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Archive for the ‘Grain de folie’ Category

Dans les commentaires de ma participation à l’agenda ironique de juin 2020, en réponse à Laurence, organisatrice du mois, j’évoquais l’idée de faire une suite à mon texte, intitulé « Dans le germe du silence », en laissant pousser tout un jardin naturel.
C’est une suite à laquelle je ne m’attendais pas, mais à l’image de la vie, l’écriture suit sa logique propre, aussi, j’ai laissé aller l’encre où il lui semblait bon d’aller.
Voici cette première suite qui a poussé d’elle-même.

Dans les pousses du silence
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La suite de : « Dans le germe du silence »
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La brouette prête une oreille attentive à la charrette qui se retrouve ainsi avec une oreille de plus entre les deux yeux.

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– Je vois.
– Ça fait quel effet ?
– Ben, un coton-tige de plus, des boucles d’oreille par trois, en fait par quatre, il n’existe pas de boucles à la Van Gogh.
– Mais encore ?
– Ce qui m’arrive est un peu différent.
– Un peu ?
– Beaucoup…
– C’est assez imprécis.
– J’entends en trois dimensions.
– Dans quel espace ?
– Encore innommé.
– C’est assez difficile à se représenter.
– Ce n’est pas un spectacle.
– Ni une pipe à la Magritte.
– Mais ça pousse dans tous les sens.
– Ça donne envie d’explorer, d’imaginer, de créer.
– Tout ça pour un son en trois dés ?
Les joueurs de Yam’s à la table d’à côté se retournent, les sourcils froncés.
– Chut, vous en faites un de ces boucan !
– Et puis c’est pas trois, mais cinq dés qu’on a pour jouer !
– Pffff, c’est dingue ce que les incompréhensions ont du bon. Je me vois mal porter une oreille de plus sur chaque joue !
– Pas grave, on n’a qu’à se pousser plus loin.
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Pousses de coton-tige 1
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La brouette fit signe à la charrette. Leurs roues se mirent à tourner. En ajustant leur vitesse respective, elles avancèrent de concert dans des grincements d’essieux à déboucher les perçants de cire d’abeille des tympans d’église. Elle a, au rez-de-chaussée, trois colonnes ioniques, et au premier étage, une galerie à plein cintre.
– C’est un concert de silence à cinq oreilles que nous venons de faire là !
– Tiens, ce serait donc une pousse d’oreille ?
– En mono, en stéréo et en ?
– Le récepteur n’est pas l’émetteur, mais pourquoi pas pentaréophonie, ou quinquaphonie ?
– Dis-moi la brouette, je me demandais comment nous pourrions entamer la discussion…
– J’ai cru que tu allais me parler du panier.
– ?
– Oui, celui pour aller cueillir les pissenlits.
– ??
(Dans une pousse de silence : Elle est bizarre cette charrette !)
– Je t’entends, j’ai une quinquaoreille, ne l’oublie pas !
– Bon, ok. C’est quoi c’t’histoire de panier à pissenlit ?
– Ben la fermière, elle va les ramasser avec un grand couteau.
– Oui, même qu’un jour, elle y est allée avec son fiancé. Et qu’est-ce qui lui a pris, à ce gus. Il s’est mis à lui faire peur en jouant du couteau avec elle, et elle en menait pas large. Lui, il s’amusait, enfin, pas tout à fait. Lui faire peur, c’était un peu pour lui montrer quelque chose qu’elle ne pouvait pas comprendre, ne sachant pas d’où la scène venait. Alors elle a pensé que la lame de la bascule vers la folie n’était pas si loin, et qu’elle devait s’en prémunir à l’avenir…
– Ah ! Le jeu de la pousse d’acier inox !
– Bouffer du pissenlit par la racine prématurément, je la préfère en salade.
– C’est là qu’intervient la sourde oreille ?
– Bein, pas tant que ça ! Une sourde-oreille fine comme comme une lame.
– Mais une fine lame douée d’oreille, c’est une épée ?
– Bah ! Cueillir des pissenlits avec une épée, fô voir…
– Un véritable feu d’artifice !!!

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Pousses de coton-tige 2
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Il était 10h51 lorsque la prof s’avança dans la grande allée de l’amphithéâtre. Les étudiants s’étaient rassemblés en masse, prévoyant sandwichs et boissons, ils savaient que le cours allait être long. Mais ils savaient aussi qu’ils ne le rateraient pour rien au monde. Il s’agissait d’apprendre à écrire des lettres, mais pas n’importe comment.
La prof, une grande blonde, élancée, atteint l’estrade et brancha prestement son ordinateur sur le rétroprojecteur. Puis, se saisissant du micro, elle commença d’une voix claire et bien timbrée.
– ça y est, ça commence ! Chuchota Rémy en pouffant du côté d’une petite brunette à ses côtés.
– C’est bien le style à la grande Gertrude, INIMITABLE !
– Que tu crois, Anaïs, que tu crois…
– Pffff, Tais-toi vieux singe !
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singe
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– Bien, vous êtes nombreux, ce qui est plutôt bon signe. Bonjour à tous. Nous allons commencer par : Dans quel ordre écrire une lettre bien pensée ? Qui veut donner son idée ?
– Bonjour Gertrude, bonjour à tous. Normalement, on marque la date et le lieu en premier.
– Bonjour Benjamin, c’est un bon début, mais vous allez voir pourquoi ce n’est pas toujours l’idéal de lettre en-tête, par exemple, pour aujourd’hui, nous pourrions noter que nous sommes le dimanche 24 Mai 2020, et que, l’université étant rattachée à moitié sur Le Croisic et à moitié sur Moscou, nous pourrions préciser : écrit à Croicou, ou encore, à Mossic. Quand voulez-vous poster cette lettre, Benjamin ?
– Euh ! Je ne sais pas, je ne l’ai pas encore écrite…
– Donc il me paraît souhaitable de n’écrire la date qu’une fois la lettre écrite. On commence par quoi alors ?
– Bonjour, moi, c’est Jacquelin. On commence comme je viens de le faire, en saluant.
– Et tu salues comment, Jacquelin ?
Jacquelin se lève et salue en inclinant légèrement la rête.
– Pas mal ! Ça s’écrit comment ?
– Comme ça se prononce.
– Ça peut !
– On peut commencer aussi par : La magie de l’intrigue se trouve à la dixième ligne.
– Pour une lettre du cœur ?
– J’écris comme un as de pique !
– Sur des carreaux, ça va bien se passer.
– Bon, ok, c’est noté. Qui aligne la deuxième ?
– L’alignement devra être parfait.
– Ce n’est pas le contenu ! C’est le mode d’emploi, ça.
– Fô planter le décor de l’intrigue, grande duduche !
– Arrête, Rémy ! C’est pas paske je t’ai traité de vieux singe qu’il fö me traiter de duduche !
– Ben c’est ça, dis-le devant tout le monde encore…
– Bon, c’est une lettre ou une scène, que vous êtes en train d’écrire ?
– Une scène de lettre, pouffa encore Rémy en s’étalant comme une crêpe sur sa voisine de fauteuil.
Gertrude :
– Aller, je vous aide un peu. Mon amour, ça passe aussi bien pour une femme que pour un homme.
– C’est pas un peu tendancieux ?
– Un peu trop orienté ?
– Mouais, plutôt amalgame ! Genre, la personne disparaît au profit d’un sentiment qui n’est jamais qu’un concept.
– D’autant que ça ne lui laisse même pas le choix d’être d’accord ou pas. Qui vous dit qu’au moment où elle recevra la lettre, cette personne va être dans les dispositions précises de ressentir de l’amour à l’égard de celle qui lui adresse la lettre ?
– Ah, les écrits sont bien compliqués.
– Bon, tant pis, passons directement à la dixième ligne, après tout, l’essentiel n’a pas besoin d’enrobage.
– Mais si nous écrivons la dixième ligne sans qu’il n’y ait les neuf autres, comment va-t-on savoir que c’est la dixième ?
– On numérote les lignes ?
– Ou alors on n’a qu’à dire : mon amour, voici la dixième ligne de la lettre que je ne t’ai pas encore écrite, en te souhaitant bonne réception. Et puis voilà.
– Et cette dixième ligne avec l’intrigue, elle est où ?
– Beh, si ça ne vous suffit pas, écrivez-la vous-même !
– Qui a une autre idée ?
– Hola ! On n’a jamais dit que c’était l’intrigue qui était à la dixième ligne, mais seulement la magie de l’intrigue, c’est pas pareil !
– Je n’imagine pas comment on peut écrire la magie de quelque chose en mots.
– Dans ce cas là, il s’agit de passer par la poésie.
– Oh, cela m’inspire, tels les grands singes devant un régime de pousses de bambous, au milieu d’une grande jungle sauvage, le gnou domestique cherchait encore comment il allait écrire sa première lettre. Inspirée par l’élan salvateur du boa constrictor, la belette, insérée entre le A et le C, entra dans l’estomac du reptile sans discuter. L’ordre, c’était l’essentiel à respecter. Alors ensuite pourraient venir le dromadaire, l’éléphant, le figuier, et cætera.
– Bof, pour la magie, tu repasseras §

