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Archive for janvier 2009

Qu’est ce donc qu’une relation juste ? Ce n’est pas la négation de l’isolement qui renferme sur soi, loin des autres. Ce n’est pas cet état produit par les processus égocentriques qui finissent par nous enfermer au point d’étouffer. La relation juste suppose pourtant une conscience exacte de la solitude de toute conscience, la conscience mûrie de la solitude intérieure, qui seule peut donner naissance à une relation élevée. La relation juste n’est pas le conflit, qui est l’échec de la relation, la relation bloquée sur le plan de l’affrontement. Ce n’est pas non plus une fusion dans les autres. La relation est personnelle et ce sommet de la relation personnelle, dans le champ de la dualité, de la différence, nous l’avons rencontré dans l’amitié. L’amour fonde la relation sur l’unité, il porte la relation à son point le plus élevé parce qu’il est l’expression du principe du don et d’un don qui n’est pas purement formel ou moral, mais repose sur l’épanchement du cœur.

La relation, en un sens, est toujours par avance présente. Nous vivons en relation. La relation n’a pas à être créée, elle a surtout à être vécue et surtout ne pas à être rompue. Il est suffisamment clair que notre vie en relation est insuffisante, tant que demeure le malaise de l’absence de communication. Sur le chemin de la relation juste, nous avons à retrouver la chaleur de la relation et à désapprendre les processus qui détruisent la relation. Un dernier point : la communication n’est pas seulement l’interaction avec autrui, elle est d’avantage que l’interaction.

L’amour véritable est union et émerveillement, joie du don et de la présence. Le désir ne cesse de demander, l’amour ne cesse de se répandre. L’amour ne saurait être un marchandage avec l’autre afin de lui soutirer de l’affection. C’est pourquoi l’amour peut laisser libre, entourer de soin, aider l’enfant à grandir. L’amour ouvre les yeux, permet de comprendre au lieu de juger. Il révèle en l’autre ce qu’il a de meilleur. Mieux : quand on aime « l’autre » disparaît, il s’efface au sens de la dualité conflictuelle, du face à face. L’amour met l’unité là où d’ordinaire règne la dualité, il nous fait traverser la souffrance de la séparation en donnant l’unité du sentiment.

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La rupture

 

Depuis trois jours je me terre, l’œil hagard, le cheveu gras, repliée sur le canapé, à visionner des films à gaver, grignoter des céréales et du chocolat, en nourrissant l’improbable espoir que la sonnerie du téléphone retentisse et qu’au bout ce soit…

Driing.

— Oui.

— Salut ma puce, c’est Fred ton frangin adoré. T’es toujours vivante ? T’as pas encore explosé ?

Lui c’est Fredo, mon frère aîné. Quand je me noie, c’est lui qui me botte les fesses pour que je remonte respirer.

— Commence pas mon gros sinon je raccroche. J’attends un coup de fil…

— Pfff j’la connais celle là, on me la fait pas ! Tu me paye le café ?

C’est toujours comme ça la famille, tu veux t’empiffrer jusqu’à en crever et ils viennent te tenir la main. Bien sûr, je jubile au fond mais ne le montre pas.

— Pas question, j’ai plus rien dans mes placards, ça fait un bail que j’ai pas mis le nez dehors.

— Alors reprend un visage humain, brosse toi les dents et les cheveux et on va chercher un paquet à l’épicerie en bas de ta rue. Bouge toi j’arrive.

Là-dessus il raccroche et n’attend même pas ma réponse.

Je me précipite vers la salle de bain et dix minutes plus tard mon frère est là. Nous descendons les escaliers quatre à quatre et piquons un sprint pour arriver premier. Bien sûr, c’est lui qui gagne. Je ne suis pas une fervente des salles de gym.

— J’ai rencontré Xavier hier, il avait pas l’air en forme.

Je n’en crois pas mes oreilles. Mon frangin met Xavier sur le tapis alors que ça fait à peine une semaine que ce salaud m’a annoncé qu’il venait d’être père et de l’apprendre aussi alors que depuis deux ans nous étions censé filer le parfait amour.

— Fred ne me bassine pas avec ce mec s’il te plait. C’est pas moi qui suis allée faire un gosse avec un autre.

