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Archive for the ‘Livres’ Category

«Pour sûr, fit Choukhov : le soleil est d’aplomb.
Si le soleil est d’aplomb, fit le commandant, il n’est pas midi, mais une heure.
Ça épata Choukhov :
Pourquoi ? Tous les vieux te le diront : c’est à l’heure de midi que le soleil est à son plus haut.
Oui, fit le commandant, c’était vrai de leur temps. Mais, depuis, il y a eu un décret : le soleil, maintenant, atteint sa hauteur maximum à une heure.
Pas possible ? De qui qu’il est ce décret ?
Du pouvoir soviétique. »
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Le chat l'heure dans une heure
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Dans le carré B du génôme secret, le gardien des angles se tient aux bois des A.
Le général C. (Covirus) lance une opération des sinus afin de contenir la propagande de l’usine à postillons qui fonctionne à plein rendement, et, le bistouri en goguette, il crève le pneu de la défense. L’événement à peine sorti du sommeil des presses, un agrume éternue de la vitamine C en pleine poire d’Hélène, la belle-fille du père Mömix, cracheuse de flamme. C’est pas perdu, puisque la chaleur réchauffa les pôles, les épaules, la poitrine et le cœur du changement d’heure.
Une prescription tombe. Elle se brise en mille miettes en tombant, se ramasse à la pelle à tarte, se remet debout, L’énoncé verbalisé est le suivant : Il est interdit d’éternuer.
Les contraventions tombent des nues sur les contravenants : Prenez vos anti-histaminiques Emile !
Voilà, tout ça pour dire que la nouvelle journée d’Yvettéanne Cyclopévitch va être bien remplie. Elle est chargée de décrire la vie dans le carré B du génôme secret, sous couvert du pseudo-anonyme d’Aluxiande Solgénizinzine, son grand-père.
Avec l’angle planté droit dans les yeux de son co-pilote de classe, le général C., elle va tenter de rédiger une synthèse divers-tangentée afin de rejoindre une vision à 360°.
C’est pas hypertherminettement plausible comme décor, mais le degré du vide central pose son mystère invisible, comment se fait-il que les plans planent aussi creux ?
L’architecture de l’opération, sinusitée par une ponte de graphiques à l’échelle de la perspective atmosphérique, semble ne jamais s’interroger sur les creux, mais attire l’attention sur les pleins, espaces équitables répartis entre les fondations de l’ensemble approprié retenu en son sein.
Qu’à cela n’interroge, personne n’émet la moindre hypothèse sur la chose absente, car aucune lumière ne la nommant, elle n’apparaît ni de près, ni de loin.
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La vierge aux rochers de Leonard de Vinci (1483-1486)
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C’est de la berlingote de Savoie, ce truc, rumine allègrement le tryptique intermédiaire à l’occupation des sols. Entre A, B et C, règne un silence d’outre-centre. Le tic-tac pendulaire émet à espaces réguliers son son, résonnant comme une consonne, voyelle, consonne, voyelle.
Les lettres pleuvent et les mots les plus longs ne dépassent pas 23 heures dans la journée complète. Il manque une heure, se dit Yvettéanne Cyclopévitch, nous devons alerter les autorités suprêmes pour avoir les directives à suivre. Elle entame une part d’heure en se pourléchant les doigts sur lesquels coule une sauce minute riz.
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En adéquation.

Héron pourpré

Echassier en pleine rizière

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Première de couverture : Dring, le réveil sonne.
Un sommaire sommaire accueille l’angle occulot-visionnaire du pilote C.
Puis, la préface tourne son visage vers le cadran : M…E ! Il est déjà l’heure d’intuiter, radicalement parlant. Quelques lignes plus loin, le préfacier tourne septante fois le stylo dans l’encrier, émet un bruit de gargouilles, éructe profondément une tentacule de mimosatier, puis se rendort précautionneusement. On est sur un jour seigneurisé, faut pas déconner non plus, la messe, c’est à deezer, l’horloge peut bien intuiter de la minute en cadence, elle n’a qu’à aller se faire danser chez les russes une polka de la dernière apostasie.
Ensuite, on commence la journée rondement, par petites nuances d’atmosphère, afin de mettre en relief les lignes parallèles et les délier de la f@çon la plus douce et tendre qui soit.
Pour exemple, nous allons parallécréter que ce paysage peut magnifiquement bien illustrer le propos.
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Paysage réel montrant la variation des teintes selon l'éloignement

En bleu et blanc

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Légèrement planérisé, le paysage évoque une distance relative ou absolue, selon l’approche que l’on s’en fait. Ici, les bleus évoquent à l’âme une nette sous-élévation dans un premier plan, par une ligne déchiquetée, coulée de neige éternelle mouchetée, parsemée de touches claires en cache-col.
Puis, les vagues successives berlingotent l’éloignement, chacune d’entre elle se dilue d’une blancheur directement perceptible à travers le prisme de son mariage doux au tableau formant ainsi une impression de pureté jamais atteinte jusqu’ici.
Soyons clairs, se dit la première vague. N’allons pas nous percher sur le cadavre cadencé d’un sous-sens caché, restons bien soigneusement en dehors de toute supposition fasciséee précautionneusement par les strates d’un terrain trop motusé.
Les votants n’iront pas aux urnes car le réceptacle est hors du champ de la courtoisie.
Justifier de son identité n’est pas seulement inconfortable, mais bien d’une approximation sans nom, puisque la connaissance du sujet à ce jour n’est en rien déterminée sur l’abysse du vide délié de ses pleins, soyons précis, compréhensibles, mais pas trop.
Le trop étant l’ennemi du juste, nous aurons, durant toute cette journée seigneurisée « électrinquement » l’occasion de creuser autour des lapsus de clavier une douve aussi profonde que possible afin d’éviter les échappements gazés jusqu’aux coups.
Yvettéanne Cyclopévitch tourne les pages, chapitre après chapitre, pour réinitialiser entièrement les pixels de l’imaginaire, afin de rester sur le flanc du côteau, sous la gravité éternelle des silences stellaires de la plus grande précaution d’usage du mot.
Il en va de son son consonnisé comme d’une canonisation voyellisée par l’étude du langage Mésopotamique illustré par une base soixante.
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L’angle du point de vie est ici :
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La mi-trente ayant programmé une pause standard, la flèche de l’éthique et du tact vient de sonner l’heure du bain. Nous vaquerons, durant une période diluée, autant dire, incertaine.

La mise en page est nouvelle, ou pas.
Faut bien s’occuper agréablement.

