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Archive for décembre 2015

Car la pierre criera du mur, et le scarabée du bois devra répondre”.

Cherchons des mots en lyre,
Pour loger nos désirs.
Trouvons des mots empire,
Des mots où nos soupirs,
Seront silences d’or,
Chargés de l’égrégore.
A l’endroit d’un bout d’âme,
Nous avons vu la flamme,
Et le corps du dehors,
Sertit le bijou d’or.
Il suffisait d’un mot,
En lyre et contre trop,
Pour doser nos aurores,
Dans le cercle des corps.

 

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Des intentions, des attentions,
Les mots se chargent dans les ronds,
Libérant de leurs ricochets,
L’onde des matins de la paix.
Ils sélectionnent les vents d’aurore,
Et donnent du sens à nos accords.
De l’infusion naîtra la voie,
La direction que tu voudras.
Ainsi fragiles sont nos coquilles,
Quand tu tournoies dans la myrtille.
La république donnera du sel,
A la rature du mois de miel.
C’est de toutes les déclarations,
La plus infuse de mon guidon.

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« La Vérité est un pays sans chemins »
Krishnamurti

J’ai beau tisser du miel,
Il fait la sourde oreille,
Mijoter du soleil,
Il pare mon arc-en-ciel.
Alors je boude un peu,
Fais ma tête de mule,
Pendant qu’il fait son jeu,
De lumière à la lune.
J’ai beau chauffer le son,
Sous la poêle à rugir,
Il me sort son carton,
Vert à me faire blêmir.
Croyez bien que mes fils,
S’ils n’étaient électriques,
Serviraient à la pile,
Eclairant sa boutique.
Il est pire qu’un chameau,
Cent gouttes feraient l’ivresse,
Sous un autre chapeau,
Mais moi je fais sa messe,
Car de tous les langages,
Lui seul sait me parler,
Des oiseaux de passage,
Qui viennent lui raconter,
Que la porte du sage,
N’a rien à lui envier.
J’ai beau piaffer du foin,
Piétiner le tapis,
Il voit venir de loin,
Mes ébauches de dépit.
Alors dans une antenne,
D’insecte un peu bousier,
Il m’emmêle la fredaine,
Dans un rêve de papier.
Et de ce grand voyage,
A ses pieds moi je gis,
Perchée sur mon nuage,
Où sa bouche me sourit.

 

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Ouvrir une fenêtre sur l’abysse de l’inconnu n’était pas chose simple, et pourtant, un explorateur avait décidé de relever le défi. Il s’appelait Paul Alexandre Lebon.
Pour s’équiper, il avait choisi les outils les plus divers mais les plus simples, en avait fait une synthèse, puis s’était mis au travail.
Il avait commencé par faire le tour du monde pour rassembler autour de lui les connaissances des explorateurs les plus ingénieux, afin de constituer la banque de données la plus fournie possible, qui régulièrement était complétée, discutée, partagée.
Puis l’expédition s’était montée, une fois les territoires identifiés. Un plan d’actions progressif venait indiquer la méthode à employer, rien n’avait été laissé au hasard, bien que pourtant toutes surprises y étaient justement les bienvenues. Car c’était là le paradoxe, avoir une discipline au millimètre pour aller débusquer l’inattendu.
Enfin, entouré d’un groupe de volontaires curieux d’aller à la découverte des profondeurs, Paul Alexandre décida de la date du départ. C’est toujours un peu empreint de fébrilité, les départs d’aventure. Les plus impatients durent freiner leurs ardeurs afin de progresser dans la sécurisation la plus réalisable qui soit, aucune prise de risques inutiles n’irait mettre en péril une telle démarche.
Vint donc le moment de se mettre en marche.
Le groupe rassemblait vingt et une personnes, y compris l’organisateur de l’expédition, toutes de milieux très différents, mais réunies autour du projet d’exploration avec une même volonté de découverte de l’inconnu.

1 Marine, qui étudiait les milieux marins depuis quelques années, espérait en retirer de nouvelles compétences. Les dernières mois de recherche lui avaient donné l’impression de stagner, elle avait besoin de se renouveler et d’avancer dans de nouvelles directions, et ce voyage allait peut-être lui apporter de nouvelles sources d’évolution.

2 Bienvenu avait un rêve, celui de tout comprendre. Il dévorait livres et œuvres de penseurs, assoiffé de tous raisonnements lui permettant d’y voir plus clair. Toute utopique soit sa recherche, elle lui permettait malgré tout de ne pas sombrer dans un pessimisme désabusé, de garder l’espoir chimérique mais porteur de réussir un jour à tout comprendre et de constituer progressivement un art de vivre en équilibre.

3 Roger voulait changer le monde. Il poursuivait l’idéal d’un monde meilleur, en paix, fait de petits bonheurs simples. Il pensait trouver dans l’abysse de l’inconnu le truc qui l’aiderait à approcher cet idéal.

4 Hector était un résistant qui venait chercher la force de résister. Le monde de l’image avait figé le mouvement en le fixant sur une pellicule glacée. Il tentait de réveiller la douceur du printemps dans les clichés endormis.

5 Gatien était un résistant potentiel qui cherchait à quoi résister. La routine, la violence, l’indifférence, les interdits à l’emporte pièce, l’injustice ? La liste était longue. Il tentait de trouver une hiérarchie cohérente.

6 Gaël entrait dans la résistance et voulait savoir de quelle manière résister en priorité. Il cherchait le mode d’emploi, la stratégie la plus efficace.

7 Arsène cherchait à ne plus résister, mais simplement à accompagner le mouvement et le diriger vers la clef de la réalisation.

8 Adèle savait qu’elle aurait de nouveaux points de vue en sortant de l’aventure. Sa motivation était forte, pour couvrir le panorama du monde environnant d’un regard le plus large possible.

9 Alice désirait un souffle nouveau. Vivre du nouveau, créer quelque chose d’autre que tout ce qu’elle avait pu vivre jusqu’à présent. Elle cherchait un guide de réinvention de vie. Elle l’avait trouvé en la personne de Paul Alexandre.

10 Angèle espérait découvrir le principe de développement du goût du partage. Elle voyait bien qu’il était possible de faire passer ce goût à d’autres, comptait bien l’acquérir et le disperser autour d’elle.

11 Barbara quant à elle souhaitait acquérir de nouvelles connaissances à partager. L’abysse était le lieu des compréhensions par excellence, elle n’aurait pour rien raté le voyage.

