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Archive for the ‘désordre’ Category

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Suite de « Dans les pousses du silence ».
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« De la fleur vous êtes la quintessence ».
Sophie Rostopchine « Les mémoires d’un âne ».
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L’âne des mémoires


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Dans la torpeur du soir qui s’annonçait caniculaire, les fleurs du jardin d’Alexandrie exhalaient leurs derniers arômes avant la nuit. Ce soir, aucune d’entre elles n’irait refermer ses pétales. Canis Alpha, la reine Siriusienne, avait prédit une nuit d’étoiles filantes.
La brouette remua faiblement ses poignées. Toute la journée, serrées par les mains caleuses des ouvriers, elles avaient été mises à contribution. Et puis, abandonnée au fond du jardin, enfin, elle pouvait détendre ses muscles endoloris par le dur labeur des transports de charges nécessaires à la construction.
La charrette était repartie, on ne sait où, ou bien était-elle rangée si précautionneusement qu’elle en était invisible.
Des milliers de sons ténus, frémissements, frissonnements d’ailes de grillons, craquements de brindilles sèches, frottements du feuillage dans la brise à peine perceptible, des milliers de sons ténus habitaient le silence. Quelques fleurs tournaient leur tête pour suivre le glissement d’un orvet ou le dépliement discret du crapaud assoupi. Toute la nature se prêtait à l’instant. La traversée des perséides s’annonçait turbulente.
Mortificat l’avait vu. En lisant dans les écorces d’arbres et en rapportant l’angle des branches sur la pierre du tombeau d’albâtre d’Alexandre le Grand, elle s’était rendue compte de la dysfonction. Plus rien ne correspondait à la règle de Rhodes. Alors elle avait su. La morsure du grand chien était inacceptable.
Mortificat levait les yeux lorsqu’un trait de lumière traversa le ciel.
Ni la brouette ni elle ne firent de vœu. Il était trop tard pour ça.
Les brancards de la brouette en fer blanc, Mortificat les avait mesurés suffisamment pour comprendre que l’usure des poignées ne se réparerait plus. D’ailleurs, la brouette avait su en faire si bon usage que c’était à se demander si telle n’était pas la vocation de cette dernière. Sous sa voûte crânienne se dessina alors une phrase en lettres de feu. « Il faut s’en servir… ». Ça remontait à tellement loin cette histoire.
Elle cessa donc de chercher à alléger le poids de l’hôte aux charges de pierre et se tourna résolument vers la splendeur du jardin. Près du tronc, une touffe bougeait. Un lièvre de l’été sans doute.
– Groin groin !
– Tu parles cochon maintenant ?
– Non, sanglier.
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Le parlé sanglier


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Mortificat, qui parlait le sanglier couramment comprit qu’il se passait quelque chose de délicat à entendre dans ce monde là. Elle aurait besoin de la charrette pour capter les tonalités les plus fines.
– Sais-tu où se trouve la charrette, je ne la vois plus ?
– Elle a du se planquer dans un coin, pour ronquer tout ce qu’elle sait.
– C’est quoi comme langage ce ronquer ?
– Elle n’en sait rien !
– Si tout ce qu’elle sait n’en sait rien, comment veux-tu qu’elle se rende compte qu’elle le sait ?
– Sait une bonne question !
– Laquelle ?
– C’est elle qui saura.
– Ou qui a su.
– Ou qui sait encore.
– Il manque quoi comme temps ?
– L’imparfait du subjonctif.
– C’est pas un peu passé ?
– Au niveau des couleurs ?
– Pffff ! Les fleurs dodelinèrent la tête d’un air compassé. Jamais elles ne comprendraient ces dialogues sans l’aide d’une encyclopédie vivante.
– Allons chercher Cyclopédie pour ce faire ! S’écria alors la brouette en s’ébrouant les deux brancards d’une oreille distraite.
– Arrêêêêêêête ! Elle va me prendre pour un lièvre !!!
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Le lièvre


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La suite est d’une toute autre nature, elle se glisse dans les espaces intersticiels, soit entre les lignes de l’écriture, soit entre ses lettres, dans les espaces entre elles, voire même dans la marge.
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L’écriture indéfinissable demande une connaissance étroite des codages de la psyché, ce qui n’est jamais aisé, car aucun écrit nulle part n’en fait état clairement, d’autant que son impossibilité d’expression écrite est une nature première. Aussi, l’approche se fait à travers de longues paraboles, des arrondis gravitationnaires évasifs aux cursives évanescentes, tout est dans la nuée et l’indicible.
L’exercice était de style, s’y mesurer n’est pas une affaire de mots, bien qu’il passe par eux.
Il s’agit de gingembrer sans discourir creusement, tout en maintenant l’éloignement de l’extinction à distance suffisamment effective pour que la lueur ne s’emballe pas dans ses propres fonds.
La règle des trois biais redresse sa fonction première, le calcanéum au prorata de l’espièglerie repeint la façade du triturage de la conscience étoilée du processus. La lettre n’est pas une loi immuable, elle est de première intention, puis de révision, puis d’élaboration particulière, puis elle se recrée dans la spirale d’un phénomène immanent, sans jamais s’égarer dans de quelconques bases de données primaires. Bien que sa racine gréco-latine plonge au cœur de la spacio-temporalité d’Eckhart, son courant d’art fouille l’humus de la vérité comme le ferait un lombric en terre sainte.
Le cours avait repris depuis une demi-heure lorsque le courant d’air fit claquer la porte du vasistas de la création. Un étudiant, épuisé par les révisions de la veille se réveilla en sursaut. Que se passe-t-il dans l’esprit de celui qui, tout embrumé par le sommeil, vient d’être tiré du magma de l’inconscience de façon brutale et fulgurante ? En un millionnième de seconde, c’est toute une vie de pensées enchevêtrée qui se manifeste au cœur du cerveau de l’étudiant en lettres. Et puis tout retombe, recouvert du voile de l’oubli. Comment faire pour éclairer ces milli-secondes de magistralité aiguë sans avoir à se tordre le cou pour aller y voir ? Sombrer dans le trou de son tréma par l’innocence qui risque sa peau en déchirant les couches successives de la fouille archéologique de la conscience ?
Bien, allons écrire cette lettre maintenant que nous détenons les règles grammaticales, organisationnelles, contenantielles, décortico-constitutionnellement parlant.
Bonne écriture à tous les étudiants de la formation..
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Venise, début duGourde de pèlerin XVIe siècle fiasca da pellegrino en verre cristallo soufflé émaillé et doré H 31 cm Estimation 5 000 – 6 000 euros
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Merveille de la finesse de calligraphie