– ² J’aimerais bien t’y voir, tiens ! Sans clair de lune !
– C’est quoi ce petit 2 ?
– Sais pas, il est arrivé tout seul.
– ² Tiens, le revoilà !
– Tu parles d’un ordre !
– Bon, pour l’ordre, vous avez l’adresse ?
– J’suis pas sûre, pas très recevable, tout ça !
– Et si c’était sa lettre ?
– Hein, et si c’était ça, l’être ?
– Ce désordre ?
– Cette pagaille ?
– Ce bavardage ?
– Cette magie de riens du tout qui font plus que raretés ou que simplicités.
– Alors, on l’écrit, cette dixième ligne ?
– Là-bas, au fond du bassin, une vertèbre se tord pour mieux voir la douce lumière qui remonte jusqu’au crâne traversé de pétillantes connections. Mais quelle est donc cette intuition étonnante qui ne cesse de venir éclairer mes canaux intergalactiques, qui vient et revient sans cesse, depuis plusieurs décennies, et que jamais, au grand jamais, je n’ai encore réussi à définir clairement ?
– Eh beh purée, elle fait quatre lignes, cette dixième ligne !
– Et sa magie est lumineuse.
– Mais reste obscure…
– L’intrigue serait-elle neuronale ?
– Par méconnaissance, oui.
– Bon, on va pouvoir l’envoyer, cette lettre.
– Et nous allons y glisser un trèfle à quatre feuilles.
– Oui, vous avez raison, c’est moins lourd que d’y glisser un fer à cheval, ou encore une dent de la chance.
– Pour la dent, il en faut au moins deux !
– Une mâchoire complète, pendant qu’t’y es !
– Tu te vois, recevoir une lettre avec une mâchoire dedans ?
– C’est plus une lettre, c’est un colis !
– Bien, Merci Jacquelin, merci Rémy, Merci Anaïs, et merci Benjamin. Et puis merci à tous. La semaine prochaine, nous verrons comment développer une idée dans l’lettre. En attendant, réfléchissez à une idée particulière, arrangez-vous pour qu’elle reste fraîche jusqu’au cours suivant.
Si vous n’en trouvez pas, je viendrai avec une liste, et nous choisirons laquelle traiter.
L’année dernière, nous avons passé deux ans sur l’idée de la racine carrée, jusqu’au moment où nous avons découvert que quelqu’un les avait taillées à l’emporte-frite. Je ne voudrais pas orienter la réflexion mais l’idée de l’occupation de l’espace me paraît être un fondement dans l’lettre.
Bonne réflexion à tous.

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Pénélopédie, dans le bureau de confinement, se tient confinée et à la disposition du public pour répondre aux questions et en faire une foire.
Bein ouais quoi ! Il faut bien détendre l’élastique du temps de temps en temps !
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Le chat fracture du crâne
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– Ici le bureau du confinement bonjour, Pénélopédie à votre écoute, j’écoute.
– Bonjour Madame, j’me présente, j’suis Cécile de Franche, j’aurais voulu savoir comment faire pour que la guerre se termine.
– Mais de quelle guerre voulez-vous parler, Cécile ?
– Ah ! Pask’en plusse, y’en a plusieurs ?
– Et bien oui, il y a la guerre des moutons, la guerre pis, celle des vaches à pis, qui déguerre-pis dès que le mouton prend le relais du pis, la guerre des toiles, celle des peintres qui dé-peignent la girafe, la warattitude, la warhabitude, la larve enfouie sous l’conflit, la larme artificielle déshydratée, le virus du vide, celui du co-corico, celui de la plume belliqueuse, de l’esquimaux, un peu froide, des cent zans, des trois, des détroits, des étroits…
– Vous allez me laisser en placer une !
– Pénélopédie à votre écoute j’écoute !
– Je veux vous parler de la guerre minée.
– Celle des mines anti-personnelles ?
– Non, les mines refaites.
– … (Pénélopédie en elle-même pense, aux mines défaites, mais ne pipe pas mot)
– Vous voyez de quoi je veux parler, Pénélopédie ?
– Je n’ai pas l’image, Cécile.
– Mais au moins vous avez le son. C’est déjà ça, c’est déjà ça !
– Donc, pour qu’elle se termine, revenons à nos pis à pendre.
– Pis que pendre, Pénélopédie, en passant par la vache, le pis de la vache, le mouton qui prend le relais, le pis du mouton auquel on revient toujours, pour s’y pendre.
– Cécile, je ne vous suis pas.
– Espèce de désobéissante, vraiment, va falloir que ça change !
– Non, Cécile, je ne dis pas que je ne vous suis pas, mais je ne vous comprends plus !
– Si, vous avez dit que vous ne me suivez pas !
– C’est une formulation, Cécile, juste une formulation.
– J’ai bien compris la formulation, Pénélopédie, vous avez une très bonne élocution.
– Electrocution ?
– Non, vous déformez mes propos !
– C’est que j’ai l’oreille musicale, sans contexte !
– Une chaise électrique musicale, chouette, je n’y avait pas pensé, merci Pénélopédie, je vais la chercher tout de suite.
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La Chèvre des Neiges..

