Feeds:
Articles
Commentaires

Archive for the ‘désordre’ Category

A la suite d’une échange autour du sujet sur un réseau social, je me suis dit que ce serait amusant d’écrire une lettre à ces fameux moutons que nous sommes censés compter pour peu que nous ne réussissions pas à prendre notre sommeil.
Pour l’occasion, j’ai fait revenir à la plume et à l’encre madame Cyclopédie elle-même, qui n’hésite jamais à se lancer dans des polémiques moulin à venteuses, dès qu’elle en a l’occasion.

Lettre de madame Cyclopédie au troupeau de Panurge qui l’empèche de dormir la nuit

Très chers moutons, très chères brebis, très chers agneaux virgule
.
– Ligne suivante à la barre !
– C’est moi !
– Levez la main droite et dites je le jure.
– Je l’jure !
– Vous l’jurez quoi ?
– Ben, j’chais pas m’sieur !
– Bien. Très bien mon p’tit. Ce n’est pas grave, tu vas voir, ça va aller. Au fait, je suis une femme, madame Cyclopédie, c’est pas bien gentil, ça, de m’appeler monsieur. Bon, passons. Je déclare le tribunal ouvert.
.
Vu le procès verbal du dix dernier à l’appui,
Vu la décision du tribunal de grande instance de Thélème,
Vu l’abbaye par laquelle tout arriva,
.
vous êtes priés de cesser cette farce !
.
Cela fait maintenant plusieurs fois que, le soir, au coucher, vous débarquez sans invitation à mon chevet.
Il m’est apparu qu’en plus d’avoir un sens de la provocation plutôt développé, vous étiez dotés d’une qualité de ressort remarquable, couplé à une inéfficacité totale. Vous ne me faites pas dormir !

Car oui, le constat suivant m’amène à dire que non content de jouer à saute-par-dessus-vous, ne voilà-t-il pas qu’hier soir l’un d’entre vous, le plus téméraire sans doute, ou peut-être le plus inconscient, ce n’est pas impossible non plus, Dieu ait son âme, bien-essaya le grand saut de… par dessus mon dessus de lit.
Mon dessus de lit n’est pas une barrière à sauter ! Entendez-le !
Je ne sais pas pourquoi je prie pour l’âme de ce mouton là en particulier, sauf à savoir qu’il disparut de l’autre côté du lit, probablement dessous, et que je ne le revis plus, du verbe revivre. Enfin, jusqu’à ce jour où, plus dynamique qu’un autre, je sortirai cet appareil appelé communément un aspirateur…
Je ne me suis pas foulée, je sais !
Et ils sont encore là, épars, voletant au moindre souffle, enfin, comme je les imagine, puisque je ne suis pas encore allée voir dessous comment ça se présente.
.
Ceci dit, le dessus de lit se tient au dessus de ma tête dans les moments de grands envahissements d’énergumènes de votre catégorie. Ce dernier montre à mon égard une certaine forme de solidarité dont je le remercie vigoureusement. Toute inéfficace soit-elle, elle a le don de me réconforter en constituant une barrière protectrice entre moi et le reste de vos congénères encore présents en ces lieux.
Oui, je sais. Je dis une chose et son contraire, et alors ? Ça gène quelqu’un ?
Vous imaginerez aisément que, dans mon infinie détresse d’insolitude insomniaque, la recherche de la plus profonde obscurité soit une de mes meilleures contre-attaque.
Je ne comprends toujours pas pourquoi, ni comment, vous réussissez, malgré ce, à la traverser et à passer sous mes paupières pour arriver à ce que je vous compte. C’est pourtant ce que vous avez fait à plusieurs reprises.
Je n’ai pas besoin de me faire repriser les yeux, ce ne sont pas des chaussettes, d’accord ?
J’ai entendu dire qu’il suffisait de vous compter pour ne plus être génée par votre présence, et pour avoir tenté de le faire, je n’en vois pas le bout, est-ce normal ?
C’est pourquoi je vous accuse :
.
D’un, de passer et de repasser, sans aucune limite, sans que je puisse authentifier un seul d’entre vous.
.
Deux, d’utiliser votre ressemblance à cet effet pour abuser de mon infinie patience.
.
Trois, mais où est donc le berger ?
.
Vous n’avez qu’à inverser la tendance, et qu’on n’en parle plus ! Prenez exemple là-dessus, pardine !
.
.
Mouton et bergers 1
.
.
Donc, je me permets de solliciter votre grande bienveillance, dussé-je en passer par Panurge lui-même, afin de ne plus vous glisser à l’impromptu dans mes prises de sommeil.
Car je compte bien le prendre, oui, et le reprendre, même, ce sommeil.
Avec ou sans sauts de moutons, avec ou sans vous, oui, vous lisez bien, sans vous, blanches créatures à la fourrure épaisse que nos bergères filent à la quenouille et qui ne cessent de gambader au dessus de la barrière de mon dessus de lit pendant que la pauvre salariée que je suis tente désespérément de subvenir à des besoins primaires en vue d’être relativement en forme pour une nouvelle journée de travail le lendemain.
Dorénavant, si vous souhaitez venir vous faire compter, je vous prie cordialement de bien vouloir prendre rendez-vous au moins la veille, sachant que mon agenda est complet d’ici à trois mois, et toc !
Ce qui n’empêchera que :
Voici ma plainte en question, moutons, brebis, agneaux et dix de der,
ZZZZZZZZZZ RRRRRRRRR TIC TAC ZZZZZZZZZZ RRRRRRRRRR TIC TAC
DRIIIIING !
Oh non, pas déjà !
Siiiiiiiiiiiiii
.
Ah ! J’allais oublier.
Mes hommages et mes remerciements les plus confondus pour l’oreille attentive que vous préterez à mon courrier.
.