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Il était 10h51 lorsque la prof s’avança dans la grande allée de l’amphithéâtre. Les étudiants s’étaient rassemblés en masse, prévoyant sandwichs et boissons, ils savaient que le cours allait être long. Mais ils savaient aussi qu’ils ne le rateraient pour rien au monde. Il s’agissait d’apprendre à écrire des lettres, mais pas n’importe comment.
La prof, une grande blonde, élancée, atteint l’estrade et brancha prestement son ordinateur sur le rétroprojecteur. Puis, se saisissant du micro, elle commença d’une voix claire et bien timbrée.
– ça y est, ça commence ! Chuchota Rémy en pouffant du côté d’une petite brunette à ses côtés.
– C’est bien le style à la grande Gertrude, INIMITABLE !
– Que tu crois, Anaïs, que tu crois…
– Pffff, Tais-toi vieux singe !
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singe
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– Bien, vous êtes nombreux, ce qui est plutôt bon signe. Bonjour à tous. Nous allons commencer par : Dans quel ordre écrire une lettre bien pensée ? Qui veut donner son idée ?
– Bonjour Gertrude, bonjour à tous. Normalement, on marque la date et le lieu en premier.
– Bonjour Benjamin, c’est un bon début, mais vous allez voir pourquoi ce n’est pas toujours l’idéal de lettre en-tête, par exemple, pour aujourd’hui, nous pourrions noter que nous sommes le dimanche 24 Mai 2020, et que, l’université étant rattachée à moitié sur Le Croisic et à moitié sur Moscou, nous pourrions préciser : écrit à Croicou, ou encore, à Mossic. Quand voulez-vous poster cette lettre, Benjamin ?
– Euh ! Je ne sais pas, je ne l’ai pas encore écrite…
– Donc il me paraît souhaitable de n’écrire la date qu’une fois la lettre écrite. On commence par quoi alors ?
– Bonjour, moi, c’est Jacquelin. On commence comme je viens de le faire, en saluant.
– Et tu salues comment, Jacquelin ?
Jacquelin se lève et salue en inclinant légèrement la rête.
– Pas mal ! Ça s’écrit comment ?
– Comme ça se prononce.
– Ça peut !
– On peut commencer aussi par : La magie de l’intrigue se trouve à la dixième ligne.
– Pour une lettre du cœur ?
– J’écris comme un as de pique !
– Sur des carreaux, ça va bien se passer.
– Bon, ok, c’est noté. Qui aligne la deuxième ?
– L’alignement devra être parfait.
– Ce n’est pas le contenu ! C’est le mode d’emploi, ça.
– Fô planter le décor de l’intrigue, grande duduche !
– Arrête, Rémy ! C’est pas paske je t’ai traité de vieux singe qu’il fö me traiter de duduche !
– Ben c’est ça, dis-le devant tout le monde encore…
– Bon, c’est une lettre ou une scène, que vous êtes en train d’écrire ?
– Une scène de lettre, pouffa encore Rémy en s’étalant comme une crêpe sur sa voisine de fauteuil.
Gertrude :
– Aller, je vous aide un peu. Mon amour, ça passe aussi bien pour une femme que pour un homme.
– C’est pas un peu tendancieux ?
– Un peu trop orienté ?
– Mouais, plutôt amalgame ! Genre, la personne disparaît au profit d’un sentiment qui n’est jamais qu’un concept.
– D’autant que ça ne lui laisse même pas le choix d’être d’accord ou pas. Qui vous dit qu’au moment où elle recevra la lettre, cette personne va être dans les dispositions précises de ressentir de l’amour à l’égard de celle qui lui adresse la lettre ?
– Ah, les écrits sont bien compliqués.
– Bon, tant pis, passons directement à la dixième ligne, après tout, l’essentiel n’a pas besoin d’enrobage.
– Mais si nous écrivons la dixième ligne sans qu’il n’y ait les neuf autres, comment va-t-on savoir que c’est la dixième ?
– On numérote les lignes ?
– Ou alors on n’a qu’à dire : mon amour, voici la dixième ligne de la lettre que je ne t’ai pas encore écrite, en te souhaitant bonne réception. Et puis voilà.
– Et cette dixième ligne avec l’intrigue, elle est où ?
– Beh, si ça ne vous suffit pas, écrivez-la vous-même !
– Qui a une autre idée ?
– Hola ! On n’a jamais dit que c’était l’intrigue qui était à la dixième ligne, mais seulement la magie de l’intrigue, c’est pas pareil !
– Je n’imagine pas comment on peut écrire la magie de quelque chose en mots.
– Dans ce cas là, il s’agit de passer par la poésie.
– Oh, cela m’inspire, tels les grands singes devant un régime de pousses de bambous, au milieu d’une grande jungle sauvage, le gnou domestique cherchait encore comment il allait écrire sa première lettre. Inspirée par l’élan salvateur du boa constrictor, la belette, insérée entre le A et le C, entra dans l’estomac du reptile sans discuter. L’ordre, c’était l’essentiel à respecter. Alors ensuite pourraient venir le dromadaire, l’éléphant, le figuier, et cætera.
– Bof, pour la magie, tu repasseras §

– ² J’aimerais bien t’y voir, tiens ! Sans clair de lune !
– C’est quoi ce petit 2 ?
– Sais pas, il est arrivé tout seul.
– ² Tiens, le revoilà !
– Tu parles d’un ordre !
– Bon, pour l’ordre, vous avez l’adresse ?
– J’suis pas sûre, pas très recevable, tout ça !
– Et si c’était sa lettre ?
– Hein, et si c’était ça, l’être ?
– Ce désordre ?
– Cette pagaille ?
– Ce bavardage ?
– Cette magie de riens du tout qui font plus que raretés ou que simplicités.
– Alors, on l’écrit, cette dixième ligne ?
– Là-bas, au fond du bassin, une vertèbre se tord pour mieux voir la douce lumière qui remonte jusqu’au crâne traversé de pétillantes connections. Mais quelle est donc cette intuition étonnante qui ne cesse de venir éclairer mes canaux intergalactiques, qui vient et revient sans cesse, depuis plusieurs décennies, et que jamais, au grand jamais, je n’ai encore réussi à définir clairement ?
– Eh beh purée, elle fait quatre lignes, cette dixième ligne !
– Et sa magie est lumineuse.
– Mais reste obscure…
– L’intrigue serait-elle neuronale ?
– Par méconnaissance, oui.
– Bon, on va pouvoir l’envoyer, cette lettre.
– Et nous allons y glisser un trèfle à quatre feuilles.
– Oui, vous avez raison, c’est moins lourd que d’y glisser un fer à cheval, ou encore une dent de la chance.
– Pour la dent, il en faut au moins deux !
– Une mâchoire complète, pendant qu’t’y es !
– Tu te vois, recevoir une lettre avec une mâchoire dedans ?
– C’est plus une lettre, c’est un colis !
– Bien, Merci Jacquelin, merci Rémy, Merci Anaïs, et merci Benjamin. Et puis merci à tous. La semaine prochaine, nous verrons comment développer une idée dans l’lettre. En attendant, réfléchissez à une idée particulière, arrangez-vous pour qu’elle reste fraîche jusqu’au cours suivant.
Si vous n’en trouvez pas, je viendrai avec une liste, et nous choisirons laquelle traiter.
L’année dernière, nous avons passé deux ans sur l’idée de la racine carrée, jusqu’au moment où nous avons découvert que quelqu’un les avait taillées à l’emporte-frite. Je ne voudrais pas orienter la réflexion mais l’idée de l’occupation de l’espace me paraît être un fondement dans l’lettre.
Bonne réflexion à tous.