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https://www.youtube.com/watch?v=WJKPuMIcPd4
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– Cécile ?
– …
– Cécile ?
– …
– Cécile, si vous m’entendez, c’est une chèvre électrique musicale ça !
– … Bèèèhhh… Bèèèhhh… Bèèèhhh…
– … Bip… Bip… Bip…
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L-affaire-Le-Chat
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« L’étrangeté d’une situation ne se mesure ni à l’équerre, ni au compas. »
Ainsi parlait Monsieur Zara, le créateur de la ligne vestimentaire dont les patrons sont tous travaillés au cordeau. « C’est pas que ça plombe, mais au moins, ça tombe droit ». Avait-il l’habitude de dire.
Donc, Zara, Zara Deschamps plus précisémment, rhabillait la population.
Il disait à qui voulait bien l’entendre, que le mot le plus fin dépendait toujours entièrement de l’oreille la plus grande. En tant qu’entrepreneur proche de la clientèle qu’il rhabillait, de saisons en saisons, il avait hérité d’une empathie nettement sur-développée, et la logeait discrètement au fond de ses orbites, juste derrière le nerf occulaire. Ce qui lui donnait un regard framboises , car la tumeur, de nature bénigne, voire même bienigne, avait tendance à provoquer chez lui une réaction lacrymale périodique pluri-disciplinaire, occasionnant de la sorte à ses globes occulaires une inflammation. Ladite inflammation récurrente ayant elle-même le don de multiplier les globes comme le feraient des cellules, donnait ainsi la forme framboisienne particulière d’où émanait son charme divin. La clientèle disait de cette particularité qu’il avait une « morula » à la place des yeux, voyez plutôt.
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Framboise
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Lors que son psychanalyste le recevait en bienséance, Monsieur Zara Deschamps prit soudainement conscience de l’immense chance dont il était l’héritier. Il avait un don, celui de voir la naissance de sa clientèle à travers le prisme de sa vision démultipliée. Doté d’un fort pouvoir de conseil et d’un solide bon sens, il savait satisfaire l’ensemble des personnes rhabillées pour la saison qui s’en trouvaient fort surprises, et tellement heureuses, qu’elles fidélisaient et ne s’habillaient plus que chez lui.
L’une des plus fidèles, mutine de son état, qui gagnait à être connue pour son style acrobatique, venait régulièrement le solliciter pour qu’il lui créé sur mesure une « jupe d’aliénation ». Elle disait ça, parce qu’atteinte de la maladie de saint-Guy, elle devait mettre du grillage autour de ses jambes pour empêcher que sa jupe ne s’envole en la soulevant d’un pas de danse involontaire.
Reine des échecs, elle eut un jour la tête coupée par une ruade alors que le cavalier de l’apocalypse, shooté à l’héroïne, tentait maladroitement de rattraper son âme qui s’envolait à tire d’ailes vers des auspices plus buissonniers. La tête sous le bras, la reine reprit les rênes et continua la quête de saint contoise sans se presser. Petits patins et coups fins tombèrent tout droit dans son panier jupon.
Jusqu’au moment où, en panne de papier toilette, elle invita son voisin le marquis à jouer au cadavre exquis. Elle récupéra ainsi, les publicités n’étant plus délivrées régulièrement, toute une collection de bons mots avec lesquels elle pouvait se t…..r l’arrière train en allant faire ses petites affaires dans la cabane au fond du jardin.
Celle-là, au moins, elle avait du style, disait Zara Deschamps en se le tournant de l’oeil droit à l’oeil gauche. Il aurait bien aimé soulever le voile de dentelles qui couvrait ses fines et longues jambes, mais la clientèle, c’est une chose. La vie privée, c’en est une autre. Il avait pour règle d’or de ne jamais mélanger les deux. Et puis prendre un coup de pied lors d’une danse, non vraiment, merci.
Une autre cliente remarquable un beau matin surgit dans la théïère du petit déjeuner de Zara Deschamps. Elle jouait à faire la course à dos d’escargot avec le lapin blanc d’Alice, celle des merveilles, lorsqu’elle déboucha sur l’allée menant directement à la tasse. Zara Deschamps faillit l’avaler. Heureusement que la coquille grattait la luette, ce qui eut le don de désaccorder ses cordes vocales, mais il n’eut jamais le ton de s’en plaindre. Sa voix prit ainsi des intonations rauques et sensuelles qui ne fit qu’accroître son charme dévastateur. Elle cherchait un chapeau fou, fabriqué par un chapelier qui le portait en pointe, comme les accordeurs de pianos.
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C’est Bobby, un pote à elle, qui lui souffla dans les bronches quand elle revint avec l’avanie du bocal, une fois le petit déjeuner pris et le chapeau sur la tête. Elle eut les bronches dilatées, se mit un mot à la plume de flamant sur la pointe des pieds. Il se dit que sa tête fut égarée en tombant sur une boussole martienne. Elle aurait perdu connaissance et accouché d’une étoile, allongée sur un tas de chaos qu’un sourd-muet avait maladroitement laissé tomber de sa sacoche en cherchant sa collection de timbres.
Après ça, les yeux de Zara Deschamps se fermèrent. La naissance est toujours un moment fort et délicat. Il convient d’être discret.
Quand il les a rouverts, il découvrit qu’il était atteint de diplopie visuelle occulaire.
Les doubles pétales d’une fleur de bégonia venaient caresser son nez, qu’il avait délicat.
Les doubles pétales d’une fleur de bégonia venaient caresser son nez, qu’il avait délicat.
Une jeune et jolie jeune femme se penchait sur lui en l’appelant « Docteur Zara Deschamps, Docteur Zara Deschamps » !
Une jeune et jolie jeune femme se penchait sur lui en l’appelant « Docteur Zara Deschamps, Docteur Zara Deschamps » !
Mais je ne suis pas Docteur, se disait-il entre deux sursauts de conscience.
Mais je ne suis pas Docteur, se disait-il entre deux sursauts de conscience.
La dame en question était journaliste.
La dame en question était journaliste.
Elle croyait avoir affaire au médecin de Camille Claudel, sa meilleure amie, à laquelle elle venait rendre de visite.
Elle croyait avoir affaire au médecin de Camille Claudel, sa meilleure amie, à laquelle elle venait rendre de visite.
Lorsqu’elle apprit son identité, elle lui commanda deux camisoles, au cas où son amie serait agitée.
Lorsqu’elle apprit son identité, elle lui commanda deux camisoles, au cas où son amie serait agitée.
– ça suffit ! Scrash !
C’était Camille, qui, du bout du couloir, gênée par le bruit de leur conversation, venait d’envoyer sa savate contre le mur pour qu’ils fassent moins de bruit.
– Vous ne voyez pas que je suis crevée !
Devant l’osseuse maigreur mortuaire de Camille, il en retrouva sa vue habituelle.
La seule coquetterie de la journaliste fut de lui faire cette demande : tailler les camisoles dans un tissu à fleurs, et pas n’importe lesquelles. Des bégonias ! Puisqu’elle portait ce nom avec beaucoup d’élégance, il lui semblait qu’entourer son amie de sa présence fleurie durant son absence saurait la réconforter au moment des crises. Zara Deschamps eut la maladresse de lui parler du « temps » qu’il lui faudrait pour fabriquer de telles caricatures de vêtements. Ce mot eut le don de dérégler son langage au point que le discours qu’elle émit ensuite n’avait plus ni queue ni tête. Les secondes, les siècles, les dinosaures, devinrent des dinocondes, des sisaures et des seècles. Il se hâta de s’éloigner, tout en lui promettant d’honorer sa commande au plus vite.
Il se resservit une tasse de thé.
Un courrier était arrivé, sa secrétaire l’avait posé bien en évidence sur sa table de travail.
Il poussa un soupir. La journée n’est pas finie, se disait-il, et je ferais mieux de remettre au lendemain ce que je pourrais faire le jour même.
Il glissa la lettre dans un journal, puis l’oublia.
Le lendemain, sa secrétaire, lisant les gros titres, et n’y voyant que ragots et bobards, le mit à la poubelle.
La lettre faisait état du désir de vagabondage d’une sculpture en marbre, réchauffée de pétrissage d’une artiste claudelle, qui se sentait devenir vivante. Elle n’arriva jamais à l’oreille occulo-morulée de Zara deschamps.
C’est aussi ce jour là, très précisément, qu’entra un client très spécial, prétendant s’appeler Monsieur Popples.
Est-ce ainsi que les hommes s’habillent, chapeau déchiré, vêtements en lambeaux ? Il se présente au magasin pour offrir un massif d’idées debout, roncées comme des pensées de l’aube, sans même faire minne d’être peu ou prou intérressé par les vêtements prêts-à-porter dont regorge la boutique. Zara Deschamps lui propose un manteau de fourrure en véritable renard, qu’il décline d’un « non merci » sans équivoque. Zara Deschamps, qui n’en menait pas large devant le ton rembruni du gugusse, finit par engager la conversation sur ceux qui n’ont pas la commande de leurs instincts, les garouttés du bocal de déconfiture, genre. L’autre le fusille du regard. On sent que ça gratte, ça griffe, ça pique, le massif d’idées recule devant l’oeil de velours de Zara deschamps, qui décide d’agir. Le tissu est doux, velouté, pas côt-côtelé pour un iota. Popples se calme et lui fait une confidence ou deux puis retourne à ses confits de canidés framboisiens.
Tout de même, se disait Zara, j’ai encore du boulot avec les psychopathes avant d’arriver à les aimer pour ce qu’ils sont vraiment.
Là-dessus, Zara tousse, tracassé par l’idée d’aller se coucher alors qu’il a p’tête choppé une mauvaise grippe rien qu’en voyant le bonhomme en haillons. Un frisson parcoure sa nuque. Il attrape le joli manteau de renard argenté et va prendre trois cachets d’aspirine.
Moralité : Quand Zara tousse, tracer la route pour éviter les postillons.
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Texte rhabillé pour l’agenda ironique étrange de mars 2020, qui hisse haut ses couleurs Zara Tousse Tralalalalère.
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Dali Salvador 1

