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Le printemps des poètes, c’est du 9 au 25 mars 2019

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Printemps des poètes 2019 2
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Ce matin en sortant de ma douche, je me suis arrêtée devant la penderie pour choisir une tenue adaptée à la saison.
Lorsque j’ai voulu prendre le petit pull gris que j’affectionne tout particulièrement, la manche du blouson en jean m’a attrapé le bras. J’ai senti le tissu rugueux retenir mon geste, et croyant tout d’abord à un hasardeux accrochage, (ma penderie est pleine comme un œuf), j’ai écarté vivement la manche et replongé mon bras vers l’étoffe repérée précédemment. Quelle ne fut pas ma surprise de voir toutes les manches des vestes se placer en travers de mon chemin et d’entendre soudain :
– Non, pas question de sortir prendre l’air aujourd’hui.
Les vêtements avaient l’air très sérieux.
Je me suis placée devant la porte grande ouverte, campée sur mes deux pieds, et leur ai demandé.
– Qu’est-ce qui vous arrive ?
Le premier cintre s’ouvrit d’un grand sourire et, montrant du crochet le calendrier mural, me répondit.
– Les vêtements ont droit à leur premier mai, ne compte pas sur eux !
– Mais… Mais… !!! Nous ne sommes pas le premier Mai !
– Et alors ? Un premier Mai le 10 Mars, qu’est-ce que ça peut faire ? Nous, on ne bouge pas, c’est compris ?
Devant le ton péremptoire des vêtements, prise au dépourvu, je n’ai trouvé qu’à bafouiller platement :
– Mais enfin, qu’est-ce que je vais mettre, moi ?
Le petit pull gris ouvrit alors largement son encolure pour prononcer ces quelques mots.
– Et bien, tu n’as qu’à t’habiller de poésie !
Stupéfaite, j’ai entendu le peignoir de bain ricaner, et la combinaison de ski s’est rencognée dans le fond de la penderie d’un coup de zip pincé.
J’ai voulu tirer sur le petit pull gris mais il avait disparu sous un monticule de lainages colorés.
La même petite voix que tout à l’heure, amortie sous les étoffes, rajouta alors.
– Puisque c’est le printemps des poètes, nous, on va se reposer les fibres, pendant que toi, tu iras chercher de quoi t’habiller dans l’art poétique.
Plusieurs voix surenchérirent.
– Notre premier mai à nous, ce sera cette année du 9 au 25 mars, et ce 20ème printemps tournera autour de la beauté, alors, c’est plutôt chouette, non ? Nous t’avons fait grâce du 9, tu devrais nous en être reconnaissante.
Désemparée, j’ai acquiescé, puis me suis mise à réfléchir.
S’habiller de poésie sur le thème de la beauté, ça n’allait pas être coton, mais alors pas coton du tout ! Enfin, je n’allais tout de même pas sortir en peignoir de bain.
Alors j’ai pris un crayon, du papier, et me suis installée à mon bureau.
Ensuite, j’ai commencé à écrire.

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Pour m’habiller de poésie,
J’ai tissé du verbe et du bruit,
Et les oiseaux sont arrivés,
Chargés de plumes ramassées,
Et les abeilles ont déposé,
Du miel d’or, des fleurs d’été,
Et la lumière s’est irisée,
Autour de la trame de papier,
Et soudain une robe arc-en-ciel,
Déplia deux superbes ailes,
Pour se glisser autour de moi,
Dans un lent mouvement de dentelles,
J’ai vu un bas de pyjama,
Glisser doucement sous les doigts,
Des gants de peau doublés de soie,
Et se plier sur un dossier,
Pour s’endormir les poings fermés,
Un escarpin couleur soleil,
Prit la mesure de mes orteils,
Puis d’un talon preste et léger,
Claqua son pas de menuet,
Pour dire à l’autre d’arriver.
A que d’atours, me dit le jour !
Seriez-vous la muse de l’amour,
Que la nature vous vêtisse,
Presque aussi bien qu’une pelisse ?
Une brise légère et passagère,
Couvrit mes épaules d’un ton fier.
Que dis-tu donc, jour des poètes ?
Mais où as-tu donc mis ta tête ?
La beauté n’est rien à côté,
De la plus profonde des bontés !
Et de l’amour, qu’en sait le jour ?
Le cœur de la nuit est serré,
Devant la splendeur des étoiles,
Mais le cœur de la nuit dévoile,
La beauté bien mieux que la moelle,
Des os qui furent sous la pelisse,
Du temps de l’animal en vie.
Ainsi le jour de poésie,
Habillé des bruits et du verbe,
Redressa là toute sa superbe,
Et lança une rime à la pluie,
Pour qu’elle arrose le vert de gris.
La bonté qui passait par là,
Devant la couleur en émoi,
Décida que le vert serait,
De l’arc-en-ciel le mieux paré.
L’amour alors prit son envol,
De son arc et d’une parabole,
Enveloppa toute la beauté.
Ainsi de sa lumière nimbée,
Le jour en fut tout rhabillé.
C’était un dimanche enchanté.
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Jasmine
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Mais je n’étais toujours pas habillée. Enfin, c’était étrange, je l’étais mais je ne l’étais pas. Alors j’ai attrapé un rayon de lumière sur lequel j’ai tiré, puis me suis vêtue d’un morceau de ciel bleu où naviguait un petit nuage tout blanc.
Mes charentaises en peau de mouton acceptèrent de me chausser à condition que je leur retire les talons aiguille inconfortables qui leurs piquaient la fourrure.
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Le lendemain était un lundi. Le placard resta fermé à toute sollicitation, les portes coulissantes bien bloquées, ramassées sur elles-mêmes. On les aurait crues presque comme prêtes à bondir.
J’ai un peu essayé d’insister pour les ouvrir, sans succès, et repensant à la rébellion de la veille, je manquai de courage pour affronter à nouveau toutes les manches des vêtements.
Je me suis dit : Il faut trouver un autre poème habillé.
Cette fois, la rime se refusa à moi. J’essayai la prose. Pas mieux.
Je me suis souvenue qu’il y avait un grand sac à grains en jute au grenier, vestige du temps où toute notre famille se réunissait pour participer au prix inter-poulaillers.
En taillant trois ouvertures pour laisser passer la tête et les bras, j’ai réussi à bricoler une tenue rudimentaire.
En matière de poésie, cette fois, ça faisait plutôt beauté rupestre.
Je préférais ma robe arc-en-ciel mais elle avait décidé, elle aussi, de résister en restant clouée sur le calendrier des effets de fées. Et puis, tout bien réfléchi, un nuage, même entouré de ciel bleu, c’est tout de même un peu humide.

