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Code de la pensée publique 2
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De la prose alexandrine naît parfois quelques sourires taquins d’origine suédoise ou polonaise.
A la ligne porteuse des couches d’ozone, l’entonnoir oppose un chant signé humour. C’est Jules qui pourrait en parler. Rien n’est plus bête qu’un pied de vers, qui prend le pied de la lettre comme un voyageur qui prend un train. Et en alignant le pied sur un carreau, Jules s’aperçut qu’il sonnait les cloches à pied d’oeuvre. De là à dire que le pied est beau, il n’y a pas loin. Jules étudia la structure du pied de la lettre et ne put que constater l’angularité bien droite de ce pied compassé. Fort de cette découverte, il s’aperçut alors que le vers dépassait le carreau. Il s’empressa donc d’avertir un pléiade qui prosait par là que l’égalité de l’alexandrin n’était plus à prouver, et content du saut qu’il venait de faire sur un seul pied, il enfila une pantoufle en suivant la cloche au pied des vers.
Les cloches clochaient, les vers versaient, et la pantoufle s’ozônait l’angle droit pendant que le gauche égalisait les côtés du carreau.
C’est de la faïence de Louise Bonne, affirmait l’alexandrin taquin pendant que l’égalité proposait à la pantoufle de s’associer au saut de puce de l’écriture douce et soyeuse qui filait centre à terre dans la dimension sous-solaire du déclin de la matière littéraire.
Je n’ai pas dit mon dernier mot dit la matière dont la table faisait un jeu de vers, « Le jeu des tables de vers », en tablant sur la matière pour appuyer ses sous-titres.
Ainsi commença l’étrange histoire du code de la pensée publique à l’article de la vie bien pendue dont les ténébreux vers marchaient sur la tête chaussés de pantoufles vertes prairies, à saut de cloches interposés, et aux sons et lumières scintillants de clarté.
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Code de la pensée publique