En avant première : Prochainement, l’œil accouchera d’une étoile. 🙂

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Perle d'éclipse

Perle d’éclipse


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Une perle d’éclipse à l’éclat de diamant,
Traverse encore le temps dans le flot d’une rivière.
Le saumon qui la tient dans la gueule fait l’écrin,
Sur l’écran de l’horloge où se devine une main,
Avec deux grands pavillons suspendus à son bruit,
Aussi fugitivement que luit l’espace sur la grêle céleste.
La sphère irisée retient une sécrétion,
Ne gardant en son cœur que l’ultime précision,
Où se sculpte le trait d’une paix mitoyenne.
Tremblez dictes poètes aux surfaces bien polies,
Ici plus rien n’échappe aux creux de la folie,
Même la rage douce y creuse au fond du lit,
La trace de ses ténèbres, la lumière de la vie.
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saumons rouges

Saumons rouges du pacifique

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Le choix des mots, le choc des échos

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La-couverture-de-Paris-Match-n-3657-un-numero-anniversaire-exceptionnel_original_backup
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De ces mots renversés je n’ai nulle prétention,
Mais j’ai forte impression quand la phrase coule à flot,
Entraînant dans sa course les verbes du présent,
Qui roulent encore leurs bosses sur des graviers fluviaux.
Dans l’eau des verbes hauts se devine l’étonnement,
Entre gaufre et mouvement, l’eau de là fait bourgeon,
Et le chameau des maths indique la direction,
Vers laquelle vont les rondes espacées des remous.
Le bruit que fait l’orage tombe de la goutte au nez.
Elle crève de nuages, zèbre le mur du son,
Gifle la flottaison d’un sous-l’eau amorti,
Pour aller se noyer sous le flot de ses mots.
Ah, que n’ai-je encore dans l’évaporation,
Gravi en altitude jusqu’à disparition,
La montage de silence d’Alembert et Diderot.
Ah, que neige encore le flocon de l’écho,
Dans la tempête blanche des bourrasques passées,
Jusqu’à s’évaporer au seuil de son foyer,
Dans la douce chaleur d’une fraîcheur retrouvée.
De ces mots imposés, de ses flots composés,
De grâce épargnez-moi le choc de ses échos.
Car si je me joue d’eux, ils ont pied dans la lettre,
Et moi, de leur sérieux, je m’amuse de l’être.
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Paris Match N° 80553
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La vibration laisse émerger le grain de sable qui est là

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The Music 1895 - Gustav Klimt

The Music 1895 – Gustav Klimt


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La vibration :
Laisse-moi te dire quelque chose, l’émergence.
Je suis née d’une réunion de plusieurs longueurs d’onde, de rayonnements incertains, de lumières ténues mais tenaces, durables comme ces montagnes grignotées des pluies ruisselantes, rongées par mille vents embourasqués de chaos, d’enchevelures sauvages embranchées de feuillages, de douceurs moucheteuses aux duvets de tendresse.
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Le grain de sable :
Une vibration a atteint la roche, regarde, l’émergence, regarde comment je suis tombé de son sommet.
La tête d’une montagne n’est que repos pendant que les éléments viennent, dans toutes leurs déclinaisons, se cogner à elle.
Qu’est-ce-qu’elle fait, la tête ? Elle en perd un peu je crois.
Regarde de quoi je suis fais, moi, si petit et pourtant contenant un monde en entier dans mon grain.
Regarde l’émergence arriver qui était attendue, qui était espérée, que la vibration créa par cette insistance du temps et des intempéries.
Des intempéries je suis né, me voici.
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L’émergence :
La merveille des merveilles est arrivée.
Le divin enfant de la montagne vient d’arriver du fond des temps, né des intempéries qui n’ont fait périr personne, mais bien naître le divin grain de sable qui contient toute la création du monde en son cœur.
Que le grain demeure, que le vent se lève, que la pluie déverse ses perles d’eau !
La tête, dévêtue de son petit grain, reste tranquille, imperturbable, témoin du miracle que la nature lui offre en spectacle.
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La vibration :
Le roc, friable ?
Quelques prétentions qu’ait le temps de l’y amener, le roc a encore de beaux jours devant lui.
Il y aurait d’autres grains de sable que rien ne viendrait perturber la tête de la montagne, elle serait à peine moins haute, voilà tout !

