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Archive for the ‘personnages’ Category

cardamome.
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Très cher Monsieur P.,

Vous m’affirmez, dans votre dernier courrier, vouloir connaître la recette de la célèbre Madeleine de chez vous alors que votre laboratoire expérimental en détient tous les secrets. Et ce, depuis le début du XXe siècle.

Votre insistance me pousse à envisager un retour à la source d’ici quelques semaines afin d’en restituer arôme et goût.

Mais tout d’abord, très cher P., permettez moi d’émettre quelques réserves quant à l’exactitude des proportions et ingrédients, dans la mesure où ma « S.M.A.R.T. », (Serial Machine à Remonter le Temps), ne détient que peu de compétences en précision dans la Madeleinologie.

Je vous demanderai donc d’effacer un maximum de données préexistantes sans pour autant altérer la saveur initiale, de façon à réinventer quelque chose de novateur tout en préservant son caractère original. Un entendement hors du commun et une entière coopération seront nécessaires à la constitution de l’appui solide qui permettra la réalisation de ce projet en toute confiance.

Pour faire une Madeleine de P., à quelques semaines d’ici :

Sur l’étagère où vous stockez votre historique, prenez un événement doté d’une forte charge émotionnelle.

Associez à cet événement un élément remarquable.

Malaxez soigneusement l’ensemble de façon à rendre indiscernable ses composants.

Laissez reposer suffisamment longtemps pour ne plus y penser.

Un jour, par hasard, allez faire du rangement dans l’étagère.

Vous ne manquerez pas de remarquer qu’elle dispose d’un espace inoccupé.

Laissez flotter librement la sensation qui accompagne cette découverte.

Elle fera une progression silencieuse et invisible en vous, jusqu’au moment où elle
rencontrera dans le champ de la réalité des cinq sens l’élément remarquable associé par son fil d’Ariane à l’événement effacé de l’historique.

Débobinez.

Au bout se trouve la Madeleine.

Arrosez-la de tendresse et de gratitude parsemées d’éclats de réminiscence.

Dégustez le bonheur des retrouvailles.

Cher, très cher Monsieur P., je vous devine, vous allez vous demander où sont les épices dans la recette, et bien sûr, je ne saurai quoi vous répondre.

Avez-vous identifié l’élément remarquable qui vous est propre ?

Ou est-il nécessaire de reprogrammer un autre voyage en S.M.A.R.T. ?

En vous souhaitant bonne réception.

Votre fidèle amie de tous temps.

Cardamone Cyclopédie

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Parce-que les crayons ont les narines fines, autant dire que leur odorat dépasse les frontières du réel, et voici pourtant qu’elles nous annoncent un agenda objectivé par la matière, ah mais, ça ne va pas se passer comme ça !
Il s’avère que le hasard fait bien les choses puisque je calais lamentablement sur le sujet lorsque, au détour d’une exposition photographique, je passai par la cuisine où la réalité fantasmagorique de l’objet en question me sauta à la figure.
Je le tenais, mon article de juin, et pas que par trois pattes.
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C’est en Shakespearant que le croiset d’Alexandre emmêla ses pinceaux et embrassa la carrière presse-poétique.
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Le presse-poésie
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La poésie mon ami,
Ne s’apprend pas dans les écoles.
Elle s’invente aux écueils de vie,
Aux rires et à ses cabrioles.
Elle se laisse prendre aux larges rêves,
Qui naissent sous les pas des fées.
Aux traversées un peu funèbres,
Aux agendas un peu défaits.
Cette fois-ci l’objet était né,
D’un inventeur de qualité.
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Quel est donc cet œil oblique aux longs cils balayés et contraires ?
Est-il porté d’un courant d’art qu’un flux glacé parcoure sa silhouette élancée ?
Avec son abdomen pointu, tel un gros insecte perché sur ses longues, très longues pattes, moi, je sais bien qu’il s’apprête à bondir.
Pourtant, son regard métallique ne tremble pas d’un millimètre, et de son immobilisme absolu, il balaye les trois cent soixante degrés environnants avec la froideur magistrale de sa vision épicanthique.
Pour peu que je le quitte des yeux quelques secondes, je l’imagine dépliant une à une ses longues et interminables pattes pour silencieusement disparaître dans un angle du mur sous une voile tissée avec la patience de l’orfèvre des toiles opiliones.
L’observateur le plus affûté pourrait le prendre pour un pur objet décoratif. Serait-il futé qu’il ne connaisse son créateur, il serait alors tenté de récuser cette affirmation. Car c’est bien d’utilité que son visage d’obus coule son attention vers la grande coupe à fruits où trône, au sommet d’une pyramide de pommes, de pêches, d’abricots, de nectarines et de kiwis une magnifique orange couleur soleil couchant qui viendra prochainement coiffer son crâne glabre pour parfaire l’équilibre alimentaire matinal de son propriétaire.
Serait-ce casser trois pattes à un pseudo-insecte que d’affirmer illico que sa naissance est due à l’idée lumineuse issue d’un cerveau bien inspiré ?
Puisque ce presse-agrumes, né d’un courant d’art créateur, a été imaginé par Monsieur Philippe Starck, voyez plutôt comment Arthur Bonnet en parle.

