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Le vélorafe pour voir de loin

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C’est en gare Iotop que débutera le voyage de juin 2021, en train, celui de l’agenda ironique.
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Sur le thème de la langue, avec quatre mots à inclure dans le texte.
– Insomniaque
– Chouette
– Frigoriste
– Narine
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Surveille ton langage !
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Bein quoi, l’est pas chouette mon langage ?
Bof !
Tu le préfère comment sinon ?
Un peu moins frigoriste, peut-être…
Puisqu’il produit du froid, il pourrait résoudre le réchauffement climatique !
Nous glacerions les pôles à l’étendue de nos discours !
L’iceberg du vocabulaire ne viendrait plus à fondre, mais de nouveaux cristaux d’élocution rafraîchiraient les narines planétaire.
L’équilibre thermique de ton langage me plaisait pourtant bien.
Avantages et inconvénients :
Ça donne chaud aux ours blancs.
Ça rend insomniaques les pingouins noirs et blancs.
Ça noircit les extrémités polaires.
Ça fait pas trop rire les baleines.
Ça surchauffe les neurones des physiciens.
Le pôle d’Emile Victor n’est pas content.
Bon, je vais voir ce que je peux faire.
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Quelques minutes plus tard, l’ordinateur rendit sa réponse.
L’intelligence artificielle de mon langage a réfléchi, elle te donne son bonjour, langue des signes.
Wow, super ! Et je signe où ?
Sais pas !
Au fond du sens ?
Il s’est échappé.
Pourquoi ?
Parce-qu’il ne se sentait pas entendu.
Il parle quel langue ?
Evasif.
D’où l’évasion ?
Au fond, tu vas.
C’est entendu.

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La giralançoire s’en balance


Dans la charcuterie littéraire, l’artisan chez lequel je suis cliente propose un étal de produits diversifiés où figure son fameux pâté, le bien nommé « pâté d’argumentations ».

J’étais curieuse d’en connaître la recette, mais lorsque je la lui ai demandée, ce dernier a refusé catégoriquement de partager ses secrets.
Pour autant, n’ayant pas l’originale, (de recette), et faisant appel à toute ma force de persuasion, j’ai argumenté auprès de Cyclopédie pour qu’elle recrée une copie approchée.

L’esprit logique de cette dernière ne tarda pas à produire toute une panoplie de pâtés, tout aussi diversifiés que sur l’étal de mon artisan charcutier, qui ne tardèrent pas eux-mêmes à se tourner de si diverses sortes que bientôt l’original ne fût plus qu’un vague souvenir.

Le premier essais fit montre d’un discours discursif, faisant cohabiter dans la terrine à pâté des figures de style avec une symétrie de conviction telle que l’agrégat de ses propositions empiriques prit une coloration absurde à la démonstration. Une fois passée au four de l’analyse, la tenue générale de sa rhétorique finit par s’effriter devant la proposition opératoire d’un jargon néologique du phénomène tautologique.

Ce qui demandait rectification.

La symétrie fut donc remplacée par l’amalgame, histoire de varier l’effet à l’émission, puis saupoudré d’une touche de slogan, créant de la sorte un tel dilemme cornélien que seule une nouvelle jurisprudence vint à bout de sa narration.

A la suite de quoi, il fut établi ces trois règles :

1 – La logique est une preuve de la raison pour laquelle les sots préfèrent avoir raison.

2 – La définition du jargon lors d’un pâté d’argumentations professionnel énonce la connaissance par la vulgarisation du phénomène de sa logique.

3 – La représentation analogique transite par la contingence pragmatique d’une conviction alléguée par la preuve.

Côté pratique :

Afin de fabriquer ce bon pâté, cherchons un sujet à argumenter.
Petit un : Choisissons un sujet sain d’esprit et de corps.
« Appelons un chat un chat » par exemple.
Tout d’abord, choix du chat dans un refuge.
Second temps, l’appeler « un chat ».
S’il vient, c’est qu’il s’est reconnu.
S’il ne vient pas. L’habiller de mots.

Par exemple :

La nuit tous les chats sont gris.
Le jour tous les chats sont perchés sur le ronron continu de la couleur de leur robe.
Entre le jour et la nuit tous les chats ronflent dans les poches du temps.
Si tu donnes ta langue au pâté d’argumentations, prévois de quoi rester hydraté lors de son exposé.
Le chat retombe toujours sur le côté beurré de la tartine.

S’il ne vient toujours pas, lui servir un pâté complet d’argumentations.

Qui veut un chat potron-minet doit apprendre à se lever tôt.
Le pâté ne supporte pas d’avoir un chat dans la gorge : Développez. Vous avez trois heures.
Un chat sain qui n’a pas la maladie des griffes du chromosome 5 coupe les ongles aux rats.
Si un pipi de chat te fait un pâté d’argumentations, c’est qu’il n’est pas d’une quantité négligeable.

Alors ? Où en est le chat ?