Madame Cyclopédie

.

Réponse du troupeau à madame Cyclopédie
.
Très chère madame Cyclopédie,
.
Nous accusons réception de votre plainte, très chère, et préconisons d’entrée un rassemblement à l’occasion de la transhumance numéro B 4258612 alinéa 2 du code de l’hypnotique publique afin de traiter votre demande au raid, baygon, catch et kapo réunis au sommet du colloque des plinthes à traiter.
Nous sommes dans une profonde affliction à la suite de la disparition de notre meilleur élément, qui était le moins reconnaissable d’entre nous, puisqu’il se chargeait souvent seul de cette tâche infinie qui consistait à se faire compter régulièrement dans l’hypothèse de provoquer le sommeil qui ne vient jamais, (car peu sensible à la provocation), et souhaiterions venir constater sous votre lit l’identité de celui qui s’y trouve peut-être encore. Une équipe d’autopsy viendra d’ici ce soir procéder au recueil de données. Nous espèrons que votre agenda prévoira un rendez-vous d’urgence, notre troupeau semble frappé du même fléau que vous depuis sa disparition, il s’auto-compte, et nous vous saurons mille gré d’accéder à notre demande.
Notre berger tient à préciser que la « photo preuve » d’une quelconque inversion de la tendance n’est que pure médisance, et n’est qu’une rumeur contre-électorale de plus à laquelle nos équipes insomnigènes ne réagiront pas. Panurge reste notre unique guide en ces prés.
Il est entendu qu’à la suite de cet épisode plus ou moins loufoque vous pourrez reprendre le sommeil de la juste. Nous nous engageons à respecter votre entière tranquillité à ce sujet. Et nous garderons bien dorénavant de venir nous faire compter à ces moments fragiles d’endormissement. Par contre, si vous souhaitez changer de décor, nous vous proposons de venir compter les étoiles dans le ciel, c’est un peu plus long, mais vous aurez peut-être la chance de rencontrer l’astéroïde B 612 sur laquelle vit un petit prince de notre connaissance.
D’ailleurs, il n’est pas impossible non plus que notre confrère disparu soit celui pour qui Antoine de Saint-Exupéry a dessiné une caisse, qu’il soit dedans, et sur l’astéroïde B 612.
.
Au plaisir de vous revoir.
.
Confraternellement.
.
Mouton arc-en-ciel, porte-parole du troupeau concerné et en son nom.
An de grâce 2017
.
.
Mouton arc-en-ciel
.
.
.
Un seul conseil ? Optez pour le mouton couleur, c’est bon pour le moral.
Et puis même sous les lits c’est plus gai.
.
.
.

Mouton insomnie 3

Publicités

Read Full Post »

La mi-temps de l’agenda ironique de février 2017 est déjà riche de recueils dont je vais faire l’inventaire dans cette étagère.
.
.
bibliotheque-vol-de-nuit
.
.
La lecture d’un livre, soit c’est facile et ça se dévore en un rien de temps, puis ça reste une légende ou ça s’oublie, soit ça se pense et se décortique tranquillement, et pour ça, il s’agit de prendre son temps, de faire des liens avec d’autres livres, de rassembler l’essentiel du sujet pour en intégrer la substance.
L’agenda de février cheminera à travers ceux de sa bibliothèque, reliant d’un trajet éclectique différentes sphères électroniques.
.
En premier lieu, c’est carnetsparesseux qui relaie l’agenda. Fidèle à son engagement envers lui, voici ce premier lien.
https://carnetsparesseux.wordpress.com/2017/01/30/fevrier-agenda-ironique/
.
Charlene V viendra prochainement déposer un peu de sa timidité à l’agenda, après avoir décliné le prix de la co-organisation de février et s’être félicité de l’avoir fait. Salutations respectueuses à toi, Charlene.
https://charlenevoirin.wordpress.com/
.

C’est monesille qui nous montre le chemin en nous offrant une ballade.
https://monesille.wordpress.com/2017/01/30/agenda-ironique-de-fevrier/
.

jacou33 commence à défibriller le terrain en passant par les studios fébriles de la chronique.
https://jacou33.wordpress.com/2017/02/01/agenda-ironique-de-fevrier-2/
.

La Licorne dépose un pavé de mystère, au doux prénom de Paul, Charles, Jules, né en 1951. Toute une culture.
http://filigrane1234.blogspot.fr/2017/02/agenda-ironique-le-livre-mystere.html
.