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Mitochondrie Animal-cell-structure
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L’origine du monde
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Une mitochondrie inaugurale faisait sa révolution en mascarade trompe-l’œil lorsqu’une mitochondrie nomade traversa son orbite en sa confinité.
Keskecébo !!!
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Que se disent-elles ?
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La mitochondrie inaugurale s’étonnait du mode de propulsion en cette confinité particulière ; « La mascarade n’est un trompe-l’œil que d’un point de vue artistique, car la révolution fait son œuvre bien mieux sous ce couvert ! »
Keskellébelle !!!
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Comment ça se déroule ?
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Les couverts de la révolution en trompe-l’œil de cette mitochondrie inaugurale n’ont de cesse d’embellir les confinités d’une mascarade artistique, avec une telle précision, que l’artiste lui-même ne put s’empêcher de s’exclamer :
Keskellçonbelles !!!
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Après c’est logique
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De la surprise inaugurale, la mitochondrie mitoyenne, sous-couvert de la mascarade révolutionnaire, s’étala de toute sa face cachée sur une confinité lunaire, prononçant dans un souffle cédillé : « Oh, my god, keskeçébon !!! »
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L’Arenmô
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– Vous prendrez bien une tranche d’heure avant de prendre le départ ?
– Oh ! Juste un départ de tranche, alors. Merci.
– C’est une tranche particulière, vous savez ! Garnie à l’oscillation et enrobée de variation.
– Elle est de nature moléculaire ?
– Selon de quel point du globe le départ de sa flèche se situe, oui. Mais en vrai, c’est faux. Elle est de nature causale.
– Purée ! Ça fait de l’effet !
– Effectivement.
– Vous l’avez aromatisée à quoi ?
– D’une mesure de moment opportun.
– Arrosé d’un nuage d’Atoum ?
– D’accord, je vous prépare une infusion d’augures. J’y mets une pincée de sort ?
– Ecoutez, si ça nous permet de sortir du cycle, je veux bien.
– Mumm, dites-donc, goûtez-moi ça !
– Keskeçébon ! Merci, je vais prendre la tranche entière.
– Ravi que cela vous plaise !
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Ecrit pour l’agenda ironique de Mai 2020 extraordinairement bien proposé chez Jean-Pierre Lacombe, du blog « Des Arts et Des Mots« .
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C’est comme ça qu’en allant revoir sa proposition, je viens de me rendre compte que je suis tout à fait en dehors des clous, j’ai du perdre la tête ! Mais où est-elle donc passée ?
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« L’étrangeté d’une situation ne se mesure ni à l’équerre, ni au compas. »
Ainsi parlait Monsieur Zara, le créateur de la ligne vestimentaire dont les patrons sont tous travaillés au cordeau. « C’est pas que ça plombe, mais au moins, ça tombe droit ». Avait-il l’habitude de dire.
Donc, Zara, Zara Deschamps plus précisémment, rhabillait la population.
Il disait à qui voulait bien l’entendre, que le mot le plus fin dépendait toujours entièrement de l’oreille la plus grande. En tant qu’entrepreneur proche de la clientèle qu’il rhabillait, de saisons en saisons, il avait hérité d’une empathie nettement sur-développée, et la logeait discrètement au fond de ses orbites, juste derrière le nerf occulaire. Ce qui lui donnait un regard framboises , car la tumeur, de nature bénigne, voire même bienigne, avait tendance à provoquer chez lui une réaction lacrymale périodique pluri-disciplinaire, occasionnant de la sorte à ses globes occulaires une inflammation. Ladite inflammation récurrente ayant elle-même le don de multiplier les globes comme le feraient des cellules, donnait ainsi la forme framboisienne particulière d’où émanait son charme divin. La clientèle disait de cette particularité qu’il avait une « morula » à la place des yeux, voyez plutôt.
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Framboise
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Lors que son psychanalyste le recevait en bienséance, Monsieur Zara Deschamps prit soudainement conscience de l’immense chance dont il était l’héritier. Il avait un don, celui de voir la naissance de sa clientèle à travers le prisme de sa vision démultipliée. Doté d’un fort pouvoir de conseil et d’un solide bon sens, il savait satisfaire l’ensemble des personnes rhabillées pour la saison qui s’en trouvaient fort surprises, et tellement heureuses, qu’elles fidélisaient et ne s’habillaient plus que chez lui.
L’une des plus fidèles, mutine de son état, qui gagnait à être connue pour son style acrobatique, venait régulièrement le solliciter pour qu’il lui créé sur mesure une « jupe d’aliénation ». Elle disait ça, parce qu’atteinte de la maladie de saint-Guy, elle devait mettre du grillage autour de ses jambes pour empêcher que sa jupe ne s’envole en la soulevant d’un pas de danse involontaire.
Reine des échecs, elle eut un jour la tête coupée par une ruade alors que le cavalier de l’apocalypse, shooté à l’héroïne, tentait maladroitement de rattraper son âme qui s’envolait à tire d’ailes vers des auspices plus buissonniers. La tête sous le bras, la reine reprit les rênes et continua la quête de saint contoise sans se presser. Petits patins et coups fins tombèrent tout droit dans son panier jupon.
Jusqu’au moment où, en panne de papier toilette, elle invita son voisin le marquis à jouer au cadavre exquis. Elle récupéra ainsi, les publicités n’étant plus délivrées régulièrement, toute une collection de bons mots avec lesquels elle pouvait se t…..r l’arrière train en allant faire ses petites affaires dans la cabane au fond du jardin.
Celle-là, au moins, elle avait du style, disait Zara Deschamps en se le tournant de l’oeil droit à l’oeil gauche. Il aurait bien aimé soulever le voile de dentelles qui couvrait ses fines et longues jambes, mais la clientèle, c’est une chose. La vie privée, c’en est une autre. Il avait pour règle d’or de ne jamais mélanger les deux. Et puis prendre un coup de pied lors d’une danse, non vraiment, merci.