Voilà !
Je me disais :
Et vous,
Si vous deviez vous habiller de poésie,
Vous le feriez comment ?

Géraldine écrit :
Le verbe plisser croisait ses deux s autour du chant des pinsons pendant que celui de vêtir enveloppait le doux bourdonnement des abeilles.
Durant un court instant, les vibrations de toutes leurs petites ailes ont recouvert ma peau d’une caresse légère et subtile, mais transparente. Dommage, c’était bon de se sentir enveloppée de ces minuscules battements translucides.

Alexandra écrit :
Lorsque j’ai saisi le casse-noix à pleines mains, j’ai senti la douceur de son bois chauffer mon corps entier et l’envelopper de cette vibration toute irradiante. Comment décrire un tel délice sinon en inventant une image. Je crois que c’est comparable à être dans l’œil du typhon, ou encore baigner dans un scaphandre à l’intérieur duquel circuleraient des milliers de bulles éthérées.

Adelune écrit :
Comment d’une fanfreluche à étamine j’ai revêtu une parure de myriades de lucioles, comment ces petites bestioles ont déposé sur ma peau leurs petites pattes grenues et comment ces petits corps serrés ont su faire de leur tapis dru la plus belle étoffe que l’humain ait jamais eu la joie de porter.
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C’est à Vous.
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Vous pourriez, par exemple, commencer votre texte par :
J’aimerais m’habiller de poésie comme on se vêt d’un habit du dimanche.
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joconde 4
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Le dessus des mots

Texte écrit pour l’agenda ironique de mars 2019, c’est chez Max-Louis, ledessousdesmots, couplé au passage par hasard avec Y a comme un grain…

