Feeds:
Articles
Commentaires

Archive for the ‘fiction’ Category

Cinq avril de l’an de grâce 2017

Là, Martine nous a posé cette question à savoir :
.
Agenda ironique : Êtes-vous prêts à appareiller ?

.
– Qu’est-ce que c’est la question ?
– La question est : Chère Pupuce, êtes-vous prête à être appareillée ?
– Ça va pas non ! Je ne suis pas sourde !
Ils sont bizarres ces humains ! Ils inventent des machines pour un oui, pour un non. Dans la machine à ouïr, j’ai entendu l’Antoine Saint Tex dire à c que si je continuais à éructer de la pâte dentifrice, on allait devoir procéder à l’ablation. C’est lui qui a remplacé le pilote phobique aux commandes, il paraît que c’est un super pote du renard, qui est lui-même un super pote du petit prince, qui est connu dans le monde entier à cause que la rose lui aurait appris un secret. Ça cartoon pour l’Antoine. Dans « Qui veut la peau de Roger Rabbit », j’ai compris que c’était lui qui jouait le rôle du détective Eddie Valiant à son goût un peu spécial pour les cravates.
Les premières lignes de cet article suffiront pour illustrer la flagrante évidence relevée. Nous garderons sous silence le chapeau d’Eddie, et réciproquement.
.
https://baxterclub.com/2014/05/22/eddie-valiant-linterview-vraiment-fausse-mais-totalement-exclusive/
.
.

Eddie Valiant

Photo d’Eddie Valiant costume cravatalosanges

.
.

Antoine de saint_exupery

Photo de St Tex costume cravatapois

.
.
Il a évoqué l’idée des ciseaux à pâte molle, puis s’est révisé. En fait, il envisage une découpe industrielle de morceaux calibrés à la taille d’une brosse.
– Sus ! A l’hatackage !
Ils se sont précipités sur le fromage avec une tranche de pain en guise de brosse à dent. J’en ai même vu qui avaient prévu le canon de rouge qui va avec.
Moi, j’étais un peu vertigineuse, mais je tenais bon. Ah, paske pour tout dire, je ne vous l’ai pas dit ! A la suite de l’épisode des tisseuses arachnides d’excellente volonté, je suis repartie en hélicorotor en direction de la mer. A un moment donné, il y a eu comme une grosse vague, et je me suis retrouvée harponnée par un truc pointu. La tour Eiffel ! En effet, elle était en vacances sur l’île aux oiseaux, juste en face de la dune du Pilat, pile là. Elle y a cru de qualité.
.
.

Nil photo d'une île photo du Nil

Photo d’une île qqqqqqquoique ou Photo du Nil

 

.
.

Donc je me tenais au cou de la très grande Madame Eiffel en équilibre sur la pointe de l’antenne pour éviter de déchirer ma robe bleue lorsque la nuit est tombée.
.
.

Tour Eiffel

Photo de Madame Eiffel

.
.
Regarder la nuit tomber, c’est un peu comme mourir. Il y a de brefs éclats de vie qui refluent, comme si le film faisait marche arrière.
Et là, je me suis souvenue. Tous les présents, tous les mots dégustés. Tout ce qui me parlait de la chaleur des îles, du bleu des yeux des girafes lorsqu’elles s’aiment, des huit pattes de l’écureuil qui aimait les opéras en forme de casse-noisettes, du sourire du chat dans les bras de la Joconde, de l’abécédaire parcourant de a à z l’alphabet des rêves réunis.
Et bien tout ça tenait en un seul mot, alors même qu’une seule encyclopédie ne suffirait pas pour faire état de tout ce qui s’était vécu.
Alors, je me suis dit que l’écrire valait bien un fromage, sans doute.
Le fromage, pélardon, munster, brie de mots ?
Et puisque flatterie il n’y eut point, à m’y reprendre n’est pas exclu.
Avec une salade verte sauce échalotes.
Le tout en chocolat.

Publicités

Read Full Post »

Glacière 3

.

.Glacière 2

.
.