Je suis là !
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Qui parle ?
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Le grain de sable, et toi, qui es-tu ?
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JESSIE ARMS BOTKE (1883-1971).png

Le dindon de la prétention


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Je suis le dindon de la prétention !
Le temps me fait chanter, et moi, je glougloute, je dindonne, je ding dingue donne.
Mais lorsqu’il s’agit de dindonner du sable que le temps commande, je grince des dents.
Car le sable s’envole dans le vent et pique mes yeux, pique ma crête, pique ma curiosité.
Et puis le temps, le temps !
Cet individu aux rênes grelottées qui conduit la mort, cet espèce de grignoteur insatiable, prétentieux et froid comme le néant !
Le temps, je t’en ferais, moi, des dindons de la prétention pour lui piquer les grains de secondes, de minutes, d’heures, de jours, de semaines, de mois, d’années, de siècles, de millénaires et j’en passe, pour recouvrir des plages entières léchées par l’espace de la mer, des plages de doux repos, de tendres entrechats, de saveurs oiseuses aux allures fruitées, reposants dans la ouate et le velours des coquillages somnolents, des dunes moelleuses gorgées de suaves effluves câlines.
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L’émergence :
C’est un dindon tout à fait convenable, n’est-ce pas, le grain de sable ?
Ne pourrions-nous pas le dépêcher du côté de l’horloge comics pour qu’il lui sonne les grelots de la plage du temps ?
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Le grain de sable :
Appelle Jacquemart, on verra bien si sa cloche veut bien arrêter de clocher sur la rampe de ses vibrations !
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La vibration :
Faut pas s’en faire, là !
Hop hop hop, hors de question d’éteindre mon ébranlement !
Laissez vibrer au cœur du monde la beauté de ma cause, juste parmi les œuvres de la bonté, alors hein, bon !
Touchez pas aux Grisbis du temps, ils sont réglés comme les pendules de fous co-équipiers des astres. N’allez pas jouer aux apprentis sorciers, laissez faire la fluidité des sons et la confiance naîtra des flux et reflux de mes oscillations, dans l’éternel retour au bercail du home.
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Topinambaulx :
Le son primaire de ta vibration, mon poto, va falloir qu’on cause de sa beauté.
C’est bidonné de farce de dindon, lardé de grains de malice, non ?
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Le grain de sable :
Qui t’es toi ?
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Topinambaulx :
M’enfin, y’me connait pas çuilà !?
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Le grain de sable :
Nan.
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La vibration :
Tiens donc, moi non plus, pardine !
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L’émergence :
Kiki ? L’est pas connu de nous.
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Le dindon de la prétention :
Sesraitipa un nouveau genre de légume ?
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Topinambaulx :
Rhhhôôôô les incultes ! Je suis une ville invisible, vous n’avez donc pas lu Italo Calvino ?
Nan mais, va falloir changer ça, épifissa encore !!!
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La vibration, l’émergence, le grain de sable, le dindon de la prétention, en chœur :
C’est un miracle !
La nuit des temps partant du principe que l’essentiel est invisible pour les yeux.
Alors, nous considérons, d’un commun accord, voire d’un accord commun que, dorénavant, ta ville ne fera que croître dans les jardins de la montagne du temps, et qu’arrosée des pluies, secouée des vents, tu puisses rester impassible et imperturbable. L’essentiel est aussi précieux à notre vie que le cœur de la montagne l’est à son temps.
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La nuit des temps :
Oh purée ! J’ai eu peur qu’ils m’occissent…
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Un des pendules de fou coéquipier :
Z’ont failli régler son compte à la nuit des temps, qu’on dirait bien…
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L’horloge comics :
Minute l’éclair, superseconde, Big-Mandrake-Ben, Iron-day, si on remontait un club des cinq ?
Ça vous dirait ?
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Minute l’éclair, superseconde, Big-Mandrake-Ben, Iron-day :
Enchaînez, enchaînez mon bon ! Vous n’imaginez pas combien nous en rêvions…
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Le dindon de la prétention :
Yep yep, on va pas les voir tous défiler non plus ?
C’était quoi l’histoire, au fait ?
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Le grain de sable :
C’est pas possible, pffff !!! Oukizonmillheurtêtesseula ?
C’était l’histoire de la vibration qui laisse émerger le grain de sable qu’est déjà là !
C’est mon histoire, quoi !
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Evasion vivement recommandée à travers l’agenda ironique de janvier 2020 qui démarre l’an tout neuf chez Véronique.
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«  L’essentiel est invisible pour les yeux », n’est-il point ?

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Ce mois-ci, véronique nous accueille avec une idée juste farfelue, de grande braderie de mots à revendre, allez-y voir.
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LA BROCANTE D’ÉTÉ ! C’EST ICI
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https://www.youtube.com/watch?time_continue=215&v=SHBGkpXgahc

 

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C’est la boule à qui ? La boule à Zéro ?

Oh, non ! C’est une boule de billard, mais géante, vu que c’est celle de Dieu.

Ah, il y est resté alors….

Où ?

Mais sur le billard voyons !

Ah bon ? Il est pas resté sur le corps ?

Le corps de qui ? Le corps de Dieu ? Le corps du Christ ?

Ah ah ! Sur le corps-billard !