Toujours est-il que pour conclure, si le pâté n’a pas de quoi se fouetter d’une dialectique de la raison du chat, c’est bien parce-que le questionnement reste et restera la forme la plus félinisée de son bon poil.

La semaine prochaine, nous aborderons la question du pâté qui donne une langue de chat à Cyclopédie, soit : La recette du pâté de pinaillage à l’ergot de petite bête qui cherche la tergiversation par la chicane de ses exagérations à l’opposé de tout pâté d’argumentaire en gelée.

Bonne semaine à tous mes lecteurs.
Et même à ceux qui ne me lisent pas !

Cyclopédie Bougon, pour Jo, qui bougonne plus vite que son ombre.

Dans la caste des vertus, il existe un sous-langage qui grimpe autour de l’arbre du texte et s’enroule à la manière du lierre autour de son tronc. Jean-Baptiste Poquelin l’avait découvert en fréquentant l’école des femmes savantes, par la plus grande des coïncidences, ayant eu la chance d’enrouler un texte parcheminé autour du sien.
Ce qui ne fût pas sans conséquences.
L’ensemble de la fameuse spirale risquait parfois la tornade.
Heureusement, chaque souffle rendait l’accroche du texte enroulé chaque fois plus solide.
Ainsi, l’arbre mot offrait, chevelure aux vents, toute une panoplie langagière à qui voulait bien l’accueillir.
Cyclopédie, qui parcourait le territoire tribal de la réserve naturelle des vertus, arrivée au cœur d’une forêt dense et obscure, découvrit l’arbre phénomène et, voyant toutes les branches ployer sous le poids en fit un bouquet.
Ainsi, ajustés par l’harmonie qui en émanait, les branchages disposés dans un vase trônèrent bientôt sur la table du salon.
Or, il advint qu’un jour, plus soporifique qu’un autre, un besoin de sieste l’allongea sur le canapé jouxtant la fameuse table. Dans sa somnolence, les yeux mi-clos, elle décela le phénomène en observant ses ajustements se transformer sous son demi-regard.
La touffeur alphabétique ne cessait de moduler en constant remaniement chaque pétale syllabique, remodelant à l’infini l’écart de tous les possibles. De nouveaux départs de spirales prenaient des directions simultanées, dans le contraste le plus singulier qui soit.
Cyclopédie s’endormit sur cette vision en mouvement, l’emportant ainsi dans ses rêves.
Dans le premier, elle arrivait devant un portail fermé, et admirait l’élégance du domaine.
Au fond la bâtisse était recouverte de lierre. Quelques feuilles caressées par le vent bougeaient doucement. Un léger son bruissant écrivait son concert invisible dans l’air tiède du printemps. Cyclopédie pouvait suivre le mouvement de l’instrument à vent dans le déroulé de sa nuance sonore. Elle était charmée.
Dans le second, la porte s’ouvrit, comme par magie, et elle entra, se sentant invitée à le faire.
Il y avait un jacuzzi à l’intérieur duquel glougloutait une eau vive et claire.
Sur les bulles rebondissait parfois une grenouille, qui disparaissait ensuite dans les longues herbes en bordure. On aurait dit comme un jeu batracique animé par on ne sait quelle règle, rythmé par la cadence régulière du chant de l’eau.
Dans le troisième, le tintement d’une cloche l’attira vers l’arrière du bâtiment.
Elle y découvrit une chapelle, revêtue d’une grâce infinie. La fraîcheur de l’intérieur contrastait avec celle de la douceur printanière du jardin. Aussi, elle ne s’y attarda pas très longtemps. Dehors, s’élevait maintenant une construction de branchages emmêlés dont la verdure épaisse tapissait les parois.
Tiens, se dit Cyclopédie, ce doit être construit par des enfants, joli refuge !
En se penchant pour regarder à l’intérieur, elle découvrit un espace beaucoup plus étendu qu’elle ne l’avait imaginé, laissant entrevoir d’autres extensions existantes dans la multitude labyrinthique dont elle pouvait, d’ici, en deviner partiellement l’ampleur.
Dans le quatrième, une grotte lumineuse tapissée de sable chaud et ouverte sur la mer ensoleillée lui permit de se reposer. Le flux et le reflux de l’océan venaient lécher la bordure sablonneuse d’un doux balancement régulier.
Enfin, le cinquième rêve, réajustant ses lettres de noblesse, lui déroula son parchemin. Elle le suivit, gravissant doucement chaque étape sans essoufflement, parvenant à la cime pour se rendre compte que chaque cime la faisait revenir à la base.
Allons, se dit-elle.
Si je m’éveillais, reposée de ma sieste, je pourrais relire mon bouquet avec le regard éclairé de ma reprise de vitalité.
Sortant du sommeil réparateur, Cyclopédie, les yeux grands ouverts cette fois, pu observer à loisir le bouquet de mots lierre avec la joie ineffable de sa découverte.
Quel bonheur se dit-elle alors.
J’apprends de cet enroulement toute la plénitude de la substance du langage.
Pour sûr, c’est un cadeau de Dieu !


