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Ce mois-ci, c’est chez Iotop, Le dessous des mots

 

jobougon dit :


Je sens que ça va être chaud !
Un conte braisé à la flamme, comme les chamallows, ou encore attisé au souffle torride de la canicule.
Histoire de réchauffer la bise hivernale.
Merci Max-Louis, j’aime beaucoup votre portrait, tout à fait naturel.

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– Euh ! Comment dire…
Il me devient de plus en plus difficile d’écrire !
N’allez pas vous y tromper, sous mes airs bravaches, je n’en mène parfois pas large.
C’est que j’aime bien faire la roue, ce qui ne veut pas dire pour autant que je sois un paon, non, juste que j’aime bien imaginer que je suis en train de pondre le texte de ma vie. Faire la roue c’est quoi ? Ben tu prends une brouette, tu la pousses. Je sais pas moi ! Tu forfantes.
A partir de là, je prends le temps de couver, je reste au nid le temps de protéger d’une douce tiédeur mon futur rejeton, puis une fois que les contractions sont là, je file à la maternité littéraire, et là, l’obstétricien m’aide, parfois avec les forceps, parfois en supervisant, parfois sans rien faire, et l’œuf arrive.
Cette fois je suis partie sur une idée qui m’enflammait littéralement, celle d’écrire sur le temps qui repassé, défroissé, laisse apparaître des pans entiers d’histoire qui n’ont pas encore été découverts. J’ai branché le fer à repasser le temps, mais c’est à cet instant précis que le courant à péter. Je veux dire, les fusibles ont lâché, plus d’énergie pour alimenter la chauffe.
Adaptation oblige, brancher un fer à vapeur sur un circuit d’électricité qui a pété, pour repasser le temps, ça allait être chaud. Enfin, non, justement. Mais si quand même.
Je m’emmêle les pinceaux.
Aller hop, si en plus les artistes peintres s’en mêlent et s’emmêlent les pinceaux !
De là à dire que je suis une artiste peintre ?
Je n’sais pas trop…
Bon !
Qu’à cela ne tienne, dans la buanderie, j’ai récupéré deux ou trois vers, que j’ai ajustés, ils sont là.
Restait donc à relever le défi de février chez iopote.
Un sujet pareil, ça dépote !
Alors que pourtant février tourne encore ses pages du semainier, nous étions à la saint Valentin, l’agenda iroque faîtait ses trois zans et je séchais lâmentâblement sur la copie. (Tu copies qui ?) / (Tais-toi corbeau !)
Que faire ?
Mes mondes intérieurs étaient en parfaits remaniements, refusant de me venir en aide. Seul, un morceau d’empathie semblait sensible à ma difficulté. Il s’avança en me voyant perplexe.
– Tu n’as qu’à mâcher les mots, tu verras bien !
Puis il disparut comme il était venu.
Je me suis souvenue de mon professeur de français qui nous disait souvent :
– Les mots, c’est comme les malabars, plus vous les ruminez, moins ils sont spontanés. Laissez-les couler d’eux-mêmes, ils savent où aller.
Mais comme rien ne se passait, je me suis souvenue aussi du malabar rose qui restait dans le placard. Avec ça, vous allez dire, mais qu’est-ce qu’elle essaie de suggérer.
Je ne suggère rien, je prends au pied de la lettre et m’en amuse beaucoup. Voyez d’ici l’effet que cela produit. Dans les placards que range-ton ?
Je connais quelqu’un qui a un dinosaure qui fait un bruit de dinosaure la nuit lorsque le compteur se déclenche en heures creuses. Mais là n’est pas le sujet.
Bon, venons-en au fait.
J’ai donc consciencieusement mastiqué le truc.
Rien.
J’ai fait des bulles une fois le sucre fondu et avalé.
Toujours rien.
Je commençais à me sentir découragée mais continuai à mastiquer avec acharnement.
Puis j’ai commencé à faire des bulles, histoire d’alléger l’exercice.
Une grosse bulle, qui pof, éclate, me recouvre soudain le visage, juste au moment ou vaincu par l’épuisement je m’endors.
Paf !
Ma face tombe sur le cahier.
Je me réveille quelques minutes plus tard avec des mots, des tas de mots collés sur le visage.
Vous imaginez la scène ?
Des mots emmêlés et collés, en vrac, et toujours pas d’histoire à proposer à l’agenda.
Fées vrillées, priez pour moi, que mon œuf ne soit pas perdu.
Donc me voilà devant le miroir, à décoller un à un les mots, et à les disposer au fur et à mesure sur le papier de mon cahier.
Peut-être que cela suffira, mais où sont passés les mots gagnants ? Le truculent tringueld censé suivre le quadragésime ?
Ils ont du sortir les poubelles plus à l’aise, en ratepassant les serpillières, ou encore ont trouvé la porte d’entrée d’un conte et n’en sont pas revenus.
Bref, je n’avançait à rien dans ce train.
Une fois décollés tous les mots, je suis allée prendre ma douche, ma sainte Tignasse avait besoin d’être lavée.
Quand je suis revenue dans le bureau, une serviette en turban autour de la tête, je me suis penchée sur mon cahier. Les mots du vrac malabar s’étaient ajustés, comme un printemps de Parme, une charmeuse de Stand Halles.
Le calendrier Thalanos par contre était en complet désordre.
L’électricité était revenue mais plus rien ne ressemblait à avant. Les mots s’étaient pris des cours de pelle et ne voulaient plus dire des trucs ordinaires. D’ailleurs, je n’ai toujours pas compris ce que sont ces cours.
Voici pour ce qui s’était écrit avec les mots décollés du chewing-gum.