Une autre cliente remarquable un beau matin surgit dans la théïère du petit déjeuner de Zara Deschamps. Elle jouait à faire la course à dos d’escargot avec le lapin blanc d’Alice, celle des merveilles, lorsqu’elle déboucha sur l’allée menant directement à la tasse. Zara Deschamps faillit l’avaler. Heureusement que la coquille grattait la luette, ce qui eut le don de désaccorder ses cordes vocales, mais il n’eut jamais le ton de s’en plaindre. Sa voix prit ainsi des intonations rauques et sensuelles qui ne fit qu’accroître son charme dévastateur. Elle cherchait un chapeau fou, fabriqué par un chapelier qui le portait en pointe, comme les accordeurs de pianos.
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C’est Bobby, un pote à elle, qui lui souffla dans les bronches quand elle revint avec l’avanie du bocal, une fois le petit déjeuner pris et le chapeau sur la tête. Elle eut les bronches dilatées, se mit un mot à la plume de flamant sur la pointe des pieds. Il se dit que sa tête fut égarée en tombant sur une boussole martienne. Elle aurait perdu connaissance et accouché d’une étoile, allongée sur un tas de chaos qu’un sourd-muet avait maladroitement laissé tomber de sa sacoche en cherchant sa collection de timbres.
Après ça, les yeux de Zara Deschamps se fermèrent. La naissance est toujours un moment fort et délicat. Il convient d’être discret.
Quand il les a rouverts, il découvrit qu’il était atteint de diplopie visuelle occulaire.
Les doubles pétales d’une fleur de bégonia venaient caresser son nez, qu’il avait délicat.
Les doubles pétales d’une fleur de bégonia venaient caresser son nez, qu’il avait délicat.
Une jeune et jolie jeune femme se penchait sur lui en l’appelant « Docteur Zara Deschamps, Docteur Zara Deschamps » !
Une jeune et jolie jeune femme se penchait sur lui en l’appelant « Docteur Zara Deschamps, Docteur Zara Deschamps » !
Mais je ne suis pas Docteur, se disait-il entre deux sursauts de conscience.
Mais je ne suis pas Docteur, se disait-il entre deux sursauts de conscience.
La dame en question était journaliste.
La dame en question était journaliste.
Elle croyait avoir affaire au médecin de Camille Claudel, sa meilleure amie, à laquelle elle venait rendre de visite.
Elle croyait avoir affaire au médecin de Camille Claudel, sa meilleure amie, à laquelle elle venait rendre de visite.
Lorsqu’elle apprit son identité, elle lui commanda deux camisoles, au cas où son amie serait agitée.
Lorsqu’elle apprit son identité, elle lui commanda deux camisoles, au cas où son amie serait agitée.
– ça suffit ! Scrash !
C’était Camille, qui, du bout du couloir, gênée par le bruit de leur conversation, venait d’envoyer sa savate contre le mur pour qu’ils fassent moins de bruit.
– Vous ne voyez pas que je suis crevée !
Devant l’osseuse maigreur mortuaire de Camille, il en retrouva sa vue habituelle.
La seule coquetterie de la journaliste fut de lui faire cette demande : tailler les camisoles dans un tissu à fleurs, et pas n’importe lesquelles. Des bégonias ! Puisqu’elle portait ce nom avec beaucoup d’élégance, il lui semblait qu’entourer son amie de sa présence fleurie durant son absence saurait la réconforter au moment des crises. Zara Deschamps eut la maladresse de lui parler du « temps » qu’il lui faudrait pour fabriquer de telles caricatures de vêtements. Ce mot eut le don de dérégler son langage au point que le discours qu’elle émit ensuite n’avait plus ni queue ni tête. Les secondes, les siècles, les dinosaures, devinrent des dinocondes, des sisaures et des seècles. Il se hâta de s’éloigner, tout en lui promettant d’honorer sa commande au plus vite.
Il se resservit une tasse de thé.
Un courrier était arrivé, sa secrétaire l’avait posé bien en évidence sur sa table de travail.
Il poussa un soupir. La journée n’est pas finie, se disait-il, et je ferais mieux de remettre au lendemain ce que je pourrais faire le jour même.
Il glissa la lettre dans un journal, puis l’oublia.
Le lendemain, sa secrétaire, lisant les gros titres, et n’y voyant que ragots et bobards, le mit à la poubelle.
La lettre faisait état du désir de vagabondage d’une sculpture en marbre, réchauffée de pétrissage d’une artiste claudelle, qui se sentait devenir vivante. Elle n’arriva jamais à l’oreille occulo-morulée de Zara deschamps.
C’est aussi ce jour là, très précisément, qu’entra un client très spécial, prétendant s’appeler Monsieur Popples.
Est-ce ainsi que les hommes s’habillent, chapeau déchiré, vêtements en lambeaux ? Il se présente au magasin pour offrir un massif d’idées debout, roncées comme des pensées de l’aube, sans même faire minne d’être peu ou prou intérressé par les vêtements prêts-à-porter dont regorge la boutique. Zara Deschamps lui propose un manteau de fourrure en véritable renard, qu’il décline d’un « non merci » sans équivoque. Zara Deschamps, qui n’en menait pas large devant le ton rembruni du gugusse, finit par engager la conversation sur ceux qui n’ont pas la commande de leurs instincts, les garouttés du bocal de déconfiture, genre. L’autre le fusille du regard. On sent que ça gratte, ça griffe, ça pique, le massif d’idées recule devant l’oeil de velours de Zara deschamps, qui décide d’agir. Le tissu est doux, velouté, pas côt-côtelé pour un iota. Popples se calme et lui fait une confidence ou deux puis retourne à ses confits de canidés framboisiens.
Tout de même, se disait Zara, j’ai encore du boulot avec les psychopathes avant d’arriver à les aimer pour ce qu’ils sont vraiment.
Là-dessus, Zara tousse, tracassé par l’idée d’aller se coucher alors qu’il a p’tête choppé une mauvaise grippe rien qu’en voyant le bonhomme en haillons. Un frisson parcoure sa nuque. Il attrape le joli manteau de renard argenté et va prendre trois cachets d’aspirine.
Moralité : Quand Zara tousse, tracer la route pour éviter les postillons.
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Texte rhabillé pour l’agenda ironique étrange de mars 2020, qui hisse haut ses couleurs Zara Tousse Tralalalalère.
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Dali Salvador 1