12 Pour Fabrice les choses étaient un peu différentes. Il n’avait aucunement l’intention de trouver quoique ce soit bien qu’il sache qu’il en retirerait forcément quelque chose. Il accompagnait simplement son meilleur ami, soutien inconditionnel amical, prêt à accueillir toute forme d’imprévisible.

Les huit autres participants étaient des fervents fidèles du pionnier et le suivaient depuis tellement longtemps qu’il était devenu impensable pour eux de ne pas graviter dans son cercle. C’est que la vie que savait créer Paul Alexandre autour de lui était si enrichissante sur tous les plans que la recréer ailleurs ne réussirait pas à égaler la qualité de cet environnement, alors l’alimenter de réciprocité étant une source de joie pour tous, il n’y avait aucune raison de la quitter. Ils étaient comme une grande famille harmonieuse, mutualisant leurs forces, partageant leurs incertitudes, mais progressant irréductiblement vers la connaissance d’eux-même et du monde, vers une diffusion des fruits de leurs recherches.
Tout ceci constituait l’originalité du groupe. Chacun venant participer à hauteur de ce qu’il était capable d’offrir tout en étant réunis autour d’une même cause, celle d’aller vers plus de conscience.
Paul Alexandre déroulait la carte et guidait l’expédition.
La première partie du voyage se déroula lentement. Le terrain était accidenté, la marche difficile. Le groupe avançait péniblement, peu de paroles s’échangeaient, mais avertis de l’aspect difficile du parcours, personne ne démissionnait. Il y avait beaucoup de dénivelés, des rochers se détachaient parfois, déboulant des sommets au risque d’écraser les marcheurs au passage. La stratégie adoptée était celle du chapeau. Les bords renforcés envoyaient les signaux nécessaires à l’avertissement, un pas de côté, et la roche dégringolait sans faire ni morts ni dégâts matériels vers les fonds insondables. Régulièrement ils levaient leurs chapeaux à l’efficacité du procédé.
Lorsqu’ils eurent gravi le sentier étroit, ils débouchèrent sur une prairie ou un gîte les attendait. Le temps coulait comme une rivière, naturel, fluide, sans heurt, malgré la difficulté du voyage.
Chaque jour qui passait ainsi les rapprochait de leur but. L’altitude commençait à faire sentir son manque d’oxygène. Certains passages comprenaient leur lot de difficultés, c’était ainsi, il était nécessaire de l’accepter pour aller jusqu’au bout.
Jusqu’au jour où après avoir gravi, puis redescendu la montagne Lanterneau, ils atteignirent enfin l’abysse.
Tous les bleus les plus profonds déclinaient leurs nuances à l’infini. Des taches plus claires émergeaient par endroit. Le paysage, d’une beauté inouïe, n’était plus que ciel et eau bordés des continents, immensité et infinitude, rien en surface ne permettait de penser qu’une fenêtre s’ouvrirait en ce lieu. Pourtant…
Paul Alexandre demanda au groupe de se positionner en cercle, allongés à terre, têtes réunies.
Puis, il sortit une flûte de Pan et se mit à jouer.
Pour déverrouiller une surface : un mariage de forces unies, un air enchanté, et le miracle s’accomplissait.
Les eaux se sont ouvertes mettant toute sa profondeur en lumière.
Une lumière éblouissante, fulgurante, jaillissant de nulle part, de partout, vint alors les aveugler. Une fois accommodés les regards se tournèrent vers la fenêtre.
Ce qu’ils y virent les déconcerta au plus haut point.
Il n’y avait rien. Absolument rien. Vide ou néant, appelez ça comme vous voudrez. Et ce rien entrait dans leur esprit au point de leur faire oublier qu’ils existaient.
Ils auraient pu rester là, cloués, pour l’éternité.
C’est un grand chien noir qui vint les tirer du néant. Hasard de la destinée il s’était amusé à flairer les traces du groupe parce-que l’odeur de l’un d’eux lui rappelait son maître, qui n’était autre que Paul Alexandre Lebon.
Un simple jappement réussit à sortir le groupe du rien.
L’abysse se referma.
Le voyage de retour fut plus facile. La connaissance du chemin inverse faisait qu’un homme averti en valait deux, chaque piège de terrain devenait presque un jeu.
Ils discutèrent longtemps de cette expérience extraordinaire. Chacun d’entre eux en avait retiré quelque chose, quelque chose d’un tout. Ils avaient touché l’inexistence dans le rien, ce qui les avait conduit à leur tout individuel. Une fraction infime de l’abysse avait élu domicile dans leur conscience, et ce rien changeait tout.

https://fr.wikipedia.org/wiki/%C5%9A%C5%ABnyat%C4%81

https://fr.wikipedia.org/wiki/Ens%C5%8D

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Premier épisode de la série ici :
Sainte déconfiture* se vote avec sainte quiche dominatrice*
https://jobougon.wordpress.com/2015/05/29/sainte-deconfiture-se-vote-avec-sainte-quiche-dominatrice/
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Récapitulatif des liens de tous les épisodes ici :
Les aventuriers du temps perdu d’avance 