Les funérailles de l’Elfe

J’avais déjà assisté à un enterrement d’Elfe, mais là, c’était bien la première fois que je voyais ça !
Il y avait des fleurs partout, les nains couraient dans tous les sens en criaillant comme des oiseaux qui piaillent et en riant comme des fourmis jacasses qui jaspillent. Les ogres leurs jetaient des boules de coton, mimant les jeux de boules de neige, et les fées vrillées soufflaient dans des cotillons et crustacés, avec de grands beuglements sonores. Une foule en liesse battait des mains et tapaient des pieds en cadence, comme un seul homme. Le curé est arrivé au son de cloche cristallin, ce qui a figé le mouvement.
Tout le monde avait le rire aux yeux et chacun attendait la suite de la cérémonie.
Le prêtre a pris le chat qui dormait sur un fauteuil au coin du feu et l’a posé sur la poitrine du mort.
Il y a eu un bruit crépitant, un grésillement fugace, puis un long murmure dans l’assemblée. Le chat était devenu rougeoyant comme une braise et de longs filaments émanaient de son pelage incandescent.
Chaque filament pétillait d’étincelles qui retombaient sur la foule en flocons lumineux, en milliers de paillettes qui recouvrirent le sol et les personnes rassemblées autour du défunt.
Un autre murmure de surprise s’éleva. Le corps du mort, gagné par le rougeoiement du chat s’allumait aussi. Et plus le rougeoiement s’intensifiait, plus l’assemblée semblait heureuse, recouverte de milliers d’éclats oranges diffusant son or lumineux et rayonnant. Un souffle brûlant a caressé la foule, une voix s’est élevée, gutturale, psalmodiant un chant funèbre plein de joie, puis une autre l’a rejointe, jusqu’à ce que les milliers de voix soient en cadence, et le cercueil s’est élevé.
Le cercueil était devenu un vaisseau, toutes voiles gonflées du chant de l’assemblée, il commença à s’élever tout en s’éloignant. L’assemblée ne le lâchait pas du regard, le vaisseau porté par l’âme du chant s’en allait vers sa destination. Il allait vers le soleil.
Le chat faisait son gouvernail.
Bientôt, on ne vit plus de lui qu’un tout petit point brillant dans le ciel qui se déplaçait lentement en direction de l’astre de vie.
Ce furent les nains les premiers qui se remirent en mouvement, en courant et piaillant dans tous les sens.
Les ogres reprirent leurs jeux de boules de neige en coton.
Les fées vrillées soufflèrent de plus belle dans leurs cotillons et crustacés avec de grands beuglements sonores.
Le curé dans un son de cloche cristallin se servit une coupe de champagne.
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C’était une belle cérémonie.
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Après ça, je me suis assise à mon bureau, et j’ai écouté le chant du silence.
Il m’a semblé entendre un ronronnement diffus.
J’ai souri en mon fort intérieur, et je me suis promis d’aller racheter du malabar dès que j’ai à faire quelques courses alimentaires.
On verra bien si les œufs littéraires sortent encore de mes ruminations roses malabar.