Quatre avril de l’an de glace 2017
.
.
.
On a fait une escale par le département 13 de la chaîne du froid. La ficelle de camembert devenait tellement ténue qu’une consolidation devint nécessaire. Le rotor se tu. La glacière avait été prêtée par un émir du Soudain qui avait élu domicile à Paris, dans les glaces du palais de Versailles. Il était partageur, avait une devise : « A la fonte des glaces, pas d’palais, pas d’palais ». Sans doute suivait-il un traitement pour dyslexie. Il y avait deux occupants sur Pupuce qui ne voulaient pas la lâcher. Ils ont du être réanimés à la sortie car les glaçons synthétiques leur avaient donné l’aspect de sculptures en marbre grec de Carrare. L’un était noir comme du geai, l’autre orange comme un coucher de soleil. Mais ça, c’était avant. Ils avaient l’air d’être de mèche. Et ça, c’est toujours le cas. Je me demande bien ce qu’ils pouvaient bien comploter. En tout cas, quand on s’est rendu compte que le fil n’était pas assez consolidé par la chaîne du froid, c’est c comme noiraud qui s’est chargé de régler l’affaire. Il est allé voleter dans les broussailles, et quand on a vu arriver la colonie de ces trucs ronds à huit pattes, qu’on appelle des bestioles à phobies, moi, j’ai fichu l’camp.
.
.
Araignée

.

.Chouettaignée
.
.

Ils se sont tous moqué de moi. T’as l’obsessionitude ! La décalitude ! La perturbitude ! La maboulitude siphonnière. Et vas-y t’y pas que j’ten balance du vocabulaire terminopondéré ! Et encore, je simplifie ! Je m’en fout ! Ils iront trouver un autre pilote pour l’hélicoptère . Je n’ai pas pris ma barrière à insecte en soute à bagage et n’ai aucun moyen de défense contre ces monstres pas tibulaires mais hideux qui ont parait-il tissé un fil à la capacité de tractation de Pupuce.
C’est l’Antoine qui n’a pas reculé devant la mission. Il est juste trop déraisonnable le bougre. C’est qu’il n’a pas peur des ces fiches bestioles d’un autre monde.
C’est que je la regrette déjà, moi, la Pupuce, avec ses deux inséparables accolytes.
Mais comment devenir déraisonnable ? Je devrais peut-être adopter la farfelitude.
.
.
.
Toujours pour l’agenda ironique du fil d’avril cousu main chez Martine.
.
Episodes sans précédent :
N°3 : https://jobougon.wordpress.com/2017/04/05/journal-de-bord-de-pupuce-episode-3/
N°2 : https://jobougon.wordpress.com/2017/04/03/journal-de-bord-de-pupuce-episode-2/
N°1 : https://jobougon.wordpress.com/2017/04/02/journal-de-bord-de-pupuce-episode-1/

Read Full Post »

L’agenda ironique d’avril est hébergé par Martine, ici.
Pour ceux qui voudraient en savoir plus sur ses origines, c’est ici, chez carnets paresseux.
.

J’apprends, à la publication de ce premier épisode, que Martine, pratiquante de la simplicitude d’une gestion écrevissante, nous oriente sur cette page, pour y débusquer les équipages ayant adopté la participativattitude. Voici donc où les trouver.
.

Premier avril de l’an de grâce 2017
.
Elle ne tient plus en place.
« Elle », c’est Pupuce. Une grosse baleine en chocolat de plusieurs tonnes qui tourne en rond dans un bassin de lait.
Ça a finit par prendre, et ça fait un de ces fromage !
L’association de protection des baleines en chocolat vient d’alerter la haute autorité de défense de défaire la santé des cétacés chocolatés, ils ont pris la haute décision de dépêcher une équipe d’urgence.
Il faut sauver Pupuce !
Immobilisée dans le lait fromagé, figé, enfromaginé par les mouvements rotatoires et natatoires, elle ne tient plus en place, c’est la cata, c’est la strophe, c’est la catastrophe !
Je suis très inquiet, l’odeur semble l’incommoder.
Et puis ce jet, oui, ce jet qui émerge de ses évents, et bien ce jet, il ressemble de plus en plus à un ruban de pâte dentifrice qui jaillirait de son tube, en grosses boucles, en multitudes d’énormes frisures qui se répandent sur elle, chevelure à l’anglaise, déversant ses cascades de fromage bouclé, jusqu’à vider le bassin en son complet-veston. Pupuce est recouverte, submergée, effervescente britanicus de frisottis en profusattitude, que faire ?
.
Alors moi aussi je tourne et retourne. Mais pas dans le bassin, ah ça non, je m’y refuse. Pensez-donc, un fromage de cette taille, mais vous n’y pensez pas ! Un fromage de cette taille qui éructe comme un volcan cette perruque odorante sur la tête de Pupuce. On n’a jamais vu ça !
.
Hein ? Quoi ? Ah oui, me présenter !
Mon nom ! Ça s’écrit c comme come, o comme oiseau, r comme renard, b comme branche, e comme évents, a comme arbre, u comme unique.
Pourquoi je vous l’épelle ?
Je ne sais pas, on a toujours fait comme ça, pffffff ! Quelle drôle de question !
De quoi ? Pourquoi ne pas avoir épelé Pupuce ?
Trop long, elle fait 30 mètres, c’est long.
C’est capillotracté mon histoire ?
Pffffff ! Ces adultes !
.