https://jobougon.wordpress.com/2015/09/14/les-aventuriers-du-temps-perdu-davance-les-liens-de-tous-les-episodes/
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Bendidonque, t’en as mis du temps pour arriver !
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C’est ainsi que Bastet s’adressa au cuistot. C’est que une, elle avait une faim de loup, et de deux, elle était littéralement en train d’en tomber raide !
Et cette fois, vu que personne ne se précipitait au repas, elle s’assit et se laissa servir un énorme assiette de poulpe manta en robe des chiants. C’était un plat dont elle raffolait particulièrement, à cause des tentations à ventouses, genre de membres particulièrement souples et délicats qui avaient le don d’être difficiles à enrouler autour de la fourchette mais qui une fois en bouche était un pur délice.
Ça commençait bien, l’inauguration du jardin allait se faire en grande fanfare, flons flons et ronflements de cassolettes, joie de vivre et découpage du ruban. Car oui, la colonne de temps vertical avait bien été déménagée, finalement sans barrières de sécurité autour. Tout le monde s’était dit que quitte à ce que quelqu’un d’autre veuille faire son petit voyage vertical, autant laisser le libre arbitre à chacun.
Bastet rayonnait presque aussi fort qu’Atoum, son époux de mari. Ben oui, didonque ! Il lui avait promis d’être là, alors elle rayonnait presque aussi fort que lui tellement elle rayonnait presqu’aussi fort que lui. C’est dire… En général, quand elle mangeait des tentations à ventouses, il adorait l’aider à les enrouler autour des dents de la fourchettes puis chacun d’entre eux attrapaient un bout et le grignotaient jusqu’à rejoindre la bouche de l’autre pour mieux s’en emparer. Bref, elle allait devoir se calmer avant son arrivée, alors, chose qu’elle ne faisait jamais, elle demanda un verre d’eau vertical à saint Dada qui, assis à ses côtés, la regardait benoîtement se bâfrer.
– Mais très chèèèère, vous n’allez pas me renvoyer dans cette mélasse ?
– Tu connais le chemin, et puis tu es le seul à en être revenu.
– Je suis aussi le seul à y être allé !
– Ecoute, je testerais bien ce petit morceau greffé entre mercredi et jeudi, mais quitte à le faire, j’aimerais autant que ce soit avec Atoum. J’avais juste dans l’idée qu’un peu d’eau transversale avant ça m’aurait préparée à l’aventure, mais si tu préfères que j’envoie quelqu’un d’autre, je peux demander à Apophis.
– Ben, comment dire… Ce n’est pas que je n’ai pas envie de régresser, mais oui, je préfère que tu envoie ton stoppeur de char du soleil. Ce n’est pas non plus qu’il ne m’est pas sympathique, mais quitte à perdre quelqu’un, j’aimerais autant que ce soit lui dans l’histoire.
– Ok ! C’est dit !
– Sinon tu vois quelqu’un d’autre ? Lui demanda Saint Dada, le nez caché dans un immense cornet de glace vanille pistache.
– Bah ! Tant pis ! Je me contenterai d’un peu d’eau plate. Je crois qu’Apophis est parti chercher Atoum avec son char solaire.
Sur ce, Platon arriva, tout dégoulinant, en grande agitation.
– Rhô, minette, venez voir un peu ce qui se produit là bas !
– Un peu de retenue, tout de même !
Il se mit à rire à gorge déployée.
– C’est lui, dit-il en montrant du doigt Saint Dada, il arrête pas de vous appeler comme ça dès que vous avez le dos tourné.
– C’est vrai, ça, dit Bastet en se tournant vers Saint Dada.
Il baissa la tête un peu penaud, puis se reprenant rapidement lui rétorqua.
– Vous êtes quoi au juste ? Une déesse ou une des nôtres ? Parce-que moi je vous inclus dans notre groupe, alors j’ai l’habitude d’être un peu familier avec les personnes qui me sont proches. Nous avons partagé quelques aventures depuis que vous êtes chez nous il me semble, cela ne laisse pas indifférent. Mais si vous préférez la distance courtoise, juchée sur des talons non rétractables montés en piédestal, alors je m’y plierai.
– Oh ! Vous avez bu ou quoi, mon ami ? Fut la première réaction de Bastet. Puis elle reprit avec un petit clin d’œil.
– Quelle graine de renard vous faites. Mais vous avez bien raison, c’est pas parce que l’on est un dieu ou une déesse qu’il faut rester de marbre, n’est-ce pas ? Là-dessus, elle lui colla deux baisers bien plantés sur chaque joue. Saint Dada, rouge de confusion, s’interrogeait des raisons pour lesquelles elle lui avait en même temps collé et planté. Elle voulait être sûre que ses baisers pousseraient ou quoi ?
– Allons voir ce que Platon veut nous montrer.
Il les guida au centre du jardin, où se situait la colonne de temps vertical.
– Regardez !
– Oh ! Ma Selmaud, ma bifide, s’écria Saint Dada.
La sirène se tenait au centre du geyser d’eau qui sortait de la colonne, portée par la pression, volant littéralement dans les airs. Elle usait de sa nageoire caudale pour garder son équilibre, et ne pas tomber brutalement à terre. C’est que la colonne d’eau devait faire au moins neuf mètres de haut. Imaginez un immeuble de trois étages. Et l’eau ruisselait partout, arrosant le jardin à dix mètres à la ronde.
– Une échelle ! Hurla Saint Dada, il faut une échelle !
– Tu vas l’appuyer sur quoi, grand benêt ?
– Ah mais oui, tu as raison, Platon ! Je n’avais pas pensé à ça !
– Deux échelles, hurla alors Saint Dada, pendant que la première arrivait.
– Cette fois, je dois dire que je suis médusé ! Trois échelles pour se caler donneront plus de stabilité à l’édifice.
– Ah, oui. Je ne pensais pas que la première arriverait si vite… Réalisa-t-il soudain. Vraiment, se dit Saint Dada, j’ai le cerveau lent.
– Je dirais même mieux, mon bon ami, tu as le cerveau à libération prolongée. Répondit Platon. Mais quand tu penses, tu le fais tellement fort que je t’entends penser !
– On devrait t’appeler Saint Fadaises, toi ! J’ai du le dire tout haut croyant me le dire tout bas. Un peu comme un lapsus, il s’échappe et puis trop tard, l’inconscient lâche le morceau qui ne souhaitait pas passer en plein jour.
– Moi, j’adore la pèche aux lapsus ! Ils sont savoureux et goûtus.
– Bon, elle attend, là, votre sirène ! Piaffa Bastet. Allons placer les trois échelles autour de la fontaine pour l’aider à descendre !
C’est comme ça que Selmaud atterrit dans le monde des hommes de bronze.
Et c’est aussi à cet instant précis que le char conduisant Atoum et Apophis arriva à bon port.
Bastet, aux anges, se jeta dans les bras d’Atoum. Les effusions furent chargées d’émotion. Les clans réunis n’en croyaient pas leurs yeux. Ils brillaient littéralement dans la lumière du soleil, encore au volant du char. C’était un bien curieux spectacle que la vision de l’amour pour les habitants du monde des hommes de bronze. C’était une chose d’en entendre parler, une chose de le voir, et encore une autre de le vivre. Ce qui leur donna le goût de le découvrir ensuite.
Pendant ce temps, Selmaud tentait de se lever.
– Il lui faut des jambes, s’écria Platon.
– Atoum, pourrais-tu faire quelque chose de ce genre ? Marcher sur des nageoires, toutes bifides soient-elles n’est pas très confortable, demanda Bastet.
– ça risque d’être compliqué, mais je devrais pouvoir y arriver. La dernière fois que j’ai fait ça, j’ai eu quelques surprises.
– Tu as déjà fait ça ?
– Pas sur une sirène, mais sur un aveugle. Je lui ai donné la vue et il lui a poussé un œil en plus sur le front.
– Rien de grave ?
– Non, au contraire, mais cela n’a pas du être facile pour lui. Il était le seul de son village à avoir ce troisième œil, et il faisait peur à tout le monde. Et puis petit à petit, ils se sont habitués. Mais ça lui a coûté cher, tu imagines bien, la différence n’est ni facile à porter, ni facile à comprendre.
– Alors elle risque d’avoir trois jambes au lieu de deux. Fais-en une sirène de sexe masculin.
– Ah non, s’opposa Saint Dada, qui voyait arriver le drame.
– Tu veux devenir une femme, Sainte Jument, fougueuse et crinière au vent ?
– Sainte Jument priez pour moi, si cela me permet d’aimer tendrement, soyons fous.
Car oui, Saint Dada en pinçait pour sa belle.
Voilà toute l’histoire du park Cristal. Atoum procéda à la transformation de Selmaud et de Saint Dada, visiblement il avait acquis de l’adresse, car il donna à chacun une part féminine et une part masculine égale. L’histoire ne précise pas comment les sexes avaient été partagés, ou pas.
Le banquet eu lieu dans la liesse générale.
La fontaine du park avait remis le temps en place. L’eau, inlassablement, se déversait en chantant, arrosant la végétation, bouleversant l’organisation en faisant de ce jardin le plus bel espace vert que l’on vit un jour s’épanouir.
Atoum, Bastet, Apophis et le soleil reprirent le char pour d’autres aventures dans d’autres mondes.
Chacun pu prendre sa juste place. Ce fut le début de l’âge d’or.