Quelles belles hostilités. Vous reprendrez bien une hostie mon bon monsieur.
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« Approchez, approchez mesdames et messieurs, car aujourd’hui, grande vente aux enchères ! Dans quelques instants, de jeunes apprentis saltimbanques vont vous présenter des mots ! Un mot pour tous, tous pour un mot ! Des gros mots, pour les grossistes, des mots de tête pour les charlatans, des jeux de mots pour les artistes, des mots d’amour pour les amants. »
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Quand c’est la négresse verte qui le raconte au mot près, celui-ci réagit à peu près, ce qui le rend presque dedans.
Il était une fois une fée du jardin qui s’est arrêtée dans la ville de Juin pour monter un chapiteau où des mots vont faire leur cirque !
Il y a les tigrés du Bengale qui grondent sous les cerceaux enflammés du rire des enfants, bondissant à travers les gradins de la prononciation, effrayant au passage les mots affûtés découverts par Paul-Emile Victor dit « de la banquise en soie », qui la noue en articulant audiblement pour en faire surgir une colombe garnie de sa farce et satrape du collège de ‘pataphysique, veuillez, je vous prie, m’excuser si je reprends ma respiration.
Sorti du chapeau haut de forme, le chameau déambule, bosses à l’air, roulade à gauche, roulade à droite, crachoir serré entre les deux, la gorge déployée, tintinnabulant du gosier que la formulation demande, sinon de la hauteur, une souplesse dans les trapèzes aussi précise que complète. Ainsi, le numéro d’équilibriste qui est triste mais juste, ou tri-légiste, ou un truc comme ça, peut commencer la messe.
Certaines nuances d’air écaillent la surface, fendillant d’une coquille l’éclat de ribambelle des sens, jonglant qui d’un bas mi-long, ou long tout court, qui d’un don à se dandiner de la farce à attraper un 15 brumaire, va égaler le 19 au saut de puce et d’obstacles.
Laissez-moi souffler encore un peu, c’est comme qui dirait d’un seul trait, ou d’un jet, ou encore d’une poussée d’art, d’arche, d’Arxchimède, j’en bégaie et j’en bafouille…
Un éclair barré devient un sérum libre d’où jaillissent, fluides, les larmes joyeuses d’humeur à rebondir en cascades cristallines histoire de dévaler la roche jusqu’à son éclosion. Derrière la sieste du voile se tient le corps du mot et ses trois niveaux de lecture.
Ensuite, les timbrés de la cymbale déploient une musique à cinq balles dont les sons déboulent sur la piste aux étoiles.
– Aïe dit l’une d’entre elles, vous m’avez tordu une branche.
Mais rien n’arrête le bruit qui court sur la surface du sable, pleuvant ses notes de course folle dont la précipitation s’entasse en strates atmosphériques. A mots couverts par le bruit des cinq balles, deux otaries s’époumonent, souffle rauque, les pings expirant sur des pongs aux poings serrés comme des pelotes de laine basques.
Tout le monde se demande ce que font les basques au cirque, à part avoir les nerfs en pelote, on voit pas.
C’est bas, mais c’est là ! Cela n’est pas celer.
Enfin, un bruit du côté de chez la cognée nous sort son dédale de pluvaisons, monté sur un nez rouge Géorgien clooneysque, il est attendu depuis le début,
ce Shere khan,
il a vaincu le dragon !
là, tout s’arrête. On sert les cannelés.
La piste reprend plus tard, il est tard, la nuit commence à tomber. Un dompteur la retient, elle rétablit son équilibre. Relève un pan d’obscurité. Elle est à tomber par terre tellement elle est belle, c’est une belle-de-nuit. Par-delà le jour et la nuit, c’est le tour du vif-argent d’en faire voir aux spectateurs, les enfants applaudissent et leurs paumes s’enflamment d’une ardeur enthousiaste d’aphorisme euphorique. L’acrobatie consiste en une volée de mots à pirouetter en deux temps, trois mouvements, en direction du solstice aérien et funambulaire des antipodes.
Du coup, ça clashe. Les flashs fusent.
Voilà.
A la brocante circulaire, si vous achetez un lot, vous avez droit à une réduction de mot. Un lot de mots croisés se réduit d’une lettre en commun. Par exemple, l’esprit croisé à Windsor, après une réduction d’s devient éprit, de la rose Windor.
J’ai encore du mot dans ma musette, mais ma musette n’amuse plus personne.
Pas même moi-même.
Alors pour décapiter la tristesse, je lui cruaute un tour de joie.
Elle tourne sur elle-même à l’infini, rebondit sur le bonheur de l’échappée, et rit de toutes ses rondes qui s’arrêteront un jour.
Ce jour là, la nuit tombera.
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Quand la nuit tombe
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Quand la nuit tombe,
Elle tombe des nues,
Des nuées s’élèvent,
Dénuées de lumière,
Elles s’élèvent en chaos.
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La nuit tombe en chaos dans le ciel,
Et le ciel sombre,
Profondeur dénué de lumière,
Dans le désordre de son puits,
Sonde la hauteur des antipodes,
A la lumière de ses ténèbres.
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La nuit tombe de haut,
Quand la mesure de son écart,
Entre le point de chute,
Et son impact d’arrivée,
Au point culminant,
De sa racine du ciel,
Arrive à son halo.
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La nuit est tombée,
Sans désastre,
Sans fracture,
Mollement,
Dans l’amorti du nébuleux,
Et la profondeur du mystère.
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N’en faisons pas tout un fromage !!!
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Le bris de mots
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Les mots en verre peuvent se casser.
Ils sont curieux, ces mots en verre,
Curieux envers les vers qu’ils forment,
L’envers du mot inverse son vers,
Et son vers à l’envers fait rêve.
Le rêve revêt un vert de prusse,
Qui parle le vers sans accent,
Sur le versant d’une poérime,
Aussi versée dans la culture,
Qu’une perle plongée dans la nature
Marine où corail et nacralité,
Font plus que force ni que casser.
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Et ça recommence…
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« Approchez, approchez mesdames et messieurs, car aujourd’hui, grande vente aux enchères ! Dans quelques instants, de jeunes apprentis saltimbanques vont vous présenter des mots ! Un mot pour tous, tous pour un mot ! Des gros mots, pour les grossistes, des mots de tête pour les charlatans, des jeux de mots pour les artistes, des mots d’amour pour les amants. »
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A commencer par une panoplie complète de gros mots arrivée tout droit du syndrome Gilles de la Tourette. C’est une coprolalie de collection qui vaut son pesant d’obscénités. De grande valeur, elle a appartenu à Wolfgang Amadeus Mozart, rachetée en 1901 par André Malraux, et actuellement en attente d’acquéreur de qualité.
Un échantillon :
– Espèce d’impôt sur les grandes surfaces de brocantes de mots.
– Espèce de facture en chocolat de Pâques.
– Redevance pour la téléportation de la vitesse de la lumière.
– Crevaison de semelles en crêpe.
– Crevette des mers du Niort.
– Devoir de résistance sale petite classe ouvrière.
– Guerre des gommes en caoutchouc naturel trafiqué.
– Crotte de mouchoir de poche.
– Nain de jardin potager bio cultivé sans engrais, sans terre, sans graine, et sans légumes.
– Tronche de cake salé à la tranche en biais.
– Ours de Cocagne musical art de la renaissance.
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Tout au long de la journée, des guides ayant droit au chapitre pourrons vous conseiller en la matière, n’ayez pas peur d’aller les solliciter, ils se feront une joie de vous orienter vers le mot recherché.
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En ce qui concerne les mots derniers cris, il faudra patienter. Tous les premiers écrits sont déjà partis, mais ceux-là ne sont pas encore arrivés sur le marché à la brocante.
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Un bouquet de bons mots sera offert à tous ceux qui oseront se mesurer aux mots d’esprits. Ils paraîtront peut-être modestes à certains, à côté de la collection Copro Lalique, mais ils auront le don d’éveiller la floraison des mots roses, dits « mots de soutènement ».
Un lot usé jusqu’à la syllabe arrive par colis-lumières dans quelques secondes, si vous voulez bien les attendre, nous vous les offrirons tout chauds.
Tiens, les voilà qui arrivent.
– Bouquet de pensées.
– Bouquet de pensées.
– Bouquet de pensées.
– Merci.
– S’il vous plaît.
– Avec plaisir.
– je vous en prie.
– Les bons mots sont comme le blé dans les champs : ils moissonnent le pain du bonheur quotidien.
Beaucoup d’amis sont comme le cadran solaire : ils ne marquent que les heures où le soleil vous luit.
La réponse est oui. Mais quelle était la question ?