.
Suite à suivre. Ici.

Read Full Post »

Qu’importent les espèces, pourvu qu’on ait l’espace.

J’aurais aussi pu écrire :
.
Qu’importe l’hippocampe pourvu qu’on ait la lampe.
Qu’importe la question pourvu qu’on ait paresse.
Qu’importe le mimosa, pourvu qu’on sente le chat.
.
Mais les historiens ont préféré la version originale du premier jet d’encre.
Copié aimablement et sans son accord sur le modèle suivant :
https://carnetsparesseux.wordpress.com/2017/01/08/quimporte-le-flocon/

.
.

Tout était parti d’une gravure. En fait, Léonard en avait laissé tellement, que les archivistes ne savaient plus par quel bout commencer le classement. Alors, comme chacun sait, dans les cas épineux, lorsque l’homme est accablé d’une tâche qui le dépasse, c’est le hasard qui s’en mêle. Le hasard qui les a fait commencer par celui-là. Tout simplement parce-qu’il était en haut de la pile du premier tas qui se présenta à eux.
.
.
micronef-storm.
.

Il fallait choisir dans quel registre le faire entrer. Une partie des archivistes penchait vers le nombre d’or, une autre vers la quadrature du cercle, ce qui laissait dubitatifs les historiens qui ne comprenaient pas l’origine d’une telle divergence, et enfin, une partie pensait que le registre de l’homme de Vitruve était le plus approprié.
.
Le premier groupe avait mis en évidence la présence flagrante de mimosas dans la végétation, il ne faisait aucun doute pour eux que le mimosa étant couleur de l’or, De Vinci avait forcément travaillé sur ce sujet du nombre d’or.
.
Le deuxième groupe y décryptait plutôt une forme de lèvres, pulpeuses, qui semblaient vouloir signifier le désir de manger le paysage, le goût du voyage, ce qui s’inscrivait directement dans l’emboîtement des symboles, dans la logique évidente des choses, de fil en anguilles, si j’ose dire, cela évoquait de manière flagrante la symbolique de la quadrature du cercle.
.
Enfin, le troisième groupe, opposant à toute nuance, catégorisait l’œuvre de Léonard toute entière dans son registre de Vitruve, pour la simple et bonne raison qu’il n’en existait pas d’autre pour eux. Ainsi, toute polémique plombée, plus aucune question ne se posait.
Un peu radical, mais bon, pourquoi pas…
L’idée étant que le débat était ouvert, et toute idée aussi recevable qu’une autre.
Nous classerons ce débat dans la catégorie « liberté de penser ».
.
Il n’empêche que, et c’est à cet endroit précis que le hasard frappa. L’un d’entre eux, atteint de nyctalopie, se rendit compte, un soir de ciel couvert, que sous la couleur rouge se trouvait un autre dessin, et que l’œuvre d’origine représentait un cheval de mer.
Un peu comme « La chambre bleue » de Picasso, qui cache le portrait d’un inconnu.
.
http://www.maxisciences.com/peinture/un-mysterieux-portrait-decouvert-sous-un-tableau-de-picasso_art32878.html

.
http://www.lepoint.fr/arts/un-mysterieux-homme-barbu-sous-la-chambre-bleue-de-picasso-17-06-2014-1837162_36.php

.
Forts de cette découverte, tout le monde se prit à chercher les dessins de Léonard en relation avec cet hippocampe. Et c’est là que le récit devient intéressant, car, caché sous un cheval de Vitruve que voici,
.
.
cheval-de-vitruve.
.

ils découvrirent ceci.
.
.
lhippocampe-mythologique.
.