Valentyne recycle une deuxmillevingtroisième de couverture avec Patience et envisage la suite sans se presser. A quand « pour qui cloche le merle » ? Arrivera-t-il sans cheval avant la date butoir du 19 février ?
https://lajumentverte.wordpress.com/2017/02/05/a-lest-de-pandemonium-de-patience-steinbock/
.
En lisant les échanges autour de pandemonium, Célestine, avec son esprit visionnaire, nous apprend qu’elle avait déjà participé à l’agenda ironique de février 2017 en avril 2013 puisqu’elle écrit elle-même le roman dont elle va nous parler ici.
http://celestinetroussecotte.blogspot.fr/2013/04/quatrieme-de-couv.html
.
Emilie nous propose un entretien magistral où les grandes vérités sortent sans faire le moindre scandale, ordre et rigueur sont de mise, soyons fous, n’abusez pas de l’eau.
https://lespetitscahiersdemilie.com/2017/02/07/agenda-ironique-de-fevrier/
.

Le captivant Patte et son innommable sens de la narration (il n’existe aucun qualificatif pour le décrire) nous fait découvrir un auteur abouti. Tout comme il existe le poète qui cherche encore le poème-mot-unique-chef-d’oeuvre, Jean-Gilles Renflophoir brille à réussir son roman en épurant son style jusqu’à l’abscons le plus extrêmement clair qui soit.
https://1pattedanslencrier.wordpress.com/2017/02/09/concours-agenda-ironique-de-fevrier-2017/
.
Alphonsine nous emberlificote une petite annonce et emmêle les nerfs du lecteur autour, c’est tumultueusement un petit rien enrageant, mais lisez d’abord.
https://desnoeudsdansmonfil.blogspot.fr/2017/02/petite-annonce.html
.
« Pour qui cloche le merle » arrive bruyamment, bien avant la date auditive du 19, prévoyant d’olfactiver odoramment la suite des événements. Les adeptes de Patience, encore sous le choc du claquement sec de la mitraillette s’attendent à tout.
https://lajumentverte.wordpress.com/2017/02/12/pour-qui-cloche-le-merle-patience-steinbock/comment-page-1/#comment-15909

.
Charlene V ne recule devant rien, elle nous présente ici un livre choc qui réveillerait un mort, même que ça glace le sang.
Utoya – L’affaire Breivik « Le plus grand récit criminel de l’histoire » Interpol. De Laurent Obertone.
https://charlenevoirin.wordpress.com/2017/02/13/lhistoire-dun-monstre/
.
Suite logique de bibi, le dernier buis qu’on court de Flora Dardennes, « J’irai pisser sur vos tombes », aux éditions Latrines.
https://jobougon.wordpress.com/2017/02/15/jirai-pisser-sur-vos-tombes-de-flora-dardennes/
.
Monesille nous annonce une vraie critique. Elle a choisi de nous parler de :
« Le coup du lapin dans le coin du tableau ».
Même que son chat annonce plusieurs suites.
 https://monesille.wordpress.com/2017/02/15/agenda-ironique-de-fevrier-le-coup-du-lapin-dans-le-coin-du-tableau-tome-1/
.
Le coup de cœur de Laurence Delis : L’amour des mots qui nous envoie son collier de perles.
https://palettedexpressions.wordpress.com/2017/02/17/agenda-ironique-fevrier/
.
Les perles de chez Patchcath, la couleur du lait, de Nell Leyshon, « Mary aura bientôt 16 ans ». C’est en 1831, et il semble que les 30 dernières pages soient un peu difficiles… A découvrir ici :
https://patchcath.wordpress.com/2017/02/16/on-est-en-1831-et-mary-aura-bientot-16-ans/
.
Ariel nous propose une lecture du soir. Tout en délicatesse et en petite touches, de julien Green, un roman discret et subtil comme la grâce qui en émane.
https://plumedecomptoir.wordpress.com/2017/02/16/lecture-du-soir/
.
Carnetsparesseux prône la discrétion avant tout en critiquant les critiques et en faisant parler les livres. Après tout, ils peuvent aussi en dire autant de leurs lecteurs, en ayant voix au chapitre. C’est un livre qui vous veut du bien.
https://carnetsparesseux.wordpress.com/2017/02/18/un-livre-qui-vous-veut-du-bien/comment-page-1/#comment-7737
.
Loin de suivre les suggestions de la dernière critique littéraire, la liberté d’expression c’est aussi ça, voici un autre texte pour l’agenda ironique de février, cette fois l’ironie disparaît, c’est un vrai bonheur.
https://jobougon.wordpress.com/2017/02/18/la-foi-davant/
.
C’est un conte philosophique que nous propose Valentyne avec Izo, de Pascal de Duve, un livre existant réellement, et que l’auteur a écrit trois ans avant de mourir du sida, alors qu’il se savait condamné. Un coup de cœur qui, défini comme suit par Valentyne, est un livre qu’on a envie de relire juste après avoir dévoré la dernière page.
https://lajumentverte.wordpress.com/2017/02/19/izo-pascal-de-duve/
.
Un livre qui fascine les historiens, que « le couloir du monde oublié », de John Minh, aux éditions aléatoires, une critique fictive de Grumots, qui sait si bien nous convaincre qu’elle nous donne envie de le découvrir au plus vite.
https://grumots.wordpress.com/2017/02/19/critique-le-couloir-du-monde-oublie/comment-page-1/#comment-323 

.