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Au temps repassé

C’est une minute de vérité,
Qui se présente en buanderie,
Et se demande si elle est vraie.
Vous n’avez qu’à vous repassez,
Répond la repasseuse âgée.
La minute se repasse au fer,
Température un peu amère,
Ou température satinée ?
Pour une minute de vérité,
La question était trop osée.
Je repasserai,
Une fois posée,
La décision du bon degré.
Répondit la minute d’en vie.

Le poème étoilé

Agenda ironique de janvier 2018

Reste plus qu’à se mettre en position d’écoute pour poétiser une poésie en forme de poème étoilé.

Une fois mis en forme, arroser le poème en quantité suffisante pour que ça pousse.

Attendre.

Il en résultera une participation résolument tournée vers la réalisation de ses présages.

Une constellation, en quelque sorte.

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letoile
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Vu les trombes d’eau décrites à l’article du jour chez carnets :
https://carnetsparesseux.wordpress.com/2018/01/24/janvier-ruisselle/

Vu la longueur du pont qui sépare les états-unis de la France, virgule
https://victorhugotte.com/2017/12/31/agenda-ironique-2018/
Vu ma dernière conversation avec l’étoile,
Moi-même et ma petite voix intérieure décidons que :
L’article suivant sera publié séance tenante.
Article 1 : Pour le plaisir du partage et de la lutte contre la grisaille.
Article 2 : Parce-qu’une racine de soleil c’est tenace. CF plus bas.
Article 3 : Parce qu’une étoile à cinq branches, ça laisse pousser des feuilles.
Article 4 : Pour que la poésie en ressorte lumineuse.
Article 5 : C’est comme vous voudrez.

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Le poème étoilé

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Si j’étais toi,
Je constellerais le poème de jolis mots alliés,
Et du bout de mon clavier à lyre,
Je pousserais la note vers Ré,
Ré au gré.
Si j’étais toi,
J’aurais envie de les croquer,
Ces mots ronds, ces mots carrés
Ces mots entiers,
Renouvelés.
Mais bien sûr,
Je laisserais les mots décider,
Ils sont libres d’aller,
Où est le don de bruisser,
De se glisser,
Entre les lignes,
Entres les blancs,
Dans les espaces un peu sauvages,
Les espaces où se tient le nectar,
L’espace de la goutte d’or,
Celui qui ne se connaît pas du premier coup de crayon,
Celui qui vient en forme de suggestion,
Qui ne se lit pas avec la raison.
Si j’étais toi, toute cette lumière viendrait,
Scintillante de clarté,
Avec juste ce qu’il faut,
D’aveuglement,
Une touche au piano,
Pas un dièse de plus,
Pas un demi rayon de moins.
Regarde, voilà déjà cinq branches,
Et l’aube n’est pas encore arrivée,
Que déjà elles s’éloignent un peu.
Fugitives et fugaces,
Elle sont pourtant là,
Lors que le soleil,
De toute sa splendeur,
Eblouit.
Ah le soleil,
Royal,
Mettant au second plan les espaces lumineux de la nuit,
Le soleil,
Unique.
Si j’étais toi, je me souviendrais des étoiles,
Et de ses branches,
Même lorsqu’elles ne sont plus sous mes yeux.
Je m’en souviendrais,
Et même,
Je les verrais encore,
Sous la lumière du ciel azur,
En plein midi.