— Ecoute-moi Flora. Moi je te dis que ce mec là est fou de toi. Là il est dans la merde, tu la connais cette nana. C’est pas le gratin et tu sais comment elle fait. Y’en a pas beaucoup qui lui échappent. C’est pire qu’une tarentule. Elle nous repère, elle apprend tout sur nous et ensuite elle déploie sa stratégie. Rappelle-toi quand elle m’a plaqué dans quel état j’étais. Elle est pire qu’une démone tu peux me croire. Le laisse pas tomber, il vaut le coup. Elle l’a bien manipulé, il a craqué une fois, il me l’a dit.

N’empêche que ce salaud me fait des bleus à l’âme et mon frangin qui prend son parti, là je craque. Vraiment j’aurais mieux fait de rester chez moi devant "autant en emporte le vent" ça m’aurait été plus profitable. Tout de même, je bois ses paroles comme du petit lait. Xavier fou de moi ? Et mon frère qui d’habitude envoie toujours la petite phrase acide sur lui là soudain est tout miel. Qu’est-ce-qu’ils ont bien pu se dire ces deux là hier ? 

— J’ai juste un appel à passer et il est là dans deux minutes.

— Et puis quoi encore.

Je me mets à bouder tout en réfléchissant. C’est vrai qu’il me manque mais aussi comment faire pour reprendre confiance après une histoire pareille ?

J’ai envie qu’il m’appelle et en même temps j’ai besoin de m’isoler pour faire le point.

— Non, dit lui que j’ai besoin de temps. Pour l’instant c’est encore trop tôt. Mais ne l’appelle pas pour le faire venir.

Fred lance un grand soupir. Son petit sourire en dit long sur ce qu’il doit considérer comme une victoire sur mon mauvais caractère.

 

 

 

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Trés cher Fred,
 
J’aime toute sorte de littérature pourvu qu’elle soit respectueuse de l’être humain en général et j’ai aimé lire René Barjavel en tant qu’auteur de science-fiction par exemple. Curieuse de découvrir les goûts de ceux qui s’intéressent aux miens, je vais donc chercher John Norman sur google pour voir de quoi il retourne et oh stupeur, voilà que je découvre horrifiée que ce monsieur, né en 1931, écrit des romans où il met en scène un peuple qui domine les femmes en les maintenant en esclavage et en développant la philosophie suivante, que c’est sous la domination que celles-ci peuvent trouver le bonheur.
Alors vraiment trés cher diablotin, dois-je en conclure que votre petite remarque concernant nos différences de culture littéraire visait à provoquer une réaction virulente de ma part qui évidemment s’impose quand on sait que la gent féministe s’est donc mobilisée à l’époque et j’en suis fière pour faire retirer ce genre d’ouvrages de la vente ? Ce machisme d’un autre temps serait-il de vos goûts ? Censuré en 1980/90, les chroniques de Gor ont été adoptées par opposition par des groupes sado-masochistes… Pas franchement de quoi être fier !!!
Et si vous êtes ce genre là, ne recevez en aucun cas mes respectueuses salutations.
Je me permet de rappeller que statistiquement en France une femme meurt tout les trois jours suite aux conséquences de violence conjuguale. La barbarie régnante est insidieuse car tellement plus intime. Mécanisme facile que celui du levier de la honte. Constat simple, il reste encore du chemin à parcourir pour que la dignité soit un droit fondamental pour tous.
 
 
 
 

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Les fleurs du soir

Les fleurs du soir
Roger Ikor
Au soir de sa vie, après trente années de routine conjuguale, André découvre soudain la passion du corps avec la belle Katia puis la passion du coeur avec la douce Isabelle. L’étonnant n’est pas qu’il aime mais qu’il soit aimé, malgré la formidable différence d’âge qui le sépare de ces deux jeunes femmes. Un tel miracle ne saurait se prolonger… Ce n’est pas seulement par les yeux d’André que nous percevons le monde de l’amour, c’est aussi par ceux des jeunes femmes. S’ajoute encore la vision propre de trois autres personnages, Hélène, Hervé, Maxime, étroitement liés aux protagonistes et entre eux.
Le ton est généreux, délicat, riche de sensibilité et de lucidité. André ne possède pas mais il aime vraiment, donne et accepte de perdre, maturité liée à lâge sans doute…
Ayant pour centre le conflit de l’amour et du temps, les fleurs du soirs est un trés grand roman qui prend une place prépondérante dans l’oeuvre de Roger Ikor, un de nos plus célèbres écrivains.
 