 

Read Full Post »

« Les mots, ils ne demandaient rien d’autre que d’être heureux ensemble. Même pas heureux d’ailleurs, ils n’étaient plus si exigeants. D’être ensemble, c’est tout. »

…d’attendre demain.

C’était demain, et le jour commençait à flotter autour des persiennes. Il faisait comme un ruban guirlande qui allait s’accrocher jusqu’au plafond, à l’autre bout, ce qui donnait à la pièce une allure de sapin de Noël. Chouette ! J’allais enfin savoir si la fonte des mots avait eue lieu, ou bien pas.
Vite ! Un petit effort ! C’est que la température n’était guère élevée, l’idée du froid me bloquait la respiration. Mais bon, aller, courage ! Juste un petit effort, et je réussirais à sortir des draps bien chauds et à me lever.
La lueur blanchâtre filtrait jusqu’aux bordures des cadres de la fenêtres, quelque chose comme une lumière crue, le père Noël n’avait pas prévu la cuisson. Bien que je préfère l’été, avec sa chaleur, son soleil qui apporte des rayons rouges orangés, j’aimais bien cette impression d’irréalité qui ondoyait autour de moi.
J’enfilai rapidement une robe de K Gibbi, c’est un peu plus réduit, ou un peu moins étendu, c’est comme on veut. La chambre était encore plongée en traîne de nuit, avec quelques éclats d’étoiles épars sur le mur opposé aux volets.
Les dernières braises rougeoyaient encore dans le foyer lorsque j’arrivai dans la salle à manger, le feu ne tarderait pas à reprendre, il suffisait de recharger méthodiquement avec ces bûches savamment taillées à la mesure de l’âtre par les bon soins des bûcherons. Je n’omis pas de placer un journal froissé en boule en dessous, bien en contact avec les brandons, puis je m’approchai nonchalamment de la porte et l’ouvrit.
Ça alors !!!
Mais quelle ne fut pas ma surprise !
.
.
arbre-a-voeux
.
.


Non seulement le congélateur ouvert s’était rempli de tout un tas de lettres, toutes plus décorées les unes que les autres, et le froid n’avait plus la primauté du lieu. Mais en plus, les arbres étaient jonchés de feuilles remplies de mots, ils s’étaient rassemblés là pour ne pas disparaître, j’en versai une larme de joie. C’était probablement encore une facétie du père Noël, il dit toujours plus tard, plus tard, celui-là ! Et puis, c’est au moment où tu t’y attends le moins qu’il te fait une surprise ! Celle-là était de taille, de taille d’arbre. Et il ne me restait plus qu’à en cueillir les fruits. Il y eut alors, à cet instant précis, une idée fulgurante qui traversa mon cerveau. Ce qui me surpris beaucoup, car j’avais l’habitude qu’il soit lent. Que de présents m’étaient offerts cette année…
Pressée par cette soudaine inspiration, je repris la direction du foyer chaleureux où commençaient à s’élever à nouveau de grandes flammes dans la cheminée, et me saisit du téléphone.
– Père Noël ?
– Il dort encore, chère madame, que désirez-vous ?
– Oh pardon ! Bonjour, à qui ai-je l’honneur ?
– A son renne de tête.
– Oh ! Vous êtes combien, sinon, à tirer son traîneau ?
– Plus très nombreux, vous savez ! Nous vieillissons un peu, vous comprenez ? Vous êtes Madame Cyclopédie ?
– Oui, c’est moi.
– Il m’a chargé de vous transmettre un message.
– C’est lui, n’est-ce pas, les mots préservés sur les arbres à vœux que j’ai découverts ce matin dans mon jardin ?
– De quoi me parlez-vous, chère madame ?
– Ah ! Ce n’est pas lui, alors… Et quel est donc son message ?
– Il me dit que vous pouvez faire appel au magicien Morphée, qui saura très bien arranger tous vos petits bricolages. Ah, tiens, je crois que c’est le père Noël que j’entends, si vous avez un instant, je vais lui demander s’il désire vous parler personnellement.
– Merci, monsieur renne de tête, je patiente.
Une minute plus tard, la voix du père Noël résonnait dans l’appareil.
– Madame Cyclopédie, quelle bonne surprise ! Vous n’avez pas résolu votre problème de mots, je suppose ?
– Et bien si, justement, et pourtant, je n’ai rien fait. Je voulais vous en remercier, car c’est vous, n’est-ce pas ?
– Moi qui quoi ?
– Vous qui avez sauvegardé tous les mots ?
– Euh… Non, j’étais en distribution de présents cette nuit, mais vous avez fait appel à Morphée alors ? Peut-être même sans le savoir, j’imagine.
– Père Noël ?
– Oui, Cyclopédie ?
– Voulez-vous m’aider à cueillir tous ces papiers avec moi en dehors de votre temps de travail ? A deux, nous serions qui sait plus efficaces ?
– C’est que… Cela demande réflexion, madame Cyclopédie ! Vous savez, moi… 24 heures dans l’année, vous n’imaginez pas ce que cela demande comme énergie. Le reste du temps, je flâne, je volète, je me promène, et cela me va si bien.
– Père Noël ?
– Oui, Cyclopédie ?
– Père Noël, réfléchissez, vous me connaissez, je ne mets la pression à personne, mais les mots, vous savez, ils sont là, ils risquent les intempéries, alors, pensez-y s’il-vous-plaît. J’ai besoin de vous pour préserver leur plénitude.
– Envoyez-moi un courrier, madame Cyclopédie, et je verrai ce que je peux faire pour vous.
Nous avons raccroché. J’avais l’impression qu’il était heureux en disant ces derniers mots. Alors qu’au fond de mon cœur s’installait quelque chose comme un doux sentiment d’espérance, j’ai vu des feuilles tournoyer au dessus de moi, comme un vol de colombes, et je suis tombée dans les fruits du pommier.