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Les hommes sont si nécessairement fous, que se serait être fou par un autre tour de folie de n’être pas fou… Pascal (Pensées livre 1)
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Si j’étais le petit prince, je serais le petit prince.
Si j’étais une fleur, je serais la rose du petit prince. Si j’étais un animal je serais le renard. Si j’étais une plante je serais un épinart, ou peut-être une herbe d’or.
Le petit prince avait le secret de l’herbe d’or. Il ramonait régulièrement les volcans éteints de sa planète B612 et régulièrement faisait remonter à la surface cette plante folle qui allait risquer sa vie en allant croître au fond des cheminées éteintes. Au moment de son départ, sa rose, triste de le voir partir et connaissant le secret de l’herbe d’or lui demanda d’en prendre avec lui puis le regarda s’envoler vers la terre en cachant son chagrin, ne sachant si elle le reverrait un jour. Ainsi elle savait qu’il pourrait parler aux animaux, ne serait donc jamais seul, et qu’il aurait l’idée d’en planter près des oasis, dans le désert, pour que les explorateurs des sables ne soient jamais seuls non plus dans ces lieux inhabités. La rose avait lu le livre, et pourtant, toute avertie de l’assurance de le revoir, elle continuait à se dire qu’un jour elle apprendrait une mauvaise nouvelle, qu’un oiseau migrateur passerait par là, en lui apprenant que le serpent se serait trompé d’angle, que le petit prince se serait égaré sur une planète éloignée, inconnue. La rose avait des inquiétudes heureusement passagères, et puis ses trucs pour repousser les pensées empoisonneuses. Elle regardait le ciel et les étoiles, et se disait en pensant à lui, que même loin il était là, en elle, autour d’elle, et cela suffisait à la rassurer.
– Arrête, Elodie, c’est pas la vraie histoire !
– Oh tu vas pas commencer non ? Tu veux une histoire pour t’endormir ou t’en veux pas ?
– Je veux la vraie !
– Bon, écoute ma pépette, j’ai pas la mémoire bien grande alors je te la raconte comme je peux.
– Raconte, tatie Elodie. Mais d’abord, raconte moi l’herbe d’or.
Il y a longtemps, très longtemps, il y eut un petit prince qui vint au monde au pied d’un arbre. Sa mère, une pauvre esclave soumise à son maître le roi du l’abandonner là pour lui éviter la mort que réservait le roi à tous ses bâtards, il fut recueilli par les elfes, élevé dans leur univers magique, devint un homme magnifique qu’elle ne revit jamais. Le jour où elle pu revenir sous l’arbre pour pleurer son enfant, elle vit pousser de ses larmes cette fameuse plante.
C’est pour ça que le vrai petit prince a des cheveux de la couleur des blés. L’herbe d’or se développait peu mais le hasard voulu qu’une graine fut ingurgitée par une perruche du Gabon qui vint à faire ses besoins sur la planète B612. Le petit prince n’aimait pas les crottes, il les envoyait systématiquement au fond des volcans éteints, tu vois bien que l’histoire se tient !
– Naaaan tatiiiie, me prend pas pour une bille ! Mamie me la lit souvent, et elle, elle me lit la vraie !
– Mais je n’ai pas le livre, alors, on fait comment ma tite Lisette ?
– Bon, d’accord, mais écourte, tatie. Alors, il arrive sur terre, il rencontre le renard, papote un peu, devient son ami, plante une racine, les hommes passent par là, trouvent la plante jolie, la ramassent, la font pousser dans leurs jardins, découvrent leurs propriétés, et puis quoi tatie ?
– Tu vois que tu connais aussi cette version ! C’est là que ça se corse, ma Lisette. Ils n’étaient pas nombreux à connaître le secret de la plante mais commençaient à s’en servir de façon abusive. Ils obtenaient des renseignements de façon si indiscrète auprès des animaux que ces derniers furent obligés de se révolter. Ça fit un de ces vacarmes. Les animaux s’arrangèrent pour détruire la plante, et l’histoire fut bientôt oubliée.
Un seul d’entre eux cachât une racine dans une urne funéraire, laissant les indications dans un ouvrage écrit de sa plume.
– C’est pas un peu morbide, là, tatie ?
– C’est que c’était le seul endroit qu’il avait trouvé et où personne n’irait fouiller !
– Et comment s’appelle cet ouvrage tatie ?
– Alice au pays des merveilles ma Lisou.
– Rhhôô ! Tu l’as lu alors ?
– Oui.
– Et tu as retrouvé l’urne ?
– Oui aussi. Alors pour ton non-anniversaire de maintenant, tu pourras toucher à l’herbe d’or et tu n’auras plus qu’à bien utiliser ce pouvoir. Tu seras en sécurité partout grâce à tous les animaux, prends bien soin d’eux, ils te le rendront bien. Tu verras, ils sauront te montrer des choses que personne d’autre ne pourra voir, et avec eux, tu pourras résoudre bien des difficultés.
– On commence par quoi tatie ?
– Par le zoo ma chérie.
– Quand maman va savoir ça !
– Bah ! Ne t’en vante pas trop, je suis censée te faire dormir tout de même.
– Je sais ! Je suis tellement excitée d’aller leur parler que je crois que je ne fermerai pas l’œil de la nuit !
– Et moi tellement contente de partager enfin ce secret avec toi ma Lisou que je crois que je ne tiendrai pas non plus une seconde de plus.
– Alors viiiite, tatie, allons-y tout de suite. Promis, maman n’en saura jamais rien.
– De toute façon, dis-toi bien que personne ne te croira. Pourquoi crois-tu que je sois restée dans le silence durant tout ce temps ? Mais je savais aussi qu’un jour je pourrais partager ça avec toi. Ne me demande pas pourquoi, je le savais, c’est tout.
– Après tout, c’est peut-être toi le petit prince, tatie Elodie ?
– Lequel ma chérie ? Le nouveau ou l’ancien ?
– Le nouveau, bien sûr. Celui qui cultive l’herbe d’or dans les volcans éteints sans le savoir !
Tante et nièce, bras dessus bras dessous partirent donc en direction du zoo. Arrivées devant, Elodie sorti l’herbe jaune qu’elle fit toucher à sa nièce.
C’est là que l’histoire commence.