 
 
Roger Ikor est né à Paris le 28 mai 1912. D’origine juive, il a été élève et professeur de lettres au lycée Condorcet ainsi qu’au lycée Pasteur de Neuilly-sur-Seine. Entré à l’école Normale Supérieure, agrégé de grammaire en 1935, il obtient le prix Goncourt en 1955 pour son livre "les eaux mélées".
Entre temps, mobilisé en 1939 comme lieutenant d’infanterie, il combat en Lorraine, puis en Belgique. En juin 1940, il est fait prisonnier de guerre, envoyé en Poméranie, région côtière au sud de la mer Baltique située en Allemagne et en Pologne. Séquestré dans un oflag* poméranien, il devient chef de bloc de l’organisation de résistance du camp et directeur du journal clandestin. Lors de l’avance russe, il s’évade, mais est repris au bout d’un mois d’errance dans les premières lignes allemandes.
La guerre finie, Roger Ikor collabore à diverses revues et publie essais et romans. "A travers nos déserts" (1951), "les grands moyens" (1952), "le semeur de vent" (1960), "la pluie sur la mer" (1962), "je porte plainte" (1981), "les fleurs du soir" (1985), entre autres…
Marqué par la mort de son fils qui s’est suicidé après avoir adhéré au "Zen macrobiotique", il mène jusqu’à sa mort une lutte contre le phénomène sectaire, et fonde à cet effet "le centre contre les manipulations mentales" (CCMM).
Il décède à Paris en 1986 à l’âge de 74 ans.
 

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Andromède le mythe

 

 

Andromède

le mythe

 

Andromède est la plus saisissante incarnation d’un ancien rêve qui sommeille en chaque femme. Etre attachée nue à un rocher, livrée en pâture à un serpent de mer, n’a certes rien d’enviable. Pourtant il suffit de lever les yeux pour distinguer aussitôt la silhouette du courageux Persée sur son destrier ailé. Imaginez donc. Vous êtes là, offerte au monstre terrifiant qui commence à vous lécher les orteils quand un prince étranger, un Grec à l’admirable profil, s’en vient vous délivrer, surgissant comme par magie du haut des cieux. Quelle petite fille n’a pas espéré cet instant ? Elevées aux histoires enchantées, nous avons toutes attendu notre Persée. Plus tard, comprenant que le Prince charmant n’existait pas davantage que le Père Noël, nous avons dû renoncer au séduisant héros. Son souvenir subsiste cependant, enfoui dans un tiroir qu’on a fermé à regret. Des nombreuses légendes de la mythologie, l’aventure de Persée et d’Andromède est celle qui se rapproche le plus de nos contes de fées, sa trame idéale se retrouve dans de multiples variantes inventées ou collectées par les frères Grimm et Perrault.
Le récit antique nous entraîne dans une lointaine contrée où un roi et une reine aiment tendrement leur fille exquise. Partout la reine se vante de sa douce progéniture, allant jusqu’à proclamer qu’elle et sa petite Andromède surpassent en beauté les Néréides, ces ravissantes nymphes des flots. Terriblement offensées, les filles de Nérée sautent sur leurs gracieux dauphins bleus et vont se plaindre à Poséidon que ces querelles de bonnes femmes intéressent assez peu. Seulement cinquante nymphes en colère, cela fait des vagues, aussi le dieu des mers préfère-t-il leur donner raison en envoyant un affreux serpent dévaster le pays de l’insolente reine. La bête vorace ne tarde pas à semer la terreur et les époux royaux finissent par aller consulter un oracle. La sentence tombe : "Il faut sacrifier Andromède au monstre pour apaiser les dieux".
Vous me direz que tout cela n’est pas très logique. L’innocente Andromède n’a pas ouvert la bouche. La seule véritable coupable, c’est son idiote de mère. Vous semblez oublier un détail qui a son importance : Andromède est la plus belle. Songez à Blanche-Neige qu’on veut trucider parce qu’elle fait de l’ombre à la Reine ou à cette pauvre Belle qu’on enferme dans le château de la Bête sans parler de Peau d’âne dont le minois inspire d’incestueux désirs. Dans l’univers du conte, la beauté représente souvent un danger, une menace qu’il faut écarter, une injustice qu’on cherche à punir.