Read Full Post »

A l’aube, ils tombent en masse du ciel, passent par dessus les remparts, caracolent au dessous des toits, descendent lentement entre les hautes maisons.
« 
Toute la lumière que nous ne pouvons voir. »

Antony Doeer

Il est tombé du mot toute la nuit. En ouvrant les volets, ce matin, une épaisse poudreuse de mots recouvrait le sol. La note elle-même ne réussissait plus à se faire entendre, j’ai du faire appel aussi au si pour que le son se rétablisse.
Alors, j’ai chaussé mes bottes d’orthographe et de grammaire, et je suis sortie dans le vocabulaire.
Ça pétillait drôle sous mes semelles.
– chercher !
– chose !
– sa et ce ne une !
Tout un bouquet de petits mots d’un seul coup, j’avais les oreilles pleines. Oh, mais quel orchestre ! J’osais à peine avancer dans la pétillance tellement c’en était presqu’effrayant de magie. Il y avait par endroit des congères entières qui s’élevaient majestueusement telles des murs recouverts, épinglés de feuilles jaunies, de pans entiers, de papiers entiers de bavardages, des panpapiers scribouillés, désordonnés, il aurait fallu une plateforme Robertisée pour ranger tout ça en empilements compacts, pour en faire des igloos. J’avais beau tourner mon regard de tous côtés, aucun démotusateur n’arrivait, que faisaient donc les employés municipaux ?
J’ai donc décidé de continuer ma progression, vaille que vaille.
– pourrait !
– gâchée !
– rare !
– serait !
– fleur !
Et puis, instinctivement, est revenu le goût d’antan. Je me suis penchée, et, ramassant toute une collection, j’en fis une boule que je lançai contre le pan.
Les mots fusèrent, dans un éclatement joyeux.
– parfaite vie vie une serait !
J’ai regardé couler les mots, ils fondaient, littéralement. Heureusement, les bottes étaient étanches. Car les flip-flops allaient rendre bientôt inaudibles tous ces petits mots tombés drus toute la nuit. Et ce galimatia ne pourrait plus se faire comprendre de qui que ce soit. Vite, il fallait agir.
J’ai fait demi-tour, et repartant vers la maison, je discernai encore :
– La est on à en !
Une première marche et encore,
– pas !
Une enjambée sur le perron, ouf, j’allais bientôt pouvoir éviter le dégel peut-être…
– passer !
Me précipitant sur le téléphone, j’ai composé le numéro sur le cadran, pas besoin d’annuaire, je connaissais le numéro par cœur.
– Allo ? Père Noël ?
– Oui madame Cyclopédie ? Lui même, c’est pour quoi ?
– Ecoutez-moi bien, il y a urgence, les mots sont tombés drus toute la nuit, j’ai voulu aller marcher sur leur tapis dehors ce matin, ils commencent à fondre, ils vont disparaître, faites quelque chose, je vous en supplie.
– Mais vous n’y pensez pas, ma bonne dame ! C’est que je suis occupé toute la journée, moi ! Trouvez quelqu’un d’autre pour remplir cette mission ! D’ailleurs, il faut que j’y aille, mon traîneau m’attend, les rennes commencent à piaffer d’impatience. A demain, madame Cyclopédie, si d’ici là vous n’avez trouvé personne, je verrai ce que je peux faire.
Il y a eu une seconde où la terre a tourné dans mon esprit, que vous le croyez ou non, elle a tourné et puis pfffftttt, je me suis retrouvée devant mon téléphone, d’où un son léger sortait. Une tonalité triste, le père Noël avait raccroché, sans que même j’ai eu le temps de lui dire au revoir.
Alors j’ai sorti le congélateur dehors, sur le perron, et je l’ai ouvert. Pourvu que cela suffise à atteindre demain.
C’est exactement à ce moment là, très exactement à cette heure précise, que la sonnerie du téléphone a retenti dans la maison. Je suis rentrée en courant, ai failli me prendre les pieds dans le tapis, me suis rattrapée de justesse à une chaise, me suis lancée sur l’appareil, ai décroché.
– Oui, madame Cyclopédie, bonjour !
– C’est bien moi, bonjour, c’est pour quoi ?
– Vous avez demandé un technicien pour démotuser votre jardin ?
– C’est une erreur, vous êtes des services techniques de la municipalité ?
– Oui, nous avons bien reçu votre demande. Mais la phrase est totalement en désordre, nous n’avons pas compris votre demande.
C’est une erreur, je vous dis. Oubliez ma demande, et merci d’avoir rappelé.
Ouf ! J’ai eu une de ces suées d’un seul coup ! Démotuser, et puis quoi encore !
Ils n’avaient vraiment rien compris.
Le père Noël avait du demander à ses rennes de les contacter pour me les envoyer, il valait mieux qu’ils ne s’en mêlent pas. Il me semblait préférable d’attendre demain.