Code de la pensée publique


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Dis, quand tu as fini tes devoirs, tu iras sortir le chien. Madame Gertrude ne pourra pas venir ce soir, elle est atteinte de polimalie sérieuse.
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Mais maman, il me reste encore un devoir de math, tu veux pas envoyer quelqu’un d’autre ? Et puis c’est quoi encore, cette histoire de polimalie sérieuse ?
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J’aimerais bien, mais la dernière fois qu’on a demandé à la voisine de nous rendre ce service, souviens-toi, le chien est revenu avec trois têtes, il a fallu le faire opérer, il faisait peur à tous les enfants.
Tu as fini ton devoir de français ?
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Pas encore. La pinguouination est assez complexe, il va me falloir plus de temps.
C’est quoi cette histoire de polimalie sérieuse ?
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Bon dépêche toi là ! Parce-que la vessie du chien, elle, elle n’a pas besoin de beaucoup plus de temps !
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C’est pas possible, il le fait exprès ce cabot !
Il a combien de vessies pour demander à sortir aussi souvent ?
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Commence pas, Mauricette ! Sinon, je le sors et tu fais la cuisine !
Il a du chopper la polimalie sérieuse de Gertrude !
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Ouais, ouais, j’y vais ! Pfff, si t’avais pas décidé de faire un soufflé aux rognons de crabe…
Ça s’attrape, ce truc ?
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Tu n’as qu’à appeler Onésime, pour qu’il vienne avec toi. Le chien l’adore.
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Mamaaaaaaaaan !!!
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Quoi encore ?
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Tu sais bien qu’Onésime et moi, on ne se parle plus depuis la semaine dernière.
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Mais qu’est-ce que c’est bête, des adolescents ! Rappelle moi pourquoi vous êtes fâchés ?
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Oh, ça va hein ! Vous, les adultes, vous ne comprenez jamais rien !
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Aller, file, sinon je me fâche !
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Maman, c’est quoi ce truc que tu refuses de me dire ?
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La polimalie sérieuse, c’est… Demande au chien, il le sait !
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Lettre A 1
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Le muscle le plus complexe et le plus difficile à manier est celui de la langue.
Pourquoi ?
Amusez-vous à manier le langage en mesurant l’effet qu’il produit autour de vous puis, constatation faite du besoin d’améliorer constamment ce dernier, travaillez à son ajustement.
Vous allez réfléchir à la formulation, la tournure, le genre, la sélection du mot, l’approche du sens et de son maniement.
Une fois que la forme commencera à s’ancrer dans les habitudes, vous allez être attirés par l’orientation en guidant le déroulement de la pensée vers un point précis.
Et puis un jour, tout bonnement, vous finirez par laisser libre cours au voyage de l’encre en imaginant des mondes inconnus, en allant défricher de nouvelles terres, ou en modifiant l’apparence du moyen de transport utilisé.
Ainsi naviguerez-vous d’humour en dérision, d’ironie en grand sérieux, du romanesque au pamphlétaire, tout en observant comment les formes peuvent parfois venir masquer les fonds, comment le jeu des incongruités peut permettre l’ouverture à des points de vue larges ou ciblés, novateurs et singuliers, bref, vous allez explorer la puissance de la langue tout en travaillant la nuance de ses mouvements.
Arrivés là, vous allez constater que l’empreinte laissée dans le sillage des mots essuie parfois quelques réactions pour peu qu’elle réactive une blessure, ou qu’elle soit recouverte du prisme de la distorsion. A la suite de quoi vous allez être affublé d’un titre collé à votre personne tant bien même que l’invention était totale ou que vous n’aviez fait qu’endosser la parole imaginaire d’autrui.
Dans quelle case voulez-vous être ?
Est-il nécessaire de vous fixer à ne travailler qu’une seule version de votre écriture ou bien oserez-vous explorer d’autres formes, d’autres expressions ?
Alors être ou ne pas être, penser ou ne pas penser ? Is he not ?
Maintenant, allons fouiller plus loin.
Prenons la lettre « A » majuscule par exemple. Vous la voyez de loin ? Approchez-vous, voyons ! Penchez-vous maintenant au pied de la lettre. Que voyez-vous ?
Vous voyez le pied, mais pas la lettre !
Nous sommes maintenant devant deux possibilités.
Soit vous êtes jardinier, soit vous ne l’êtes pas.
Dans le premier cas, vous allez étudier en sous-sol les racines de la lettre et leurs enchevêtrements.
Dans le second cas, vous allez lever les yeux et, du pied et de l’endroit où votre vue est placée, observer la totalité de la partie visible de la lettre.
Faites état de vos observations en essayant de décrire vos ressentis et impressions de la façon la plus complète possible.
Les comparatifs avec d’autres points de vue vous permettront d’agrandir le champ de connaissance de la lettre.
Mais ce n’est pas fini !
Gardez-vous bien d’être trop sûrs de ce que vous croyez savoir.
Ne remettez pour autant en question ni la lettre, ni son pied, ni ses racines, ni sa partie visible, mais n’en faites pas une religion.
Gardez-la vivante, cette lettre.
Explorez-la à l’infini, de tous les angles possibles, sous tous les climats, sous terre comme dans l’air, jusqu’à l’envol.
C’est alors que, en altitude, observant le point que cette lettre forme, vous pourrez affirmer : « Un point c’est tout ! »
Ce sera le moment pour le monde de vous ouvrir ses portes.

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Lettre A 3
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Les trous de vers de la poésie
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La poésie ne définit pas.
Elle ébauche, elle suggère, mais jamais elle n’impose.
Par contre, les ouvertures qu’elle suscite agrandissent les territoires de l’être.
Elle est « témoin » et « narratrice » de ces mondes intangibles qui occupent les espaces intérieurs infinis en prenant le lecteur par la main pour le guider dans l’enchevêtrement des trous de vers.
Ils sont légion, parcourant l’immensité sidérale d’un réseau invisible de la Terre, et témoignent d’une silencieuse histoire de la naissance du cosmos où se relient les mondes de toutes les dimensions.
Leur langage est suffisamment géométrique pour que leurs lignes décryptent parfois l’un des mystères de la création.
Quelques bribes magnétiques attirées par les pôles descendent parfois en pluie sur nos terres pour peu que la galaxie traverse l’un de ces nuages.
Yasmine s’est rendue sur l’axe pour en recueillir quelques unes.