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Il avait plu longuement cette année là, les cousins habituellement en voyage se réunissaient tous les jours à l’heure du thé pour décider avec mère Henriette de la prochaine destination. La restauration du cloître était terminée. La rente annuelle via-chemin-du-sentier-de-soit de ce fait disponible, permettait de disposer d’un budget suffisamment conséquent pour espérer partir à au moins quinze kilomètres du domicile familial, le bonheur se lisait sur le visage de tous les membres. Empêtré, de son prénom, le plus sage de la famille, connaissait son heure de gloire grâce au tube catholique de l’année, « Les cannibales seront bien gardés », qu’il fourbissait à loisir pour le faire briller devant un auditoire qui se serrait les coudes devant tant de lumière. La question à débattre restait de savoir si le voyage se ferait en sautillant à cloche-pied, via la via fée Râto, ou encore en courant, version moins rentable dans la mesure des quinze kilomètres à distribuer sur deux semaines. Vu la couleur du ciel, le temps s’avérerait plus que mouillé, ce qui risquait de ramollir les pralinés qu’Empêtré envisageait d’offrir à Inextricable, sa fiancée, qui résidait à quatre kilomètres en roulant vite d’ici, et chez qui ils envisageaient de faire une halte pour la nuit.
Ce voyage, tout le monde y tenait beaucoup. A tel point que la carte s’arrachait de mains en mains, et qu’il devenait à peine possible de la visualiser plus de quelques secondes voire quelques
niquedouilles de suite. D’ailleurs, Empêtré, résigné à ne pas reconnaître tout l’itinéraire bis, avait décidé d’utiliser tout le temps libre dégagé des préparatifs de ce faîte pour écrire une lettre terriblement tellurique et abécédaire à sa dulcinée que voici. (La lettre, pas la dulcinée)
Le principe est simple, voyez plutôt chez carnet comment il s’y est pris. C’est sur une idée de la licorne ici, et je vous laisse découvrir.
En lisant le texte de carnet, je me suis extasiée devant tant de talent et de créativité. Mais oui le Dodo, j’ai même trouvé presque injustice flagrante de Flanagan à vouloir te coffrer pour incendiarité et précarité d’enquête sur la voie république. Bon enfin, il a l’air d’avoir des preuves. Mais s’il faut faire un faux témoignage, je suis prête à couvrir la première plume qui osera s’y attaquer. Est-ce bien inintelligible ?
S’il est clair que la fluidité ressentie à la lecture de ton texte semble être le reflet de la facilité avec laquelle j’ai pu m’imaginer qu’il avait été écrit, la surprise est arrivée à la fin, retenant par ricochet mon attention, me portant à relire plusieurs fois, lorsque je découvris que le texte était un abécédaire, en d’autres termes, que chaque phrase débutait par, et dans l’ordre, les lettres de l’alphabet. Petit rappel illustré : A-B-C-D-E-F-G-H-I-J-K-L-M-N-O-P-
π -Q-R-S-T-U-V-W-X-Y-Z. Et là, soudain, j’ai mesuré la performance accomplie.