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Mathématiquement scriptural

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Tétra agenda ironique de février 2020
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La semaine des quatre jeudis était arrivée. Les autres jours, interloqués, se taisaient devant tant d’indécence. Comment les jeudis avaient-ils osé envahir tout le territoire de la semaine ?
Y avait-il eu complot, qu’aucun des autres jours n’avaient su voir ?
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Le directeur d’académie, Hastings, tournicotait son agenda ironique autour de son cerveau limbique lorsque Séléna Rupin frappa à sa porte.
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– Capitaine, le cours sur la logique cartésienne des phénomènes capito-planéto-rosicrucio-logiques vient d’être annulé. Il était planifié sur le mardi, nous sommes encore jeudi de la semaine dernière, comment faire ?
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Le directeur se leva et, s’appuyant sur le sceptre d’Horus l’ancien que lui avait offert sa mère avant de disparaître en l’abandonnant devant l’entrée de l’urne funéraire du système capitaliste de l’an 2920.
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– Cette chère Séléna ! N’allez pas confondre jeudi de la semaine dernière et jeudi d’aujourd’hui, très chère ! Nous sommes jeudi du jour, et si le cours doit être annulé, faite confiance à votre programme, il sait de quoi il s’agit.
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– Mais nous avions prévu un séjour sur la planète du jour, Hastings, et notre expérience tombera de retard, en ce fait. Savez-vous que nous n’avons qu’un passage tous les deux ans, Hastings ? Et aussi proche qu’elle soit, nous n’aurons pas assez d’essence pour faire la route dans l’autre sens si nous annulons notre départ aujourd’hui.
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Le capitaine crispa légèrement la bouche d’un air réprobateur.
– Mademoiselle Rupin, si le cours du mardi est annulé pour cause de jeudi, soyez bonne joueuse, adaptez votre programme ! Vous n’avez donc jamais entendu parler de ces dix jours escamotés, semble-t-il. Allez-donc vous cultiver et pousser un peu plus loin vos recherches, votre limite est pâle comme le reflet du jour, très chère. Allez, et n’insistez pas !
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Séléna pris une grande respiration et le toisa d’un regard fulminant.
– Vous n’aurez pas le dernier mot, capitaine ! Je n’ai pas l’habitude d’obéïr sans au moins m’assurer que la décision est celle qui aura les meilleures conséquences possibles sur le système à réformer. Vous n’êtes pas là pour faire office de modèle, Monsieur, mais seulement pour laisser les possibles de chacun se déployer dans les limites saines de ses conséquences. Nous irons sur mars quoiqu’il nous en coûte, et ce n’est pas vous qui allez nous en empêcher. Le cours du mardi aura lieu ce jeudi, un point c’est tout !
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Hastings sourit. Il la connaissait par cœur, et savait combien elle avait du caractère. Mais avec l’ensemble des référents enseignants, il avait tout prévu, même cette réaction vive et fulgurante de la part de cette professeur de langage marhématique au tempérament ardent d’exploratrice des espaces encore non défrichés.
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Séléna enseignait la « faconde rigoureuse », une spécialité de l’école, qu’elle avait créée de toutes pièces, en découvrant avec stupeur combien les catégories socio-professionnelles avaient tendance à ne pas mesurer le pouvoir du langage. Les discussions avaient tellement porté leurs fruits, qu’un projet de voyage sur mars, le belliqueux, avait été construit avec les élèves les plus brillants, car ils éclairaient la nuit de l’espace, et permettaient d’aller dénicher la planète en question grâce au lampadaire de la clarté. Le belliqueux mars et son langage percutant ne devait pas le rester bien longtemps, car le voyage prévoyait une application spéciale « arrondis des phrasés ». Sans déphaser les phrases, cette lumineuse expédition ne pourrait se faire un jeudi sans l’aval d’un décalage de l’agenda calendaire du système linguistique ironique, et seul, le capitaine, donc lui-même, serait en mesure de le faire. Il pouvait donc dormir sur ses deux oreilles, rien ni personne n’aurait le pouvoir de ce décalage, La position d’autorité qu’il détenait était pain béni.
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C’était sans compter sur la résistance aux corruptions du groupe « prosodimétrie ».
Qui dépêcha sur le champ son meilleur compositeur de quatrain pour dénoncer le boycott du départ sur mars.
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Ce qui donna :
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« Départ du jour annulé par quatre jeudis tétraplexiques,
Que sont nos mar
dis devenus ?
La clique d’H
astings et sa bande de Poirots métaphysiques,
Biscorne notre voyage qui l’eut
cru ! »
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Une mobilisation générale des étudiants fonda alors le mouvement de la minute de silence la plus longue. C’est ainsi que le sitting de la minute de silence la plus longue dura près de 10 jours, assis en tailleur devant le bureau d’Hastings, du premier jeudi de la semaine des quatre au mardi suivant. Dix jours de silence durant lesquels rien ne se passa, mais au cours duquel le son le plus inaudible gagna les esprits de tous en les alignant sur une même longueur d’onde. Il s’agissait de régler le canal par lequel l’ensemble des personnes présentes pourraient ensuite faire appel à chacun des participants au mouvement de contestation.
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Ainsi, dix jours furent à jamais rayés de l’agenda, sans que l’ironie du sort en fut pour autant affectée. La chance s’inscrivit au voyage suivant puisque partant du jeudi de l’ascension, l’expédition les amena tout droit sur Jupiter. .
La grosse gazeuse les accueillit aériennement dans la plus grande débonnarité.
Un jupitérien vint leur faire le salut tétraflexé Pégasien.
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Tout est dit ?
Non, car Séléna Rupin, enseignante et instigatrice du voyage, entrevit l’écueil et l’anticipa en décidant de lire la logique adjacente dont le sieur Thomas Hobbes fait état dans son Léviathan :
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Tétracitations du fameux Léviathan de Thomas Hobbes :
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1 :
Le premier arc-en-ciel qui fut aperçu dans le monde était un miracle, parce que c’était le premier, qu’en conséquence l’événement était insolite, et qu’il servait de signe venu de Dieu, placé dans le ciel pour assurer à son peuple qu’il n’y aurait plus de destruction universelle du monde par l’eau.
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2 :
De sorte que c’est dans la définition correcte des dénominations que repose le premier usage de la parole, qui est l’acquisition de la science, et c’est sur les définitions inexactes, ou sur l’absence de définitions que repose le premier abus, dont procèdent toutes les opinions fausses et insensées qui font que ces hommes qui reçoivent leur instruction de l’autorité des livres, et non de leur propre méditation, se trouvent autant au-dessous de la condition des hommes ignorants, que les hommes qui possèdent la vraie science se trouvent au-dessus.[CH 4 De la parole]
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3 :
Pour conclure, la lumière de l’esprit humain est la clarté des mots, mais grâce à des définitions exactes préalablement débarrassées et lavées de toute ambiguïté ; la raison est le pas, le progrès de la science la route et l’avantage du genre humain le but.
Leviatan, 5. De la raison et de la science.
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4 : A vous d’écrire la quatrième, si le cœur vous en dit.

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Tétraplexique : Se dit d’un phénomène se produisant simultanément dans quatre directions.
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Exemple : Une fusée tétraplexique qui s’envole dans les quatre points cardinaux en demi-cercle se rejoignant en altitude pour se déplacer à nouveau en tétraplexie, système auto-renouvelant l’énergie du déplacement et permettant par le mouvement perpétuel d’aller plus loin dans l’univers.
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Tétraflexion : Un salut pégasien.
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Tétra agenda ironique de février 2020
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Tétra-personnages principaux de l’histoire :
1 -Hercule Poirot
2 -Capitaine Hastings
3 -Séléna Rupin
4 -Un pégasien
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N.B. 1 : La tricherie consiste à faire pile 29 paragraphes titre inclus et non pas maximum 29 phrases tel qu’indiqué par jacou33 dans les contraintes d’écriture de l’agenda ironique de février 2020. En y incluant ces deux précisions N.B. 1 et N.B. 2. Ainsi que d’utiliser la semaine des quatre jeudis en bonne et due place de l’une des quatre propositions à inclure que sont «
Henri IV, les quatre mousquetaires, les quatre filles du docteur March, le lac des Quatre Cantons ».
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N.B. 2 : Ecrit pour l’agenda ironique de février 2020 qui se tient ce moi-ci chez jacou33, ici même, sous le titre suivant : Mais, où donc sont passés ces dix jours ?

 

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Venise vintage
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« Lorsque les philosophes parlent sans détour, je me méfie de leurs paroles ; quand ils s’expliquent par énigmes, je réfléchis ».
Schroeder

L’histoire n’en dit pas long, elle se passe au XVIème siècle.
Elle est conservée en salaison aux archives secrètes du Vatican.