Le zoo de Rennes La garenne

Visiter un zoo en pleine nuit n’est pas des plus pratique. Le guichet est fermé, les grilles pas moins, l’accès donc pas plus. En longeant les enjamboirs de son périmètre, on enjambait facilement l’obscurité avec plus ou moins de chances de se retrouver dans les parcelles destinées aux animaux. Avec Elodie, vu que c’était toujours plus que moins, elles y arrivèrent sans difficulté.
C’est en empruntant cette voie qu’elles se retrouvèrent dans le box des sphinx. Créatures mystérieuses mi-papillons de nuit, mi-oiseaux nocturnes, qui avaient la particularité d’avoir une tête de licorne tout en étant totalement inoffensives. Leur ouïe particulièrement développée leur permettait de capter les sons les plus éloignés, rien de ce qui se disait entre les animaux où les hommes ne leur échappait. C’était le bureau des renseignements et c’est par là qu’Elodie commençait habituellement sa visite nocturne, lorsqu’elle y venait seule. Elle prenait la température, comme elle disait.
Ce jour là, en la voyant arriver en compagnie, ils ne daignèrent pas leur adresser la parole. Elodie eut beau faire, leur expliquer, les rassurer, ils ne décrochèrent pas un seul mot.
– La visite commence bizarre, s’ils ne se mettent pas un peu à parler, tu ne sauras jamais si tu peux les entendre où pas !
Lisette, toute occupée qu’elle était à caresser le ventre rebondi d’un des leur ne semblait pas se rendre compte de l’ironie de la situation.
– Regarde comme ils sont doux, s’extasiait-elle.
Le box suivant était le vivarium. Une forte odeur d’ammoniaque les accueilli pendant qu’un léger sifflement résonnait.
– Whouah ! Paw paw paw ! Mais regardez qui vient ce soir ? Dis-donc L’hello, tu vas pas nous ramener toute ta famille, non plus ! Manquerait plus que toute la ville défile aussi la nuit, c’est déjà bien assez de les voir le jour, tu ne crois pas Misi ?
Là dessus un long boa de quatre mètres de long s’approcha de Lisette et vint la saluer.
– Tu ne vas pas manger l’éléphant, comme dans le petit prince, demanda Lisou ?
– Ah, tu connais l’histoire ? C’était moi mais quand j’ai vu que je ressemblais à un chapeau je me suis demandé si je ne devais pas manger plutôt des girafes, pour ressembler à…
– C’est bon Misi, tu vas pas radoter, c’est fini ce bon vieux temps. Mange tes croquettes et tais-toi !
– Pour ressembler à quoi repris Lisette ?
– A un phare ! Je signalerais aux marins les dangers de la mer. Emettrais des signaux. Me ferais voir de loin.
– Rassure toi Misi, tu ne passes pas inaperçu. De nous tous, tu es le plus gros du quartier.
– Mouais, mais bon, j’aurais voulu être un phare, un girophare quoi !
– On a tous des rêves inachevés mon gros lapin. Mange tes croquettes que j’te dis, cherche pas à éclairer, pour ça il faut une lanterne, aller, rendors toi. Laisse la place à ceux qui savent.
– A une lettre près, laisse la place à ceux qui sauvent !
– Ptttffff qu’y sont langues de vipères ceux là !
– Littéraire un jour, littéraire toujours !
– Tatie, ils sont bizarres ces rampants !
– Ils sont toujours comme ça, lui chuchota Elodie. De temps en temps ils ont un brin de génie, mais ils ne peuvent pas s’empêcher de jacasser et de se chipoter le reste du temps. Il faut du temps pour apprendre à les découvrir. Cette allure de chapeau leur a donné le goût du déguisement. Aujourd’hui, ils sont déguisés en croquettes pur bœuf. Demain sera un autre jour.
– Passons à côté.
A côté, il y avait l’enclos des girafes. Sophie, roulée en boule dans un coin, dormait.
– Oh ! Tatie, comme elle est belle, regarde son joli cou plié sous sa patte, je peux la caresser ?
– Nous devons lui demander son autorisation d’abord. Elle pourrait mal le prendre et avoir un mauvais réveil.
Sophie bougea dans son sommeil, puis ouvrit une paupière, la referma, ouvrit la deuxième paupière, la referma et ne bougea plus.
– Elle déprime, glissa Elodie à l’oreille de Lisette. Je n’ai rien trouvé d’efficace encore pour la sortir de là. J’espérais qu’elle serait curieuse de voir une tête nouvelle.
Lisette d’instinct avait approché sa main du long cou de Sophie et doucement se mit à la caresser.
– Ecoute, on dirait qu’elle se met à ronronner.
– Si j’étais du bocal à serpents je dirais qu’elle se met à ronchonner.
Puis de façon toute aussi instinctive, elle serra son petit corps de fillette contre le cou du bel animal et y reposa sa tête.
Sophie ronrochonnait bel et bien.
Et plus elle ronrochonnait, plus elle fermait les yeux pour que le temps s’éternise.
Lorsque Lisette s’éloigna d’elle, alors seulement elle se décida à ouvrir les yeux.
– Pourquoi es-tu si triste ma petite So ?
– Les hommes m’ont enfermée dans un tout petit enclos, je suis faite pour être dans les grands espaces de la savane, avec les miens. Comment tu ne veux pas que je déprime ? Et puis tous ces animaux autour de moi, qui sont malheureux, bêtes ou même encore méchants, ça n’aide pas vraiment à aller bien tu ne crois pas ?
– Oh ! Pauvre Sophie ! Mais c’est quoi être bête, ou être méchant ? Est-ce que c’est ça qui rend malheureux ?
– Il me semble qu’être bête c’est quand on croit savoir alors qu’en vérité on est ignorant. Et qu’être méchant c’est faire du mal à quelqu’un injustement simplement parce qu’on est malheureux. Par exemple, moi, je suis malheureuse, alors je crois savoir que me rouler en boule me fera du bien, mais au fond, je n’en sais rien. Je fais la bête dans mon enclos.
– J’ai une idée ! Et si tu venais avec nous ! On pourrait prendre le train et aller à la campagne, et tu verrais des arbres, de l’herbe, tu aurais de l’espace.