histoire de presser un peu de jus de cerveau dans la mesure où il me semble plus mûr ces derniers temps, vu la remontée des températures, la déclinaison du soleil et la hauteur du mercure, je relève le défi de ce petit bonheur abécédaire.
Toujours avec un train de retard, oui, bon d’accord…
Et puis hors concours chez Anne pour l’agenda électronique de juin.

Avec force et détermination, j’ai décidé qu’avec toi j’irais jusqu’au bout.
Bravant les doutes, les errances, les outrages du temps qui passe, les accidents de terrain, j’ai tâtonné longuement, le voyage n’était pas simple.
Carte en main, j’ai donc révisé ma géographie, redéfini le sens, la direction à plusieurs reprises, identifié l’itinéraire à parcourir, les paysages traversés, précisé ma destination..
Du haut du gouffre à la crête des fonds abyssaux, de la cime des profondeurs aux points culminants des précipices, mais aussi dans la traversée des vallées, la découverte des villes, des campagnes ou des déserts, je réussissais toujours à retrouver mon chemin.
Et puis voilà, le vent s’est levé, formulant des adieux déchirants, dissipant tout repères, éparpillant les indications, dispersant l’opiniâtreté.
Folie que l’oubli, j’étais averti, j’avais lu Erasme, je m’y étais préparé.
Garder la foi, toujours, et je me répétais, souviens-toi, dans ces cas là, souviens-toi de la musique.
Héliotropise moi un petit air, une petite chanson, hérissonne moi tout un refrain, un couplet, une divine légende, un opéra rock. Idéalise moi une traversée du jardin d’Eden.
Jubilationne moi du bonheur en quantité déraisonnable. Kilométrise moi du fil d’Ariane pour que je te retrouve à chaque fois.
Largement nous étions loin d’arriver, pourtant si proches, bien que si différents, quelque chose clochait, quelque chose ne collait pas. Moins une que je ne démissionne, et puis une idée s’est greffée dans le cheminement de ma réflexion.
Ne te laisse pas endormir par les apparences, écoute ta petit voix intérieure, elle est toujours ton meilleur guide.
Oublie pour une fois de rester dans le connu, invente un nouveau parcours, réinvente un mode d’emploi, une ligne de faille, un caractère ininventé.
Pourquoi ne pas faire confiance à la vie, tout simplement, sans rien bousculer, tranquillement, pourquoi ne pas laisser faire l’espace, tel qu’il a envie d’être parcouru ?
Πêtre que πêtre serait mieux que ne pas être, alors plus de question, c’est la faute à Shakespeare, plus de Raiponce, c’est la faute à Disney.
Quel avantage y aurait-il a vouloir aller plus vite que la musique, puisqu’elle revient toujours, encore et encore ?
Rien n’est plus précieux que l’instant présent finalement, puisque c’est là que tout peut se passer, puisque c’est lui qui s’inscrit dans le ressenti.
Seulement voilà.
Tentation, quand tu nous tiens.
Une seule fois dans ta vie, une fois n’est pas coutume, tu laisses les commandes au destin, tu écoutes ce que la vie a à t’apprendre, et tu avances sans savoir où tu vas, juste à savoir dans quelle direction, sans rien parier, sans rien forcer.
Viendra bien l’instant où une perspective se dessinera, où tu comprendras pourquoi, au moins le temps de cette traversée, vouloir à tout prix quelque chose ne pouvait prendre aucun sens. Wilde avait déjà écrit en filigrane sur la question dans ses compositions théâtrales, je pense à la question de l’importance d’être constant, faisant référence à la fidélité.
Xylophon, dans son banquet, citera la « kalokagathie », qui littéralement veut dire beau et bon, et qui est la condition de celui qui entretient l’idéal de la conduite personnelle.
Yourcenar, dans l’œuvre au noir, ira beaucoup plus loin qu’une simple approche de valeurs positives, elle ira creuser dans les noirceurs de l’être.
Zapper le bien-être ou opter pour la sérénité, lorsque l’idée se présente, demande de prendre sa pelle, sa pioche, et son râteau, afin d’aller débroussailler et creuser le terrain pour mieux identifier sa constitution, semer pertinent, et faire pousser tout un jardin.