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Un trou de vers,
Pris de vertige,
Devant l’immense espace,
De la poésie,
Se prit à versifier.
Ce trou là ne vaut pas la balle,
Au centre d’acier de l’Oural,
Qui sème zizanie et pagaille,
Dans la poitrine de l’espace-temps,
Ecrivirent les journaux d’antan.
Mais le trou d’vers,
La tête en l’air,
Creusait ses tunnels ordinaires,
En long en large et en travers,
Si bien qu’il zébra l’univers,
D’une poésie imaginaire,
Toute occupée à enchanter,
Les vides et les pleins délaissés,
Par une belle prose de qualité,
Qui d’un trou d’vers vint à passer,
La porte d’une prose étoilée.
Un joueur de foot égaré,
Shoota dans la prose étoilée,
Qui d’un trait remonta le trou,
De vers d’un bout à l’autre bout,
Et mit fin à sa qualité,
En débouchant sur l’Elysée.
Ciel ! Dit la prose émerveillée,
Mais dans quel plat ai-je mis les pieds !
Un trou qui cesse de voyager,
Est-ce pour autant un trou fermé ?
Et la prose toute ébouriffée,
Par la tête en l’air aérée,
Pria le trou de dessiner,
En vers le bonheur d’exister.
Le tableau des traits de l’artiste,
S’anima alors sur la piste,
Des grands espaces illuminés.
Ça grésillait dans l’atmosphère…
Le chemin qui mène en enfer,
N’est pavé de bonnes intentions,
Que pour l’escargot et le lion.
Et d’un croc pas tibuléré,
L’escargot croqua l’hyménée,
Sur la toile du lion de Némée.