Pendant ce temps, on vient d’attacher Andromède à son rocher et le monstre s’approche, la langue sifflante. C’est l’instant choisi par Persée pour faire son entrée. Conquis par les pieds menus de la vierge, l’arc lumineux que forme son dos jusqu’à ses cheveux d’algues et ses poignets menottés, le héros libère son trop plein de virile énergie dans un combat avec le serpent qu’il pulvérise, puis il délivre la belle et l’épouse sans tarder. Nos contes s’achèvent toujours ici, par cette phrase qui m’angoissait autrefois : "Ils vécurent longtemps heureux et eurent de nombreux enfants". Avant de sauver Andromède, Persée a affronté les Gorgones et vaincu l’horrible Méduse dont il garde la tête dans sa besace. Qui voudrait vivre des aventures aussi périlleuses si c’est pour finir cloué d’ennui au fond d’un palais avec une ribambelle d’enfants braillards et une princesse déformée par tant de maternités ?

Par chance, le mariage n’est pas une fin en soi chez les Anciens et la légende ne s’arrête pas là. Les noces de Persée sont d’ailleurs perturbées par l’arrivée d’un vieil oncle grincheux à qui Andromède était promise. Accompagné de son armée, il interrompt le banquet et réclame son dû. Persée brandit la tête de la Gorgone, pétrifiant sur-le-champ l’importun et ses acolytes. On l’aura compris, Persée est un garçon plein d’initiatives, à l’inverse de nos princes tueurs de dragons qui se contentent d’obéir aux ordres qu’on leur donne. Dénué de prétention, Persée s’offre même le luxe de paresser une année entière au pays d’Andromède au lieu de rentrer chez lui pour connaître la gloire en exhibant le trophée que renferme sa besace. La saine assurance du jeune homme s’explique sans peine par les conditions extraordinaires de sa naissance.

Un oracle avait prédit au roi d’Argos qu’il n’aurait jamais d’enfant mâle et que son petit-fils le tuerait. Afin d’empêcher l’accomplissement de cette prophétie, le roi décida de séquestrer son unique fille, Danaé, dans une tour d’airain. Mais Zeus qui voit tout – et particulièrement les jolies femmes – réussit à s’introduire dans la prison sous forme d’une pluie d’or. Quand le roi découvrit l’existence de Persée, fruit de cette averse divine, il mit la mère et son enfant dans un coffre qu’il jeta à la mer. Les naufragés furent recueillis par un pêcheur qui éduqua le jeune héros. Né de l’eau, livré aux flots, élevé au bord de la mer, tout, dans cette prédominance du thème aquatique, semblait annoncer que Persée croiserait un jour, un monstre marin.

Si l’on aime jouer avec les symboles, on ne s’étonnera pas non plus de rencontrer plusieurs fois le chiffre 3 dans l’aventure qui nous intéresse. Ce chiffre magique rythme la plupart de nos contes où trois fils tentent de relever le même défi quand ce ne sont pas trois épreuves à surmonter ou deux soeurs qui martyrisent la troisième. Au début de sa quête, Persée suit les conseils de sa bonne fée la déesse Athéna et se rend dans la grotte des trois Grées, ces vieillardes qui n’ont qu’un oeil et une dent qu’elles se passent à tour de rôle. Persée subtilise leurs biens précieux pour les forcer à lui révéler quelque secret. Puis des trois Gorgones, il décapite Méduse, la seule qui ne soit pas immortelle. En délivrant Andromède, Persée accomplit son troisième exploit.

Tandis que nous nous égarons à compter trois sur nos doigts, Andromède a donné naissance à son premier enfant, Persès, futur roi de Joppa. Le jeune papa, devinant certainement l’ennui d’une longue vie heureuse à la tête d’une famille nombreuse, se décide enfin à rentrer au pays. Il confie l’éducation de son rejeton à ses beaux-parents et emmène avec lui son épouse. J’insiste sur ce fait peu coutumier car le héros moyen s’encombre rarement de sa dulcinée lorsqu’il voyage. Que l’on songe à Ulysse qui abandonne sa Pénélope pendant près de vingt ans, à Héraclès qui a une femme dans chaque cité ou au vil Thésée qui "oublie" lors d’une escale, la bienveillante Ariane sans qui il n’aurait pas su ressortir du labyrinthe. Le noble Persée ne mange pas de ce pain-là. Il n’a pas risqué sa vie pour se défaire aussi vite de son Andromède.