Le langage est une substance,
Il enroule et déroule,
Il parcourt et devance,
Il entremêle de toute sa foule.
Le langage est une danse,
Il noue dans ses cheveux,
La grâce ou bien l’aisance,
Le contour de ses yeux.
Mais le langage n’a pas,
Le rayon de la joie,
mais le langage n’a pas,
La douceur de nos voix.


Parchemins Ardéchois
Pour la beauté

En fait, la loi du marché est assez simple. Vous achetez un produit, il vous en coûtera tant, ce qui vous laisse en règle avec tout autre marchandage de redevance possible.
Oui mais quoi ?
En rentrant dans la parfumerie pour acheter son fard à paupières, Cyclopédie ne se doutait à aucun instant qu’elle allait faire la plus grande découverte du siècle de sa vie.
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Elle allait devoir faire le choix le plus existentiel possible, lorsqu’arrivée au rayon poudre, toutes celles qui se présentèrent à ses yeux se jetèrent sous son regard, qui du ton le plus seyant, qui de la texture la plus fine, qui de son emballage le plus soigné.
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Toutes ces ombres, se disait-elle, sont plus attractives les unes que les autres. Oui mais alors, laquelle choisir ?
La vendeuse, affichée d’un sourire signal blancheur au bicarbonate, encore une poudre, s’avançait résolument en sa direction, voyant la mine d’hésitation en poudre de Cyclopédie.
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La vendeuse : Bonjour madame. Puis-je vous aider de mes conseils ?
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Cyclopédie, entièrement tournée vers l’intérieur de sa réflexion, dû s’extourner de l’autre pour réfléchir à la question et y répondre.
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Cyclopédie : C’est que… Vous me voyez là dans ma plus grande hésitation, voyez-vous ?
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La vendeuse : Oui, je vois que vous avez une mine de poudre à hésiter.
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Cyclopédie : Croyez-vous être en mesure de pouvoir m’aider ?
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La vendeuse : Mais bien sûr ! Commençons par celle-là, lui dit la vendeuse en montrant à Cyclopédie une ombre brune aux reflets argentés.
Cette poudre-là témoigne de son succès, elle est emplie de paillettes qui remplissent les poches de sa couleur argent.
Celle-là serait plutôt tournée vers la spontanéité de l’or avec sa couleur safran qui élèvera votre regard d’une lumière chaude et nuancée.
Celle-ci risque d’assombrir vos paupières, elle est grise et terne, votre teint ne le supporterait franchement pas. Ça va vous alourdir. Vous n’avez pas besoin de ça pour l’être.
Quant à cette autre, elle risque de vous piquer d’un fard pas piqué des vers. C’est la formule ronce et mûres qui fait des ravages dans la populations des jeunes filles, mais vu votre âge…
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Cyclopédie : Je ne sais pas trop quoi vous dire, vous savez ? C’est peut-être le mordant de votre dentifrice qui m’impressionne de la sorte et m’empoigne d’hésitations devant toutes ces ombres. Vous n’auriez pas quelque chose de plus… De moins… Enfin, de plus ou moins différent ?
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La vendeuse : Dans ce cas, nous allons changer de rayon. Allons voir les poudres pour canons.
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Cyclopédie : Ah ! Vous tirez aussi à vue ?
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La vendeuse : Sur tout ce qui bouge. Pour obtenir ce contrat, j’ai passé un diplôme « déserteur de char à voile » en 50 avant JC, puis « inspecteur des désertions de déserteurs de char à voile » en 50 après JC, puis « comparateur de comparaison entre les variables en statistiques poudreuses » 150 ans après, pour enfin me spécialiser en « arômes littéraires roses poudrés Louis XV » au 18ème siècle, alors vous savez… !
Les canons, ce ne sont pas ceux de Navarone qui vont me faire reculer, non mé ho !
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Cyclopédie : Que des métiers au masculin !
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La vendeuse : Pour des canons au féminin !
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Cyclopédie : Bien bien. Alors, ces poudres à canons, vous y venez ?
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La vendeuse : On y arrive, pas d’impatience !
Voici le modèle délayé, il remplit la fonction de remplissage du vide, vous le mettez où vous voulez, il sait s’adapter à tous les endroits où il est posé.
Le modèle discret, lui, au contraire, se fera remarquer tout de suite, pour peu que vous le posiez au bon endroit. Il est d’ombres fugaces, éclairant, peut servir de phare, clignotant, régulé, avertisseur des dangers. Celui-là est un peu plus cher que le premier que je vous ai présenté.
Et puis encore, nous avons le modèle roulant voyageur, il est aussi compact qu’un balluchon, se présente en paquet de douze à la dizaine, ne craint pas les décalages temporels ni les rayures d’acier, il est rare de voir une cliente insatisfaite à son sujet. Elles ne reviennent jamais en témoigner !
Ah ! J’allais oublier ! L’ombre la plus intense, c’est encore celle-là. Pour avoir un canon d’avance sur vos compatriotes, vous devrez vous la fabriquer vous-même. Elle est en kit, mais les clientes qui l’ont achetée l’ont toutes modulée en fonction des circonstances qui les amenaient à en avoir besoin. J’en ai connu une qui la coupait avec du sel. « Ça parchemine, qu’elle disait ». Une autre qui allait chercher des cornes de gazelles en poudre, affirmant que ça rend plus véloce, une autre qui l’intensifiait encore plus avec du puits de fous. Bref, chacun sa recette, si vous optez pour cette dernière, vous aurez plus de chance de réussir votre maquillage. C’est vous qui voyez.
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Cyclopédie, un peu estomaquée par toute cette panoplie d’ombres en poudre n’en croyait plus ses yeux qui commençaient à être saisis d’inflammation de la conjonctive.
Elle rétroversa à l’intérieur d’elle-même afin de calmer la rougeur par un film anti-oxydant et faire le point avec ce que lui dictait son intériorité.
Pendant ce temps, la vendeuse, étonnée de son silence, l’observait attentivement.
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La vendeuse : Ils sont tous bio-anti-albinonicologiquement contrôlés vous savez.
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Cyclopédie : Vous avez des arguments plus que convaincants ! Votre compétence n’est pas à prouver, mais pas à approuver non plus. Donc merci, votre éclairage en fards est excellent !
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Sur ce, elle tourna les talons et sorti de la parfumerie.
Plus aucun doute à avoir, se dit-elle. Aucun maquillage phare ne remplacera jamais l’existant de la spontanéité et du naturel.
Et elle rentra chez elle, en paix avec cette question.
Et d’une !
La suite dans un autre numéro du magazine de la femme qui glisse un œil en poudre sur les œufs au plat de l’ombre.
Si vous remarquez quoique ce soit comme anomalie scientifique dans cet article, merci de le faire remonter à la vendeuse de la parfumerie « loup et phoque associés », 9 place des découvertes naturelles ou provoquées, 91120 Palaiseau.