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Je ne saurais trop me lasser de raconter des histoires…
Toujours pour l’agenda ironique de l’OND chez patchcath en décembre.
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C’était, il y a bien longtemps, dans l’Amérique des années 1697, la famille du pasteur Duncan Sparrow décida de s’installer dans la baie d’Hudson, pour se rapprocher de la communauté pastorale locale. Elodie, qui venait d’avoir 8 ans, n’appréciait guère le froid des hivers rigoureux mais, mue par on ne sait quelle foi indéfectible, elle décida que l’avenir méritait bien un réchauffement climatique annoncé, aussi, elle développa la théorie des calumettes, prétendant que l’association des allumettes et du calumet ferait un tabac plus tard.
Son père, plutôt aimant et large d’esprit, la laissait toute à son imaginaire, veillant aussi à ce qu’elle bénéficie de l’instruction la plus large et complète possible en la confiant aux bonnes œuvres du comité des femmes savantes, baptisé de la sorte à la suite de l’immense succès d’un artiste Français au délicieux « prénom » de Molière.
L’année s’écoulait, tel un fleuve tranquille, lorsqu’un vaisseau de la flotte d’un Louis quelque chose, roi de France, fit son apparition dans la baie d’Hudson.
Une immense fête s’organisa pour l’accueillir, et le comité fut chargé de préparer les festivités le 12 juillet, à l’occasion de la fête des orangistes.
L’agitation qui précéda le jour en question battait son plein lorsque le jeune Onésime, alors âgé de 10 ans fit son apparition.
Nul ne savait d’où il venait ni qui il était. A cette époque, il y avait encore beaucoup d’enfants sauvages que la population adoptait spontanément, le pasteur le prit sous son aile, et Elodie, ravie de n’être plus fille unique, adopta également ce frère un peu miraculeux qui dorénavant partagerais ses jeux et inventions.
Onésime : Je veux bien faire partie de cette histoire, Elodie, mais je te préviens, je participe activement à tes jeux, nous sommes bien d’accord, mais tu participes activement aussi aux miens
Elodie : Ben évidemment, tiens donc, je n’ai jamais prétendu le contraire, quelle idée !
Onésime : Bon, alors viens, on va voir la mer !
Elodie : C’est quel jeu alors ?
Onésime : On a qu’à dire que nous sommes dans un roman de gare, et que nous jouons à écrire le livre.
Elodie : Plutôt un roman de port alors, ça pourrait donner envie aux marins de lire, c’est bon pour la santé.
Onésime : Mouais ! Si tu veux !
Ils s’échappèrent discrètement du local où les matrones cancanaient tranquillement sur la société québecoise tout en pâtissant pour l’une, éminçant pour l’autre, toutes occupées à la fabrication de plats traditionnels pour le déjeuner Orange.
Canard laquais, oies rôties sauce cumin, porcelet mignon, bar en croûte de lait, jambon d’agneau de grain, pain d’épicéa, poutine de pingouin, galette de fèves, soupe de homard des îles de la Madeleine.
D’ailleurs, les matrones avaient l’air de s’entendre comme « Madeleines en foire ». C’était leur plaisanterie préférée, la forte tête de Madeleine, la vraie, détestait cette blague qu’elle qualifiait de blague pourrie. Elles adoraient la mettre en boite. Madeleine avait une amie, Mélanie, qui ne la quittait pas d’une semelle, tout le monde se demandait ce qu’elle pouvait bien lui trouver, à sa Madeleine, mais bon, c’était leur vie, après tout, et cela ne regardait personne d’autre qu’elles.
Les marins du Pélican, mal chauffés sur le vaisseau, venaient d’arriver, invités à venir profiter du confort de la salle. Ils s’étaient rassemblés autour du bon feu qui brûlait dans la cheminée. Certains d’entre eux avaient mis la main à la pâte, épluchant les légumes, remuant dans les casseroles, surveillant la cuisson des fours. Mais surtout, ils arrosaient leur gosier de vin chaud et de grogs. Les enfants couraient entre les tables. Ça criait, ça s’interpellait, ça riait. Mélanie n’était pas la dernière à s’amuser. Un des marins semblait beaucoup se divertir à plaisanter avec elle.
Tandis qu’ils riaient à nouveau, Madeleine se leva, incommodée par le grognement des mioches, s’approcha de son amie et lui glissa à l’oreille : Paradoxalement tu deviens drolatour avec cette diatribe, trouverais-tu que je sens la crevette arctique ?
Mélanie lui sourit, mais n’en pensa pas moins. Les humeurs acides de sa compagne commençaient à lui courir sur le haricot. Si elle n’apprenait pas à se prendre un peu moins au sérieux, elle serait obligée de renégocier le contrat.

Juste avant de sortir, Onésime et Elodie entendirent une matrone répondre à propos de la recette du poutine que : « 
Pas encore. La pinguouination est assez complexe, il va me falloir plus de temps. »
Du temps, eux, ils allaient en prendre, et du bon.

La vie en société était plaisante, ils s’en amusaient, mais à petite dose. Et les grands espaces de liberté leur convenaient bien mieux. Ils avaient le sentiment de se connaître depuis des siècles, si bien qu’il n’était parfois pas nécessaire de parler pour qu’ils se comprennent.