Ce jour là, à Venise, il s’était passé quelque chose d’extraordinaire, et seule une vieille carte de l’île annotée de la main d’un illustre inconnu en faisait foi.
Elle était signée au dos d’un nom ! Andrea Aromatico.
Mais à cette époque là, il n’était pas encore né !

Quoique…

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Venise_Plan_de_Venise_1568

Venise en 1568


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Pierre Basile Valentin, antiquaire de l’île, avait en sa possession un ouvrage de recettes sur la cartographie évolutive du relief des sols.

De temps en temps, lors que sa boutique, désertée de flâneurs, de touristes, ou d’initiés en matière de vieilleries précieuses, se tenait dans le silence le plus pur, il ouvrait délicatement le livre et laissait son regard voguer librement sur les mots et gravures de l’époque, reconstruisant ainsi à l’infini la cité des Doges, ouvrant un passage secret ici, construisant un escalier là, bref, remaniant continuellement l’ouvrage flottant sur la lagune.

L’un de ces instants de profonde méditation fût un jour interrompu par l’arrivée d’une jeune personne habillée simplement d’un surcot et d’une pèlerine à capuche.

L’émanation du coûteux parfum qui embauma alors la boutique permit à Pierre Basile de déduire l’origine bourgeoise de cette charmante jeune femme.

Elle tenait sa capuche resserrée autour du cou, comme pour cacher son visage. Elle semblait bouleversée.

L’antiquaire, qui n’avait pas l’habitude d’accueillir de si jeunes et jolies clientes, encore moins des clientes chamboulées, se leva d’un bond, ce qui fit sursauter vivement la jeune femme.

Ne sachant comment faire, il bredouilla une phrase toute fraîchement lue de son recueil et, en ces termes, lui adressa la paroles.

– La grande sagesse est déjà contenue dans la capacité de pressentir avec exaltation cette main diligente, invisible aux distraits et aux tristes, et vous rassemblez la synthèse de cette immense œuvre, alors soyez la bienvenue. Que puis-je faire pour vous aider ?

De l’embarras apparut sur les traits émus de la dame. Elle le fixa avec de grands yeux intenses et, se reprenant un peu, réussit enfin à être en mesure de lui répondre.

– Monsieur, je cherche un abri, il est arrivé quelque chose d’étrange. Alors que je marchais sur le pont Rialto, allant de mon « humble » demeure à la place Saint Marc pour y retrouver mon amie, j’ai senti le sol se dérober sous mes pas. Après une chute sans gravité, un peu étourdie par le choc, j’ai repris mes esprits et, cherchant à me relever, me suis rendue compte qu’un escalier s’était ouvert sous mes pas. Quelle ne fut pas mon immense confusion de constater que le pont lui-même avait disparu, et que je me retrouvais devant l’entrée d’une sorte de temple, illuminé de millions de bougies rouges, ne comportant aucune porte mais juste une fenêtre dont les volets tirés ne permettaient pas de voir à l’extérieur. Quant à l’escalier, il était bouché par l’éboulement de grosses pierres en forme de creusets, ajustées de telle sorte qu’aucune lumière ne passe entre les interstices. Reprenant mes sens, je fis la déduction que l’oxygène de l’air circulait puisque les millions de petites flammes oranges vacillaient, danses fugaces et sauvages, dans la brièveté de leurs mouvements. L’ensemble était du plus bel effet.
C’est ainsi que, éblouie par cette vision éclatante de beauté, je me suis laissée transporter et, mue par une force venue d’on ne sait quelle part de mon esprit encore ignorée à ce jour, un passage secret s’est ouvert devant moi, m’amenant jusqu’ici.
Permettez que je me reprenne. Qui êtes-vous ? Et où suis-je à cet instant ?

Pierre Basile Valentin, troublé par ces coïncidences évidentes, dressait le lien avec le livre ancien et l’utilisation qu’il en faisait.
Avait-il découvert de façon fortuite l’accès à un temple sacré par l’intermédiaire de cette jeune personne ?

– Je vous en prie, faites donc ! Veuillez excuser mon ébahissement mais il m’importe de savoir par quelle porte vous êtes entrée dans ma boutique. Mon nom est Pierre Basile Valentin.

Devant leur mutuelle stupéfaction, les deux protagonistes décidèrent de s’éclairer mutuellement en remettant dans l’ordre les événements récents.

Une fois l’ensemble des faits rassemblés, une certaine logique advint au jour.
Ce qui leur permit d’entrevoir quelques lumières.
Vous allez me dire, c’est une Lapalissade…
Je continue.
Puis de décider de s’associer pour explorer plus loin une théorie consécutive à leur travail de synthèse.
Il fut convenu que la jeune femme retournerait sur le pont Rialto et y attendrait jusqu’à résurgence de l’expérience, ou pas.
Avant de ressortir de la boutique, elle tendit sa main à Pierre Basile, s’adressant à lui en ces termes.

– Je m’appelle Moderata Fonte, enchantée de vous avoir rencontré, Monsieur Valentin.

– Vous m’en voyez ravi également, Moderata. Soyez remerciée pour l’heureux hasard qui nous fit nous rencontrer autour d’un événement aussi prestigieux que mystérieux et découvrir ainsi une toute nouvelle porte occulte.

Moderata se rendit donc à nouveau sur le pont Rialto et attendit*.

Mais le bon Pierre Basile eut beau laisser voguer ses yeux sur le fameux ouvrage, plus rien ne se produisit. Et lorsque Moderata tenta de revenir à la boutique, elle ne réussit jamais à en retrouver le chemin.

Pierre Basile consigna toutes les observations des faits sur un parchemin qu’il conserva soigneusement dans une enveloppe scellée et rangée dans le livre de recettes sur la cartographie évolutive du relief des sols.

Quelques siècles plus tard, en 1883, le premier préfet des archives secrètes du Vatican, Joseph Hergenröther, intrigué par le titre du livre, feuilleta négligemment ce dernier et découvrit l’enveloppe.

Vous imaginez bien qu’une fois ouverte, ayant pris connaissance de la fameuse expérience occulte, Joseph désira en savoir davantage.
A cette époque, les dignitaires de l’église catholique disposaient de détectives privés à leur service. Il convoqua un homme en qui il avait toute confiance, Andrea Aromatico, pour enquêter sur le sujet.

Les résultats démontrèrent que :

– La seule preuve de l’existence du phénomène est la lettre dans le livre, et plus tard la carte signée au dos par Andrea Aromatico.

– L’expérience est indémontrable de manière scientifique.

– Elle pourrait, qui sait, permettre de sauver Venise de la montée des eaux en la soulevant.

– Elle a été reproduite mais jamais sur commande, occasionnant des phénomènes n’ayant aucune logique et à des moments complètement imprévisibles. De plus, les points de départ et d’arrivée n’ont jamais plus été les mêmes que décrits par Pierre Basile Valentin malgré de nombreuses tentatives.

– Le dernier passage en date est celui de l’an 2000. Il relia chez Gallimard un premier dépôt légal en novembre 1996 à l’escalier du dépôt légal de février 2002. L’auteur est un certain Andrea Aromatico.
Il est entré par l’universale Electa et sorti par le rayon culture et société des éditions découvertes. Le fameux bug de l’an 2000 n’a eu aucune incidence notable sur son passage secret.

– Pourquoi n’avoir jamais réussi à retrouver dans d’autres archives, ni la preuve de l’existence de l’antiquaire, ni celle de l’événement qu’il décrit ?

– Une hypothèse à cela : Après bien des pérégrinations, et par recoupements, il en ressort l’évidence que l’instant de la rencontre de Pierre Basile et Moderata n’existe pas. Ce temps est celui des dix jours disparus à tout jamais entre le calendrier Julien et celui Grégorien instauré à sa suite.