Pour le fun

C’est quand même de là qu’est parti l’agenda ironique !


Deux cafés à la table treize !



G – Maryvonne, envoie deux café à la table treize !

M – Comment tu veux que j’les envoie, Gaston ? Par relais postal ou en calèche ?

G – Maryvonne, kesta fait de tes patins à roulettes ?

M – C’était l’bon temps ça, Gaston ! Ch’suis plus très leste depuis nos quinze années de confinement !

G – Faut cotiser, Maryvonne, sinon, les charges elles courent et nous on décourre.

M – Bah, pour deux cafés en quinze ans, c’est pas comme ça qu’on va faire du bénéfice…

G – Bin, oui et non, ça fait ch’sais pas combien d’fois que tu me dis la même chose, alors !

M – La table treize, la table treize ! Mais j’y pense, Gaston, maint’nant qu’jy pense, y’a personne à la table treize.

G – Beh nan, Maryvonne, y’a encore personne !

M – Qu’esse tu m’racontes alors donc, toi ?

G – Beh ya personne à la treize, personne à la quatorze, personne à la quinze…

M – Oh ça va, Gaston, tu vas pas r’commencer avec tes comptes de non faits.

G – Maryvonne, j’tai dit qu’ya encore personne, c’est tout donc !

M – Comment ça, encore ? Tu veux dire qu’y va yavoir quelqu’un ?

G – Alors là ! La Maryvonne ! Tu fais pas qu’mépater un peu didonc !

M – Quoi encore, l’Gaston ?

G – Bin tu m’épates, quoi !

M – Oui, bon ! Ça va ou quoi ?

G – Oui et non, quoi !

M – Beh qu’est-ce qui t’arrive donc encore, l’Gaston ?

G – Maryvonne, c’est quoi c’tencore, encore ?

M – Bin tout comme toi, l’Gaston, tout comme toi !

G – Quoi tout comme moi la Maryvonne ?

M – Bin moi aussi, l’Gaston, j’boirais bien un café à la table treize, quoi !

G – -Beh alors, qu’est-ce qu’on attend pour y aller ?

M – Bin oui et non, quoi, oui et non !

G – Oui et non, quoi, oui et non… Quoi, encore ?

M – Encore un encore ? Ça fait au moins l’troisième encore de l’histoire !

G – Et encore, tu comptes pas les deux derniers !

M – Tu fais des comptes d’encore toi ?

G – Qui c’est qui va nous l’faire, c’te café, la Maryvonne ?

M – Si on veut, si on veut ! On en parle, quoi !

G – Aller viens la Maryvonne, on va l’faire ensemble !