Et encore ceci.
.
.
chimere-hippocampe.
.

Ils détenaient donc la preuve que la théorie de l’évolution de l’espèce selon Darwin était vraie.
Avec en prime, que l’homme descend du cheval, le cheval descend de la chimère, qui descend de l’hippocampe, qui lui-même descendrait du tableau.
Une avancée manifeste dans la science.
Ce qui rendra tentaculaire la légende de Léonard, penseur des siècles, et jamais encore totalement démystifié. Une légende des siècles que n’importe quel Victor Hugo n’irait contester, avec son conte du chat vert, dans Cosette Toulmonde, superbe fresque romanesque où Jean-Albert Valjean-Dupontel donne de l’équin à retordre à Thénardaurevilly.
.
Ainsi, après avoir épuisé toutes les facettes de la question, il ne fut plus jamais question de classement, de quelqu’ordre que ce soit.
.
A la suite de quoi, le peintre Walter Crane, fabuleusement atteint de grand galop à l’huile, décréta nécessaire de réaliser cette œuvre immortelle afin de ne jamais oublier l’origine de toutes choses y compris du monde.
.
.
les-chevaux-de-neptune-2.
.

Mais aussi et surtout de ne jamais oublier que sous l’hippocampe, se trouve une tentacule limbique qui fait le tour du bocal, enfin, de la boite crânienne, une fois tous les 64 du mois, et qui, en provoquant remous et bastringue, est à l’origine des créations les plus… « euh »… « Originales ? ».
.
Vous connaissez maintenant tout sur le sens du mot original.
.
Voici, écrit pour l’agenda ironique de janvier, chez l’espèce de Dodo paresseux dont l’espace carnets du même nom dédié est accessible par ce lien inclus, espèces d’espaces, issu de l’hippocampe droit de Georges Perec, ici même, les espèces sont identifiées, déclassées par désordres, répertoriées par déclassements dans les espaces peints t’ou bien t’écrits.
Il fallait y inclure les mots :
hippocampe, mimosa, n’importe, chat, manger, tentacule, épuiser, vert.
Et déposer les copies avant le mercredi 18 janvier 2017.

Read Full Post »

« Les mots, ils ne demandaient rien d’autre que d’être heureux ensemble. Même pas heureux d’ailleurs, ils n’étaient plus si exigeants. D’être ensemble, c’est tout. »

…d’attendre demain.

C’était demain, et le jour commençait à flotter autour des persiennes. Il faisait comme un ruban guirlande qui allait s’accrocher jusqu’au plafond, à l’autre bout, ce qui donnait à la pièce une allure de sapin de Noël. Chouette ! J’allais enfin savoir si la fonte des mots avait eue lieu, ou bien pas.
Vite ! Un petit effort ! C’est que la température n’était guère élevée, l’idée du froid me bloquait la respiration. Mais bon, aller, courage ! Juste un petit effort, et je réussirais à sortir des draps bien chauds et à me lever.
La lueur blanchâtre filtrait jusqu’aux bordures des cadres de la fenêtres, quelque chose comme une lumière crue, le père Noël n’avait pas prévu la cuisson. Bien que je préfère l’été, avec sa chaleur, son soleil qui apporte des rayons rouges orangés, j’aimais bien cette impression d’irréalité qui ondoyait autour de moi.
J’enfilai rapidement une robe de K Gibbi, c’est un peu plus réduit, ou un peu moins étendu, c’est comme on veut. La chambre était encore plongée en traîne de nuit, avec quelques éclats d’étoiles épars sur le mur opposé aux volets.
Les dernières braises rougeoyaient encore dans le foyer lorsque j’arrivai dans la salle à manger, le feu ne tarderait pas à reprendre, il suffisait de recharger méthodiquement avec ces bûches savamment taillées à la mesure de l’âtre par les bon soins des bûcherons. Je n’omis pas de placer un journal froissé en boule en dessous, bien en contact avec les brandons, puis je m’approchai nonchalamment de la porte et l’ouvrit.
Ça alors !!!
Mais quelle ne fut pas ma surprise !
.
.
arbre-a-voeux
.
.