Les jours inclus entre le vendredi 5 octobre 1582 et le dimanche 14 octobre de la même année sont des jours escamotés par la mise en place du calendrier Grégorien sous l’autorité du pape Grégoire XIII.

La date de la lettre de Pierre Basile fait état du mardi 9 octobre 1582.

Après son exposition à la lumière, le fameux document parchemin annoté de la main de Pierre Basile Valentin s’effaça totalement jusqu’à redevenir vierge.

Heureusement, Andrea Aromatico avait pris soin de laisser trace de cette étonnante et mystérieuse histoire à travers une carte signée de sa main en utilisant l’intermédiaire du regard voguant à travers le livre de recettes sur la cartographie évolutive du relief des sols.

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Venise 1573-Pinargenti-Venedig.jpg

Venise en 1573 ( et en forme d’écrevisse ? )

 


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Le mystère de la rencontre calendaire de Pierre Basile et Moderata restera malgré tout et à tout jamais impénétrable.

* Pour l’anecdote, c’était exactement à cet endroit précis qu’elle avait rencontré son futur époux, Filippo de’ Zorzi, quelques mois auparavant.

Ecrit demain sur une échelle pour l’agenda ironique du gouffre de décembre 2019 en villégiature pour les fêtes de Noël chez le tatillon carnetsparesseux.
Il fallait insérer les mots suivants : Noël, échelle, demain, livre, gouffre et tatillon.
Et avec mes remerciements.

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bibliotheque-vol-de-nuit.
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Voici une histoire qui dure, l’agenda ironique a deux ans, voir son voyage dans le temps ici, et peut se réjouir d’avoir autant de succès puisque vous êtes nombreux à avoir participé au fil du temps, et à avoir répondu à l’appel de février. Merci à tous.
Voici venu le temps des votes, qui consistent d’une part à choisir un texte parmi ceux proposés à la lecture, et d’autre part, un auteur qui sera l’organisateur de l’agenda ironique de mars, parce qu’il le vaut bien.
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Je vous propose un récapitulatif des textes accompagné de leurs liens respectifs :
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1 – En vos livres nous montrant le chemin : Monesille
https://monesille.wordpress.com/2017/01/30/agenda-ironique-de-fevrier/

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2 – « La plume se démasque ou l’art de se déplumer en se masquant » de Pitha Tlantyca dans la chronique fébrile du défibrillateur infiltré chez jacou
https://jacou33.wordpress.com/2017/02/01/agenda-ironique-de-fevrier-2/

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3 – Le livre mystère de Paul Charles Jules chez La Licorne
http://filigrane1234.blogspot.fr/2017/02/agenda-ironique-le-livre-mystere.html

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4 – « A l’est de Pandémonium » – De Patience Steinbock : Chez Valentyne
https://lajumentverte.wordpress.com/2017/02/05/a-lest-de-pandemonium-de-patience-steinbock/

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5 – « Pandémonium » – Le roman visionnaire de Célestine Troussecotte, chez Célestine
http://celestinetroussecotte.blogspot.fr/2013/04/quatrieme-de-couv.html

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6 – « La révolte contre les reloux » : d’Ava B chez Emilie
https://lespetitscahiersdemilie.com/2017/02/07/agenda-ironique-de-fevrier/

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7 – « Ouah-Ouah n’aboie plus », de Jean-Gilles Renflophoir chez 1pattedanslencrier
https://1pattedanslencrier.wordpress.com/2017/02/09/concours-agenda-ironique-de-fevrier-2017/

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8 – « Jouer avec ses nerfs », de Chépaki chez Alphonsine
https://desnoeudsdansmonfil.blogspot.fr/2017/02/petite-annonce.html
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9 – « Pour qui cloche le merle » de Patience Steinbock chez Valentyne
https://lajumentverte.wordpress.com/2017/02/12/pour-qui-cloche-le-merle-patience-steinbock/comment-page-1/#comment-15909

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10 – Utoya – L’affaire Breivik « Le plus grand récit criminel de l’histoire » Interpol, de Laurent Obertone. Chez Charlene V
https://charlenevoirin.wordpress.com/2017/02/13/lhistoire-dun-monstre/
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11 – « J’irai pisser sur vos tombes » de Flora Dardennes chez jobougon.
https://jobougon.wordpress.com/2017/02/15/jirai-pisser-sur-vos-tombes-de-flora-dardennes/
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12 – « Le coup du lapin dans le coin du tableau » chez monesille
https://monesille.wordpress.com/2017/02/15/agenda-ironique-de-fevrier-le-coup-du-lapin-dans-le-coin-du-tableau-tome-1/

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13 – « Le livre coup de coeur » de Laurence Délis. C’est le vôtre, c’est le nôtre.
https://palettedexpressions.wordpress.com/2017/02/17/agenda-ironique-fevrier/

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14 – « La couleur du lait », de Nelle Leyshon chez Patchcath.
https://patchcath.wordpress.com/2017/02/16/on-est-en-1831-et-mary-aura-bientot-16-ans/

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15 – « Lecture du soir » de Julien Green, chez Ariel Littel.
https://plumedecomptoir.wordpress.com/2017/02/16/lecture-du-soir/comment-page-1/#comment-257

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16 – « Un livre qui vous veut du bien » chez carnetsparesseux.
https://carnetsparesseux.wordpress.com/2017/02/18/un-livre-qui-vous-veut-du-bien/

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17 – « La foi d’avant » de Jean-Charles Cousturier aux éditions de la Myrte chez jobougon.
https://jobougon.wordpress.com/2017/02/18/la-foi-davant/
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18 – « Izo », Pascal de Duve chez Valentyne
https://lajumentverte.wordpress.com/2017/02/19/izo-pascal-de-duve/

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19 – « Le couloir du monde oublié » John Minh chez Grumots
https://grumots.wordpress.com/2017/02/19/critique-le-couloir-du-monde-oublie/comment-page-1/#comment-323
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20 – « Chronique fictionnelle pour la revue des trois baudets », c’est chez Maître Renard, et il ne recule devant rien puisqu’il nous en fait quatre d’un coup.
https://maitrerenardinfo.wordpress.com/2017/02/17/chronique-fictionnelle-pour-la-revue-des-trois-baudets/

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Voilà, c’est à chacun de nous de voter et de choisir, d’une part le texte que nous avons envie de voir sélectionné, parce-que qui dit concours dit sélection, et qu’il a emporté notre préférence, d’autre part, l’organisateur de l’agenda ironique de mars, qui prendra le relais.
Dans le premier tableau, nous avons jusqu’à trois choix possibles, dans le deuxième, seulement deux.
Les statistiques feront le reste.
Bons votes à tous, et bonne chance aux participants de février.
Rendez-nous le 27 février pour les résultats.