letoile

Si j’étais toi,
Je ferais,
Une bonne résolution,
Deux bonnes résolutions,
Trois bonnes résolutions,
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(Pfff, je les connais les bonnes résolutions !!!)
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Une pause,
Deux respirations,
Trois temps de réflexions,
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(Ça vaut mieux que d’attraper la scarlatine !!!)
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Quatre hésitations,
Cinq décisions,
Six intentions,
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(Tu ne dis plus rien ?)
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Sept délibérations,
Une audace,
Huit analyses,
Neuf souhaits,
Dix desseins,
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(Bon ça va là ? On est à dix !)
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Une bonne volonté,
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(Qui parles ?)
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Si j’étais toi,
Je compterais du bout des doigts,
Ma force d’âme,
Une détermination,
Deux décisions,
Trois choix,
Quatre nouvelles délibérations,
Une exigence,
Deux propos,
Quatre conclusions,
Un seul conseil,
Une volonté de fer,
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(Mouais, mouais, mouais…)
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Avec deux pieds sur terre,…
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(Pouet pouet podeck !)
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Si j’étais toi,
C’est le bon sens,
Et la constance,
Qui gagneraient.
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(Ça sera tout pour aujourd’hui… )
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Ecrit pour l’agenda ironique de janvier organisé par Victorhugotte

 

Un nuage, des moutons

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A la chasse aux moutons,

Disait le père,

Sévère,

A son fils désarmé.

A la chasse aux moutons,

Essaie-toi donc !

Et le fils vit le père,

Sévèrement,

Tirer le ciel,

Moutonneux,

Descendre les nuages,

D’une carabine aride,

Une ride à son front,

Et le front des nuages,

Etendu là, sur l’herbe,

Formait un paysage,

De coton si moelleux,

Que l’herbe verte rase,

Broutée par les nuages,

S’y roula.

Et le jeu,

Prit le fils par la main.

Ne soit pas si sévère,

Avec ce père au front,

Qui tire sur la poussière,

Et qui tire sur le grain,

Car au fond il est bon,

N’aie pas tant de chagrin.

Le fils roula dans l’herbe,

Au milieu des moutons,

Et le père descendu,

Remit des balles à blanc,

Dans le fût du canon.


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Chasse aux moutons

La chasse aux moutons

Le melon d’Archimède

Un agenda à la masse moléculaire aussi serrée demande une telle attention que la pression produit un grand nombre de bulles. Toutes ne sont pas exploitables, mais la canne à pèche vocabulairienne suffit à en attraper quelques unes. Par contre, il arrive parfois qu’un temps d’attente soit nécessaire. Raison pour laquelle j’ai cru bon d’envoyer un message d’information à ma vieille amie, Anne, organisatrice pour moitié de l’agenda ironique de décembre. L’autre moitié étant l’étrange odorat développé par madame les narines de crayon, ou plus précisément, l’étrange personne que ce crayon aux narines résolument réceptives.
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Ce message, le voici :
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« Quant à moi je suis encore chou cru couac et tic.