Momo

Momo serait le meilleur ami de l’Homme, paraîtrait-il !
Mais dans quel ouvrage avais-je donc lu cet aphorisme ?
Bien que mes recherches sur internet furent fouillées, je ne réussis pas à identifier l’origine de cette retrouvaille. J’allais donc devoir mettre mes neurones à contribution. Il s’agissait de remonter la filière des souvenirs par la trace pour retrouver son auteur.
Or, parfois, une recherche précise nous offre son lot de découvertes imprévues.
Suivez le fil et vous allez comprendre.
Momo, le meilleur ami de l’homme, serait-il un être humain, un animal, une plante, la nature, un génie, ou encore un concept ?
Partir de quatre lettres pour réussir à comprendre une pensée d’auteur afin de l’identifier, puis aller répertorier tous ses livres pour retrouver celui-là même d’où était extrait l’aphorisme, c’était un vrai défi, que dis-je, un véritable challenge !
La lettre « M » sonnait sa cloche. Mariée à l’ « O », savourée plate, voilà bien de quoi satisfaire un palais subtil. J’avais connu des taste-eau à l’époque où le nuancier des sources constituait la bible des buveurs de whisky. Cette fois, il me semblait que l’eau mariée à la lettre « M » avait une qualité autre. Et que de fait, cette nouvelle approche ne pouvait se réduire à ces deux lettres qui, soit dit en passant, mises lettres à lettres constituaient à elles seules le mot « mot ».
Bref, arrivée à ce stade de ma mi-réflexion, nul mot ne serait comparable à lui-même. Un même mot n’aurait donc pas le même sens suivant sa prononciation, étais-je sur une piste rationnellement soutenable ou sur une impasse ?
Et bien il suffisait d’aller jusqu’au bout de ce raisonnement pour le savoir. En reprenant le début de la recherche, ce même mot mis mot à mot se renvoyait l’appareil de l’ascenseur. Un mot répondant à un autre, le dialogue était né.
Cela étant dit, puisque le mot se répondait par le mot, tout pouvait-il passer vraiment par les mots ?
Rien de moins sûr.
J’ai donc mis en place un dispositif expérimental pour tenter d’étayer mon propos par l’éprouvé.
Au milieu d’une pièce vide, j’ai placé une table, posé un mot dessus. Puis, me déplaçant dans toute la pièce sur un cercle tracé autour de la table et du mot, j’ai pu l’observer sous toutes ses facettes environnementales. Je l’ai ensuite retourné, (le mot), pour en voir le fond. Il ne restait plus qu’à accrocher un treuil au plafond pour aller observer le dessous placé maintenant dessus.
L’idée que l’intérieur du mot restait toujours invisible m’apparut alors clairement lorsque je me pris à penser que la surface du mot en question présentait par endroits quelques aspérités.
Il me fallait donc le découper. Avec une lame de bistouri, en incisant la surface visible, je me suis rendue compte que le mot que j’avais placé sur la table au centre de la pièce était creux. Je me suis alors fait la réflexion suivante : « ça ne m’étonne pas qu’il résonne autant ! ».
Pour autant, cette découverte ne me satisfit pas. Car plus j’en découvrais sur le mot, plus sa plénitude m’échappait. En creux, plus ce qui n’était pas dans le mot disparaissait, plus ce qui n’était pas dans le mot me semblait proche et présent, à portée d’être saisi.
Alors j’ai pris la pince à éprouvette et j’ai attrapé délicatement ce qui n’était pas à l’intérieur du mot pour le placer sous la lentille du microscope.
Cette fois, je ne vis rien de bien parlant, mais j’en découvris la substance.
Il y avait un fil, sur lequel j’ai tiré. C’était comme une bobine. Tout se déroulait dans la plus grande fluidité, sans pourtant indiquer de précisions concernant la consistance ou la solidité du déploiement. Il y eut bien quelques nœuds qu’il fallut dénouer, parfois une épaisseur passait, comme le condor passe, un petit supplément de langage apparaissait, un accent, une glose…
En fait, tout ceci n’avait mené à rien de vivant, le mot gisait, disséqué, morcelé, vidé de sa substance.
C’est là que le fil du vivant apparut.
En le suivant, ce fil conduisit exactement là où j’aurais du commencer.
Le mot était né d’une bouche.
La bouche faisait partie d’un être humain.
La substance du mot était relative à celui qui l’employait.
Et c’est exactement arrivée à ce stade de l’expérimentation que je me suis rendue compte qu’il me manquait encore le secret de la plénitude du mot.
Alors, Momo, le meilleur ami de l’Homme ?
En vérité, si ceux qui les manient aussi bien qu’Albert sont tous un peu nos amis, peu d’entre nous les manieront aussi bien qu’un chameau.
Le chameau, meilleur ami de la Femme ?



« Je n’essaierai pas de modifier rien de ce que je pense, ni rien de ce que vous pensez (pour autant que je puisse en juger) afin d’obtenir une conciliation qui nous serait agréable à tous. Au contraire, ce que j’ai envie de vous dire aujourd’hui, c’est que le monde a besoin de vrai dialogue, que le contraire du dialogue est aussi bien le mensonge que le silence, et qu’il n’y a donc de dialogue possible qu’entre des gens qui restent ce qu’ils sont et qui parlent vrai. »

Albert Camus

Un mot du chat

Inspirée par les mers de lune chez Max-Louis Iotop, « roi du baroque », le flow porteur des mots a coulé ensuite pour l’agenda ironique de mars qui tient son entreprise aux jardins des ciels ouverts de Joséphine.