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La foi d’avant

Il y a dans ce qui ne se voit pas des brèches inoubliables. Ce qui se passe est transparent, mais existe bien pourtant. C’est un trésor soyeux de mots silencieux, de sensations, de perceptions, d’adorables lueurs dorées, d’émanations solaires, de filets verts luisants, d’instants brefs, étonnants, comme des éclats qui viendraient se fixer là, dans la chronique, pour en monter les fondations. Et elle s’élance, tour de plusieurs kilomètres, au vu de ceux qui peuvent encore la voir. Ces tours de brèches transparentes deviennent inviolables. Dotées d’une vie autonome et renouvelable, elles s’auto-restaurent d’elles-mêmes, finissent par disparaître du paysage, tant elles sont devenues communes, jusqu’à ce que leurs créateurs les investissent, domaines de prédilection pour génies oisifs, en quête d’oisiveté de niveau maximum.
Et c’est là, dans ce point de rien, que tout commence.
Elle est là, la porte.
Celle que personne ne voit jamais, mais que tout le monde cherche encore. Et seuls ceux qui auront réuni assez de brèches dans le concret pour en faire un saut dans le vide, seuls ceux-là sauront ce qui est derrière l’apparence de l’oisiveté dorée.
Ils sont deux, ils habitent ces brèches, communiquent autrement, se défient des disparitions, réapparaissent aux moments où ils s’attendent le moins. Ils sont joyeux, ont un joyau au cœur, qui s’appelle confiance, traversent la transparence d’un éclat de rire en plissant les yeux, et repartent encore plus loin, dans des directions nouvelles, jusqu’au jour où l’un d’entre eux va atteindre la porte et rester devant en attendant l’arrivée de l’autre. Ils ne savent pas encore ce qui les attend, mais ce qui est sûr, c’est que cela ne ressemblera à rien de connu ni de décrit jusqu’ici. Ils ont rassemblé toutes les pièces du puzzle, et vous allez découvrir avec eux comment ils vont s’y prendre pour relever le plus grand défi de leur existence. L’alliance la plus précieuse. Celle qui n’enferme personne, mais bien au contraire libère. Commandez-le au plus vite car les lecteurs vont se l’arracher.

La foi d’avant
Jean-Charles Cousturier
Editions de la Myrte
Achevé d’imprimer en mars 2017 sur les presses de l’imprimerie Lienhart & buis, rose ripotier haut 07200 Aubenas d’Ardèche. Dépôt légal mars 2017 N°4447

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La mi-temps de l’agenda ironique de février 2017 est déjà riche de recueils dont je vais faire l’inventaire dans cette étagère.
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bibliotheque-vol-de-nuit
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La lecture d’un livre, soit c’est facile et ça se dévore en un rien de temps, puis ça reste une légende ou ça s’oublie, soit ça se pense et se décortique tranquillement, et pour ça, il s’agit de prendre son temps, de faire des liens avec d’autres livres, de rassembler l’essentiel du sujet pour en intégrer la substance.
L’agenda de février cheminera à travers ceux de sa bibliothèque, reliant d’un trajet éclectique différentes sphères électroniques.
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En premier lieu, c’est carnetsparesseux qui relaie l’agenda. Fidèle à son engagement envers lui, voici ce premier lien.
https://carnetsparesseux.wordpress.com/2017/01/30/fevrier-agenda-ironique/
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Charlene V viendra prochainement déposer un peu de sa timidité à l’agenda, après avoir décliné le prix de la co-organisation de février et s’être félicité de l’avoir fait. Salutations respectueuses à toi, Charlene.
https://charlenevoirin.wordpress.com/
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C’est monesille qui nous montre le chemin en nous offrant une ballade.
https://monesille.wordpress.com/2017/01/30/agenda-ironique-de-fevrier/
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jacou33 commence à défibriller le terrain en passant par les studios fébriles de la chronique.
https://jacou33.wordpress.com/2017/02/01/agenda-ironique-de-fevrier-2/
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La Licorne dépose un pavé de mystère, au doux prénom de Paul, Charles, Jules, né en 1951. Toute une culture.
http://filigrane1234.blogspot.fr/2017/02/agenda-ironique-le-livre-mystere.html
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Valentyne recycle une deuxmillevingtroisième de couverture avec Patience et envisage la suite sans se presser. A quand « pour qui cloche le merle » ? Arrivera-t-il sans cheval avant la date butoir du 19 février ?
https://lajumentverte.wordpress.com/2017/02/05/a-lest-de-pandemonium-de-patience-steinbock/
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En lisant les échanges autour de pandemonium, Célestine, avec son esprit visionnaire, nous apprend qu’elle avait déjà participé à l’agenda ironique de février 2017 en avril 2013 puisqu’elle écrit elle-même le roman dont elle va nous parler ici.
http://celestinetroussecotte.blogspot.fr/2013/04/quatrieme-de-couv.html
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Emilie nous propose un entretien magistral où les grandes vérités sortent sans faire le moindre scandale, ordre et rigueur sont de mise, soyons fous, n’abusez pas de l’eau.
https://lespetitscahiersdemilie.com/2017/02/07/agenda-ironique-de-fevrier/
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Le captivant Patte et son innommable sens de la narration (il n’existe aucun qualificatif pour le décrire) nous fait découvrir un auteur abouti. Tout comme il existe le poète qui cherche encore le poème-mot-unique-chef-d’oeuvre, Jean-Gilles Renflophoir brille à réussir son roman en épurant son style jusqu’à l’abscons le plus extrêmement clair qui soit.
https://1pattedanslencrier.wordpress.com/2017/02/09/concours-agenda-ironique-de-fevrier-2017/
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Alphonsine nous emberlificote une petite annonce et emmêle les nerfs du lecteur autour, c’est tumultueusement un petit rien enrageant, mais lisez d’abord.
https://desnoeudsdansmonfil.blogspot.fr/2017/02/petite-annonce.html
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« Pour qui cloche le merle » arrive bruyamment, bien avant la date auditive du 19, prévoyant d’olfactiver odoramment la suite des événements. Les adeptes de Patience, encore sous le choc du claquement sec de la mitraillette s’attendent à tout.
https://lajumentverte.wordpress.com/2017/02/12/pour-qui-cloche-le-merle-patience-steinbock/comment-page-1/#comment-15909

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Charlene V ne recule devant rien, elle nous présente ici un livre choc qui réveillerait un mort, même que ça glace le sang.
Utoya – L’affaire Breivik « Le plus grand récit criminel de l’histoire » Interpol. De Laurent Obertone.
https://charlenevoirin.wordpress.com/2017/02/13/lhistoire-dun-monstre/
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Suite logique de bibi, le dernier buis qu’on court de Flora Dardennes, « J’irai pisser sur vos tombes », aux éditions Latrines.
https://jobougon.wordpress.com/2017/02/15/jirai-pisser-sur-vos-tombes-de-flora-dardennes/
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Monesille nous annonce une vraie critique. Elle a choisi de nous parler de :
« Le coup du lapin dans le coin du tableau ».
Même que son chat annonce plusieurs suites.
 https://monesille.wordpress.com/2017/02/15/agenda-ironique-de-fevrier-le-coup-du-lapin-dans-le-coin-du-tableau-tome-1/
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Le coup de cœur de Laurence Delis : L’amour des mots qui nous envoie son collier de perles.
https://palettedexpressions.wordpress.com/2017/02/17/agenda-ironique-fevrier/
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Les perles de chez Patchcath, la couleur du lait, de Nell Leyshon, « Mary aura bientôt 16 ans ». C’est en 1831, et il semble que les 30 dernières pages soient un peu difficiles… A découvrir ici :
https://patchcath.wordpress.com/2017/02/16/on-est-en-1831-et-mary-aura-bientot-16-ans/
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Ariel nous propose une lecture du soir. Tout en délicatesse et en petite touches, de julien Green, un roman discret et subtil comme la grâce qui en émane.
https://plumedecomptoir.wordpress.com/2017/02/16/lecture-du-soir/
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Carnetsparesseux prône la discrétion avant tout en critiquant les critiques et en faisant parler les livres. Après tout, ils peuvent aussi en dire autant de leurs lecteurs, en ayant voix au chapitre. C’est un livre qui vous veut du bien.
https://carnetsparesseux.wordpress.com/2017/02/18/un-livre-qui-vous-veut-du-bien/comment-page-1/#comment-7737
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Loin de suivre les suggestions de la dernière critique littéraire, la liberté d’expression c’est aussi ça, voici un autre texte pour l’agenda ironique de février, cette fois l’ironie disparaît, c’est un vrai bonheur.
https://jobougon.wordpress.com/2017/02/18/la-foi-davant/
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C’est un conte philosophique que nous propose Valentyne avec Izo, de Pascal de Duve, un livre existant réellement, et que l’auteur a écrit trois ans avant de mourir du sida, alors qu’il se savait condamné. Un coup de cœur qui, défini comme suit par Valentyne, est un livre qu’on a envie de relire juste après avoir dévoré la dernière page.
https://lajumentverte.wordpress.com/2017/02/19/izo-pascal-de-duve/
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Un livre qui fascine les historiens, que « le couloir du monde oublié », de John Minh, aux éditions aléatoires, une critique fictive de Grumots, qui sait si bien nous convaincre qu’elle nous donne envie de le découvrir au plus vite.
https://grumots.wordpress.com/2017/02/19/critique-le-couloir-du-monde-oublie/comment-page-1/#comment-323 