En avant première : Prochainement, l’œil accouchera d’une étoile. 🙂

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Mathématiquement scriptural

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Tétra agenda ironique de février 2020
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La semaine des quatre jeudis était arrivée. Les autres jours, interloqués, se taisaient devant tant d’indécence. Comment les jeudis avaient-ils osé envahir tout le territoire de la semaine ?
Y avait-il eu complot, qu’aucun des autres jours n’avaient su voir ?
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Le directeur d’académie, Hastings, tournicotait son agenda ironique autour de son cerveau limbique lorsque Séléna Rupin frappa à sa porte.
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– Capitaine, le cours sur la logique cartésienne des phénomènes capito-planéto-rosicrucio-logiques vient d’être annulé. Il était planifié sur le mardi, nous sommes encore jeudi de la semaine dernière, comment faire ?
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Le directeur se leva et, s’appuyant sur le sceptre d’Horus l’ancien que lui avait offert sa mère avant de disparaître en l’abandonnant devant l’entrée de l’urne funéraire du système capitaliste de l’an 2920.
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– Cette chère Séléna ! N’allez pas confondre jeudi de la semaine dernière et jeudi d’aujourd’hui, très chère ! Nous sommes jeudi du jour, et si le cours doit être annulé, faite confiance à votre programme, il sait de quoi il s’agit.
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– Mais nous avions prévu un séjour sur la planète du jour, Hastings, et notre expérience tombera de retard, en ce fait. Savez-vous que nous n’avons qu’un passage tous les deux ans, Hastings ? Et aussi proche qu’elle soit, nous n’aurons pas assez d’essence pour faire la route dans l’autre sens si nous annulons notre départ aujourd’hui.
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Le capitaine crispa légèrement la bouche d’un air réprobateur.
– Mademoiselle Rupin, si le cours du mardi est annulé pour cause de jeudi, soyez bonne joueuse, adaptez votre programme ! Vous n’avez donc jamais entendu parler de ces dix jours escamotés, semble-t-il. Allez-donc vous cultiver et pousser un peu plus loin vos recherches, votre limite est pâle comme le reflet du jour, très chère. Allez, et n’insistez pas !
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Séléna pris une grande respiration et le toisa d’un regard fulminant.
– Vous n’aurez pas le dernier mot, capitaine ! Je n’ai pas l’habitude d’obéïr sans au moins m’assurer que la décision est celle qui aura les meilleures conséquences possibles sur le système à réformer. Vous n’êtes pas là pour faire office de modèle, Monsieur, mais seulement pour laisser les possibles de chacun se déployer dans les limites saines de ses conséquences. Nous irons sur mars quoiqu’il nous en coûte, et ce n’est pas vous qui allez nous en empêcher. Le cours du mardi aura lieu ce jeudi, un point c’est tout !
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Hastings sourit. Il la connaissait par cœur, et savait combien elle avait du caractère. Mais avec l’ensemble des référents enseignants, il avait tout prévu, même cette réaction vive et fulgurante de la part de cette professeur de langage marhématique au tempérament ardent d’exploratrice des espaces encore non défrichés.
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Séléna enseignait la « faconde rigoureuse », une spécialité de l’école, qu’elle avait créée de toutes pièces, en découvrant avec stupeur combien les catégories socio-professionnelles avaient tendance à ne pas mesurer le pouvoir du langage. Les discussions avaient tellement porté leurs fruits, qu’un projet de voyage sur mars, le belliqueux, avait été construit avec les élèves les plus brillants, car ils éclairaient la nuit de l’espace, et permettaient d’aller dénicher la planète en question grâce au lampadaire de la clarté. Le belliqueux mars et son langage percutant ne devait pas le rester bien longtemps, car le voyage prévoyait une application spéciale « arrondis des phrasés ». Sans déphaser les phrases, cette lumineuse expédition ne pourrait se faire un jeudi sans l’aval d’un décalage de l’agenda calendaire du système linguistique ironique, et seul, le capitaine, donc lui-même, serait en mesure de le faire. Il pouvait donc dormir sur ses deux oreilles, rien ni personne n’aurait le pouvoir de ce décalage, La position d’autorité qu’il détenait était pain béni.
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C’était sans compter sur la résistance aux corruptions du groupe « prosodimétrie ».
Qui dépêcha sur le champ son meilleur compositeur de quatrain pour dénoncer le boycott du départ sur mars.
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Ce qui donna :
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« Départ du jour annulé par quatre jeudis tétraplexiques,
Que sont nos mar
dis devenus ?
La clique d’H
astings et sa bande de Poirots métaphysiques,
Biscorne notre voyage qui l’eut
cru ! »
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Une mobilisation générale des étudiants fonda alors le mouvement de la minute de silence la plus longue. C’est ainsi que le sitting de la minute de silence la plus longue dura près de 10 jours, assis en tailleur devant le bureau d’Hastings, du premier jeudi de la semaine des quatre au mardi suivant. Dix jours de silence durant lesquels rien ne se passa, mais au cours duquel le son le plus inaudible gagna les esprits de tous en les alignant sur une même longueur d’onde. Il s’agissait de régler le canal par lequel l’ensemble des personnes présentes pourraient ensuite faire appel à chacun des participants au mouvement de contestation.
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Ainsi, dix jours furent à jamais rayés de l’agenda, sans que l’ironie du sort en fut pour autant affectée. La chance s’inscrivit au voyage suivant puisque partant du jeudi de l’ascension, l’expédition les amena tout droit sur Jupiter. .
La grosse gazeuse les accueillit aériennement dans la plus grande débonnarité.
Un jupitérien vint leur faire le salut tétraflexé Pégasien.
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Tout est dit ?
Non, car Séléna Rupin, enseignante et instigatrice du voyage, entrevit l’écueil et l’anticipa en décidant de lire la logique adjacente dont le sieur Thomas Hobbes fait état dans son Léviathan :
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Tétracitations du fameux Léviathan de Thomas Hobbes :
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1 :
Le premier arc-en-ciel qui fut aperçu dans le monde était un miracle, parce que c’était le premier, qu’en conséquence l’événement était insolite, et qu’il servait de signe venu de Dieu, placé dans le ciel pour assurer à son peuple qu’il n’y aurait plus de destruction universelle du monde par l’eau.
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2 :
De sorte que c’est dans la définition correcte des dénominations que repose le premier usage de la parole, qui est l’acquisition de la science, et c’est sur les définitions inexactes, ou sur l’absence de définitions que repose le premier abus, dont procèdent toutes les opinions fausses et insensées qui font que ces hommes qui reçoivent leur instruction de l’autorité des livres, et non de leur propre méditation, se trouvent autant au-dessous de la condition des hommes ignorants, que les hommes qui possèdent la vraie science se trouvent au-dessus.[CH 4 De la parole]
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3 :
Pour conclure, la lumière de l’esprit humain est la clarté des mots, mais grâce à des définitions exactes préalablement débarrassées et lavées de toute ambiguïté ; la raison est le pas, le progrès de la science la route et l’avantage du genre humain le but.
Leviatan, 5. De la raison et de la science.
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4 : A vous d’écrire la quatrième, si le cœur vous en dit.