Une interview de Mme Cyclopédie Sacristina menée par notre célèbre journaliste du quotidien « braises et incendies », Joseph Jacob, surnommé Gigi.
Interview retranscrite ensuite en reflux désenfumé.

« Prosaïquement j’ai l’anaphore du sens et le chiasme de la prosodie prosodiquement chiasmé au sens du prosaïque. C’est à dire que la boucle de la ceinture du son sonotoné au parking des anges mélodise la sonate décantatoire des radicaux libres numineux des chants de mars. »

Une citation de Cyclopédie Sacristina

Avec ça, vous allez me dire que pour planter le décor de la solidarité féminine, yapaplusimple.
Non ? Vous n’allez rien en dire ? Ah bon !

Gigi : Vous avez chanté tout l’été à Saint-Tropez, pouvez-vous démontrer que l’incendie du massif de l’Estérel est dû à la vocalise alpha de votre récital gradué ?

Cyclo : Absolument que bien sûr que non ! J’ai simplement écouté et suivi à la lettre près la consigne sécuritaire des recommandations, devant le risque de départ de feu, mais l’ange du sens de la chaleur est arrivé avec son allumette et je n’ai rien pu faire pour l’arrêter.

Gigi : Vous auriez incendié les allumettes avec l’aigu d’un accent fumeux, que pouvez-vous en dire ?

Cyclo : Absolument ! Dans un sens comme dans l’autre, on-on s’est dit au moment du concert, dans la rumeur de la salle, que « départ de feu » ou « feu de départ », c’était aussi kif-kif que « on-on ». Aussi, que ce soit le sens de la répartition ou celui de la solidarité, cela ne faisait aucune différence, vous comprenez la logique ?

Gigi : Pour revenir à l’ensemble de la partition alpha-bêta de cet interview, seriez-vous en mesure de préciser le « on-on » employé dans le sens d’une rumeur concertée de ce retour de flamme du « on-on » ?

Cyclo : Absolument, puisqu’à Saint-Tropez, le tropéssain du massif souffrant de sécheresse depuis plusieurs semaines, ceci étant dû à la canicule, le « on-on » incluait aussi les différents responsables de l’écologie environnementale.
Nous les avions radicalement invités à réfléchir sur le « risque accru » par « l’accru du risque ».

Gigi : Le directeur alpha vous aurait mise en garde à vue, sans supposer une seule fois que l’incendie gagnerait la grille verte de la cellule bêta, auriez-vous incidemment brûlé une étape ?

Cyclo : Absolument hypothétique quoique « grille verte » ou « verte grille », je ne vois pas ce qui aurait fait une différence entre la « garde-à-vue » et la « vue-à-garde ». Il s’agissait d’expérimenter les fleurs de Bach du jardin d’été.

Gigi : Vous voulez sans doute évoquer par là l’opéra de Jean-Sébastien ?

Cyclo : Absolument !
Voici qui ne saurait « mieux dire » et ne saurait « dire mieux ».

Gigi : Et bien merci Sacristina Cyclopédie d’avoir bien voulu témoigner de la cause des femmes qui brûlent de témoigner du numineux auprès de nos lecteurs.

Et pour terminer, voici le concert direct qui partitionne en live.

« Nous ne sommes pas des fleurs, nous sommes un incendie. »



Le store vénitien

Il est à claire-voie et son caillebotis aux nuances boisées mélèziennes est si doux à caresser que Marie, à chaque occasion, ne manque pas de toucher ses planchettes d’une pulpe de doigt soyeuse, suivant amoureusement les jolies veines aux dessins mystérieux.

Son imagination la surprend parfois à rêver d’histoires toutes plus fantasques les unes que les autres.

Elle se dit à chaque fois qu’elle devrait les écrire, ces histoires, quand l’œil du bois anime son regard intérieur et vient mettre en perspective une somme de scénarios rocambolesques dont seul son langage a le secret.

Toute une multitude de personnages peuple sa densité. Les ondes solaires, suivant l’heure du jour, viennent souligner certains, mettant en valeur une existence, puis une autre. Les relations se nouent entre elles, se dénouent parfois, certaines disparaissent, d’autres arrivent, et à l’intérieur tout s’organise naturellement, dans le calme le plus olympien qui soit.

Ouvragé par le fameux architecte Lord Norman Foster, l’initiation du projet, depuis sa conception jusqu’à la réalisation complète et son installation ayant pris rien moins que sept ans, il va sans dire le prix de l’objet culte qu’aujourd’hui Marie parcours des doigts avec toute la douceur chaleureuse du grain de soie dans l’inaltérabilité du plaisir à laisser voyager son âme aussi loin qu’elle puisse s’aventurer, c’est-à-dire dans l’immensité illimitée de l’inimaginable imaginaire.