 

Read Full Post »

René Magritte L'Art de la conversation

.
.

Un p’tit délire de vacances avec la consigne de Martine mais sans appliquer la règle de la disparition lipogrammique.

La majuscule :
Alors comme ça, tu minusculises les majuscules en prétendant que je ne pense à rien, n’est-ce pas ?
La minuscule :
Bah ! Faut dire, c’est tout d’même pas toi qui m’envoies du déroulement, qu’est-ce que tu veux au juste ?
La majuscule :
C‘est juste revoir une majuscule de temps en temps, dont j’ai besoin.
La minuscule :
D‘abord, tu voudrais me faire croire que la majuscule est délicate, ensuite, elle est tendre, et enfin, elle devient confiante, pour peu que tu l’apprivoises, les gens heureux n’ont pas d’histoire, c’est du moins ce que l’on prétend…
La majuscule :
Et puis quoi, encore ?
La minuscule :
Fiche toi de moi !
La majuscule :
Garde toi bien de penser un truc pareil, je ne banalise pas en rapport avec la taille, belle amie.
La minuscule :
Hep, je te rappelle quand même que l’autre jour, tu as osé prétendre que je me prenais pour le centre du monde sous prétexte que j’étais nombreuse.
La majuscule :
Il est évident que tu occupais tellement l’espace que je ne savais plus où donner de la tête, ouest, est, tu étais partout, quelle mégalomane tu fais parfois !
La minuscule :
Je te donne du fil à retordre, n’est-ce-pas ?
La majuscule :
Kesque tu vas pas chercher là, « vieilles biques », retordre du fil de minuscules, tu as donc perdu le nord, tordue que tu es ?
La minuscule :
Largement dépassé, ce nord, mon petit bouchon !
La majuscule :
Méééééh !
La minuscule :
Nan mais qui c’est qui se la joue « vieilles biques » plurielle dans l’histoire, c’est celui, qui dit qui l’est !
La majuscule :
Oh la puérile, mais je n’ai jamais dit ça, moaaaah !
La minuscule :
Paix à son âme….
La majuscule :
Quelle petite garce !
La minuscule :
Reste que c’est comme ça que tu m’aimes, aller, avoue, sinon tu t’ennuierais volontiers dans toute ta belle parade majusculaire comme un hit.
La majuscule :
Soit petite et t’es toi !
La minuscule :
Tant que tu ne me prendras pas au sérieux, j’irai sillonner du sud au centre, du nord largement dépassé, au sud-ouest mon préféré pour le foie de canard.
La majuscule :
Une fois, une marchande de foie, qui n’attendais que majuscule, décida de garder la foi, le crois-tu ?
La minuscule :
Vé, pour sûr, que je connais l’histoire, c’est même moi qui te l’ai racontée dans sa presque totalité !
La majuscule :
Whouah, la grosse mytho !
La minuscule :
X-traordinaire, enfin, tu me cernes de près, de très près, même, puisque je deviens aussi grosse que toi maintenant que tu le reconnais comme tel !
La majuscule :
Zentendez bien, très chère minuscule combien ce dialogue ne rime à rien, puisqu’aucune sonorité ne s’assonne à aucune autre, mais zavez bien raison, on s’en fiche, nous, au moins, on rigole de tout et de rien, n’est-ce pas ce qui compte ?
La minuscule :
Avec ta gueule de métèque on ne va pas remettre ça en repartantà zéro ?
La majuscule :
Bécasson, mais que si, nous zallons repartentationner tout depuis le début.
La minuscule :
C‘est du Zébulon, comme langage ?
La majuscule :
Décidément ma petite, vous mettez de la majuscule partout !
La minuscule :
Epi quoi, encore, Laissez moi au moins le dernier mot, puisque vous gardez la première lettre, cachez donc moi ce « f » que je ne saurais voir !
La majuscule :
fin, je vous l’accorde, accordez-moi ce « f », minuscule, n’est-il point ?

Read Full Post »

Ma participation à l’agenda ironique d’Août chez Martine : Merci de me laisser trace de votre passage dans le monde de ma grande folie douce.
Car toute minuscule soit-elle, je gage qu’elle saura admettre que la majuscule contrainte était nécessaire à sa créativité.
Bonne lecture à tous.

Et moi qui me débat encore avec ce terrible exercice de style, mais qui gagne chaque jour un peu plus de terrain.

Je serai chevelue barbue avant le 24 août, c’est dit. Yapuka. Avec deux essais en route, il faudra bien que j’en termine un. Car si la consigne est complexe, pour autant, visiblement, elle n’est pas impossible à remplir. Sauf que dans le style, j’aurais tendance à sembler un peu incohérente de prime abord, et travailler sur la clarté du langage m’ôte toute ma compétence. Furieux paradoxe que celui-là.

Attenter contre lettrine est un crime de lèse-prestige, fulminer ne modifie rien, même si c’est une solution d’hypoesthésie virtuelle.
Bien malgré lui, Eson suffoquait de vindicte devant tant d’indiscipline, son omnipotence se voulait incontestée, patente, manifeste, et il se faisait fort de l’imposer, surtout pas de vague, c’était la règle.