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Carnetsparesseux l’a géologé en janvier, CF les différentes strates de gestion du mois sur les commentaires des résultats de janvier ici.
Les votants ont élus les textes gagnants de janvier, félicitations à Celestine, Valentyne, Emilie, ainsi qu’aux organisatrices de l’agenda de février élues ex-aequo, Charlene V et moi-même.
Merci merci, c’est un plaisir.
Etant exactement aequo, nous pouvons organiser de concert l’agenda ironique de février. Ou bien décider de passer le relais. Charlene V a préfèré passer son tour, et bien que j’ai éhontément tenté de la détourner de sa décision pour qu’elle change d’avis, elle a su rester ferme et imperturbable.
J’ai accepté.
Voici ma proposition d’écriture pour l’agenda ironique de février :

Vous aimez les livres ?
Oui. C’est une question ! Même si je me doute un peu de votre réponse…
(Au moins pour certains et pour avoir lu sur les pages de vos blogs respectifs des posts relatifs aux livres qui vous ont marqués.)

Et bien voilà ! Que vous les aimiez ou pas, cela n’a pas vraiment d’importance, vous allez comprendre pourquoi.
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Regardez les ! Ceux là ont été soigneusement sélectionnés.
Ils ont été choisis, rangés, proposés à la lecture par leur propriétaire.
Les voici, rassemblés sur cette étagère concue spécialement pour se détendre confortablement, et pourquoi pas, en lisant.
Votre mission en février.
En choisir un et en faire une
critique littéraire.
Que vous l’ayez lu ou pas.
Qu’il existe réellement ou pas.
Qu’un livre intrus se soit glissé distraitement dans le lot.
Que vous rêviez de l’écrire, ou pas.
Ou qu’il soit, peut-être encore soigneusement conservé dans quelque bibliothèque secrète ou interdite.
Que sais-je encore…
L’idée, c’est d’écrire une critique littéraire qui donne soit envie de le lire, soit au contraire, nous en dissuade.

Je vous souhaite beaucoup de plaisir à l’écriture.

 

Vous pourrez déposer les liens de vos textes dans les commentaires. Les personnes qui n’ont pas de blog peuvent me faire parvenir leur critique littéraire à l’adresse mail suivante : jo.bougon@hotmail.fr
Cloture du recueil des textes le dimanche 19 février à minuit
Les votes auront lieu la semaine du 20 au 26 et les résultats seront édités le 27.

 

 

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A l’aube, ils tombent en masse du ciel, passent par dessus les remparts, caracolent au dessous des toits, descendent lentement entre les hautes maisons.
« 
Toute la lumière que nous ne pouvons voir. »

Antony Doeer

Il est tombé du mot toute la nuit. En ouvrant les volets, ce matin, une épaisse poudreuse de mots recouvrait le sol. La note elle-même ne réussissait plus à se faire entendre, j’ai du faire appel aussi au si pour que le son se rétablisse.
Alors, j’ai chaussé mes bottes d’orthographe et de grammaire, et je suis sortie dans le vocabulaire.
Ça pétillait drôle sous mes semelles.
– chercher !
– chose !
– sa et ce ne une !
Tout un bouquet de petits mots d’un seul coup, j’avais les oreilles pleines. Oh, mais quel orchestre ! J’osais à peine avancer dans la pétillance tellement c’en était presqu’effrayant de magie. Il y avait par endroit des congères entières qui s’élevaient majestueusement telles des murs recouverts, épinglés de feuilles jaunies, de pans entiers, de papiers entiers de bavardages, des panpapiers scribouillés, désordonnés, il aurait fallu une plateforme Robertisée pour ranger tout ça en empilements compacts, pour en faire des igloos. J’avais beau tourner mon regard de tous côtés, aucun démotusateur n’arrivait, que faisaient donc les employés municipaux ?
J’ai donc décidé de continuer ma progression, vaille que vaille.
– pourrait !
– gâchée !
– rare !
– serait !
– fleur !
Et puis, instinctivement, est revenu le goût d’antan. Je me suis penchée, et, ramassant toute une collection, j’en fis une boule que je lançai contre le pan.
Les mots fusèrent, dans un éclatement joyeux.
– parfaite vie vie une serait !
J’ai regardé couler les mots, ils fondaient, littéralement. Heureusement, les bottes étaient étanches. Car les flip-flops allaient rendre bientôt inaudibles tous ces petits mots tombés drus toute la nuit. Et ce galimatia ne pourrait plus se faire comprendre de qui que ce soit. Vite, il fallait agir.
J’ai fait demi-tour, et repartant vers la maison, je discernai encore :
– La est on à en !
Une première marche et encore,
– pas !
Une enjambée sur le perron, ouf, j’allais bientôt pouvoir éviter le dégel peut-être…
– passer !
Me précipitant sur le téléphone, j’ai composé le numéro sur le cadran, pas besoin d’annuaire, je connaissais le numéro par cœur.
– Allo ? Père Noël ?
– Oui madame Cyclopédie ? Lui même, c’est pour quoi ?
– Ecoutez-moi bien, il y a urgence, les mots sont tombés drus toute la nuit, j’ai voulu aller marcher sur leur tapis dehors ce matin, ils commencent à fondre, ils vont disparaître, faites quelque chose, je vous en supplie.
– Mais vous n’y pensez pas, ma bonne dame ! C’est que je suis occupé toute la journée, moi ! Trouvez quelqu’un d’autre pour remplir cette mission ! D’ailleurs, il faut que j’y aille, mon traîneau m’attend, les rennes commencent à piaffer d’impatience. A demain, madame Cyclopédie, si d’ici là vous n’avez trouvé personne, je verrai ce que je peux faire.
Il y a eu une seconde où la terre a tourné dans mon esprit, que vous le croyez ou non, elle a tourné et puis pfffftttt, je me suis retrouvée devant mon téléphone, d’où un son léger sortait. Une tonalité triste, le père Noël avait raccroché, sans que même j’ai eu le temps de lui dire au revoir.
Alors j’ai sorti le congélateur dehors, sur le perron, et je l’ai ouvert. Pourvu que cela suffise à atteindre demain.
C’est exactement à ce moment là, très exactement à cette heure précise, que la sonnerie du téléphone a retenti dans la maison. Je suis rentrée en courant, ai failli me prendre les pieds dans le tapis, me suis rattrapée de justesse à une chaise, me suis lancée sur l’appareil, ai décroché.
– Oui, madame Cyclopédie, bonjour !
– C’est bien moi, bonjour, c’est pour quoi ?
– Vous avez demandé un technicien pour démotuser votre jardin ?
– C’est une erreur, vous êtes des services techniques de la municipalité ?
– Oui, nous avons bien reçu votre demande. Mais la phrase est totalement en désordre, nous n’avons pas compris votre demande.
C’est une erreur, je vous dis. Oubliez ma demande, et merci d’avoir rappelé.
Ouf ! J’ai eu une de ces suées d’un seul coup ! Démotuser, et puis quoi encore !
Ils n’avaient vraiment rien compris.
Le père Noël avait du demander à ses rennes de les contacter pour me les envoyer, il valait mieux qu’ils ne s’en mêlent pas. Il me semblait préférable d’attendre demain.