Les quelques éléments qui se promènent sur le papier me semblent être tout à fait hors propos, hors des haricots et sans attrait pour la grande flambée de décembre au coin du feu. J’ai presqu’envie de laisser la malle des Indes sous silence on tourne, et de proposer la fin des coquelicots avec un léger sous-décalage tempestif, mais j’ai tellement peur de la guirlande de Noël qui prend ses virages serrés sans mettre son clignotant que je tiens le boa serré entre mes dents.
Anne, sœur Anne, j’aimerais tellement que le chapeau melon cesse de prendre la cape pour l’épée.
Mais le gras nie Smith et le boulevard hausse man. J’en pipe pas un lampadaire.
Je vais tenter une décomposition quand même, d’ici 7 jours en trois lignes comme en trois, regarder passer les mots les pieds en avant, et m’asseoir au milieu des roseaux pour écouter chanter les parapluies de la comète. »
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La comète dû m’entendre, car mon clavier s’est soudain remis à respirer du chant. Merci pour les narines madame des crayons, et merci pour le Kilimandjaro Madame la Papesse Ane.
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A la suite d’un considérable travail de recherche sur le diamètre, dia (à travers) et mètre (mesure), Myron d’Athènes entretint une abondante correspondance avec nombre d’hommes de science. L’habitude de ces échanges épistolaires lui permit ainsi d’établir une base de langage symbolique riche, tant sur le plan conscient qu’inconscient. Alors qu’il travaillait sur la création du discobole, il fit un rêve marquant dans lequel il reçut une lettre de lui-même adressée à la statue, qu’il eut la présence d’esprit de retracer par écrit suffisamment précisément pour que ce texte soit conservé et archivé durant des siècles et des siècles, amen.
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Cette lettre est une première bulle que voici :
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Cher discobole,
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Tu me demandes ce que je lis de ce tableau. Je n’ai pas la prétention d’être calé en analyse mais voici ce qu’il évoque à mon esprit.

Il y a, dans un chapeau melon, autant de pépins que dans la grenade lorsqu’elle est bien mûre.
L’artiste ici n’est pas passé à côté de cette observation. Car le symbolisme de chaque objet peint dans ce tableau de Magritte vient étayer la théorie de la jeune pousse, consistant à prouver que toute racine bien arrosée ne croît pas de la même manière.
L’exemple le plus évident étant ici illustré par le truchement de la native Vénus, dont la nageoire caudale prolonge un torse quasi-parfait, mais ne permet pas à cette dernière de nager, puisque fixée par la pesanteur sur son canapé de marbre.
Vénus bien arrosée lui fera frétiller la nageoire, mais en aucun cas ne suffira à la plonger dans un liquide pour recevoir une poussée verticale, dirigée de bas en haut, et opposée au poids du volume déplacé. Dans le cas suivant, avec le volume du canapé inclus, un parapluie amortira la puissance mais nom d’une pipe, n’allez pas confondre un parapluie avec une sirène en boite, surtout quand elle est suivie d’une valise ouverte dont se sont échappés les grands fléaux d’une humanité éclairée que sont les pommes vertes vouées à être conditionnées sous vide sous la forme de délicieux chutneys prêts à consommer sans modération.
Mais de modération en modération, les bottes se font le chrysanthème pour peu que la nageoire ne soit pas angulaire.
Toutes considérations faites, il n’est pas exclu d’y voir, caché dans les nuages, l’allégorie de la grande roue.
L’artiste souligne la question des ombres existantes, mettant en relief l’impact indirect de la roue du soleil sur certains objets, alors que d’autres en sont dénués. Ainsi le demi disque, de rouge passant au disque complet-vert, laisse supposer que la verticalisation est bien effectuée. Ici, plus aucune ombre, sous le soleil exactement.

Bien à vous.