Après avoir couru, ils arrivèrent sur la plage.
Onésime : Incroyable ! Sens-tu l’air chargé d’iode, le goût du sel qui pénètre la peau ? Regarde ! La mer s’approche, c’est marée haute. Regarde, l’étendue mergnifique.
Elodie, ravie de le voir si heureux, se disait tout bas : Je regardai. Oui, la mer s’étalait, devant nous.
Onésime : Tu pourrais énoncer ton texte audiblement, j’aimerais en profiter.
Elodie haut et fort : Je disais que je regarde, et que oui, la mer s’étale devant nous.
Onésime : Tu ne remarques rien d’autre ?
Elodie : Si, je remarque que la mer est en train de geler, et que la marée va rester figée en position haute.
Onésime : La glace va rester accrochée aux falaises !
Elodie : Et les marins ne pourrons plus naviguer sur les barques pour rejoindre leur vaisseau.
Lorsqu’ils rentrèrent au coucher du soleil, ils ne furent pas surpris de voir que la salle était toujours pleine.
Mais l’ambiance n’était plus celle festive et joyeuse de tout à l’heure.
Elle était plombée.
Duncan Sparrow attendait sa fille de pied ferme.
Duncan : Nous allons avoir besoin de tes calumettes, fille, lui dit-il gravement.
Elodie : Père, que vous arrive-t-il ? Vous savez bien que ce ne sont que des enfantillages !
Duncan : Pas pour eux !
Et il désigna du menton la troupe d’amérindiens postés derrière les barricades du prieuré.
Duncan : Allez les chercher, ma fille !
A ce moment
là, Onésime réalisa à quel point il était en retard. Les Douze Coups de Midi sonnaient au clocher et les odeurs de brioche remplaçaient allègrement celles des Mc Bacon et autres Cheeseburgers. Il s’empressa de rentrer chez lui, honteux et confus, et jura, mais un peu tard, qu’on ne l’y prendrait plus.
Elodie : Mais qu’est-ce que tu fiches, Onésime ?
Onésime : Je ne te l’ai pas dit, mais je suis le fils de l’un d’eux. Dit-il en montrant les aborigènes. Alors, je continue le roman que nous jouons, ou bien je retourne avec eux ?

Elodie : Ah ! C’est du roman pour de faux, je préfère ça !
Onésime : Oui, mais je t’aime pour de vrai !
C’est à cet instant précis qu’un marin, pris de panique, se mit à déclamer d’un ton grave : Fatalimace ! Nous voici en insolitude ! La route court sous l’eau d’artificelles habitudes ! Mets tes bottes, enfant. Les écriames et les pingouinations attendront que la polimalie des virgules se solve en délibules mirifiques !
Elodie : Mais qu’est-ce qu’il raconte, papa ?
Duncan : Je crois qu’il délire de peur, c’est de la psychose, il a du abuser du rhum ! Va chercher les calumettes, ça apaisera tout le monde.
Ma mère est arrivée, tout essoufflée. Elle avait les bras chargés de bûches.
Ma mère : Tout le monde va avoir froid ici si on ne recharge pas la cheminée, heureusement qu’il reste des femmes pour garder la tête sur les épaules, ici !
Duncan : Elle a raison !
Onésime : Alors, on n’a qu’à prononcer des mots d’amour comme ça, ils se tiendront chaud !

Elodie : Des mots d’amour qui se tiennent chaud devant un feu de cheminée, c’est plus efficace !
Onésime : Chuuuutttt, Elodie, ils sont pour moi, les derniers mots de la fin !Tu peux pas t’en empêcher ! Pffff !

Elodie :
C’est pas moi, c’est le Zébulon.
Ma mère : Mais qu’est-ce qu’ils racontent, ces deux là ?
Duncan : C’est le délire qui gagne, probablement…
Onésine a fait un clin d’œil complice à Elodie.
Elodie est allée chercher les calumettes, et toute l’assemblée les a fumées avec les amérindiens, invités à se joindre à eux.
Ce jour là, ils avaient décidé que la guerre serait finie à tout jamais et que la paix gagnerait, parce qu’ils allaient définir l’acceptable et l’inacceptable, et se mettre d’accord à tout jamais sur le respect de ces limites saines.
Madeleine prépara un chocolat bien chaud, que l’on partagea allègrement. Onésime s’était assis en face d’Elodie .
Elodie :
Ma mère lui offrit des jumeleines, que nous mangeàmes en nous fixant les yeux dans les yeux un rendez-vous créaginaire.
Car ils iraient revoir la mer, c’est sûr. Et cette fois, elle serait peut-être à marée basse.
Ils ramasseraient des coquillages et riraient encore de tout et de rien, complices comme des amis de tout temps, des amis qui s’aiment.
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agenda décembre 2018 calumet hache
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La dynastie des Mort