Le génie est un cheval emballé qui gagne la course.
Ceux qui ne savent rien en savent toujours autant que ceux qui n’en savent pas plus qu’eux.

Idiot cherche village.

Pardon ! Pour le bon tri-mot dernier, c’est une petite annonce dont nous ne connaissons pas le sexe.
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Pour ceux qui n’ont pas prévu de sacs d’emballage, nous vous proposons la spirale du bois, l’emballage copeau colimaçon qui fera fonction. Un bruit de mots peut passer à travers, mais le petit filet de mots de bon goût vendu au stand des mots gourmands résoudra grammophoniquement le problème.
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En cas de réclamation, un échange de mots aura lieu.
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Les mots d’amour ne sont pas à vendre.
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N’oubliez pas d’aller découvrir le rayon à mots couverts, reconnaissable à son bras long et son voilage discret. Ils sont idéaux entre deux portes, pour faire enfler une rumeur.
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Les mots blessants sont bien gardés. Ils sont tous rassemblés dans un mot zoo laid, parqués par genre. Ceux qui font saigner sont dans l’aquarium des piranhas, comme ça, s’ils ne veulent pas se faire bouffer, ils n’ont qu’à bien se tenir. Ceux qui brûlent ont été déposés dans du coton garni de crème biafine. Ceux qui coupent sont dans le bac à sable, seuls les mots composés sont autorisés à y entrer, ce sont ceux qui risquent le moins. Dans une grande colonne, il y a les mots des profondeurs, des capteurs tentent de les enregistrer pour décoder leur langage, les naturalistes y travaillent. Pour l’instant, on ne sait pas s’ils sont dangereux, le quartier de sécurité les surveille avant d’en faire usage, comme vous pouvez le constater, cette brocante est très sécurisée, les proscrits sont réintégrés une fois montré lettres blanches.
Pour les mots frappants, il est prévu des cellules capitonnées.
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Un conseil, méfiez vous du mot le plus long, il n’est pas toujours bien vu dans tous les milieux. Si vous voulez le prononcer, prévoyez un moment assez prolongé pour aller jusqu’au bout. Installez-vous confortablement.
On y va ?
« Jevousenferaismoidesmotslongscommedesjoursarallongequiseprennen

tpourdestablesdemultiplicationsnonméhofautpaspousser ».

Comment ça va ?
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Bouquet de pensées.
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Est-ce que les mots bleus vous tentent ?
Regardez bien mes yeux.
Oui, j’ai compris.
Vous me direz les mots bleus, ceux qui rendent les gens heureux.
Je vous dirai les mots bleus, ceux que je dis avec l’œil bleu.
Y sont inclus les mots démodés, les mots doux, les mots tendresse, les chuchotés au creux de votre oreille, et ceux qui ne sont connus que par nous.
Allons, allons, ceux-là n’ont rien à faire sur une brocante. Sauf quand c’est vous qui me les dites au creux de l’oreille, et que main dans la main, nous sommes allés y flâner.
Mais chut !
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https://www.youtube.com/watch?v=V7EOrUEUaPI
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Le printemps des poètes, c’est du 9 au 25 mars 2019

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Printemps des poètes 2019 2
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Ce matin en sortant de ma douche, je me suis arrêtée devant la penderie pour choisir une tenue adaptée à la saison.
Lorsque j’ai voulu prendre le petit pull gris que j’affectionne tout particulièrement, la manche du blouson en jean m’a attrapé le bras. J’ai senti le tissu rugueux retenir mon geste, et croyant tout d’abord à un hasardeux accrochage, (ma penderie est pleine comme un œuf), j’ai écarté vivement la manche et replongé mon bras vers l’étoffe repérée précédemment. Quelle ne fut pas ma surprise de voir toutes les manches des vestes se placer en travers de mon chemin et d’entendre soudain :
– Non, pas question de sortir prendre l’air aujourd’hui.
Les vêtements avaient l’air très sérieux.
Je me suis placée devant la porte grande ouverte, campée sur mes deux pieds, et leur ai demandé.
– Qu’est-ce qui vous arrive ?
Le premier cintre s’ouvrit d’un grand sourire et, montrant du crochet le calendrier mural, me répondit.
– Les vêtements ont droit à leur premier mai, ne compte pas sur eux !
– Mais… Mais… !!! Nous ne sommes pas le premier Mai !
– Et alors ? Un premier Mai le 10 Mars, qu’est-ce que ça peut faire ? Nous, on ne bouge pas, c’est compris ?
Devant le ton péremptoire des vêtements, prise au dépourvu, je n’ai trouvé qu’à bafouiller platement :
– Mais enfin, qu’est-ce que je vais mettre, moi ?
Le petit pull gris ouvrit alors largement son encolure pour prononcer ces quelques mots.
– Et bien, tu n’as qu’à t’habiller de poésie !
Stupéfaite, j’ai entendu le peignoir de bain ricaner, et la combinaison de ski s’est rencognée dans le fond de la penderie d’un coup de zip pincé.
J’ai voulu tirer sur le petit pull gris mais il avait disparu sous un monticule de lainages colorés.
La même petite voix que tout à l’heure, amortie sous les étoffes, rajouta alors.
– Puisque c’est le printemps des poètes, nous, on va se reposer les fibres, pendant que toi, tu iras chercher de quoi t’habiller dans l’art poétique.
Plusieurs voix surenchérirent.
– Notre premier mai à nous, ce sera cette année du 9 au 25 mars, et ce 20ème printemps tournera autour de la beauté, alors, c’est plutôt chouette, non ? Nous t’avons fait grâce du 9, tu devrais nous en être reconnaissante.
Désemparée, j’ai acquiescé, puis me suis mise à réfléchir.
S’habiller de poésie sur le thème de la beauté, ça n’allait pas être coton, mais alors pas coton du tout ! Enfin, je n’allais tout de même pas sortir en peignoir de bain.
Alors j’ai pris un crayon, du papier, et me suis installée à mon bureau.
Ensuite, j’ai commencé à écrire.