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Tétraplexique : Se dit d’un phénomène se produisant simultanément dans quatre directions.
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Exemple : Une fusée tétraplexique qui s’envole dans les quatre points cardinaux en demi-cercle se rejoignant en altitude pour se déplacer à nouveau en tétraplexie, système auto-renouvelant l’énergie du déplacement et permettant par le mouvement perpétuel d’aller plus loin dans l’univers.
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Tétraflexion : Un salut pégasien.
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Tétra agenda ironique de février 2020
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Tétra-personnages principaux de l’histoire :
1 -Hercule Poirot
2 -Capitaine Hastings
3 -Séléna Rupin
4 -Un pégasien
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N.B. 1 : La tricherie consiste à faire pile 29 paragraphes titre inclus et non pas maximum 29 phrases tel qu’indiqué par jacou33 dans les contraintes d’écriture de l’agenda ironique de février 2020. En y incluant ces deux précisions N.B. 1 et N.B. 2. Ainsi que d’utiliser la semaine des quatre jeudis en bonne et due place de l’une des quatre propositions à inclure que sont «
Henri IV, les quatre mousquetaires, les quatre filles du docteur March, le lac des Quatre Cantons ».
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N.B. 2 : Ecrit pour l’agenda ironique de février 2020 qui se tient ce moi-ci chez jacou33, ici même, sous le titre suivant : Mais, où donc sont passés ces dix jours ?

 

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Perle d'éclipse

Perle d’éclipse


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Une perle d’éclipse à l’éclat de diamant,
Traverse encore le temps dans le flot d’une rivière.
Le saumon qui la tient dans la gueule fait l’écrin,
Sur l’écran de l’horloge où se devine une main,
Avec deux grands pavillons suspendus à son bruit,
Aussi fugitivement que luit l’espace sur la grêle céleste.
La sphère irisée retient une sécrétion,
Ne gardant en son cœur que l’ultime précision,
Où se sculpte le trait d’une paix mitoyenne.
Tremblez dictes poètes aux surfaces bien polies,
Ici plus rien n’échappe aux creux de la folie,
Même la rage douce y creuse au fond du lit,
La trace de ses ténèbres, la lumière de la vie.
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saumons rouges

Saumons rouges du pacifique

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Le choix des mots, le choc des échos

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La-couverture-de-Paris-Match-n-3657-un-numero-anniversaire-exceptionnel_original_backup
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De ces mots renversés je n’ai nulle prétention,
Mais j’ai forte impression quand la phrase coule à flot,
Entraînant dans sa course les verbes du présent,
Qui roulent encore leurs bosses sur des graviers fluviaux.
Dans l’eau des verbes hauts se devine l’étonnement,
Entre gaufre et mouvement, l’eau de là fait bourgeon,
Et le chameau des maths indique la direction,
Vers laquelle vont les rondes espacées des remous.
Le bruit que fait l’orage tombe de la goutte au nez.
Elle crève de nuages, zèbre le mur du son,
Gifle la flottaison d’un sous-l’eau amorti,
Pour aller se noyer sous le flot de ses mots.
Ah, que n’ai-je encore dans l’évaporation,
Gravi en altitude jusqu’à disparition,
La montage de silence d’Alembert et Diderot.
Ah, que neige encore le flocon de l’écho,
Dans la tempête blanche des bourrasques passées,
Jusqu’à s’évaporer au seuil de son foyer,
Dans la douce chaleur d’une fraîcheur retrouvée.
De ces mots imposés, de ses flots composés,
De grâce épargnez-moi le choc de ses échos.
Car si je me joue d’eux, ils ont pied dans la lettre,
Et moi, de leur sérieux, je m’amuse de l’être.
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Paris Match N° 80553
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« Le pied de l’inexpérience n’est dodu que s’il prend racine à la candeur »
Lao Tseu

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clematite bleue

Clématite bleue


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Elle serpentait en glissant à fleur d’eau
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La flamme douce entrouvrait de grands écarts,
Entre le crépitant fagot et le chambranle de son tirage,
Lorsque la coudée d’étincelles,
Cracha une dent dure au billot,
Où s’écrasait dans un tuyau,
La gougeotte de l’arbre à cimaise.
Sache que l’écot perd son avare,
Et que la vipère en son sein,
Porte l’écaille de son destin,
Fiché entre deux ventricules,
Aussi solidement que l’enclume,
Aime les coups de son marteau.
Sache que l’éclair de son sabre,
Dansera la couleur du ciel,
Parmi les ruches et les abeilles,
Sans qu’une seule ne perde son dard,
Car de l’usure il se fait tard,
Et la lumière est sans pareille,
Lorsqu’elle dévale son arc-en-ciel,
Sous le regard d’un champ d’oranges,
Les pieds dans l’eau, les fleurs en nage,
Ondulant au gré de la vague,
Dans un frisson marécageux,
Du bel empire de Lao Tseu.
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La lettre porte l’enfant

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Pierre de lune 1

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La lettre porte l’enfant, l’enfant s’est fait rapter.
Ce soir la mer se vague doucement au gré des ondulés.
L’ongle du monde vient de griffer la robe du vent,
Et le vent,
Le vent,
Vend sa robe de curée,
Contre celle d’une eau douce,
Qui dévale des sommets.
Retranché dans sa grotte,
L’enfant émerveillé,
Voit passer cette eau claire,
Et puisée dans ce courant,
La force de l’éclair,
Ouvre la poche du temps,
Et fait jaillir l’hiver,
Criblé de piques à glace,
Hors du cœur,
De ce bel univers,
Porté par un facteur,
Qui transforme les pierres,
En lettres disparues.
La lettre porte l’enfant, l’enfant sort de la lettre,
Et la grotte solitaire porte au cœur une pierre,
Une pierre de lune,
Pleine de jour qui l’éclaire.
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Les livres volent vers le ciel