 

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Dodo-affaire-jane-eyre

Collection 10/18 poche avril 2005

Dans un monde où la littérature fait office de religion, la brigade des littéraTec élucide plagiats, vols de manuscrits et controverses shakespeariennes. L’agent Thursday Next rêve, elle, d’enquêtes explosives, quand le cruel Achéron Hadès kidnappe Jane Eyre. Dans une folle course-poursuite spatio-temporelle, la jeune détective tentera l’impossible pour sauver l’héroïne de son roman fétiche.

Aux carrefours des genres et dopée par une imagination jubilatoire, l’affaire Jane Eyre est une œuvre ébouriffée.

P 128 – 129

– Un simple malentendu, déclara-t-il, balayant mes objections d’un geste de la main. Ces abrutis à OS-13 n’ont pas la moindre idée de la valeur de mon travail.
– Qui est… ? Demandai-je, curieuse comme toujours.
– Un moyen plus miniaturisé encore de stocker l’information. J’ai réuni les meilleurs dictionnaires, glossaires et lexiques, ainsi que des études grammaticales, morphologiques et étymologiques de la langue anglaise, et j’ai encodé le tout dans l’ADN de ce ver minuscule. Je les appelle des vers hypercorrecteurs. Reconnais tout de même que c’est une réalisation extraordinaire.
– Je le reconnais. Mais comment accède-t-on à cette information ?
La mine de Mycroft s’allongea.
– Comme je l’ai déjà dit, une réalisation extraordinaire avec un petit inconvénient. Cependant, les événements se sont précipités ; quelques-uns de mes vers se sont échappés et se sont accouplés à d’autres qui comprenaient l’encodage d’ouvrages de référence historiques, biographiques et encyclopédiques ; ç’a débouché sur une nouvelle race que j’ai baptisée ver hypercorrecteurExcellenceDoublePlus. Ce sont eux, les vraies vedettes du spectacle.
Il prit une feuille de papier dans un tiroir, en arracha un bout et griffona le mot « extraordinaire » sur le morceau.
– C’est pour te donner un avant-goût de ce dont ils sont capables.
Ce disant, il fit tomber le bout de papier dans le bocal à poissons. Les vers ne perdirent pas de temps et se massèrent tout autour. Mais au lieu de manger le papier, ils se tortillèrent, excités, et explorèrent l’intrus avec, apparemment, un grand intérêt.
– J’ai eu un élevage de vers à Londres, tonton, et eux non plus n’aimaient pas le papier…
– Chut ! Murmura mon oncle, me faisant signe de me rapprocher.
Stupéfiant !
– Quoi donc ? Dis-je un peu perplexe.
Mais en voyant le visage souriant de Mycroft, je compris aussitôt que ce n’était pas lui qui avait parlé.
Etonnant ! Reprit le chuchotis. Incroyable ! Déconcertant ! Ahurissant !
Fronçant les sourcils, je regardai les vers qui, agglutinés en boule autour du morceau de papier, semblaient vibrer doucement.
Merveilleux ! Marmonnaient-ils. Remarquables ! Fantastiques !
– Alors, dit mon oncle, qu’en penses-tu ?
– Des asticots synonymiques… Tonton, tu m’épateras toujours.
Mais Mycroft était soudain redevenu sérieux.
– C’est plus qu’un simple biodictionnaire, Thursday. Ces gaillards là sont capables de faire des choses qui dépassent l’entendement.
Il ouvrit un placard et sortit un gros livre relié de cuir, avec les lettres PP gravées en or au dos. La couverture richement ornée était munie de lourds fermoirs en laiton massif. On y trouvait aussi quantité de cadrans, boutons, valves et interrupteurs. C’était impressionnant à voir, certes, mais toutes les inventions de Mycroft n’avaient pas une utilité à la mesure de leur apparence. Au début des années soixante dix, il avait fabriqué une machine extraordinairement belle qui ne faisait que prédire avec une exactitude renversante le nombre de pépins dans une orange non décortiquée.

P 128 – 129

Je me faufilai à travers la foule des Milton en direction du Chat du Cheshire. C’était facile à trouver. Au dessus de la porte, il y avait un gros chat rouge fluo sur un arbre vert fluo. Toutes les deux minutes, le néon rouge clignotait et s’éteignait, laissant le sourire du chat tout seul dans l’arbre. Alors que je traversais le hall, le son d’un orchestre de jazz parvint à mes oreilles, et je souris brièvement, reconnaissant le piano de Holroyd Wilson. C’était un enfant de Swindon. Un simple coup de fil, et il aurait pu jouer dans n’importe quel bar d’Europe, seulement il avait choisi de rester ici. Il y avait du monde, mais pas trop ; la clientèle se composait essentiellement de Milton, lesquels buvaient, plaisantaient, déploraient la Restauration et s’appelaient tous John.
Je m’approchai du bar. C’était le « happy hour », et toutes les boissons étaient à 52,5 pence.
– Bonsoir, fit le barman. Quel est le point commun entre un corbeau et un bureau ?
– Poe a écrit sur les deux ?
– Excellent, rit-il. Qu’est-ce-que je vous sers ?
– Un demi-Vorpal(1), s’il vous plaît. Mon nom est Next. Il n’y a pas quelqu’un qui m’attend ?
Le barman, qui était habillé en chapelier, désigna un box à l’autre bout de la salle, où deux hommes étaient assis à moitié dans l’ombre. Je pris mon verre et me dirigeai vers eux. Le bar était trop fréquenté pour qu’il y eût risque de grabuge. En me rapprochant, je réussis à les distinguer plus clairement.
Le plus âgé des deux était un monsieur aux cheveux gris qui devait avoir dans les soixante-quinze ans. Il portait de grosses rouflaquettes et un costume en tweed soigné avec un nœud pap en soie. Ses mains reposaient sur une canne coiffée d’une paire de gants en cuir brun ; à côté de lui, j’aperçus une casquette à la Sherlock Holmes. Son visage était d’une complexion sanguine ; à mon approche, il renversa la tête et rit comme une baleine à une remarque de son interlocuteur.
Celui-ci, un homme d’une trentaine d’années, était perché un peu nerveusement sur le bord de son siège. Il sirotait un tonic ; son complet rayé était de bonne qualité mais avait visiblement connu des jours meilleurs. Je l’avais déjà vu quelque part, mais je ne me rappelais plus où.
– Vous me cherchiez, messieurs ?
Ils se levèrent comme un seul homme. Le plus âgé parla le premier.
– Miss Next ? Enchanté de faire votre connaissance. Je suis Victor Analogy, chef des littéraTecs de Swindon. Nous nous sommes entretenus par téléphone.
Il me tendit la main.
– Ravie de vous rencontrer, monsieur.
– Et voici l’agent Bowden Cable. Vous allez faire équipe avec lui.
– C’est un grand plaisir de vous connaître, madame, dit Bowden avec emphase, une certaine gaucherie et une extrême raideur.
– On ne s’est pas déjà vus ? Demandai-je en lui serrant la main.
– Non, répondit-il catégorique. Je m’en serais souvenu.
Victor m’offrit un siège à côté de Bowden qui s’écarta en marmonnant des mots polis. Je bus une gorgée de mon cocktail. Ç’avait le goût de vieilles couvertures de cheval trempées dans de l’urine. Une explosive quinte de toux me secoua. Bowden me proposa son mouchoir.
– Vortal ? Fit Victor, haussant un sourcil. Vous n’avez peur de rien.

