.
Le silence revenu, le mot « ronflement » le brisa en se mettant à ronfler. Puis, je devinai, à peine perceptible, comme un léger bruit d’étoffe. Enfin, je retombai dans ma torpeur.
« Aïe ! Pfff ! Ça ne va pas se passer comme ça hé-ho ! »
Je sursautai à nouveau. Cette fois, c’était le mot « tissu » qui venait de protester vivement.
Maintenant bien réveillée, je pouvais voir les mots fuser hors du dictionnaire, hors d’eux. « Aiguille » était relié à « fil », les deux tenus par le prénom « Pénélope » qui lui-même faisait face à « tissu » et « cadre ». Visiblement, le mot « tissu » refusait de se laisser piquer par le mot « aiguille ».
Le prénom « Robert » s’est alors déplié comme un vêtement, a enrobé les mots hors d’eux et hors du petit Prénom, puis est allé les remettre à leur place.
Il avait l’air d’un Prénom passablement agacé. Il a grommelé : « Si vous ne restez pas tranquilles, je vous préviens, je referme et vous allez voir ce que ça fait d’être coincé dans votre page entre vos deux voisins. »
« Tissu », placé devant « Titan », préféra défroisser ses plis sans rien dire. Une fronce noire lui ridait l’ourlet. Il savait aussi que le mot « Robert » en avait une sacrée paire, et que constituant à ses heures celui de « robe », il choisit de s’économiser. Ce qui permit à « aiguille » et « fil » d’aller se ranger entre une manœuvre de chemin de fer et une direction pour le premier, une silhouette et des filaments pour l’autre.
Mais je n’étais pas arrivée au bout de mes surprises.
C’est à ce moment là que le mot « Cyclone » se mit à siffler entre ses consonnes « que le voisinage laissait décidément de plus en plus à désirer », puis il claqua un « C » majuscule violemment, laissant traîner derrière lui un immense silence, blanc comme le blanc de l’œil du cyclope dont le mot s’injecta de rouge en un éclair. J’ai vu le mot « colère » surgir, il était trop tard pour calmer tout ça, « coléoptère » dérangé alluma ses élytres dorés. Sur la même page, le portrait de Colette peint par Gisèle Freund, se détacha. Nous étions exactement à la page 295, et je me suis demandée si tout cela avait réellement existé. Là où j’ai commencé à douter de ma raison fut quand une arche de mots s’est élevée au dessus du gros mot « volume » appuyé sur une pile rangée par ordre alphabétique. La phrase disait un truc comme : « nous sommes une chaîne, nos éléments s’attachent, nous enfermons, nous libérons, nous avons le pouvoir de détruire ou de protéger, de faire la nuit ou la lumière, choisis-nous bien et tu seras libre.»
Je me souviens avoir tenté de passer ma tête sous l’arche pour regarder de l’autre côté, m’être cognée au mot « réveil », avoir découvert le mot « bosse » planté sur mon front comme un bouton de rose.
Depuis, les mots de tête ne cessent de crépiter dans mes circuits.
Alors j’ai repris le B.A. ba de mon dictionnaire et je suis tombée sur « ballon », j’ai glissé pour en faire un « ballet », me suis amusée avec eux. Depuis, je joue du mot comme d’autres se jouent d’eux. Le mot « merci » est venu me claquer la bise et j’ai compris que Robert en pinçait pour lui.
Quelle drôle d’aventure !
En tout cas, il paraît qu’il vaut mieux en éviter certains. A moins de savoir bricoler et de leur faire dire exactement ce qu’on veut, quels qu’ils soient. Aussi, lorsque je croise le mot « malédiction », je lui envoie le mot « chance » pour s’occuper de lui afin de retourner sa condamnation en merveilleux malheur.
Et pour finir, « Alice », qui n’était pas à la page 35, m’a fait un petit clin d’œil pour me faire comprendre qu’elle s’était encore bien amusée. J’ai vu « trembler » se rapprocher discrètement de « lapin » mais il était trop tard, « chute » était déjà là.

Alors, lecteurs, si vous avez comme moi entendu les mots se chamailler, et si « Robert » est encore de votre monde, venez me donner quelques nouvelles de ceux avec qui vous avez fait connaissance.
Je vous en serai éternellement

origine-jeux-mots

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Arbre généalogique Rougon Macquart

Exemple d’un spécimen : Photo prise par Emile dans le mille et un arbres

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L’Agenda ironique pénélopédique de Pénélopédie