Non seulement le congélateur ouvert s’était rempli de tout un tas de lettres, toutes plus décorées les unes que les autres, et le froid n’avait plus la primauté du lieu. Mais en plus, les arbres étaient jonchés de feuilles remplies de mots, ils s’étaient rassemblés là pour ne pas disparaître, j’en versai une larme de joie. C’était probablement encore une facétie du père Noël, il dit toujours plus tard, plus tard, celui-là ! Et puis, c’est au moment où tu t’y attends le moins qu’il te fait une surprise ! Celle-là était de taille, de taille d’arbre. Et il ne me restait plus qu’à en cueillir les fruits. Il y eut alors, à cet instant précis, une idée fulgurante qui traversa mon cerveau. Ce qui me surpris beaucoup, car j’avais l’habitude qu’il soit lent. Que de présents m’étaient offerts cette année…
Pressée par cette soudaine inspiration, je repris la direction du foyer chaleureux où commençaient à s’élever à nouveau de grandes flammes dans la cheminée, et me saisit du téléphone.
– Père Noël ?
– Il dort encore, chère madame, que désirez-vous ?
– Oh pardon ! Bonjour, à qui ai-je l’honneur ?
– A son renne de tête.
– Oh ! Vous êtes combien, sinon, à tirer son traîneau ?
– Plus très nombreux, vous savez ! Nous vieillissons un peu, vous comprenez ? Vous êtes Madame Cyclopédie ?
– Oui, c’est moi.
– Il m’a chargé de vous transmettre un message.
– C’est lui, n’est-ce pas, les mots préservés sur les arbres à vœux que j’ai découverts ce matin dans mon jardin ?
– De quoi me parlez-vous, chère madame ?
– Ah ! Ce n’est pas lui, alors… Et quel est donc son message ?
– Il me dit que vous pouvez faire appel au magicien Morphée, qui saura très bien arranger tous vos petits bricolages. Ah, tiens, je crois que c’est le père Noël que j’entends, si vous avez un instant, je vais lui demander s’il désire vous parler personnellement.
– Merci, monsieur renne de tête, je patiente.
Une minute plus tard, la voix du père Noël résonnait dans l’appareil.
– Madame Cyclopédie, quelle bonne surprise ! Vous n’avez pas résolu votre problème de mots, je suppose ?
– Et bien si, justement, et pourtant, je n’ai rien fait. Je voulais vous en remercier, car c’est vous, n’est-ce pas ?
– Moi qui quoi ?
– Vous qui avez sauvegardé tous les mots ?
– Euh… Non, j’étais en distribution de présents cette nuit, mais vous avez fait appel à Morphée alors ? Peut-être même sans le savoir, j’imagine.
– Père Noël ?
– Oui, Cyclopédie ?
– Voulez-vous m’aider à cueillir tous ces papiers avec moi en dehors de votre temps de travail ? A deux, nous serions qui sait plus efficaces ?
– C’est que… Cela demande réflexion, madame Cyclopédie ! Vous savez, moi… 24 heures dans l’année, vous n’imaginez pas ce que cela demande comme énergie. Le reste du temps, je flâne, je volète, je me promène, et cela me va si bien.
– Père Noël ?
– Oui, Cyclopédie ?
– Père Noël, réfléchissez, vous me connaissez, je ne mets la pression à personne, mais les mots, vous savez, ils sont là, ils risquent les intempéries, alors, pensez-y s’il-vous-plaît. J’ai besoin de vous pour préserver leur plénitude.
– Envoyez-moi un courrier, madame Cyclopédie, et je verrai ce que je peux faire pour vous.
Nous avons raccroché. J’avais l’impression qu’il était heureux en disant ces derniers mots. Alors qu’au fond de mon cœur s’installait quelque chose comme un doux sentiment d’espérance, j’ai vu des feuilles tournoyer au dessus de moi, comme un vol de colombes, et je suis tombée dans les fruits du pommier.

Read Full Post »

Réédition d’une redécouverte d’un de mes écrits partagé sur papier libre en décembre 2012, sur une photo que voici :
.
.
maxresdefault
.
.