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Vous avez dit agenda ?
Si, vous avez dit agenda ! Ne me la faites pas !
Agenda ! Agenda ! Est-ce que j’ai une gueule d’agenda ?
Py d’abord, c’est ici qu’ça s’passe, en juin !
Chez  Anne de Louvain-la-Neuve

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Aller, on prend les mêmes mais dans le sens inverse.
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Au quartier général de l’association des derniers remonteurs de courants vers leurs sources, Karta, la plus téméraire d’entre nous, continuait à rechercher le local idéal pour le siège. Hélas, la crise du logement n’aidant pas, elle dut se rabattre sur le cartel « vacances clefs en mains » pour ce faire. Bien lui empris, le soleil n’étant pas au rendez-vous cette année là, les offres n’étaient ni de Gascon, ni les promesses de vente, elle trouva rapidement moult propositions toutes plus offrantes les unes que les autres. Karta, loin d’être niquedouille, connaissait tous les pièges de l’allocution immobilière. Ainsi, elle s’enquérait davantage de savoir de quoi étaient faits les bâtiments, que de leurs prix, sachant que le côté rentable de la situation pouvait déboucher irrémédiablement sur de lamentables désallusions sujettes à complications.
Aussi, lorsqu’elle répondit à l’annonce numéro 118-218 du bottin traditionnel, elle était à dix mille lieux de s’imaginer un tel ravissement.
L’agence se situait au rez-de-chaussée d’un immeuble de standing fin du XX tième siècle, plutôt à tendance prolétaire, mais bordée d’une vaste piscine de douze mètres carrés. Le directeur de l’agence, un homme imaginatif, avait équipé tous les transats de charmants matelas en forme de bouées crocodiles. Il disait à qui voulait bien l’entendre que
fourbir du matelas animal donnait à l’ensemble une impression d’occupation vivante des lieux, suscitant automatiquement et par réaction, chez le visiteur, un désir fou d’opposer sa signature en bas du contrat.
Karta, donc, suivait très tranquillement le directeur lorsque le mistral, d’une bourrasque imprévisible et voire même imprévue, survint. Une pluie de ballons matelas dirigeables en forme de crocodiles vint à se précipiter sur elle.
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Famille Addams bis 2
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– Ces courants
telluriques sont exceptionnellement puissants cette année, n’est-il-pas, mademoiselle Karta ?
A les enjamber, Karta, trop occupée à
sautiller sur la margelle pour n’écraser personne ne répondit pas, mais ne cacha pas non plus sa surprise, et nota l’originalité du propos de ce monsieur.
Un homme, agent immobilier de surcroît, qui fourbit plus léger que l’acier, ça éveille la curiosité.
Ils continuèrent à progresser paisiblement en silence jusqu’à la bâtisse concernée par l’objet de la visite.
– Nous voici arrivés, mademoiselle Karta, annonça Monsieur le directeur de l’agence.
Et il poussa une immense grille qui s’ouvrit sur un tout aussi immense parc. La construction, de style néolytique, avait subit l’outrage de la restauration ancien empire, mais respirait la décomposition.
– Comme c’est étrange ! S’exclama Karta.
– De quoi parlez-vous donc, très chère ?
– Mais enfin, vous ne voyez pas ?
Le directeur, pris par une expression de surprise, se tourna vers elle.
– Vous ne voyez pas la bizarrerie de cette famille ? Repris Karta.
– Mais de quelle famille parlez-vous donc ?
Karta écarquilla les yeux. S’il ne voyait rien, c’est bien qu’il était soit miraud, soit qu’elle était hyper oculairement sensible. Je dois avoir la rétine dilatée, se dit-elle alors.
– Euh ! Je vois une famille en kit, non, pardon, en kilt… Quoique… Ces morceaux de…
– Vous ne finissez donc jamais vos phrases…
Le directeur parut songeur un instant, puis se reprit et reprit :
– L’histoire de ce domaine dépasse l’entendement, mademoiselle Karta. Ne soyez pas gênée de la percevoir. Ils étaient treize. Tous plus singuliers les uns que les autres. C’était en 1144, à cette époque, le recensement n’était pas aussi précis qu’à nos jours. Pourtant, malgré l’approximation de l’époque, les disparitions mystérieuses se multipliaient, signalées à Max
Praliné, le seigneur de la région. Ce dernier, alerté par tant d’anomalité, en vint à dépêcher une enquête, en chargeant son meilleur lieutenant d’éclaircir toute l’affaire.
Le document de synthèse fit état d’une famille de
cannibales vivant en ces lieux, responsables de tous ces enlèvements, grassement nourris de la population locale. Nous détenons dans nos archives une restitution fidèle de ce que peuvent voir de temps en temps les visiteurs ayant cette hyperception fun-oculaire. En voici une reproduction.
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Famille Addams bis
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– Je pensais plutôt dérailler, bigre, ce lieu m’enchante !
– Ah ! Je savais que les transats crocodiles porteraient de bonnes grâces à vos yeux ! Vous signez ?
C’est ainsi que la source des travaux concernant la horde primitive put enfin retrouver la paix des origines. Depuis, kale-en-Bourg se nomme Kale-âme-in. L’association se mobilisa pour déposer le brevet de la modification du nom du lieu.