La famille des Bougons-Macabres était issue d’une branche aux ramifications multiples, dont les terminaisons s’étendaient sur plusieurs années, voire cinq générations, formant un réseau qui, vu de l’extérieur, ressemblait à un enchevêtrement de broussailles épaisses.
Broussailles épaisses suffisamment denses pour sembler impénétrables mais pour autant, s’il advenait qu’un observateur affûté et curieux se penche sur la généalogie, il pouvait identifier, alignés au niveau d’une petite intersection de l’extrême milieu, deux noms :
Deux noms dont l’un vous rappellera sans doute une personnalité célèbre en ces lieux, Cyclopédie.
Cyclopédie Bougon-Macabre avait été baptisée devant l’église par l’abbé Foiret, ses parents, grands collectionneurs, lui avaient offert une panoplie complète de prénoms, achetés à l’état civil pour la modique somme de deux timbres en vigueur.
La vigueur réglée – ceci dit, c’était une collection constituée par le contre-aïeul des Bougons-Macabres – restait à définir par lequel elle allait entamer sa carrière Cyclopédique.
Une carrière Cyclopédique qui allait bientôt devoir se partager avec une sœur, puisque naquit quelques années plus tard Pénélopédie, qui ne tarda pas à marquer un goût invétéré pour la chicane et qui s’accapara ainsi de plusieurs prénoms affectés d’origine à l’aînée.
D’originalité, la famille n’en manquait pas.
Pas besoin de préciser que l’ennui était un mot inconnu.
Inconnues aussi les diverses tâches réparties équitablement entre les deux sœurs ? Deux sœurs dont l’une, chargée du public relation de l’entreprise familiale, et l’autre veillant à ce que l’une reste dans le domaine de la vision claire de ce qui en faisait la nature, géraient brillamment et en parfaite coordination la collection de collections qui faisait la renommée de l’entreprise.
Entreprise en butte aux aléas de la modernité, et qui n’échappait bien évidemment pas aux technologies ni à la performance de la rentabilité aussi.
Aussi, lorsque Cyclopédie se mit en tête de partir à l’exploration d’internet par le biais de Monsieur Windows, Pénélopédie, constatant la lenteur de ses progrès, décida tout de go de donner un petit coup de main à sa sœur.
Sœur d’autant plus proche, qu’elle en vint à ressentir la grande détresse et décida de s’attaquer tout de go à la question.
Question de stra question de T question de gis.
Gis du verbe gésir ou du groupement d’intérêt scientifique ?
La science de Pénélopédie en matière de chicane allait s’avérer tout aussi originale que la collection de prénoms de sa tendre sœur Cyclopédie qui venait d’essayer celui de Sinistrosa et semblait ne pas en retirer un immense plaisir.

Lettre de Pénélopédie à sa sœur Cyclopédie

Ma chère, ma tendre, mon petit tombeau, ma petite crypte d’acharnement relationnel, tu vas devoir toucher la limite de la science qui est la tienne en constatant que tes relations avec internet par l’intermédiaire de Windows et quelle que soit la version de ce personnage ne porte aucun fruit fructueux, si ce n’est celui de te rendre malheureuse et complètement blasée. Il se véhicule tant et tant de pensées, d’à-prioris, de fausses informations, d’idées folles que le risque d’addiction me semble dépassé depuis longtemps, mettant en relief le fait que la 3D n’est pas encore installée dans ton programme d’exploitation. Mais en plus, si la troisième dimension devait s’installer pour mettre en reliefs tout ce fatras d’informations soûlantes, j’ai bien peur que ce labyrinthe n’en devienne impossible à traverser. Le whisky ne fait pas le bonheur.
Aussi je te recommande vivement de faire appel au bon curé Foiret pour prendre le chemin du Styx qui te conduira directement en Enfer. Là, tu découvriras les joies de la torture, les bonheurs simples des lamentations, des pénitences, ainsi que toutes les merveilleuses découvertes de souffrances diverses et variées, d’infinis chagrins qui n’auront de cesse de te combler.
L’Abbé Foirest te conduira à travers toutes la diversité des plaisirs funestes, frelatés et variés, transitant de concert vers une clairière où se situe la bombe qui va mettre le feu à cet enfer, réduire en poudre cet univers idéal et le détruire en un quantième cinquante de seconde, totalisant ainsi la totalité des misères de ce monde en un point aigu dominant la vallée des rêves de larmes jusqu’à désinstallation complète.
Là, tu n’auras qu’une infinitésimale étincelle de raison pour faire face à la situation et sortir du logiciel en courant ventre à terre. Tâche de faire en sorte que le bon abbé Forest te suive et s’en sorte aussi.
Tu te retrouveras alors devant un immense château entouré de broussaille.
Si tu entres, l’épreuve ne fait que recommencer. Dormir cent ans, tu n’es pas tentée ?
Alors un conseil, éteins ton ordinateur et va te promener dans la forêt des mille et un arbres généalogiques.
La chance que nous avons c’est qu’elle a été entretenue par le si charmant conte de Paradou Bougon-Macabre et qu’elle est habitée par tout un tas de créatures toutes plus singulières les unes que les autres. Prend le temps de les rencontrer, ces créatures sont dotées de mille et une qualités qui te seront utiles pour vivre. Lorsque tu arriveras au manoir du conte érigé au milieu d’une grande clairière, appelle moi, je poserai quelques jours de vacances pour te rejoindre et te présenter mon vieil ami le contre de Paradou Bougon-Macabe.
Son manoir héberge l’ensemble des âmes de nos chers disparus ainsi qu’une partie de celles à disparaître. Leur compagnie te fera le plus grand bien.
Ne me remercie pas, c’est bien naturel.
Je t’embrasse de tout cœur.
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Pénélopédie
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Avec tout l’amour fraternel que je te porte.
P.S. Si tu veux renouveler le genre, c’est chez l’écrevisse que ça se passe ce mois-ci.
Lance-toi et fais-toi plaisir.
Mais attention, tu as jusqu’au 19 novembre pour te lâcher.
Bonne inspiration.
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Arbre des espèces

Spécimen singulier unique en la forêt

 

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