C’est un désert aride forgeant sa terre brûlée
Rien n’y pousse depuis de si nombreuses années
Que même les nuages ne feront que passer
Là où flotte le vent d’incandescente ardeur.

Ce désert immobile fait naître l’illusion
Dans ces rêves fragiles en fugaces visions
Où s’élève une reine au milieu de nulle part
Qui viendrait agiter la flamme de son foulard.

Ganté de rouge carmin en doigt accusateur
Le voile montre la brume qui traverse le ciel
Chargé de cette vie qui ne le voit qu’à peine
Si cuisante est l’écharpe qu’elle dissipe la vapeur.

Dans sa robe de deuil la reine espère encore
Que l’un d’entre eux se crève plutôt qu’il s’évapore
On dirait que le songe épaissit le mirage
Préparant sa tempête dans le creux de l’orage.

 

Read Full Post »

Dodo-affaire-jane-eyre

Collection 10/18 poche avril 2005

Dans un monde où la littérature fait office de religion, la brigade des littéraTec élucide plagiats, vols de manuscrits et controverses shakespeariennes. L’agent Thursday Next rêve, elle, d’enquêtes explosives, quand le cruel Achéron Hadès kidnappe Jane Eyre. Dans une folle course-poursuite spatio-temporelle, la jeune détective tentera l’impossible pour sauver l’héroïne de son roman fétiche.

Aux carrefours des genres et dopée par une imagination jubilatoire, l’affaire Jane Eyre est une œuvre ébouriffée.

P 128 – 129

– Un simple malentendu, déclara-t-il, balayant mes objections d’un geste de la main. Ces abrutis à OS-13 n’ont pas la moindre idée de la valeur de mon travail.
– Qui est… ? Demandai-je, curieuse comme toujours.
– Un moyen plus miniaturisé encore de stocker l’information. J’ai réuni les meilleurs dictionnaires, glossaires et lexiques, ainsi que des études grammaticales, morphologiques et étymologiques de la langue anglaise, et j’ai encodé le tout dans l’ADN de ce ver minuscule. Je les appelle des vers hypercorrecteurs. Reconnais tout de même que c’est une réalisation extraordinaire.
– Je le reconnais. Mais comment accède-t-on à cette information ?
La mine de Mycroft s’allongea.
– Comme je l’ai déjà dit, une réalisation extraordinaire avec un petit inconvénient. Cependant, les événements se sont précipités ; quelques-uns de mes vers se sont échappés et se sont accouplés à d’autres qui comprenaient l’encodage d’ouvrages de référence historiques, biographiques et encyclopédiques ; ç’a débouché sur une nouvelle race que j’ai baptisée ver hypercorrecteurExcellenceDoublePlus. Ce sont eux, les vraies vedettes du spectacle.
Il prit une feuille de papier dans un tiroir, en arracha un bout et griffona le mot « extraordinaire » sur le morceau.
– C’est pour te donner un avant-goût de ce dont ils sont capables.
Ce disant, il fit tomber le bout de papier dans le bocal à poissons. Les vers ne perdirent pas de temps et se massèrent tout autour. Mais au lieu de manger le papier, ils se tortillèrent, excités, et explorèrent l’intrus avec, apparemment, un grand intérêt.
– J’ai eu un élevage de vers à Londres, tonton, et eux non plus n’aimaient pas le papier…
– Chut ! Murmura mon oncle, me faisant signe de me rapprocher.
Stupéfiant !
– Quoi donc ? Dis-je un peu perplexe.
Mais en voyant le visage souriant de Mycroft, je compris aussitôt que ce n’était pas lui qui avait parlé.
Etonnant ! Reprit le chuchotis. Incroyable ! Déconcertant ! Ahurissant !
Fronçant les sourcils, je regardai les vers qui, agglutinés en boule autour du morceau de papier, semblaient vibrer doucement.
Merveilleux ! Marmonnaient-ils. Remarquables ! Fantastiques !
– Alors, dit mon oncle, qu’en penses-tu ?
– Des asticots synonymiques… Tonton, tu m’épateras toujours.
Mais Mycroft était soudain redevenu sérieux.
– C’est plus qu’un simple biodictionnaire, Thursday. Ces gaillards là sont capables de faire des choses qui dépassent l’entendement.
Il ouvrit un placard et sortit un gros livre relié de cuir, avec les lettres PP gravées en or au dos. La couverture richement ornée était munie de lourds fermoirs en laiton massif. On y trouvait aussi quantité de cadrans, boutons, valves et interrupteurs. C’était impressionnant à voir, certes, mais toutes les inventions de Mycroft n’avaient pas une utilité à la mesure de leur apparence. Au début des années soixante dix, il avait fabriqué une machine extraordinairement belle qui ne faisait que prédire avec une exactitude renversante le nombre de pépins dans une orange non décortiquée.