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L’écriture en cuisine me fait toujours un effet dégustatif certain, aussi j’ai repris les mots proposés par les impromptus littéraires (semaine du 7 au 13 mars 2016) pour composer une poésie.
Les mots à utiliser sont :

Glacer, lier, blanchir, napper, julienne, crème, assaisonner, barder, cuire, tamiser.

Il a mis les mots à blanchir,
Dans un doux bouillon frissonnant,
Puis il a nappé de désir,
La parole sans débordements.

Jamais de phrases assaisonnées,
Il n’a lié le plat céleste,
Qui réunissait le pâté,
Et l’ingrédient de la tendresse.

Mais moi la joie me tamisait,
Tant de finesse il a usé,
Et de transports il saupoudrait,
La crème de l’art du velouté.

A faire cuire ainsi la gaîté,
Il dispersait l’encre glacée,
Sur la julienne de ses idées,
Pour en faire un texte bardé,
De formules si subliminales,
Que suspendue à son journal,
Je me balançais aux étoiles.

 

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Ecrire à l’agenda, c’est poudrer les méandres du boulon de l’écriture avec de l’encre toner de Brest, pas franchement coton, me disais-je, mais c’était un peu chaque fois un challenge auquel je m’accrochais comme un wagon à la voiture de tête. Fallait-il que je sois addict pour relever le défi ! Pourtant, Patte et Carnet ce mois-ci y avaient mis du leurre, je ne pouvais le nier, (des histoires de rail’leries ou un truc du genre je crois), bref, je pris donc mon clavier à deux mains, ce qui faisait exactement dix doigts, et m’y mis.
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Métro-Poissonnière-Paris.png
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Foi de Bassan, la galère ne passera pas par moi ! Proverbe capillaire en tête, tartuferies d’escarpin aux pieds, Fulgence Marie Auguste Bienvenüe s’engouffra dans la bouche Boucicaut, ligne 8, mais que diable allait-il faire dans cette galère ?
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Nul ne le sut jamais car il disparut avec le secret de la création du métro, qui comme chacun sait, est recouvert d’un mystère de Paris.
Les suppositions allaient bon train, il s’était fait digérer par le ventre de Paris, Gervaise l’avait assommé, c’était la faute de l’abbé Mouret, bref, Eugène suait sang et eau pour élucider l’affaire. Toute la capitale ne parlait plus que de ça, les journaux battaient rames à partir de tout ce qu’ils pouvaient se mettre sous la dent. Alors, afin d’alléger l’ambiance funèbre relative au drame de l’époque, Zola lança un nouveau défi à la population : Trouver deux proverbes qui rétabliraient la vérité, toute la vérité, rien que la vérité, avec pour espoir d’y dénicher un indice déterminant.
Les propositions affluaient.
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« Rails de bois, rails de fer, quand le métro sifflera la mélodie du bonheur trois fois, les dents de Fulgence seront bien gardées ».
«  Partir de l’opéra pour aller bouffer à la Poissonnière, c’est comme demander à un marseillais s’il est de l’Estaque ».
« Il y a du jeu dans la rame 4 de saint Supplice, c’est de la triche ».