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Pour m’habiller de poésie,
J’ai tissé du verbe et du bruit,
Et les oiseaux sont arrivés,
Chargés de plumes ramassées,
Et les abeilles ont déposé,
Du miel d’or, des fleurs d’été,
Et la lumière s’est irisée,
Autour de la trame de papier,
Et soudain une robe arc-en-ciel,
Déplia deux superbes ailes,
Pour se glisser autour de moi,
Dans un lent mouvement de dentelles,
J’ai vu un bas de pyjama,
Glisser doucement sous les doigts,
Des gants de peau doublés de soie,
Et se plier sur un dossier,
Pour s’endormir les poings fermés,
Un escarpin couleur soleil,
Prit la mesure de mes orteils,
Puis d’un talon preste et léger,
Claqua son pas de menuet,
Pour dire à l’autre d’arriver.
A que d’atours, me dit le jour !
Seriez-vous la muse de l’amour,
Que la nature vous vêtisse,
Presque aussi bien qu’une pelisse ?
Une brise légère et passagère,
Couvrit mes épaules d’un ton fier.
Que dis-tu donc, jour des poètes ?
Mais où as-tu donc mis ta tête ?
La beauté n’est rien à côté,
De la plus profonde des bontés !
Et de l’amour, qu’en sait le jour ?
Le cœur de la nuit est serré,
Devant la splendeur des étoiles,
Mais le cœur de la nuit dévoile,
La beauté bien mieux que la moelle,
Des os qui furent sous la pelisse,
Du temps de l’animal en vie.
Ainsi le jour de poésie,
Habillé des bruits et du verbe,
Redressa là toute sa superbe,
Et lança une rime à la pluie,
Pour qu’elle arrose le vert de gris.
La bonté qui passait par là,
Devant la couleur en émoi,
Décida que le vert serait,
De l’arc-en-ciel le mieux paré.
L’amour alors prit son envol,
De son arc et d’une parabole,
Enveloppa toute la beauté.
Ainsi de sa lumière nimbée,
Le jour en fut tout rhabillé.
C’était un dimanche enchanté.
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Jasmine
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Mais je n’étais toujours pas habillée. Enfin, c’était étrange, je l’étais mais je ne l’étais pas. Alors j’ai attrapé un rayon de lumière sur lequel j’ai tiré, puis me suis vêtue d’un morceau de ciel bleu où naviguait un petit nuage tout blanc.
Mes charentaises en peau de mouton acceptèrent de me chausser à condition que je leur retire les talons aiguille inconfortables qui leurs piquaient la fourrure.
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Le lendemain était un lundi. Le placard resta fermé à toute sollicitation, les portes coulissantes bien bloquées, ramassées sur elles-mêmes. On les aurait crues presque comme prêtes à bondir.
J’ai un peu essayé d’insister pour les ouvrir, sans succès, et repensant à la rébellion de la veille, je manquai de courage pour affronter à nouveau toutes les manches des vêtements.
Je me suis dit : Il faut trouver un autre poème habillé.
Cette fois, la rime se refusa à moi. J’essayai la prose. Pas mieux.
Je me suis souvenue qu’il y avait un grand sac à grains en jute au grenier, vestige du temps où toute notre famille se réunissait pour participer au prix inter-poulaillers.
En taillant trois ouvertures pour laisser passer la tête et les bras, j’ai réussi à bricoler une tenue rudimentaire.
En matière de poésie, cette fois, ça faisait plutôt beauté rupestre.
Je préférais ma robe arc-en-ciel mais elle avait décidé, elle aussi, de résister en restant clouée sur le calendrier des effets de fées. Et puis, tout bien réfléchi, un nuage, même entouré de ciel bleu, c’est tout de même un peu humide.

Voilà !
Je me disais :
Et vous,
Si vous deviez vous habiller de poésie,
Vous le feriez comment ?

Géraldine écrit :
Le verbe plisser croisait ses deux s autour du chant des pinsons pendant que celui de vêtir enveloppait le doux bourdonnement des abeilles.
Durant un court instant, les vibrations de toutes leurs petites ailes ont recouvert ma peau d’une caresse légère et subtile, mais transparente. Dommage, c’était bon de se sentir enveloppée de ces minuscules battements translucides.

Alexandra écrit :
Lorsque j’ai saisi le casse-noix à pleines mains, j’ai senti la douceur de son bois chauffer mon corps entier et l’envelopper de cette vibration toute irradiante. Comment décrire un tel délice sinon en inventant une image. Je crois que c’est comparable à être dans l’œil du typhon, ou encore baigner dans un scaphandre à l’intérieur duquel circuleraient des milliers de bulles éthérées.

Adelune écrit :
Comment d’une fanfreluche à étamine j’ai revêtu une parure de myriades de lucioles, comment ces petites bestioles ont déposé sur ma peau leurs petites pattes grenues et comment ces petits corps serrés ont su faire de leur tapis dru la plus belle étoffe que l’humain ait jamais eu la joie de porter.
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C’est à Vous.
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Vous pourriez, par exemple, commencer votre texte par :
J’aimerais m’habiller de poésie comme on se vêt d’un habit du dimanche.
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joconde 4
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Aller, tiens, une petite divagation du matin.
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moineau_et_cerises___estampe_-chadel_jules_clafouti céleste et jumeleine
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L’acajou divagador
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J’ai relu
Mépatou
Et partout par contre
Le culinaire vocabulé
Du vocabulaire cuisiné
Exhale un parfum d’encrier
Dans la craie de mon tableau fou
Et l’encre collée au papier
Sur la peinture où crisse la craie
Tente bien de déshabiller
Le vocabulaire cuisiné
Sous la purée des mots cajous
Ceux à la noix touchent la joue
Du cœur de l’ambre d’avant-goût
Il s’impose à moi l’avant-goût
Prémice d’une syntaxe ordonnée
Sur l’abscisse de la volonté.
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Ecrit pour ne pas oublier d’aller voter l’agenda ironique de janvier chez carnetsparesseux.

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Code de la pensée publique 2
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De la prose alexandrine naît parfois quelques sourires taquins d’origine suédoise ou polonaise.
A la ligne porteuse des couches d’ozone, l’entonnoir oppose un chant signé humour. C’est Jules qui pourrait en parler. Rien n’est plus bête qu’un pied de vers, qui prend le pied de la lettre comme un voyageur qui prend un train. Et en alignant le pied sur un carreau, Jules s’aperçut qu’il sonnait les cloches à pied d’oeuvre. De là à dire que le pied est beau, il n’y a pas loin. Jules étudia la structure du pied de la lettre et ne put que constater l’angularité bien droite de ce pied compassé. Fort de cette découverte, il s’aperçut alors que le vers dépassait le carreau. Il s’empressa donc d’avertir un pléiade qui prosait par là que l’égalité de l’alexandrin n’était plus à prouver, et content du saut qu’il venait de faire sur un seul pied, il enfila une pantoufle en suivant la cloche au pied des vers.
Les cloches clochaient, les vers versaient, et la pantoufle s’ozônait l’angle droit pendant que le gauche égalisait les côtés du carreau.
C’est de la faïence de Louise Bonne, affirmait l’alexandrin taquin pendant que l’égalité proposait à la pantoufle de s’associer au saut de puce de l’écriture douce et soyeuse qui filait centre à terre dans la dimension sous-solaire du déclin de la matière littéraire.
Je n’ai pas dit mon dernier mot dit la matière dont la table faisait un jeu de vers, « Le jeu des tables de vers », en tablant sur la matière pour appuyer ses sous-titres.
Ainsi commença l’étrange histoire du code de la pensée publique à l’article de la vie bien pendue dont les ténébreux vers marchaient sur la tête chaussés de pantoufles vertes prairies, à saut de cloches interposés, et aux sons et lumières scintillants de clarté.
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Code de la pensée publique

Code de la pensée publique


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