P 128 – 129

Je me faufilai à travers la foule des Milton en direction du Chat du Cheshire. C’était facile à trouver. Au dessus de la porte, il y avait un gros chat rouge fluo sur un arbre vert fluo. Toutes les deux minutes, le néon rouge clignotait et s’éteignait, laissant le sourire du chat tout seul dans l’arbre. Alors que je traversais le hall, le son d’un orchestre de jazz parvint à mes oreilles, et je souris brièvement, reconnaissant le piano de Holroyd Wilson. C’était un enfant de Swindon. Un simple coup de fil, et il aurait pu jouer dans n’importe quel bar d’Europe, seulement il avait choisi de rester ici. Il y avait du monde, mais pas trop ; la clientèle se composait essentiellement de Milton, lesquels buvaient, plaisantaient, déploraient la Restauration et s’appelaient tous John.
Je m’approchai du bar. C’était le « happy hour », et toutes les boissons étaient à 52,5 pence.
– Bonsoir, fit le barman. Quel est le point commun entre un corbeau et un bureau ?
– Poe a écrit sur les deux ?
– Excellent, rit-il. Qu’est-ce-que je vous sers ?
– Un demi-Vorpal(1), s’il vous plaît. Mon nom est Next. Il n’y a pas quelqu’un qui m’attend ?
Le barman, qui était habillé en chapelier, désigna un box à l’autre bout de la salle, où deux hommes étaient assis à moitié dans l’ombre. Je pris mon verre et me dirigeai vers eux. Le bar était trop fréquenté pour qu’il y eût risque de grabuge. En me rapprochant, je réussis à les distinguer plus clairement.
Le plus âgé des deux était un monsieur aux cheveux gris qui devait avoir dans les soixante-quinze ans. Il portait de grosses rouflaquettes et un costume en tweed soigné avec un nœud pap en soie. Ses mains reposaient sur une canne coiffée d’une paire de gants en cuir brun ; à côté de lui, j’aperçus une casquette à la Sherlock Holmes. Son visage était d’une complexion sanguine ; à mon approche, il renversa la tête et rit comme une baleine à une remarque de son interlocuteur.
Celui-ci, un homme d’une trentaine d’années, était perché un peu nerveusement sur le bord de son siège. Il sirotait un tonic ; son complet rayé était de bonne qualité mais avait visiblement connu des jours meilleurs. Je l’avais déjà vu quelque part, mais je ne me rappelais plus où.
– Vous me cherchiez, messieurs ?
Ils se levèrent comme un seul homme. Le plus âgé parla le premier.
– Miss Next ? Enchanté de faire votre connaissance. Je suis Victor Analogy, chef des littéraTecs de Swindon. Nous nous sommes entretenus par téléphone.
Il me tendit la main.
– Ravie de vous rencontrer, monsieur.
– Et voici l’agent Bowden Cable. Vous allez faire équipe avec lui.
– C’est un grand plaisir de vous connaître, madame, dit Bowden avec emphase, une certaine gaucherie et une extrême raideur.
– On ne s’est pas déjà vus ? Demandai-je en lui serrant la main.
– Non, répondit-il catégorique. Je m’en serais souvenu.
Victor m’offrit un siège à côté de Bowden qui s’écarta en marmonnant des mots polis. Je bus une gorgée de mon cocktail. Ç’avait le goût de vieilles couvertures de cheval trempées dans de l’urine. Une explosive quinte de toux me secoua. Bowden me proposa son mouchoir.
– Vortal ? Fit Victor, haussant un sourcil. Vous n’avez peur de rien.

(1) Mot inventé par Lewis Carroll pour son poème Jabberwocky et qui signifie vif, perçant. (N.D.T.)

Read Full Post »

Older Posts »