Ces derniers temps, les songes délimitent un espace dans lequel gît une ombre aux contours brumeux. Certains personnages apparaissent alors plus régulièrement.

Bénédictin et Louise, deux archéologues spécialistes du nocturnisme ligneux, équipés d’outils spécifiques à la mise à jour des ombres, creusent, fouillent, dénichent et éclairent morceaux par morceaux l’ensemble de ce qui gît dans cet espace, allant de surprises en découvertes, extirpant quelques doutes au passage, récoltant ça et là pistes de recherche diverses, identification des origines de l’ombre, remontées généalogiques, signatures conditionnées sous vide, conservées soigneusement jusqu’à ouverture, dissection de nécroses et autres fioritures.

Un concept paraît émerger de la fouille.
Qui est le suivant : tout signe d’appel d’une quelconque nébulosité est à considérer.

Sans aborder la question de la considération anxieuse, mais bien plutôt du côté pittoresque et singulier, chaque nébulosité contient son réservoir de force et d’endurance tout en maintenant à perte l’énergie du dispositif déconditionnable tant qu’il perdure.

Georges Buffalo, quant à lui, recense tous les points d’intersection d’où sont issus les détails constituant ce qui pourrait être nommé la qualité particulière de l’ordinaire.

Les pores de respiration du bois en sont la première manifestation.
Certains boursouflent, d’autres cramoisissent, d’autres encore présentent une pointe blanche, laissant supposer la partie cachée de l’iceberg.
Dans le dernier cas, Georges Buffalo fait appel à la compétence de Michaëlle Long et son outil spécial, qui viendra extraire l’ensemble en l’arrachant par la pointe.
Le corps de la partie invisible est ensuite passé à l’appareil converse, qui restitue la totalité en version poétisée à souhaits, tout en laissant émerger toute la beauté de l’émanation prismatisée originelle.
Ainsi, une zébrure tournée en vers devient une marbrure diamantaire dans la boiserie du store ; une bosse de chameau, un dos de perle huîtrière ; une écaille de tortue, un liséré d’or kintsugi ; et ainsi de suite.
Michaëlle nous a confié quelques bribes de poésie, pour illustrer par l’exemple l’effet de l’appareil converse.


L’épine discrète

Pointe n’en faut,
Quand sur la pointe des pieds,
Perchée sur une bosse de chameau,
La pointe du cœur vers l’amour tournée,
Elève son chapeau,
Vers le creux du souhait,
D’aimer d’un cœur léger,
Jusqu’au dos du chameau.

Pointe sans faux,
Jusqu’à faire reculer,
A la garde des mots,
L’étendue des contrées,
Aux larmes de couteaux,
Et sortir de la roche,
La larme bleue de l’épée bleue d’Antioche.

Point trop n’en faut,
De ces rigueurs givrées,
Mais vers le sud, temps beaux,
Dans l’effort de monter,
L’escalier des oiseaux,
Pour enfin s’envoler,
Sur la pointe des mots.

Point-virgule en duo,
Calame ensorcelé,
Embrasure d’à-propos,
Et finesse évoquée,
Feront pencher l’gigot,
Vers le Saint Héritier.



Un lecteur distrait pourrait se poser la question de savoir si Marie ne serait pas le diminutif de Marie-Cyclopédie.
Un mot attentif à Marie répondrait simplement que Gustave Eiffel n’est pas le peintre de l’origine du monde.
Un autre attentif à Cyclopédie pourrait passer pour un imbécile en affirmant que le Roi n’est mage que dans le jardin d’autrui. Et pourtant, pourtant… Rester. N’avoir pour seul secours que cette confiance enracinée dans on ne sait quelle profondeur nébuleuse, au cœur d’un jardin tout aussi mystérieux, c’est dire combien « n’obtient pas la myrrhe qui veut ».




L’escarpement du parcours tracé à la voix d’alunir fait fuir les curieux du bocal d’escient déplacés par les buveurs de biens. Ainsi peuvent gravir allègrement la déclive ceux qui, créateurs de justes fantaisies, sur les hauteurs du Mont Fuji, d’un rythme jonglé constantatoire marquent les pages des livres oubliés.
Cette route de la légende écrite, endurablement lavée du volcan, surprend le voyageur par la précision de son pinceau.

https://ledessousdesmots.wordpress.com/2021/02/13/aux-gouts-nuances-le-vivant-saffronte/

Grande admiratrice du style nuancé d’un artiste hors du commun, j’ai un peu honte mais il m’est venu l’idée baroque d’imiter le genre rococo de l’artiste en éditant de temps en temps des micro-looping du caractère approché.
Voici le premier trajet, avec Hokusai pour illustrer mes petites promenades elliptiques en pays lettré.
Vous pourrez aller suivre les tribulations de cet artiste au sommet de son art jargonné avec le lien fourni ci-dessus.
Quand c’est grand et bon, il est bon de le reconnaître.
L’imiter est un défi.
Chaque exercice le relève.
Un grand bravo Max-Louis Doré à la Gustave.