(1) Mot inventé par Lewis Carroll pour son poème Jabberwocky et qui signifie vif, perçant. (N.D.T.)

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Le Loup des steppes (Der Steppenwolf) est un roman écrit par Hermann Hesse et publié pour la première fois en 1927. Chef d’œuvre de la littérature du xxe siècle, interdit sous le régime nazi, ce roman a marqué son époque et reste aujourd’hui une œuvre essentielle.
Il raconte l’histoire de Harry Haller, un homme désabusé, tiraillé entre un besoin d’isolement, presque de sauvagerie, un aspect de lui-même qu’il nomme « le loup des steppes », et l’intégration dans la société, qu’il recherche malgré tout encore et toujours. La découverte d’un fascicule décrivant sa propre histoire, ainsi que sa rencontre avec Hermine, qui le prend sous son aile, vont l’obliger à sortir de son existence recluse et à se confronter aux multiples aspects de sa personnalité. Il entame ainsi un parcours initiatique (thème cher à Hermann Hesse) qui le fera passer par toutes les facettes possibles de son existence. Il apprendra à jouir de la vie et à utiliser l’humour pour se distancier de l’absurdité du monde et progresser.

Invité par Hermine à une petite représentation dans un théâtre où seuls les fous sont admis, et où l’entrée coûte la raison, Harry se retrouve dans un couloir en demi-cercle où s’ouvrent d’innombrables portes, chacune recouverte d’une enseigne.

Page 167

[ … ]

La liste des enseignes était interminable. L’une d’elle portait :
« Guide pour la reconstruction de la personnalité. Succès garanti. »
Cela me parut digne d’attention et j’entrai.
Je fus accueilli par une pièce silencieuse et crépusculaire. Sur le sol, accroupi à l’orientale, se tenait un homme, devant lequel était posé un grand échiquier. D’abord je le pris pour l’ami Pablo, car il portait comme lui un veston de soie bariolé et il avait les mêmes yeux noirs rayonnants.
« Etes-vous Pablo ? demandais-je.
– Je ne suis personne, expliqua-t-il cordialement. Ici, nous ne portons pas de nom, nous ne sommes pas des personnages. Je suis un joueur d’échecs. Désirez-vous suivre le cours sur la reconstruction de la personnalité ?
– Oui, s’il vous plaît.
– Dans ce cas, veuillez mettre à ma disposition quelques douzaines de vos figurines.
– De mes… ?
– Des figurines dont se composait votre soi-disant personnalité. Elle s’est morcelée, vous l’avez vu, en fragments. Sans figurines, je ne puis. »
Il me tendit un miroir, j’y revis l’unité de ma personne morcelée en innombrables moi ; leur quantité semblait encore accrue. Mais les figurines, maintenant, étaient toutes petites, aussi petites que des échecs ordinaires : le joueur, d’un geste sûr et silencieux, en prit quelques douzaines et les plaça sur le sol à côté de l’échiquier. En même temps, d’une voix monotone, comme quelqu’un qui récite une leçon ou un discours appris par cœur et souvent répété :
« Vous connaissez la conception erronée et susceptible d’engendrer bien des malheurs, qui veut que l’homme soit une unité durable. Vous savez également que l’homme consiste en une multitude d’âmes, de moi nombreux. On considère comme fou celui qui divise en morceaux l’unité apparente de la personne, et la science appelle cela du nom de schizophrénie. La science a raison en ce sens qu’une multitude sans organisation, sans ordre et sans groupement est impossible à dominer. Par contre, elle a tort de croire que les nombreux sous-moi ne peuvent être organisés qu’une fois pour toute, pour la vie entière. Cette erreur de la science a des conséquences très désagréables ; sa valeur se réduit notamment à simplifier la tâche des professeurs et des maîtres d’école subventionnés par l’état et de leur épargner la peine de penser et d’expérimenter. Par suite de cette erreur, on considère comme « normaux » et même comme très estimables au point de vue social bien des hommes irrémédiablement fous et, inversement, bien des génies sont considérés comme fous. Par conséquent, nous remplissons les lacunes de la science psychologique au moyen de la notion que nous appelons art de la reconstruction. Nous montrons à celui qui a passé par le morcellement de son moi qu’il est libre de réorganiser les figurines à n’importe quel moment dans n’importe quel ordre et qu’il peut ainsi atteindre à une variété infinie du jeu de la vie. De même que le poète crée un drame avec une poignée de figures, nous créons des groupes, des jeux, des intrigues, des situations nouvelles, avec les figures de notre moi morcelé. Voyez ! »
De ses doigts habiles et silencieux il ramassa une poignée de mes figurines, vieillards, femmes, enfants, adolescents, joyeux, tristes, délicats, forts, maladroits, agiles, et les rangea rapidement sur l’échiquier ; au cours de la partie d’échecs, ils s’associèrent en familles, en groupes, formèrent des amitiés et des rivalités, entrèrent en lutte et en jeux, formant à eux tous un petit univers. Sous mes yeux ravis, il les fit vivre pendant quelques minutes ce petit monde mouvementé et bien organisé, où l’on jouait, luttait, guerroyait, se mariait, s’accroissait ; c’était en effet un drame animé et passionnant à mille personnages.
Puis, d’un mouvement joyeux, il passa la main sur l’échiquier, renversa doucement toutes les pièces, les mis en tas ; avec des gestes réfléchis, en artiste chercheur, il reconstruisit, au moyen des mêmes figurines, un jeu tout nouveau, avec des relations, des groupements et des liaisons différentes. Le deuxième jeu s’apparentait au premier : c’était le même monde, construit avec les mêmes matériaux, mais l’atmosphère était différente, le rythme modifié, les motifs autrement disposés, les situations changées d’angles.
Ainsi, le constructeur adroit, avec les figurines dont chacune était une parcelle de mon moi, fabriquait un jeu, puis un autre, qui possédaient entre eux une ressemblance lointaine, appartenaient manifestement au même monde, avaient la même origine, tout en étant chacun entièrement nouveau.
« Ceci est l’art de la vie, enseignait-il d’un ton doctrinaire. Désormais, vous pouvez vous-même former et ranimer à votre aise le jeu de votre vie, l’enrichir et le compliquer ; les données sont entre vos mains. De même que la folie, dans un sens élevé, est le commencement de toute sagesse, la schizophrénie est, elle, le commencement de tout art, de toute imagination. Les savants même l’ont déjà presque admis, comme vous pouvez vous en rendre compte en lisant « La corne d’abondance du Prince », ce livre enchanteur où la besogne pénible d’un savant est ennoblie par la collaboration géniale d’un certain nombre d’artistes déments, enfermés dans des asiles d’aliénés. Tenez, reprenez vos figurines, ce jeu-là vous amusera souvent. La figurine qui a grandi aujourd’hui jusqu’à devenir un personnage insupportable qui vous gâche le jeu, vous en ferez demain un rôle secondaire et inoffensif. La pauvre petite figurine qui semblait condamnée à une malchance et à une déveine sans fin vous en ferez demain une princesse. Je vous souhaite bien du plaisir, monsieur. »
Je m’inclinai profondément, plein de reconnaissance. Mis mes figurines dans ma poche et me retirai par la porte étroite.
Au fond, j’avais cru qu’en sortant je m’assoirais sur le sol, dans le corridor, pour jouer des heures, des éternités, avec mes figurines, mais à peine me retrouvai-je dans le couloir illuminé du théâtre que des courants plus puissants m’entraînèrent. Une affiche flamboya soudain sous mes yeux :
« Le miracle du loup des steppes apprivoisé ».

[ … ]

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