Myron d’Athènes

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Deuxième bulle, « Prête moi ta voix » :
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– Quoi, qu’est-ce que tu dis ?
– Je dis que si Vénus n’a plus ses bras et qu’en plus elle a une queue de poisson à la place des jambes, c’est une femme tronc.
– Tu es en train de me dire que Vénus est un arbre si j’ai bien compris ?
– En effet ! Et ce qui est remarquable, c’est que c’est un tronc couché.
– Un arbre qui se tiendrait parallèle au sol…
– Dont les racines et les branches ne seraient orientées ni vers le ciel, ni vers la terre, c’est assez troublant.
– Ce tronc ne serait pas relié. Mais alors, comment notre Vénus réussit-elle à vivre ? !
– C’est bien là tout le mystère de la vie. Pour l’instant, elle n’est que repos éternel allongée sur son banc.
– Est-il possible qu’elle puisse se redresser ?
– Il faudrait que Jésus passe et lui dise lève-toi et marche !
– Elle a une queue de poisson pour marcher sur l’eau, sans doute.
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Conclusion :
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– Plus besoin de déambulateurs diesels deux temps pour traverser les flots.
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Troisième bulle, « Microcène décembrienne »

Un temps horizontal conjugué à un temps vertical, c’est un temps cruxiforme orthogénétique.

Ce que je vais vous rapporter dans le présent témoignage va probablement vous sembler étrange, moi-même ayant encore parfois du mal à y croire et pourtant…
Quoiqu’il en soit, il me semble absolument nécessaire de le partager de façon à ouvrir le débat.
Car si jamais quelqu’un d’autre, passant par là et me lisant, se souvient d’avoir vécu ou entendu parler d’une expérience similaire, la possibilité d’ouvrir un champ de recherche s’offrirait qui sait à la science.
Avez-vous déjà remarqué que le changement d’un état à un autre est toujours un passage un peu sensible et délicat qui induit des modifications plus amples que le simple changement d’état lui-même ?
Nous savons tous par exemple que l’élément « eau », qui passe de l’état liquide à l’état gazeux, produit du froid. Que la pression exercée sur elle fait baisser son degré de solidification.
Nous observons des codes de société différents d’un état à l’autre, états séparés par des frontières géographiques, linguistiques, culturelles.
Et bien, ce fin passage entre les états s’applique aussi à ceux de « veille » et de « sommeil ». Un changement d’état inducteur d’une modification de conscience suffisante pour accéder à des situations totalement imprévisibles et surprenantes. Il suffit de se souvenir d’Alice qui, prise d’un état d’ennui semi-comateux, découvrit alors le pays des merveilles.
Si je vous raconte ça, c’est qu’un soir, épuisée par une journée chargée, alors que je rédigeais un courrier de réclamation à un client régulièrement en retard de paiement, je fus saisie d’un état soporifique tel que mon esprit s’offrit une échappée belle incontrôlée, regard flottant, yeux dans le vide. J’avais posé sur le bureau, devant moi, le gros Robert illustré d’aujourd’hui en couleur, un peu vieillissant, ouvert à la page des « Cy » où je venais de vérifier l’orthographe d’un mot.
La scène dont je fus témoin alors me laisse à ce point encore si perplexe que vous me pardonnerez j’espère les confusions dont ce récit souffrira sans doute par endroit. Car du fond de cette bienheureuse léthargie dans laquelle je baignais, une voix soudain s’éleva de nulle part en s’exprimant ainsi :

« Ce n’est pas exactement comme cela que je me serais écrit ! Est-il possible que Robert se soit trompé d’orthographe ? Il serait bon que je lui en parle directement !
Ohé, Robert ! Ohé, répond-moi, ohé ! Je sais que tu m’entends !
Mais il est où, encore, celui-là ? »