Engloutie sous les eaux

Ecrit pour l’agenda ironique qui règne en maître chez carnetsparesseux, ici.




C’est par le réverbère de la cité lacustre que l’on y entre.
Ne me demandez pas comment j’ai réussi à y entrer, je n’en ai gardé aucun souvenir. Tout ce dont je me souviens, c’est d’avoir, alors que mes yeux étaient plongés dans l’obscurité la plus totale depuis plusieurs mois, été éblouie violemment par sa lumière au point que mes yeux se sont mis à pleurer pour en apaiser le feu. Lorsque mes paupières se sont relevées, je l’ai vue, comme dans un rêve, onduler au rythme des ondes parcourant l’eau limpide sous laquelle elle se tenait cachée.
La première pensée qui m’est venue à l’esprit c’est : – Tiens, je suis morte !
Mon corps était si léger que je ne le sentais presque plus. C’est le presque qui m’a fait douter. J’ai commencé à vouloir bouger mais mon corps refusait de se mouvoir.
Alors la deuxième pensée est arrivée : – Qu’est-ce que c’est que ce b….., nom de D… !!!
Jurai-je intérieurement.
C’est de la lumière stupéfiante, à n’en pas croire mon cerveau. Je suis épinglée sous l’eau, incapable de bouger, c’est quoi ce cirque !!!
Ah, c’est vrai, j’oubliais de me présenter. Tout le monde me connaît ici, mais peut-être pas vous, qui venez d’arriver par ce chemin paresseux conduisant du courant de l’ironie à l’encre et de l’encre à l’histoire.
Mon prénom, Cyclopédie.
Mon âge, trop vieille pour le connaître.
Mon boulot, raconter des histoires fumeuses pour enfants assagis par le temps.
Mais sous l’eau, la fumée, cette fois, ça n’allait pas être coton…
Donc, à la suite de la deuxième idée qui fut de jurer comme un charretier, me vint la troisième qui me conseilla d’ouvrir grand mes yeux pour regarder.
Vu que je ne pouvais faire que cela, c’est ce que je fis.
Fi donc ! Voilà Onésime qui arrive.
Lui, c’est un escargot. Il me tend une antenne d’un œil globuleux que je ne pu saisir vu ma paralysie. Je réussis à peine à articuler un borborygme inaudible censé vouloir dire bonjour.
– Te casse pas la tête, Cyclopédie, qu’il me dit ! T’inquiète ! Je t’ai reconnue. Mais que veux-tu, il faut bien qu’on s’assure que tout se passe bien ici. Des drôles, on en a vu, nous on veut la paix, c’est tout.
Et de son œil terminal à l’antenne gauche, il me dégoupille un jet d’encre sur les deux yeux en me disant : – Suis-moi !
Je retrouve l’usage de mes jambes, ce qui me permet d’avancer un pied, puis un autre. Tout va bien. Une quatrième pensée m’arrive direct plutôt côté sourde oreille, genre, je fais comme si je n’y avais même pas pensé. Onésime avance tranquillement, semblant glisser sans effort d’une avenue à une autre, sans se presser. Là, il se tourne vers moi avec son plus grand sourire. Oui, un escargot, ça sourit. Pour ceux qui ne l’auraient jamais vu et seraient tentés de ne pas y croire…
Nous venons d’arriver devant le palais lacustre. Je l’entend de l’intérieur s’adresser à moi en ces termes :
– Pour la quatrième pensée, te bile pas Cyclopédie, c’est comme si on y était. On n’a pas besoin de parler, ici. On s’entend bien, c’est tout !
Le palais est un peu envahi par la végétation, tout semble désert mais je sens des présences partout. Comme un fond de rumeur à peine perceptible. C’est la cinquième pensée qui m’alerte :
– Où sommes nous ?
Le pied d’Onésime pousse la porte qui, d’entrouverte, s’ouvre complètement.
– Regarde !
Entre deux colonnes, un nuage en forme de colombe s’envole en froufroutant des ailes pour venir se poser sur la coquille d’Onésime.
Là, je comprends que je suis dans une histoire. Rien n’est cohérent, réel, ce sera ma sixième pensée. Elle sera noire corbeau, si sombre que je retomberai dans un sommeil obscur et profond comme un puits.
A l’intérieur de mon rêve Onésime se penche sur moi, évanouie.
– Cyclopédie, rappelle-toi la quatrième pensée.
Je réfléchis. C’était laquelle déjà ?
Ah oui ! Ce que l’on ne connaît pas fait peur…
Voilà, c’est bizarre, étrange, déconcertant, et cela m’amènera à la septième pensée qui se formulera ainsi dans mon esprit.
– Entrer par le réverbère de la cité lacustre pour y recueillir sept pensées essentielles à la vie, c’est comme savoir regarder la mesure de son être au monde, autant dire, il faut savoir prendre son temps pour réussir le pari le plus fou que chaque être vivant rêve de vivre. La rencontre de l’inconnu, la part manquante.