Le département de la Jouvence

C’est comme ça que ni une ni deux, mais toutes les trois, elles embarquèrent au petit matin pour filer en direction du grand air de la campagne.
Le grand air, ça, elle en prenait, la p’tite Sophie. La tête hors du train, elle s’amusait à perdre la respiration dans la vitesse de l’air, ne perdant rien du spectacle qui défilait, nature en mouvement.
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Le train, lui, attendait patiemment que la terre s’arrête de courir pour annoncer aux voyageurs qu’ils étaient arrivés à destination.
Elles décidèrent de descendre du train quand les paysages vallonnés mirent en relief les prairies tendres du département de la Jouvence. L’abbé Souris les accueilli dans son presbytère, leur offrit le gîte et le couvert.
Puis, une fois installées, leur conseilla la randonnée des demoiselles, qui rejoignait les deux bouts, partant du presbytère pour y revenir, tout en faisant découvrir au marcheur une variété de paysages infinis.
Enchantées toutes les trois de cette proposition, les trois compèrettes, entendez par là les trois compères guillerettes, partirent d’un bon pas. Sophie sur ses longues longues longues jambes montée d’un long long long cou ouvrait la marche, elle donnait l’impression d’être montée sur deux compas, qui s’ouvraient et se refermaient en cadence. Fragile de la gorge, elle avait un boa en écharpe, qui ne cessait d’enrouler et dérouler ses anneaux dans un mouvement ondulatoire. De temps en temps, elle s’adressait à Misi, puisque vous l’avez tous reconnu, Misi le boa « chapeau éléphant recyclé girophare », qui, surgi d’on ne sait où, avait réussi à rejoindre nos trois marcheuses.
Des vaches paissaient paisiblement. L’une d’entre elles les interpella.
– Oh ! La girafe ! Tu s’rais pas Sophie par hasard ?
– Salut oh toi, vache des prés. Oui, c’est moi, mais personne ne me connaît ici, comment tu le sais ?
– Une abeille des Andes m’a parlé de toi.
– Et qu’est-ce qu’elle a dit de moi Maya ?
– Que vous vous étiez carapatés du Zoo des Carpates ! C’est du jamais vu, félicitations !
– Le zoo de Rennes la garenne tu veux dire ?
– Nous, ici, on l’appelle le zoo des Carpates ! A cause de la chauve-souris vampire qui dort la tête en bas. Il paraît qu’elle se nourrit du sang des animaux pendant leur sommeil.
– C’est l’histoire de Dracula ça ma bonne dame ! Ya confusion, ou télescopage, c’est comme on veut ! Mais toi, tu voudrais pas te carapater avec nous par hasard ?
– Moi je suis là pour donner du lait au fermier. En échange, il me nourrit, mais cela me coûte fort cher, il me prend aussi mes petits, les envoie dans des camps de concentration, en fait des têtes, des pâtés, des rôtis. Moi il me garde car je suis une bonne laitière, mais quand je ne donnerai plus assez, je finirai gazée comme mes enfants.
– Alors sauve toi avec nous !
– Je ne peux pas. Moi je suis là pour donner du lait au fermier… […] … finirai gazée comme mes enfants.
Sophie versa une larme et salua la vache d’un hochement de tête.
– Quelle serait la solution à ça demanda-t-elle ?
– Il n’y en a pas, alors je goûte l’herbe tendre comme si je devais mourir demain, et je me dis que j’ai de la chance d’être en vie. C’est tout !
– D’être en envie de vie aussi tu veux dire ?
Mais la vache ne répondit plus et se détourna d’eux en grande indifférence feinte.
– Tu ne veux pas lâcher tes congénères, n’est-ce pas ?
Elles reprirent la marche après s’être souhaité mutuellement tout le bonheur possible. La vache, qui n’avait pas le cœur à y croire vraiment, reprit ses ruminations inquiètes et indigestes aux multiples panses.
Plus loin, elles virent des moutons qui broutaient, s’arrêtèrent et entreprirent une conversation.
– Houhou, comment vous appelez-vous ? Pourriez-vous nous renseigner ?
Une jeune femelle s’approcha, un peu craintive.
– Mééééééh ! Moi je parler pas bien mais j’essayer.
– Ah bon ? Vous ne discutez jamais entre vous ?
– Non, regarde les, ils ont la mort dans le regard. Ils n’existent pas de leur propre chef, ils savent qu’ils sont là pour être mangés, mais ils font comme si tout cela n’existait pas. Ils s’occupent l’esprit à brouter, ils s’imitent, se regardent, se comparent, et finissent par jouer leur rôle de mouton à la perfection.
– Oh, les pauvres ! Mais comment as-tu appris à parler alors ?
– Moi ? J’ai fait la sourde oreille à leurs non-communications, et j’ai écouté le chien du berger, le berger, les abeilles et les mouches de printemps.
– Mais tu parles bien en fait !
– C’est Maya qui souffle à mon oreille.
– L’abeille ? Mais oui, je la vois ! Oh mais la pipelette, celle-là ! Elle a trouvé une place de rêve en tant qu’interprète, à aimer parler comme ça ! Comment tu t’appelles ?
– Je n’ai pas de nom, tu comprends, comme mes parents ne parlent pas, ils n’ont pas pu me donner de nom.
– Il te faut un nom, sinon, comment je saurai que c’est de toi qu’un papillon ou une libellule viendra me donner des nouvelles ?
– Mais oui, voyons voyons ! Maya, c’est déjà pris parce que je trouve ça joli. Yaya ça fait gaga, lady Gaga c’est pris aussi, Lady Maya, c’est joli tiens !
– Et bien, lady Maya, veux-tu te joindre à nous ? Nous crécherons séant au presbytère de l’abbé souris, réputé du département de la Jouvence.
Sur ce, Sophie tendit la tête au dessus des barrières pendant que Misi, enroulée d’une extrémité au cou de Sophie se saisissait du mouton par l’autre extrémité pour le déposer hors de l’enclos.
– Voilà, dit Sophie. Ce qui ne peut être fait seul peut parfois l’être à deux.
La balade continua de plus belle, ils entrèrent bientôt sous une allée arborée qui les conduisit à une forêt débouchant sur une clairière. Au milieu, dressée vers le ciel, se tenait une immense termitière. La reine, perchée au sommet, fouettait du verbe « menacer » son peuple afin qu’il ne cesse de s’activer à la construction.
– Reine des termites, pourquoi veux-tu que tes esclaves aillent plus vite ?
– Je veux aller toucher le ciel, et le plus vite sera le mieux ! Mêlez-vous de vos affaires sinon il vous en cuira ! Allez, ne ralentissez pas cria-t-elle aux ouvrières affairées.
– Mais vous allez les tuer, les affaiblir, en tout cas les rendre malheureuses. Ne pourriez-vous pas en faire des amies, des alliées, plutôt que des subalternes ?
– Vous êtes donc bien naïfs ! Croyez-vous que quelqu’un m’ait aidée, moi ? Je suis la reine, et mon devoir de reine, c’est de dominer mon peuple. C’est dans l’ordre des choses, vous n’y pourrez rien changer ! Aucune d’entre elles n’ont idée d’aller toucher le ciel. Mes ouvrières ne désirent qu’une seule chose, être à mon service, c’est tout ! Circulez, j’ai du travail, si je ne les fouette plus, elles finissent par ne plus rien faire.
– Elle remplit sa fonction de reine, soupira Misi enroulé autour du cou de Sophie. Chimère et survie de l’espèce, doublées de rêve mégalomaniaque, laissons la toucher du doigt d’elle-même l’utopie fondamentale.
– Bah ! Dans l’ignorance, je lui dirais bonne chance. Ces paradoxes me rendent folle ajouta Sophie d’un ton léger. On ne badine pas avec la perversion.
– L’erreur n’est pas monumentale, soupira à nouveau Misi. Elle est monumentée !
– Monumentable ! Répondit la girafe d’un ton accablé.
– Allons, ne nous attardons pas plus longtemps, mes amis, intervint Lisette. Il reste encore du chemin à parcourir. Cette tour me fait tout de même penser aux gratte-ciels. Je me suis toujours demandée si les puces habitaient le ciel pour avoir tant besoin d’être gratté ajouta-t-elle rêveusement.
La tante, la nièce, la girafe, le boa, le mouton et l’abeille reprirent la marche.
Dans l’ordre, Elodie la gardienne de l’herbe d’or, Lisette l’héritière, Sophie aux deux compas et à la tête de phare, Misi enroulé autour du cou de Sophie, Lady Maya, et Maya en personne juchée sur l’oreille de Lady Maya. Une fois la forêt dépassée, une vallée encaissée les accueilli joyeusement au son du ruisseau fougueux qui la traversait. Des truites, ça et là, bondissaient en remontant le cours d’eau.
– Regardez, s’écria Sophie, le soleil envoie des piques de feu sur leurs écailles, comme c’est une brillante idée. Les truites ont l’air de s’amuser follement dites donc !
– Ce n’est pas exactement ça, rétorqua aimablement une truite qui flânait en bordure du cours d’eau.
– Laquelle de mes propositions n’est pas exactement cela, s’il te plaît ?
– Les piques de feu ne sont pas réelles, elles ne sont que le reflet fugace des rayons lumineux. Les truites tentent de les attraper, mais aucune truite n’a réussi à se saisir ne serait-ce que d’une seul morceau. Il faudrait pour cela passer de l’autre côté du reflet.
– Mais cela reviendrait à entrer dans la truite ? Elle ne pourrait plus bondir hors de l’eau si quelqu’un venait à entrer en elle, car il faudrait pour cela la découper, et elle en mourrait.
– Alors nous continuons à jouer avec, au moins, nous n’aurons pas tout perdu !
– Pas tout gagné non plus !
– Quand nous aurons trouvé une autre façon d’entrer, je suppose que nous pourrons compter les rayons, il doit y en avoir une belle collection, depuis que le soleil nous en envoie, et depuis que nous jouons à les attraper.
– Alors tu crois à leur existence finalement ?
La truite s’ouvrit d’un large sourire et d’un coup de nageoire vigoureux disparut de la surface de l’eau.
– C’est ce qu’on appelle une belle conversation en queue de poisson, finit par dire Sophie dans un grand sourire. Quelle originalité ! Quels contrastes ! Tous ces mondes différents finissent par me donner le tournis ! Quel sera le suivant ?