J’ai entendu gronder un : « Silence, on dort !», puis plus rien.
C’est à ce moment là que j’ai remarqué que le dictionnaire s’auto-feuilletait. Il s’arrêta sur les lettres « Pen » et ne bougea plus.
Le silence revenu, le mot « ronflement » le brisa en se mettant à ronfler. Puis, je devinai, à peine perceptible, comme un léger bruit d’étoffe. Enfin, je retombai dans ma torpeur.
« Aïe ! Pfff ! Ça ne va pas se passer comme ça hé-ho ! »
Je sursautai à nouveau. Cette fois, c’était le mot « tissu » qui venait de protester vivement.
Maintenant bien réveillée, je pouvais voir les mots fuser hors du dictionnaire, hors d’eux. « Aiguille » était relié à « fil », les deux tenus par le prénom « Pénélope » qui lui-même faisait face à « tissu » et « cadre ». Visiblement, le mot « tissu » refusait de se laisser piquer par le mot « aiguille ».
Le prénom « Robert » s’est alors déplié comme un vêtement, a enrobé les mots hors d’eux et hors du petit Prénom, puis est allé les remettre à leur place.
Il avait l’air d’un Prénom passablement agacé. Il a grommelé : « Si vous ne restez pas tranquilles, je vous préviens, je referme et vous allez voir ce que ça fait d’être coincé dans votre page entre vos deux voisins. »
« Tissu », placé devant « Titan », préféra défroisser ses plis sans rien dire. Une fronce noire lui ridait l’ourlet. Il savait aussi que le mot « Robert » en avait une sacrée paire, et que constituant à ses heures celui de « robe », il choisit de s’économiser. Ce qui permit à « aiguille » et « fil » d’aller se ranger entre une manœuvre de chemin de fer et une direction pour le premier, une silhouette et des filaments pour l’autre.
Mais je n’étais pas arrivée au bout de mes surprises.
C’est à ce moment là que le mot « Cyclone » se mit à siffler entre ses consonnes « que le voisinage laissait décidément de plus en plus à désirer », puis il claqua un « C » majuscule violemment, laissant traîner derrière lui un immense silence, blanc comme le blanc de l’œil du cyclope dont le mot s’injecta de rouge en un éclair. J’ai vu le mot « colère » surgir, il était trop tard pour calmer tout ça, « coléoptère » dérangé alluma ses élytres dorés. Sur la même page, le portrait de Colette peint par Gisèle Freund, se détacha. Nous étions exactement à la page 295, et je me suis demandée si tout cela avait réellement existé. Là où j’ai commencé à douter de ma raison fut quand une arche de mots s’est élevée au dessus du gros mot « volume » appuyé sur une pile rangée par ordre alphabétique. La phrase disait un truc comme : « nous sommes une chaîne, nos éléments s’attachent, nous enfermons, nous libérons, nous avons le pouvoir de détruire ou de protéger, de faire la nuit ou la lumière, choisis-nous bien et tu seras libre.»
Je me souviens avoir tenté de passer ma tête sous l’arche pour regarder de l’autre côté, m’être cognée au mot « réveil », avoir découvert le mot « bosse » planté sur mon front comme un bouton de rose.
Depuis, les mots de tête ne cessent de crépiter dans mes circuits.
Alors j’ai repris le B.A. ba de mon dictionnaire et je suis tombée sur « ballon », j’ai glissé pour en faire un « ballet », me suis amusée avec eux. Depuis, je joue du mot comme d’autres se jouent d’eux. Le mot « merci » est venu me claquer la bise et j’ai compris que Robert en pinçait pour lui.
Quelle drôle d’aventure !
En tout cas, il paraît qu’il vaut mieux en éviter certains. A moins de savoir bricoler et de leur faire dire exactement ce qu’on veut, quels qu’ils soient. Aussi, lorsque je croise le mot « malédiction », je lui envoie le mot « chance » pour s’occuper de lui afin de retourner sa condamnation en merveilleux malheur.
Et pour finir, « Alice », qui n’était pas à la page 35, m’a fait un petit clin d’œil pour me faire comprendre qu’elle s’était encore bien amusée. J’ai vu « trembler » se rapprocher discrètement de « lapin » mais il était trop tard, « chute » était déjà là.

Alors, lecteurs, si vous avez comme moi entendu les mots se chamailler, et si « Robert » est encore de votre monde, venez me donner quelques nouvelles de ceux avec qui vous avez fait connaissance.
Je vous en serai éternellement

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