Ces minuscules n’en étaient pas à leur premier soulèvement, mais elles n’avaient apparemment toujours pas entendu sa domination.
Dorénavant, la stratégie à mettre en œuvre se nommait « influence peaufinée », il l’avait affûtée durant les siècles passés, à moult reprises, faire régner la peur pour convaincre et soumettre, il savait très bien faire, voire même encore mieux, puisque cela n’apparaissait plus de façon lisible, il était invisible, invincible, enfin, le pensait-il comme tel.
Eson n’avait jamais banni l’union du savoir assorti aux dispositions d’un plan adroit, nul n’irait sans lui, ni lui sans nul.
Fort de ce postulat, il s’avança vers le lieu des négociations.
Glandeur nature, le peuple des minuscules s’était rassemblé, arborant des banderoles de couleurs vives et brandissant des porte-voix tonitruants, ils étaient vingt et cent, ils étaient des milliers.
Hurlant que la fin des majuscules venait d’arriver, que le Nord sonnait le glas du sud, que le soleil devrait dorénavant se lever à l’Ouest, arguant tout et son contraire à la fois, dépêchant du missionnaire, [sic], satellisant de la fin du monde à tout va autour du grain de trop du grand et puissant Eson.
– « 
Il mélange l’évanescence du blanc avec son envers, chuchota la plus grande des majuscules au plus jeune des paragraphes, c’est un peu cruel tout de même ! »
– « 
Je gage que le résultat produira du chapitre, c’est la moindre des choses ! »
– « 
Kidnappons les interstices, il ne restera plus que la race dominante, c’est-à dire le grand maître et nous, ce sera le bonheur. »
– « 
L‘ouvrage ne voudra rien dire, sans eux, nous risquons de devenir bien insignifiants. »
– « 
Mais qui parle ainsi ? »
– « 
Nous, les livres ; réduits à quelques mauvaises pages, quel futur se profilerait sans la postérité des bibliothèques ?
– « 
Organisez un référendum et tentez de définir ce qui fera trait d’alliance, ce serait en effet regrettable de perdre le sens de l’identité de la culture générale. »
Particulièrement interloqué, Eson, à l’écoute des échanges d’idées, entrevit alors la brèche, mais suffisamment tard, quelques secondes gagnées et le flot des minuscules avait envahi l’édition en rangées bien alignées, régulières, légitimes et alternées, enfin, cadencées, devrait dire l’éditeur ensuite, car les majuscules s’étaient noyées dans la masse, elles formaient les îlots sur lesquels chaque section s’arrimait.
– « 
Quel chaos, rien ne se passe comme prévu, c’est à rendre perplexe un régiment de pictogrammes ! »
– « 
Restons logiques, pas de panique, ceci n’est pas un langage connu. » S’écrièrent de concert au piano un malabar bouchant d’une bulle la porte de l’échappée belle et un acolyte lieutenant coiffé d’une raie au milieu et d’un képi d’acier.
– « 
Tous ensemble, sinon rien ! »
– « 
Unissons nos forces, rassemblons-nous, l’avenir est là. »
Visiblement interdits, certains bouquins ne réagissaient même plus.
– « 
What do you say » ?
– « 
Xénophobes de tout poil, cessez d’exclure, de cliver, d’éradiquer, de rejeter, de castrer, d’eugéniser, j’en passe et des meilleures, vous vous en porterez tellement mieux ! »
– « 
Youpi, il fallait bien que ça arrive un jour, ces enfantillages idiots ont assez duré, serrons-nous les coudes pour le bénéfice de l’ensemble et l’existence de la littérature. »
Zoner du verbe de droite à gauche, de la majuscule du nord au sud, du milieu du centre au centre de l’est-ouest, n’avons-nous donc rien de mieux à faire que de guerroyer sans relâche jusqu’à faire disparaître de la minuscule ?

Ici c’est encore un peu le serpent qui se mord la queue, mais est-ce pour autant possible autrement ? Eson géant gagnant, où sont les petites minuscules libérées, si ce n’est remplacées par d’autres ? La performance littéraire est fabuleuse, mais le procédé décrit est plus que contestable. Lol, ce n’est pas le procès qui compte, c’est ce qui reste à l’intérieur des encriers. Tous les goûts sont dans la nature.

A moins que je ne sois pas allée assez loin dans mon raisonnement, auquel cas ce que j’y verrai ne sera plus ce que j’y ai vu à ce jour.

Pour ce qui concerne l’idée d’écriture à proposer pour le mois de septembre, je vais le mettre en forme, de quoi, je ne sais pas encore, mais ne tarderai pas à te l’adresser, Martine, dès qu’il est en page.


Read Full Post »

Il n’y a pas de Gabonais au numéro que vous avez demandé. Parlez après le signal sonore. Bip – Bip – Bip – Bi – Bop – Be – Bop – A – Lula.
C’est toujours comme ça, quand tu as besoin de ta meilleure copine parce-que tu sens que tu couves une grosse pintade, et que la pintade, c’est toi, bin croyez-le ou pas, ça fait râler de chez craquer.
Bon, dans ces cas là, il me reste encore une sortie de secours. Aller me payer un gloubi-boulga chez Casimir, ça tombe plutôt bien, il y a quatre jeudis cette semaine, voyons, voyons, jeudi ou jeudi ?
Plutôt jeudi au final. Quoique, jeudi, c’est pas mal non plus. Bref, je ferme les yeux, je lance mon doigt à l’aveuglette sur les jeudis de la semaine, et là… Surprise, je tombe sur jeudi. Ça tombe plutôt bien encore une fois, puisqu’on est jeudi. Ouf ! J’ai bien cru ne jamais m’en sortir.