Retour au presbytère

En fait, elle joignirent les deux bouts à cet instant même. Une fois la vallée traversée, le presbytère en vue fût si vite rejoint que personne n’y rien compris. L’abbé Souris les attendait, ravi de recevoir une compagnie si peu ordinaire. Il avait dressé une table en grande simplicité, où tout le monde s’installa en toute simplicité. Malgré tout, Sophie, gênée par son long long long cou, ne sut comment porter la cuillère à sa bouche sans renverser une goutte de nourriture. Elle finit par se pencher sur l’assiette et, aspirant bruyamment, englouti son plat dans un bruit résonnant de schlurps bouillonnants plus bruyants les uns que les autres. Lady Maya s’en tirait un peu mieux et de façon légèrement plus discrète, elle enfournait méthodiquement en émettant des miams, groinfs ou autre onomatopées que Maya tentait d’amortir en bourdonnant à fond les manettes. Seul, Misi, peu en appétit devant la nourriture morte, se gardait bien d’y toucher.
– C’est du veau marengo, vous n’êtes pas tenté, Misi ? Demanda l’abbé.
– C’est que… C’est juste un peu trop mort pour moi !
– Oh, mais il était encore vivant hier, vous savez ! Très très vivant même ! Peut-être même trop, c’en était agaçant à la fin. Il bramait toute la sainte journée à pleurer sa mère celui-là ! Ce n’était pas décent, tout simplement !
– Vous tuez les enfants qui pleurent alors ? rétorqua le boa, pris d’une bouffée de fureur.
– Il n’y a pas d’enfants qui pleurent au presbytère, Misi, répondit doucement l’abbé. Puis, il fondit en larmes et, se mouchant bruyamment, laissa s’installer le silence.
Lisette regardait sa tante, ne sachant plus que dire.
– Ambiance plombée, amis du jour, bonjour !
Tout le monde alla se coucher ce soir là le cœur lourd, oui, certaines choses sont parfois dures à voir.
Mais alors, finalement, les moutons qui jouaient à être des bons moutons, à s’empêcher de penser pour ne pas en souffrir, ils auraient trouvé la recette du bonheur ?