« Tricher à la station Cambronne n’est pas jouer du mot Quai de la râpée ».
« Les moqueries du Cadet Roussel de ses soucis n’atteignent pas la station Blanche ».
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Mais comme aucune d’entre elles ne venait résoudre la plus que suspecte disparition funeste de Fulgence. les gobelins, petites créatures légendaires peuplant alors les sous-sols de la ville, s’emparèrent de cette chance en se mêlant de l’affaire afin de remonter une notoriété sérieusement entamée par le succès du premier tome de la saga Harry Potter. Ils avaient colonisé l’endroit à la suite d’une migration aviaire en provenance du ministère de la magie, situé au centre de Londres, et en empruntant un chemin de traverse. Maurice de l’île, premier ambassadeur des gobelins, décida de publier le recueil en vers en retravaillant les indices proverbiaux existants de plus près.
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« Dodo bouilli, Dronte de Maurice tari ».
« A tarissement de Raphus Cucullatus
rien d’impossible ».
« Chat émondé craint les amandes ».
« Un dodo échaudé vaut plus que deux chapelets tu auras ». Vous leur réciterez deux « je vous salue Marie », trois « pater noster », paix à leur âme.
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Jean Cocteau réagit vivement devant le manque de rimes, et décida alors d’éditer en retour son ouvrage populaire intitulé : « tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le métro parisien sans jamais oser le demander ». Eugène qui suait encore pas mal de gouttes y découvrira l’indice capitale, l’existence des stations fantômes du métro de Paris.
Le cinéaste Steven Spielberg reprendra l’enquête dans son film « il faut sauver le disparu Fulgence » et finira par le retrouver dans le terminal, une des galeries sombres et désaffectée « porte Molitor » dite aussi « Murat » qui servait de garage pour les trains. Fulgence ramait dans un wagon en criant à tue-tête : « Vogue la galère ! ». En voyant arriver un troisième type, il s’écriera « arrête-moi su tu peux », je vous préviens, je chevauche un cheval de guerre doté d’une intelligence artificielle, vous n’aurez pas la liste de Schindler, ni l’Alsacienne, ni la Lorraine, sinon je sors mes dents de la mer.
A la suite de quoi Fulgence Bienvenüe fut envoyé dans la quatrième dimension et le secret de la création du métro parisien suivit le même chemin en direction de l’arche des aventuriers.
Morale de toute cette histoire :
Qui va à la rame perd sa place.
Reformulé plus tard par l’auteur comme ceci :
Qui va à la rame « Boucicaut » ou « Bourricot », (j’ai un doute là !) perd sa place.
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En faisant les fonds de tiroir, j’ai bien encore deux ou trois trucs qui traînent : Par exemple.
Tenir une rame de métro par la barbichette de Fulgence vaut toujours mieux que deux galériens tu pinceras dans un bateau.
Un être effiloché par le silence de la mer en vaut deux.
Si tu veux friser droit, accroche tes cheveux à une rame de métro et tes boucles méandroïformes à une équerre. Proverbe Byzantin.