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mort_dans_cercueil
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A la suite d’une attaque ineptisceptique d’un auteur prétendant que ma dynastie n’existe pas, moi, branche terminale de Bourdon, scandalisée que notre lignée soit aussi peu considérée, décide de faire ce qu’aucun historien n’avait jamais eu le courage de faire, la regarder en face pour retracer en détail son histoire.
La première souveraine qui régnât prit le pouvoir à la création du temps.
Vu son manque d’expérience en tant que débutante en la matière, elle se fit la main au détriment des longueurs, frappant qui d’attaques d’animaux sauvages, qui de rages de dents fatales, de fractures septicémiques, d’usures précoces, d’obsosénescences programmées…
Je vous le demande !
Mais son pouvoir était limité.
La population administrée était à cette époque clairsemée, éparpillée en clans de petits nombres d’individus. Ce furent ses descendantes qui instaurèrent le ratio des pandémies, des guerres, des génocides et des événements climatiques ou accidents hécatombeaux.
De mères en filles et de pères inconnus, la dynastie des Mort compta, paraît-il, jusqu’à cinquante générations. Mais nous n’en sommes pas très sûres. En vérité assez fusionnelles, il nous arrive parfois de ne plus situer la généalogie de notre monarchie, d’où la méconnaissance du grand public à l’égard de notre lignage.
Aujourd’hui, en terminale des Bourdon, ma puissance recule mais mon ingéniosité augmente.
« Les plateaux de la balance sont toujours en équilibre » est notre devise chez les Bourdon.
Mon aïeule mit bas d’une branche secondaire considérée comme littéralétalement « Mortifère », mais à effets retards s’ils n’étaient pas aigus, à une époque aveuglée de rentabilité.
La branche du devoir.
Ainsi, une somme de devoirs et de conditions de mise en œuvre échût à la population grâce à sa souveraine administration, minant le principe de vie bien plus invisiblement que ne l’avaient fait les pandémies de peste, de choléra ou même les camps d’extermination de Buchenwald.
Quoiqu’il en soit, la Vie faisait en sorte que la Mort succède à la Mort.
On a beau dire que son étalage se module en fonction de ses représentantes, je crois me souvenir que sa présence était historiquement plus proche et plus visible, alors que de nos jours, je ne cesse d’être repoussée, cachée derrière les murs.
Les chambres froides ne bénéficient d’aucune des formes de médiatisation dont regorgent petits et grands écrans, ce que les disparues représentantes de notre dynastie regrettent au plus haut point.
Pourtant, moi, petite dernière, je fais recette. Ma production va croissante, proportionnellement à l’indice démographique, relatif à la multiplication de l’opposition co-régnante, la Vie.
Quelques témoignages prétendent même que mes conditions s’adoucissent globalement, bien que je reste imperturbable et implacable devant toute forme de subversion.
Les journaux relatent bien encore la barbarie qui m’accompagne parfois et que la dignité tente de faire reculer.
Vu la présence fondamentale de nos deux dynasties que sont la Mort et la Vie, il reste à établir un dialogue entre nous, ses représentantes.
La recherche fait état d’un déficit temporel dans l’espace de transition.
Une piste les oriente sur la recherche d’une dimension dans laquelle la rencontre triangulaire sera possible.
Il s’agit d’une dimension assez stupéfiante, intermédiaire, où nous, les Mort mortes, les vivants, les morts et moi pouvons nous rejoindre et communiquer.
C’est comme ça que j’y ai rencontré Walter Ego, et que ma mère lui offrit des jumeleines que nous mangeâmes en nous fixant les yeux dans les yeux un rendez-vous créaginaire.
Je prépare ma descendance.
Mais pas encore. La pingouination est assez complexe, il va me falloir plus de temps.
Je peux tout de même vous annoncer que l’ouvrage « La vie, la Mort et l’être » est en préparation et sera le prochain titre d’édition de nos laboratoires sarcophages.