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L écume des jours Audrey Tautou Romain Duris Mood-Indigo
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L’écume, c’est ce qui reste quand on a tout oublié.
Cherchez, Dieux de l’Olympe, parmi les bulles de sel d’une fleur,
D’une anémone endolorie par le labeur.
Dans les cheveux de la Gorgone se tient son heure.
Mais l’heure n’est pas aux souvenirs,
Elle est à toi, à l’avenir,
Et ton tabac qui bourrera,
La pipe d’écume ne reviendra,
Que lorsque tu auras la joie,
Et la clarté d’une fontaine,
Que lorsque tu auras la foi,
Et la bonté d’une souveraine.
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capitaine-haddock-est-celebre-pour-ses-jurons-tres-sophistiques-
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Ce mois-ci, véronique nous accueille avec une idée juste farfelue, de grande braderie de mots à revendre, allez-y voir.
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LA BROCANTE D’ÉTÉ ! C’EST ICI
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https://www.youtube.com/watch?time_continue=215&v=SHBGkpXgahc

 

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C’est la boule à qui ? La boule à Zéro ?

Oh, non ! C’est une boule de billard, mais géante, vu que c’est celle de Dieu.

Ah, il y est resté alors….

Où ?

Mais sur le billard voyons !

Ah bon ? Il est pas resté sur le corps ?

Le corps de qui ? Le corps de Dieu ? Le corps du Christ ?

Ah ah ! Sur le corps-billard !

Quelles belles hostilités. Vous reprendrez bien une hostie mon bon monsieur.
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« Approchez, approchez mesdames et messieurs, car aujourd’hui, grande vente aux enchères ! Dans quelques instants, de jeunes apprentis saltimbanques vont vous présenter des mots ! Un mot pour tous, tous pour un mot ! Des gros mots, pour les grossistes, des mots de tête pour les charlatans, des jeux de mots pour les artistes, des mots d’amour pour les amants. »
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Quand c’est la négresse verte qui le raconte au mot près, celui-ci réagit à peu près, ce qui le rend presque dedans.
Il était une fois une fée du jardin qui s’est arrêtée dans la ville de Juin pour monter un chapiteau où des mots vont faire leur cirque !
Il y a les tigrés du Bengale qui grondent sous les cerceaux enflammés du rire des enfants, bondissant à travers les gradins de la prononciation, effrayant au passage les mots affûtés découverts par Paul-Emile Victor dit « de la banquise en soie », qui la noue en articulant audiblement pour en faire surgir une colombe garnie de sa farce et satrape du collège de ‘pataphysique, veuillez, je vous prie, m’excuser si je reprends ma respiration.
Sorti du chapeau haut de forme, le chameau déambule, bosses à l’air, roulade à gauche, roulade à droite, crachoir serré entre les deux, la gorge déployée, tintinnabulant du gosier que la formulation demande, sinon de la hauteur, une souplesse dans les trapèzes aussi précise que complète. Ainsi, le numéro d’équilibriste qui est triste mais juste, ou tri-légiste, ou un truc comme ça, peut commencer la messe.
Certaines nuances d’air écaillent la surface, fendillant d’une coquille l’éclat de ribambelle des sens, jonglant qui d’un bas mi-long, ou long tout court, qui d’un don à se dandiner de la farce à attraper un 15 brumaire, va égaler le 19 au saut de puce et d’obstacles.
Laissez-moi souffler encore un peu, c’est comme qui dirait d’un seul trait, ou d’un jet, ou encore d’une poussée d’art, d’arche, d’Arxchimède, j’en bégaie et j’en bafouille…
Un éclair barré devient un sérum libre d’où jaillissent, fluides, les larmes joyeuses d’humeur à rebondir en cascades cristallines histoire de dévaler la roche jusqu’à son éclosion. Derrière la sieste du voile se tient le corps du mot et ses trois niveaux de lecture.
Ensuite, les timbrés de la cymbale déploient une musique à cinq balles dont les sons déboulent sur la piste aux étoiles.
– Aïe dit l’une d’entre elles, vous m’avez tordu une branche.
Mais rien n’arrête le bruit qui court sur la surface du sable, pleuvant ses notes de course folle dont la précipitation s’entasse en strates atmosphériques. A mots couverts par le bruit des cinq balles, deux otaries s’époumonent, souffle rauque, les pings expirant sur des pongs aux poings serrés comme des pelotes de laine basques.
Tout le monde se demande ce que font les basques au cirque, à part avoir les nerfs en pelote, on voit pas.
C’est bas, mais c’est là ! Cela n’est pas celer.
Enfin, un bruit du côté de chez la cognée nous sort son dédale de pluvaisons, monté sur un nez rouge Géorgien clooneysque, il est attendu depuis le début,
ce Shere khan,
il a vaincu le dragon !
là, tout s’arrête. On sert les cannelés.
La piste reprend plus tard, il est tard, la nuit commence à tomber. Un dompteur la retient, elle rétablit son équilibre. Relève un pan d’obscurité. Elle est à tomber par terre tellement elle est belle, c’est une belle-de-nuit. Par-delà le jour et la nuit, c’est le tour du vif-argent d’en faire voir aux spectateurs, les enfants applaudissent et leurs paumes s’enflamment d’une ardeur enthousiaste d’aphorisme euphorique. L’acrobatie consiste en une volée de mots à pirouetter en deux temps, trois mouvements, en direction du solstice aérien et funambulaire des antipodes.
Du coup, ça clashe. Les flashs fusent.
Voilà.
A la brocante circulaire, si vous achetez un lot, vous avez droit à une réduction de mot. Un lot de mots croisés se réduit d’une lettre en commun. Par exemple, l’esprit croisé à Windsor, après une réduction d’s devient éprit, de la rose Windor.
J’ai encore du mot dans ma musette, mais ma musette n’amuse plus personne.
Pas même moi-même.
Alors pour décapiter la tristesse, je lui cruaute un tour de joie.
Elle tourne sur elle-même à l’infini, rebondit sur le bonheur de l’échappée, et rit de toutes ses rondes qui s’arrêteront un jour.
Ce jour là, la nuit tombera.
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Quand la nuit tombe
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Quand la nuit tombe,
Elle tombe des nues,
Des nuées s’élèvent,
Dénuées de lumière,
Elles s’élèvent en chaos.
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La nuit tombe en chaos dans le ciel,
Et le ciel sombre,
Profondeur dénué de lumière,
Dans le désordre de son puits,
Sonde la hauteur des antipodes,
A la lumière de ses ténèbres.
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La nuit tombe de haut,
Quand la mesure de son écart,
Entre le point de chute,
Et son impact d’arrivée,
Au point culminant,
De sa racine du ciel,
Arrive à son halo.
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La nuit est tombée,
Sans désastre,
Sans fracture,
Mollement,
Dans l’amorti du nébuleux,
Et la profondeur du mystère.
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N’en faisons pas tout un fromage !!!
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Le bris de mots
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Les mots en verre peuvent se casser.
Ils sont curieux, ces mots en verre,
Curieux envers les vers qu’ils forment,
L’envers du mot inverse son vers,
Et son vers à l’envers fait rêve.
Le rêve revêt un vert de prusse,
Qui parle le vers sans accent,
Sur le versant d’une poérime,
Aussi versée dans la culture,
Qu’une perle plongée dans la nature
Marine où corail et nacralité,
Font plus que force ni que casser.
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Et ça recommence…
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« Approchez, approchez mesdames et messieurs, car aujourd’hui, grande vente aux enchères ! Dans quelques instants, de jeunes apprentis saltimbanques vont vous présenter des mots ! Un mot pour tous, tous pour un mot ! Des gros mots, pour les grossistes, des mots de tête pour les charlatans, des jeux de mots pour les artistes, des mots d’amour pour les amants. »
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A commencer par une panoplie complète de gros mots arrivée tout droit du syndrome Gilles de la Tourette. C’est une coprolalie de collection qui vaut son pesant d’obscénités. De grande valeur, elle a appartenu à Wolfgang Amadeus Mozart, rachetée en 1901 par André Malraux, et actuellement en attente d’acquéreur de qualité.
Un échantillon :
– Espèce d’impôt sur les grandes surfaces de brocantes de mots.
– Espèce de facture en chocolat de Pâques.
– Redevance pour la téléportation de la vitesse de la lumière.
– Crevaison de semelles en crêpe.
– Crevette des mers du Niort.
– Devoir de résistance sale petite classe ouvrière.
– Guerre des gommes en caoutchouc naturel trafiqué.
– Crotte de mouchoir de poche.
– Nain de jardin potager bio cultivé sans engrais, sans terre, sans graine, et sans légumes.
– Tronche de cake salé à la tranche en biais.
– Ours de Cocagne musical art de la renaissance.
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Tout au long de la journée, des guides ayant droit au chapitre pourrons vous conseiller en la matière, n’ayez pas peur d’aller les solliciter, ils se feront une joie de vous orienter vers le mot recherché.
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En ce qui concerne les mots derniers cris, il faudra patienter. Tous les premiers écrits sont déjà partis, mais ceux-là ne sont pas encore arrivés sur le marché à la brocante.
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Un bouquet de bons mots sera offert à tous ceux qui oseront se mesurer aux mots d’esprits. Ils paraîtront peut-être modestes à certains, à côté de la collection Copro Lalique, mais ils auront le don d’éveiller la floraison des mots roses, dits « mots de soutènement ».
Un lot usé jusqu’à la syllabe arrive par colis-lumières dans quelques secondes, si vous voulez bien les attendre, nous vous les offrirons tout chauds.
Tiens, les voilà qui arrivent.
– Bouquet de pensées.
– Bouquet de pensées.
– Bouquet de pensées.
– Merci.
– S’il vous plaît.
– Avec plaisir.
– je vous en prie.
– Les bons mots sont comme le blé dans les champs : ils moissonnent le pain du bonheur quotidien.
Beaucoup d’amis sont comme le cadran solaire : ils ne marquent que les heures où le soleil vous luit.
La réponse est oui. Mais quelle était la question ?