La semaine prochaine, l’incroyable histoire de Brodway :
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Trouvé ici 

L’INCROYABLE HISTOIRE DU MÉTRO À VENT OUBLIÉ 

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Une retardature plus tard que stipulé dans le règlement de miss Asphodèle, je m’en fus vagabonder du côté du scabreux domaine de Lachaise en bois percé dont on fit les arbres naguère. Voici une petite prose en forme de dernière demeure.
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Les mots à utiliser sont : Flânerie, pacager, liberté, baguenauder, circonstance, enthousiasme, prisonnier, errance, prairie, libellule, céleste, nuage, délire, rencontre, bohème, paria, alouette, gironde, évanescent, agripper.
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A partir de cette photo proposée par les impromptus littéraires.

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Impromptu littéraire
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Regardez-nous bien, nous sommes les habitants célèbres du cimetière le plus réputé au monde. Au 16 rue du repos, quand le bon samaritain s’endort du sommeil du juste, nous sortons de nos tombes pour aller danser au GBPPPR*, après avoir rassemblé mandibules, vertèbres et phalanges, en cliquetis serrés. De gauche à droite, Frédéric Chopin, Jim Morrison, Héloïse, Oscar Wilde, Edith Piaf, Molière, Jean de la Fontaine, Colette, Camille Pleyel, Alain Bashung, Michel Petrucciani, Jean-François Champollion, Gustave Doré, Simone Signoret, Marcel Proust, etc, j’en passe et des meilleurs, tous les autres non moins célèbres danseurs de ces lieux.
Nous sommes les rois du tango. Au rythme palatin de nos zygomatiques, nous renversons trapèzes, scaphoïdes, rotules et boites crâniennes, tournoyons aux sons des vertèbres coccygiennes, virevoltons en cadences claviculaires, sternales ou maxillaires, claquons du lunatum, du métacarpe ou du sésamoïde. Nous rediffuserons régulièrement la scène culte avec Elena et Alejandro afin de réviser les pas de danses classiques.
https://www.youtube.com/watch?v=NMTkG88SNJE
Car nous sommes encore bien de ce monde. L’errance de l’au-delà est un leurre, nous en témoignons dans la trame de nos os, dans les allées parcourant les quarante quatre hectares de notre nécropole, baguenaudant sous la pleine lune, au gré de nos squelettiques libertés. Nous, célèbres enterrés, avons cette particularité de n’être pas prisonniers de nos tombeaux, mais bien d’être les parias bohèmes du vingtième arrondissement. Notre enthousiasme dérange, réveille, provoquant le délire des uns, le dégoût des autres, la répulsion des parisiens qui veulent notre silence de mort plutôt que nos célestes et bruyants jeux. C’est pourquoi personne ne nous verra jamais danser dans les allées, entre les monuments funéraires, sauf peut-être quelqu’alouette gironde ou quelque libellule insomniaque grisées par nos ballets claquetants et hasardeusement passant par là. Il nous arrive d’organiser des rencontres inter-cimetières, en nous décentralisant vers des lieux plus calmes, afin de donner un peu de répit à la capitale, lorsque les circonstances nous y poussent. Nos hôtes nous font découvrir les pacages et prairies où paissent les troupeaux, bovins de toutes espèces, qui nous accueillent dans un premier temps avec des beuglements inquiets, puis une fois familiarisés à notre présence, offrent ballades et flâneries nocturnes à dos de vache à nos vieux os. Frédéric promène ainsi ses phalanges en touches de piano, auxquelles Michel répond plutôt en mode jazzy, Jim exhibe ses côtes recouvertes auparavant d’un torse qui eut son heure de gloire, Simone a gardé son casque d’or (qu’elle a tenu à retirer pour la photo, refusant d’être reconnue) et Marcel sa Madeleine, (planquée entre deux os iliaques), Héloïse et Abélard sont toujours inséparables. Les nuits où les nuages crèvent en longs rideaux de pluies évanescentes, nous laissons l’eau rincer les diverses pièces de notre anatomie osseuse avant de, bien rafraîchis et ressourcés, réintégrer nos sépultures pour une journée de repos bien méritée.

* Le grand bal populaire des parias-pour-rire (honteusement repiqué chez Anne de Louvain la Neuve)

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