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La mort de Snoopy
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L’agenda ironique sera celui de l’OND*.
*Lire octobre, novembre, décembre.
Après être agendé électrironiquent par chachashire en octobre suite à un plantage de matériel informatique chez moi, il était question d’inventer des mots valise, puis d’en faire des phrases, puis de choisir une phrase chez chaque participant pour en fabriquer un dialogue.
Les trois étapes prirent deux mois, et terminèrent leur course chez patchcath qui décida de reprendre toutes les fins des huit dialogues pour nous faire écrire en décembre.
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Les fins bouclaient leurs bouches avec une telle force que je restai devant le silence avec stupeur en me demandant comment j’allais pouvoir imiter les moutons de l’insomnie en sautant la barrière des clôtures.
Une intense réflexion mit ma pensée en agitation électromagnétique jusqu’au moment où celle-ci produisit une étonnante petite flamme parlante.
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chatnoir tournee
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La meilleure façon d’écrire, me dit-elle, c’est encore celle-ci. C’est de mettre un mot devant l’autre et puis de recommencer.
Oui mais la fin ?
Tu mettras la barrière où tu voudras, et tu pourras même la déplacer au gré de tes vagabondages nocturnes, les mots sauteront par dessus, et toi avec.
La nuit qui suivit ma divine illumination, je me suis réveillée à trois heures du matin pour envoyer une invitation à toutes les fins recensées par patchcath et leur proposer le menu poisson que voici :
Marinade de poisson rose au bouc et au thym de tomate déconfite.
Légumes de retraite studieuse au piment fort accompagnés de sa morue dessalée.
Fromages au plateau d’Ecosse de petit pois.
Fruits de saison de l’agenda.
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Elles m’ont répondu. « WE’RE ALL MAD HERE » !
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Chat du cheshire
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Faisons un petit voyage au centre de la tête du chat, me souffla alors la flamme de la bougie hyppocampique.
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chat noir allégorie ombres
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Vous avez dit pièces d’ombres, Rodolphe ?
En effet, est-ce l’ombre du chat ou le chat lui-même, que vous voyez ?
Ou bien s’est-il recouvert d’ombres solaires ?
A qui tient-il compagnie illustrée ?
Revêtu de son costume trois pièces d’ombres chinoises, le chat noir nous offre ses meilleures rimes.
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Le chat noir
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Montmartre à l’heure de ses oreilles,
Sonne l’horloge aux yeux vermeil,
Et à sa moustache en soleil.
Montmartre au moulin de son cœur,
Sonne la trompette de l’ardeur,
Qui de ses hypnotiques vapeurs,
Chasse le train de ses humeurs.
Le chat noir embasiliqué,
Du sacré-cœur vint à vaquer,
Et de sa moustache qui brillait,
Sortit une fin de son paquet.

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Chuuuuuuuuuuuut Elodie, ils sont pour moi les derniers mots de la fin !
Chat noir, chat noir, vous avez dit chat noir, comme c’est bizarre…
C’est bizarre, avec ses pièces d’ombres et ses célèbres lumières de génie, avec l’illustre et joyeuse troupe poétique qui de Montmartre témoigne encore du bouillonnement intense d’une basilique exceptionnelle, d’où de longs vers d’encre s’échappent encore, filaments invisibles noyés dans la masse de lignes aéro-postales issues d’un auteur aux cheveux couleur de blés mûrs. Le mélange des genres ici atteint des gammes muettes mais perçantes comme le regard du chat.
Vous n’avez pas votre pareil, Rodolphe, lui avoua un jour Allais en complaignant d’un humour impeccable ce mirliton d’Aristide Bruant.
Vous n’avez pas votre pareil pour dépareiller les premières photos de mon moulin à paroles.
Tu peux pas t’en empêcher ! Pfffff !
Et le moulin à paroles de Normand de reprendre la parole aussi impeccablement qu’aimablement en lui octroyant la meilleure pensée de l’ombre féllinienne pour demander une trêve de douceur de vivre.
Mais Elodie n’en démordra pas, elle lèvera les yeux vers la place du Tertre en modiglianant quelques mots incompréhensibles.
C’est pas moi, c’est le Zébulon.
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Chat noir Dragon noir
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