L’arrivée du couple sur l’île de Sériphos, nous fait soudain quitter l’univers du conte pour basculer dans celui de la tragédie si chère aux Grecs. Persée découvre que sa mère a dû trouver refuge dans un temple pour fuir les assiduités du tyran Polydectès, le même homme qui a envoyé notre héros décapiter une Gorgone. Ni une, ni deux, Persée se rend chez le tyran qu’il transforme en statue de pierre avec toute sa cour. Il libère ensuite sa pauvre maman et place le pêcheur qui l’a élevé sur le trône de Sériphos. Il est temps désormais pour Persée de faire la paix avec son grand-père et de lui présenter sa charmante épouse.
Sur le chemin qui mène à Argos, Persée est invité à participer à des jeux donnés en mémoire d’un roi récemment décédé. Si le jeune homme manie fort bien le glaive et la tête de Gorgone, il est en revanche un piètre discobole. L’objet lancé par Persée frappe mortellement un des spectateurs et la prophétie se réalise. Persée vient de tuer le roi d’Argos, son vénérable grand-père. Nous n’aurons jamais droit à la scène des retrouvailles et de la réconciliation. Héritier du trône d’Argos, Persée hésite à succéder au roi dont il a involontairement causé la mort. Ce cas de conscience est tout à son honneur à une époque où peu d’hommes devaient s’embarrasser de tels scrupules. Persée échange donc le trône qui lui revient contre celui de Tirynthe qu’il gouvernera avec sagesse.

Andromède lui donnera plusieurs fils, l’un d’eux sera le grand-père d’Héraclès, et une seule fille, joliment nommée Gorgophoné, la tueuse de Gorgones. Après une longue vie bien remplie, Andromède et Persée seront placés au ciel sous forme de constellations, ainsi leur amour illuminera toujours, les nuits de ceux qui se souviennent.

 
 

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Andromède le livre

 Andromède

le livre 

 

Un livre de Jean-Louis Curtis, élu membre de l’académie française en 1986 et mort en 1995 à l’age de 78 ans.

Attention, ce n’est pas un roman sur notre mythe, mais il faut plus voir cela comme une citation. Pas une fois dans le roman n’est mentionnée la déesse !
 
"En 1941, une jeune enseignante arrive à Saint-Clar, une petite ville du Sud-Ouest. Jolie, enjouée, intelligente, elle se trouve rapidement soumise à la tyrannie sournoise d’un voisin de palier avec qui elle a lié connaissance. Ce veuf de quarante-neuf ans
gagne son amitié à force d’obséquieuse sollicitude et la contraint peu à peu à renoncer à tout et à gâcher sa vie.
Dernier roman de Jean-Louis Curtis, Andromède explore des abîmes psychologiques, ceux où se scelle l’alliance
de la victime et du bourreau, où les forces de la vie sont peu à peu minées par la lâcheté et l’hypocrisie."

 

Dans tous ses romans, Jean-Louis Curtis se carre dans un style naturel, direct, sans fioritures et sans clichés. Mais ses personnages ne sont, le plus souvent, pas aussi limpides qu’il n’y paraît de prime abord. Les histoires qu’il raconte sont bien souvent d’une grande cruauté et son monde d’une grande noirceur.