Le génie est un cheval emballé qui gagne la course.
Ceux qui ne savent rien en savent toujours autant que ceux qui n’en savent pas plus qu’eux.

Idiot cherche village.

Pardon ! Pour le bon tri-mot dernier, c’est une petite annonce dont nous ne connaissons pas le sexe.
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Pour ceux qui n’ont pas prévu de sacs d’emballage, nous vous proposons la spirale du bois, l’emballage copeau colimaçon qui fera fonction. Un bruit de mots peut passer à travers, mais le petit filet de mots de bon goût vendu au stand des mots gourmands résoudra grammophoniquement le problème.
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En cas de réclamation, un échange de mots aura lieu.
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Les mots d’amour ne sont pas à vendre.
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N’oubliez pas d’aller découvrir le rayon à mots couverts, reconnaissable à son bras long et son voilage discret. Ils sont idéaux entre deux portes, pour faire enfler une rumeur.
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Les mots blessants sont bien gardés. Ils sont tous rassemblés dans un mot zoo laid, parqués par genre. Ceux qui font saigner sont dans l’aquarium des piranhas, comme ça, s’ils ne veulent pas se faire bouffer, ils n’ont qu’à bien se tenir. Ceux qui brûlent ont été déposés dans du coton garni de crème biafine. Ceux qui coupent sont dans le bac à sable, seuls les mots composés sont autorisés à y entrer, ce sont ceux qui risquent le moins. Dans une grande colonne, il y a les mots des profondeurs, des capteurs tentent de les enregistrer pour décoder leur langage, les naturalistes y travaillent. Pour l’instant, on ne sait pas s’ils sont dangereux, le quartier de sécurité les surveille avant d’en faire usage, comme vous pouvez le constater, cette brocante est très sécurisée, les proscrits sont réintégrés une fois montré lettres blanches.
Pour les mots frappants, il est prévu des cellules capitonnées.
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Un conseil, méfiez vous du mot le plus long, il n’est pas toujours bien vu dans tous les milieux. Si vous voulez le prononcer, prévoyez un moment assez prolongé pour aller jusqu’au bout. Installez-vous confortablement.
On y va ?
« Jevousenferaismoidesmotslongscommedesjoursarallongequiseprennen

tpourdestablesdemultiplicationsnonméhofautpaspousser ».

Comment ça va ?
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Bouquet de pensées.
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Est-ce que les mots bleus vous tentent ?
Regardez bien mes yeux.
Oui, j’ai compris.
Vous me direz les mots bleus, ceux qui rendent les gens heureux.
Je vous dirai les mots bleus, ceux que je dis avec l’œil bleu.
Y sont inclus les mots démodés, les mots doux, les mots tendresse, les chuchotés au creux de votre oreille, et ceux qui ne sont connus que par nous.
Allons, allons, ceux-là n’ont rien à faire sur une brocante. Sauf quand c’est vous qui me les dites au creux de l’oreille, et que main dans la main, nous sommes allés y flâner.
Mais chut !
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https://www.youtube.com/watch?v=V7EOrUEUaPI
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