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Archive for février 2021

Le store vénitien

Il est à claire-voie et son caillebotis aux nuances boisées mélèziennes est si doux à caresser que Marie, à chaque occasion, ne manque pas de toucher ses planchettes d’une pulpe de doigt soyeuse, suivant amoureusement les jolies veines aux dessins mystérieux.

Son imagination la surprend parfois à rêver d’histoires toutes plus fantasques les unes que les autres.

Elle se dit à chaque fois qu’elle devrait les écrire, ces histoires, quand l’œil du bois anime son regard intérieur et vient mettre en perspective une somme de scénarios rocambolesques dont seul son langage a le secret.

Toute une multitude de personnages peuple sa densité. Les ondes solaires, suivant l’heure du jour, viennent souligner certains, mettant en valeur une existence, puis une autre. Les relations se nouent entre elles, se dénouent parfois, certaines disparaissent, d’autres arrivent, et à l’intérieur tout s’organise naturellement, dans le calme le plus olympien qui soit.

Ouvragé par le fameux architecte Lord Norman Foster, l’initiation du projet, depuis sa conception jusqu’à la réalisation complète et son installation ayant pris rien moins que sept ans, il va sans dire le prix de l’objet culte qu’aujourd’hui Marie parcours des doigts avec toute la douceur chaleureuse du grain de soie dans l’inaltérabilité du plaisir à laisser voyager son âme aussi loin qu’elle puisse s’aventurer, c’est-à-dire dans l’immensité illimitée de l’inimaginable imaginaire.

Ces derniers temps, les songes délimitent un espace dans lequel gît une ombre aux contours brumeux. Certains personnages apparaissent alors plus régulièrement.

Bénédictin et Louise, deux archéologues spécialistes du nocturnisme ligneux, équipés d’outils spécifiques à la mise à jour des ombres, creusent, fouillent, dénichent et éclairent morceaux par morceaux l’ensemble de ce qui gît dans cet espace, allant de surprises en découvertes, extirpant quelques doutes au passage, récoltant ça et là pistes de recherche diverses, identification des origines de l’ombre, remontées généalogiques, signatures conditionnées sous vide, conservées soigneusement jusqu’à ouverture, dissection de nécroses et autres fioritures.

Un concept paraît émerger de la fouille.
Qui est le suivant : tout signe d’appel d’une quelconque nébulosité est à considérer.

Sans aborder la question de la considération anxieuse, mais bien plutôt du côté pittoresque et singulier, chaque nébulosité contient son réservoir de force et d’endurance tout en maintenant à perte l’énergie du dispositif déconditionnable tant qu’il perdure.

Georges Buffalo, quant à lui, recense tous les points d’intersection d’où sont issus les détails constituant ce qui pourrait être nommé la qualité particulière de l’ordinaire.

Les pores de respiration du bois en sont la première manifestation.
Certains boursouflent, d’autres cramoisissent, d’autres encore présentent une pointe blanche, laissant supposer la partie cachée de l’iceberg.
Dans le dernier cas, Georges Buffalo fait appel à la compétence de Michaëlle Long et son outil spécial, qui viendra extraire l’ensemble en l’arrachant par la pointe.
Le corps de la partie invisible est ensuite passé à l’appareil converse, qui restitue la totalité en version poétisée à souhaits, tout en laissant émerger toute la beauté de l’émanation prismatisée originelle.
Ainsi, une zébrure tournée en vers devient une marbrure diamantaire dans la boiserie du store ; une bosse de chameau, un dos de perle huîtrière ; une écaille de tortue, un liséré d’or kintsugi ; et ainsi de suite.
Michaëlle nous a confié quelques bribes de poésie, pour illustrer par l’exemple l’effet de l’appareil converse.


L’épine discrète

Pointe n’en faut,
Quand sur la pointe des pieds,
Perchée sur une bosse de chameau,
La pointe du cœur vers l’amour tournée,
Elève son chapeau,
Vers le creux du souhait,
D’aimer d’un cœur léger,
Jusqu’au dos du chameau.

Pointe sans faux,
Jusqu’à faire reculer,
A la garde des mots,
L’étendue des contrées,
Aux larmes de couteaux,
Et sortir de la roche,
La larme bleue de l’épée bleue d’Antioche.

Point trop n’en faut,
De ces rigueurs givrées,
Mais vers le sud, temps beaux,
Dans l’effort de monter,
L’escalier des oiseaux,
Pour enfin s’envoler,
Sur la pointe des mots.

Point-virgule en duo,
Calame ensorcelé,
Embrasure d’à-propos,
Et finesse évoquée,
Feront pencher l’gigot,
Vers le Saint Héritier.



Un lecteur distrait pourrait se poser la question de savoir si Marie ne serait pas le diminutif de Marie-Cyclopédie.
Un mot attentif à Marie répondrait simplement que Gustave Eiffel n’est pas le peintre de l’origine du monde.
Un autre attentif à Cyclopédie pourrait passer pour un imbécile en affirmant que le Roi n’est mage que dans le jardin d’autrui. Et pourtant, pourtant… Rester. N’avoir pour seul secours que cette confiance enracinée dans on ne sait quelle profondeur nébuleuse, au cœur d’un jardin tout aussi mystérieux, c’est dire combien « n’obtient pas la myrrhe qui veut ».




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L’escarpement du parcours tracé à la voix d’alunir fait fuir les curieux du bocal d’escient déplacés par les buveurs de biens. Ainsi peuvent gravir allègrement la déclive ceux qui, créateurs de justes fantaisies, sur les hauteurs du Mont Fuji, d’un rythme jonglé constantatoire marquent les pages des livres oubliés.
Cette route de la légende écrite, endurablement lavée du volcan, surprend le voyageur par la précision de son pinceau.

https://ledessousdesmots.wordpress.com/2021/02/13/aux-gouts-nuances-le-vivant-saffronte/

Grande admiratrice du style nuancé d’un artiste hors du commun, j’ai un peu honte mais il m’est venu l’idée baroque d’imiter le genre rococo de l’artiste en éditant de temps en temps des micro-looping du caractère approché.
Voici le premier trajet, avec Hokusai pour illustrer mes petites promenades elliptiques en pays lettré.
Vous pourrez aller suivre les tribulations de cet artiste au sommet de son art jargonné avec le lien fourni ci-dessus.
Quand c’est grand et bon, il est bon de le reconnaître.
L’imiter est un défi.
Chaque exercice le relève.
Un grand bravo Max-Louis Doré à la Gustave.

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