C’est là que le voyage de retour au zoo se décide.
Ou pas…

Le lendemain, au petit déjeuner, tout le monde avait pris le ton le plus léger qui soit, et babillait gentiment quoique de façon un peu surfaite, puis finirent par aborder la question éludée la veille. Mais cette fois qu’importe, le liant de la légèreté ayant fait prendre la sauce, les convives se surprirent à fou rire en revoyant la scène, l’humour a des vertus euphorisantes et réparatrices, c’est bien connu. A tour de rôle ils prirent la tête de veau, jouèrent à être le veau, puis le boucher, puis la vache et enfin le prisonnier.
Choix mince que de se retrouver en équilibre dans un nid de non dits.

A l’heure de partir, l’abbé souris les remercia de leur visite et leur fit promettre de revenir le voir. Puis, pour les remercier d’avoir acquiescé à sa demande, cette fois, ce fut lui qui leur promit de penser mieux à l’avenir. Et de commencer un régime à la graine, pour en prendre un peu.

Elodie et Lisette reprirent le train avec leurs quatre nouveaux amis. Sophie repris sa vie dans l’enclos, cette fois accompagnée de Lady Maya à qui elle appris à parler littéraire. Maya revenait régulièrement leur rendre visite. Misi retrouva les siens, Lisette sa mère. Et de temps en temps, ils s’échappaient tous ensemble pour aller rendre visite à leur grand ami, l’abbé souris, réputé du département de la jouvence.

La révélation

Il n’empêche que ce petit voyage initiatique avait bouleversé leur façon de voir les êtres, la vie, la terre. Lors de leurs nombreux séjours au presbytère, leur vint cette évidence. Le corps est une matière, une matière habitée. Lorsque la matière n’est plus habitée, le corps se disloque, disparaît en molécules, est à nouveau dispersé dans la matière Terre. Une nouvelle distribution de matière organisée habitée se fait lorsqu’un être vivant vient à naître. Au fond, la vie, c’est quoi ? C’est un esprit qui habite une matière. L’évidence était si flagrante que tous se demandèrent comment ils n’y avaient pas pensé plus tôt. C’est que les conditionnements étaient si forts que toute la pensée avait été centrée sur la matière, et non sur l’esprit.
Donc cette matière qui se multiplie, par la reproduction de l’espèce, la surpopulation, la croissance, produirait de la matière ? Ce qui laisse supposer que la matière issue de la multiplication des êtres vivant est censée alimenter la quantité de matière présente sur Terre. Scientifiquement, rien ne peut prouver cette théorie, puisque nous ne pouvons peser la Terre, et que même si nous avions la possibilité de le faire, l’eau et ses variations d’état fausserait les chiffres.
Est-ce que l’esprit se multiplie aussi ?
L’esprit, une fois dégagé de la matière, seul, ne peut-il agir sur la matière ?
Toute matière était-elle obligatoirement habitée de l’esprit ?
Ce qui sous-entendrait que la Terre est un être vivant habité d’un esprit.
Donc, si l’infiniment petit est à l’image de l’infiniment grand, nous pourrions supposer que la Terre n’est jamais qu’une partie d’un atome faisant partie d’un organisme faisant partie d’un monde, etc…
Dans l’idée, cela nous ferait imaginer un infiniment grand qui serait toujours un infiniment petit pour un autre infiniment grand, etc.
En tout cas, peu importe à quel niveau la Terre se situe dans le cosmos, mais peu n’importe pas la qualité de l’esprit qui y habite.
La conscience était là pour ça.
En allant un peu plus loin, ils se rendirent à l’évidence que la conscience avait besoin d’un guide de conscience. Le processus était le même que l’éducation, l’apprentissage, mais la conscience avait besoin d’être réveillée pour croître.
Le premier laboratoire allait se tester sur le troupeau de moutons.
Etait-il possible qu’ils sortent de leur torpeur déniante, mais surtout, quels outils utiliser afin de susciter chez eux l’interrogation nécessaire au processus d’interrogation et de remise en question ?
Elodie suggéra que si l’herbe d’or permettait aux humains de communiquer avec les animaux, il devait bien exister une herbe qui permettrait aux moutons de communiquer avec les humains. Une herbe qu’il désignèrent du nom suivant : Héliotrope, ou nourriture solaire.

A la recherche de l’héliotrope

Retour au bord du ruisseau, première piste solaire, les truites.
Comment accéder à la réserve de rayons contenues dans leurs corps sans les tuer ?
Autre suggestion, est-il possible d’équiper les moutons d’écailles, afin qu’ils fassent eux-même leur propre collection de rayons ? Ce qui les conduisit directement à l’idée suivante, si les moutons avaient une toison d’or, ils seraient naturellement équipés de récepteurs de rayons.
Après avoir tourné et retourné en tous sens toutes les hypothèses possibles, ils en déduisirent que l’héliotrope poussait probablement sous les rayons directs du soleil. Là où ce dernier brille le plus fort. Donc dans les contrées les plus chaudes, c’est-à-dire, les déserts. C’est là qu’ils envisagèrent de construire des récepteurs de rayons, immenses réflecteurs de lumière permettant une large diffusion environnementale, redistribuant par ricochets conducteurs l’énergie catalytique aux moutons restés dans la vallée de la jouvence. L’héliotropie était née.
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tournesol
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Un grand moment que l’agenda Monesillesque de décembre !
C’est arrivé, il est là, alors ne ratez pas le train, le voyage s’annonce merveilleux !

monesille

 -Aujourd’hui en ce premier jour de Décembre, quel plaisir, quelle chance, quel honneur ! Suivant les traces de Martine organisatrice du mois onzième et d’autres éminents précédents, c’est donc à moiii ::-): grâce à l’amicale complicité d’une pattedansl’encrier que revient la responsabilité d’organiser l’agenda ironique du mois douzième et ultime du calendrier. Avant le suivant. L’agenda du bout de l’an, hi-han !

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Puisque nous sommes en laïcité obligatoire à défaut d’être en république fraternelle, je me voyais mal soumettre à nos plumes ironiques un quelconque sujet Noëllien ! Je m’en vais donc ce mois-ci, provisoirement, effacer deux millénaires et quelques de poussières d’étoile et nous demander de marcher pieds nus sur l’herbe d’or !  Comment ? Vous ne savez donc pas ce qu’est l’herbe d’or ? La légende qui existe dans plusieurs régions de France prétend que celui qui marche sur l’herbe d’or certaine nuit, acquerra l’intelligence du langage…

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