Donc, c’est décidé, je file au carnet bleu, chez Casimir et Susy, sa copine la nymphomane, avec mon tricycle. On l’appelle comme ça parce-qu’elle est capable d’engloutir dix gloubi-boulgas d’affilées et d’avoir encore faim. Bon, tu me diras, avec Casimir, ils forment un super beau couple. Lui, il a la ligne arrondie devant, elle c’est derrière, ce qui fait qu’ils s’emboîtent si parfaitement bien qu’à eux deux ils posent pour les magazines Tao. Tiens, je vous envoie un portrait.
.
.
Pingouin de la banquise

.
.
Allo les studios, ce n’est pas tao cette photo, mais qu’est-ce qu’y fout… à la télé, tu veux pas qu’ça rende rogneugneu ! Rhhhôôô !
Bref, je continue.
Ils me surnomment le
dragon. Oh, c’est toute une histoire. C’était le jour où je leur avait commandé un smoothies barbe bleue. En fait, le bouchon doseur est tombé avec le curaçao, et la coupe était pleine. Je reconnais que je m’étais bâfrée, c’est pas tous les jours que t’es servi copieux dans un établissement pareil. J’avais juste pas prévu que mon estomac se retourne, dans un hoquet général, sur glace pilée, je vous dis pas, ça fait du désordre, comme une grosse gerbe. Alors ils m’ont raconté qu’à me voir déposer un renard triple boyaux sur le parquet fraîchement lavé, ils ont cru voir un dragon cracheur de feu bleu. Paraît qu’en Chine, y sont sacré, et protégés. Depuis, on en rigole encore quand on se voit.
J’adore les regarder travailler en cuisine. Ils sont inséparables, imparables, impeccables, imperméables, improbables, cherchez l’intrus, et tellement heureux d’être ensemble. Oh, ça ne se voit pas du premier coup d’œil, c’est fin, juste assez pour l’intuiter, à peine pour le voir pour qui ne les côtoient pas. Ils ont une grâce infinie à se savoir, à se sentir là, ensemble c’est tout, à se vivre. Ils dégagent une aura de fraise tagada, tagada, tagada, tagada tsoin tsoin, tagada, tagada, tagada tsoin tsoin, enfin, ils sentent bon, ils sentent le bonbon.
Deuxième acte, la scène se déroule devant la carte, le choix s’avère cornélien, mais ce n’est pas la première fois, comme on dit, les goûts et les couleurs…
Bref, les couleurs qui se faisaient plus vives, même si c’était le mois dernier, continuaient à se densifier, s’y fier, danser, dans ses fieffées cartes, les mélanges s’intensifiaient. Au point que même Casimir en eut des suées. Trop de couleur tue la couleur, divise-moi tout ça par une racine carrée !
Hippolyte son meilleur ami arriva juste à temps pour l’arrêter.
– Stop, fais gaffe mon vieux, choisis bien ton chiffre. Diviser de la racine au carré, c’est comme faire de la compote de pommes, si tu ne mets pas un peu de sucre, y’a comme un pépin.
– Ah ! Quel est le chiffre préféré des Français alors ?
– C’est le 28, parce que dans le 28, il y a 2 et il y a 8.
– Allons pour la
racine carrée de 28, je ne suis pas contrariant pour la futilité populaire. D’ailleurs, la popularité n’est pas mon fort. Il me semble que la maison a opté plutôt pour la qualité dégustative que pour le chiffre d’affaire. Mais quitte à marier les deux, je préfère que la clientèle sorte satisfaite plutôt que la bourse à plat. Je ne ferai pas un cour complet d’algèbre, ni un tour complet du cadran solaire, pour dire que la saveur ne se compte pas, bien au contraire, la saveur compte, c’est ce qui fait son goût de reviens-y.
Revenons-en à nos couleurs. Dans une comédie en trois actes, il y a comédie, et il y a …
Quatrième de couverture, passage à l’acte.
.
.

tomate1
.

.
– Je prendrai la coupe
paléobotanique s’il vous plaît.
Casimir se retourne et me toise de haut en bas.
Pour s’écrier de son bon ton le plus orange qui soit.
– Qu’est-ce que c’est que ce vous !?
Oh la la, je sentais déjà le clafouillis arriver, j’ai piqué un far, puis le nez dans un gloubi-boulga imaginaire pour tenter de sauver la façade. Peine perdue, et c’est rouge comme une pivoine que je bégeya lâmentablement dans la semaine des quatre jeudis.
Si vous voulez le numéro de mon répondeur, composez le gabonais absent et faites l’étoile.
Je vous remercie de votre attention dans le cadre de cette comédie en racine carrée de 28 actes, à partir de ce tombé de rideau, la scène sera jouée en cryptée.
.

 

Read Full Post »

Older Posts »