C’est dans son dernier roman qu’éclate le plus nettement le côté sombre de ce monde et le destin sans espoir de ses habitants. Ce roman, publié après sa mort, a pour titre Andromède, la princesse livrée au monstre marin pour apaiser la colère de Poséidon et délivrée in extremis par Persée. Il aurait tout aussi bien pu s’intituler La Prisonnière, si ce titre n’évoquait déjà d’autres amours. C’est l’histoire d’une vie gâchée sans appel. Une vie où un à un, méthodiquement, tous les motifs d’espoir sont saccagés. La vie d’une femme de vingt ans, Anne, jolie, intelligente, douée qui peut rêver d’un avenir satisfaisant, sinon brillant. Elle arrive dans une petite ville et prend possession d’un nouveau logement. Dans les toutes premières pages du livre, le premier soir, elle aperçoit sur le rebord de la fenêtre, une toile d’araignée vibrant au rythme des ailes d’une mouche capturée. « C’était une minuscule scène de supplice, dit Curtis, de lente mise à mort. Combien de temps durerait l’agonie de l’insecte ? Elle allait servir de nourriture, de garde-manger à une créature qui, pour elle, se présentait sous l’aspect d’une bête gigantesque et hideuse. Anne, captivée et légèrement horrifiée pensa qu’elle contemplait là quelque chose de consubstantiel à la vie, l’accomplissement d’une loi cruelle et immémoriale qui régit toutes les espèces vivantes : l’entre-dévorement universel. » Au lieu de briller dans le monde, de se marier, au lieu de vivre, Anne va peu à peu se laisser emprisonner, absorber, dévorer, anéantir par un homme que le hasard a installé dans la même pension qu’elle. Un homme âgé, laid, sans caractère ni instruction. La manière dont Curtis décrit ce naufrage, cet anéantissement d’une vie est édifiante. Tout au long de trois cents pages, il raconte la lutte entre la femme-proie et l’homme-araignée, comme un rapport de force et de domination qui, dès leur rencontre, s’installe entre eux. Au début « elle avait l’ascendant sur lui », elle avait « barre sur lui », elle « le dominait ». Peu à peu les rapports de domination se modifient. L’humiliation passe de l’un à l’autre. Les forces se renversent. La culpabilité change de camp. En fin de compte, c’est l’homme qui finit par écraser la femme.

Tout le roman s’articule sur les questions : Qui dominera l’autre ? Qui se nourrira de l’autre ? Qui tuera ? La conclusion est féroce. La vie à deux étant la seule chance de vaincre la terreur de vivre, de surmonter la hantise du temps qui s’écoule et de la mort, une vie, sa réussite ou son échec, relèvent de la capacité d’accouplement d’un être avec un autre. La manière dont cette femme jeune et belle qui, par sa faute et par une série de circonstances bizarres et oppressantes, ruine sa vie, crée chez le lecteur un malaise sans cesse croissant. L’art de Curtis est ici à son meilleur pour raconter une histoire aussi simple et aussi étouffante. La fin du livre apporte la conclusion, à la fois psychologique et morale, que veut donner l’auteur par cette histoire. « J’ai vu, dit-il, des quantités de couples dont on se demandait pourquoi ils demeuraient ensemble, malgré une évidente incompatibilité. J’ai vu, de très près, des situations qui n’auraient pas dû normalement durer dix jours et elles duraient depuis dix ans ou davantage. J’ai vu des laideronnes ou des idiotes s’emparer d’un homme plein de mérite et le dominer férocement, le domestiquer. Et, inversement, j’ai vu des hommes très ordinaires, parfois médiocres, s’attacher de belles et brillantes jeunes femmes et parfois les séquestrer… Souvent, dans un couple, c’est le moins bon qui l’emporte sur le meilleur, le plus déshérité sur le plus doué, le plus pauvre sur le plus riche moralement, le plus faible sur le plus fort. »

Rien à ajouter, sinon le regard calme et chargé de vérité que pose l’auteur sur ses personnages ; l’art et la finesse avec lesquels il montre l’un des personnages s’approprier l’autre ; et surtout la maîtrise avec laquelle il fait couler le temps qui, comme dans tout roman, joue le premier rôle. Le récit s’étale sur trente ans. L’intensité dramatique n’empêche pas Curtis de s’adonner tout au long à l’un de ses passe-temps favoris. Tout en décrivant, dans le fond de l’histoire, les climats sociaux et les ambiances morales des décennies qui se succèdent, il se livre à quelques brèves, mais violentes offensives contre certaines de ses cibles préférées, la mode, le snobisme, la bêtise, l’hypocrisie du siècle.

 

 

 

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Anne-Thérèse de Marguenat de Courcelles,

par son mariage madame de Lambert, marquise de Saint-Bris,

née à Paris en 1647 et décédée à Paris le 12 juillet 1733 à l’âge de 86 ans,

est une femme de lettres et salonnière française.

 

 

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