Bin oui, ça allait bien…
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N’avez-vous jamais entendu parler de Chesterfield, cette ville mythique qui a réussi le pari de faire nager ses habitants dans les mots ?
La ville détenait à cette époque encore l’immense bibliothèque qui faisait sa renommée, et le maire, bien décidé à construire une fabrique de réinvention, envisageait d’implanter un puits au centre du patio.
Le cloître n’avait plus reçu de visiteurs depuis l’époque Gallopécienne, plus connue sous la dénomination évocatrice de « Field en ta chambre ».
Bref, à cette époque là, donc, les mots, qui racontaient un peu ce qui leur passait par le texte, faisaient un bruit de grand n’importe quoi et se refusaient à tout rompre sous le fallacieux prétexte qu’ils étaient libres d’écrire ce qu’ils voulaient.
Lorsque les habitants de
Chesterfield empruntaient un ouvrage, ils devaient se placer en mode sub-Atlantique, celui que les Atlantes pratiquaient dans la plus grande clarté de la nuit des temps, afin d’accéder aux données.
On imagine une abbaye, un cloître, un puits, un bac à fleurs, une cathédrale, une immense bibliothèque sacrée, les mots qui jaillissent du puits pour remplir le bac, et les pèlerins qui viennent baigner leurs pieds dans les mots.
Les lampadaires vont être inventés plus tard pour éclairer les baigneurs sur l’essence du message que l’ensemble des écrits cherche à transmettre.
Le surnageant constitue comme une signature dans la particularité de son agencement et va se réajuster dans un nouvel ouvrage qui rejoindra ensuite la grande bibliothèque du cycle des eaux pédestres.
Donc, le décor, c’est ça. Une cacophonie polyglotte manifeste, on voit bien comment depuis le début du texte ils se déroulent sans ordre particulier et sens dessus dessous. On a même vu arriver un jour un pêcheur de mots qui cherchait le mot le plus hameçonné. Manque de bol, il a attrapé un gros mot bien décidé à ne pas le lâcher et en s’emmêlant dans le fil de la canne a disparu au fond du puits. Il est parait-il dans le livre des esprits entre la page 25 et 26, bien encré dans une illustration.
On a eu affaire à une invasion de géants de
papier le jour où les mots du conte de Perrault perché sont apparus. Les géants ont cru pouvoir avaler l’ensemble du bac mais lorsqu’ils ont vu arriver un allumeur de réverbère à l’allumette enflammée, ils ont eu peur de finir en incendie pour peu que la flamme les touche de trop près.
Donc pour résumer, il y a des mots, il y a des pèlerins, et il y a la bibliothèque.
Dans le principe d’arrivée les mots crus passent d’abord au four à 180° pendant 30 minutes, les mots d’amour infusent, les participe-passés sont remis au goût du jour, les oubliés se revisitent, les désuets se dépoussièrent, les cartésiens s’émancipent, et les autres, bah, les autres, on en parlera mais pas aujourd’hui car nous avons une expérience de la plus haute échelle graduée qui touche le fond de la piscine à réaliser, alors ma foi, nous avons une priorité adroite :
Nous avons à déterminer quel est le mot qui va éclairer la sédimentation des autres.
A partir de là, nous déclinons toute responsabilité quant à la résultante expérimentale.
Il s’agit d’attendre que la nuit soit pleinement de nouvelle lune, et d’allumer les réverbères d’un coup d’un seul, sachant qu’ils ont été plantés à six pieds de distance chacun, et pas sous terre, soit environ tous les deux mètres, que le bac mesure 25 mètres sur 50, que les pieds de lampadaires ont été plantés à 1 mètre de distance du bord du bac, combien faudra-t-il d’allumeurs de réverbères pour allumer l’ensemble instantanément ?
On imagine alors les mots, surpris, rester si immobiles que la logique de leur ajustement en strates fera comme un dessin d’enfant, une décantation coq-à-l’ânée. J’ai parié que le
sac de grains de folie une fois passé au moulin de la beauté irait essuyer le sel sur la peau de la malice dont la chair de poule est hérissée, picots de sable couleur de blé mûr.
Il faudra aussi
veiller à parsemer l’idée d’écrire en décousu de petits commentaires et d’évoquer l’idée de réécrire entièrement et plusieurs fois le texte jusqu’à finalisation complète.
Le maire recrute 32 allumeurs de réverbères, en attendant le résultat exact nécessaire. 32, c’est l’âge de la rose des vents du capitaine qui navigue à vue sur le bac à mots du cloître, les mots tus sont priés de ne pas se manifester, les mots tard n’ont qu’à arriver à l’heure, les mots durs à mi-mollet sont à écailler, les mots tout bas grimpent à l’échelle, les mots doux caressent l’idée et l’ensemble vous salue bien éclairé. Si vous en avez d’autres, veuillez les déposer en vrac, ils seront tous bien accueillis.
L’expérience du mot me chuchote que le temps de sédimentation est largement dépassé, et que le ciment n’a plus besoin de tenir l’ensemble tant les différentes strates s’ajustent parfaitement.
Je tiens tout particulièrement à remercier tous les mots qui ont bien voulu coopérer à l’écriture échevelée d’un récit de surface plane, à l’angle de l’échelle des mots mie, bile, lire, laisse, lait, lard, nez, quai, râle, cœur, rose et du mot tif.
Ainsi que l’auteur de la célèbre citation finale, « pour qui sont tous ces mots qui résonnent dans nos têtes ? ».
Je remercie également mes parents pour m’avoir donné la vie, ma famille pour avoir soutenu l’hypothèse de la lumière, mon Maître de Français pour m’avoir initiée à l’usage des mots dans la langue de Molière, mes amis et mes proches qui ont soutenu que l’écriture avait une source, le puits d’être un ami proche de la science, l’hôpital qui se moque de la charité, le geai qui aime, l’épingle de ma nourrice, le casting du réverbère et la bille de mon stylo.
Je remercie aussi Robert qui me souffle le sens, la rousse illustre qui le fait en couleur, l’étoile qui me guide et l’art qui accompagne la joie de jouer avec tout ceux qui ont gardé leur âme d’enfant.
Ainsi que la ville de
Chesterfield qui sut m’accueillir comme une reine.
Et puis tiens, je vous offre une petite pointe de lumière pour finir :
En mars, si la lumière éclaire le lampadaire, laisse la faire.
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Lampadaire 1
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N.B. Zut de chez zut !
J’ai oublié d’insérer l’
évocateur outre-émétique des quatre mots qui penchent la tête pour traverser l’Atlantique à la nage, voilà qui est réparé.
Bonne brasse à tous.
Jo, la Bougon qui bougonne à l’oreille des pèlerins.

Ssssssss

Petit intermède récréatif…
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– Ssssssss
G – Tiens ? Qu’est-ce que c’est que ce bruit ?
C – Je me demande si ce n’est pas un cheveu qui vient de chuter…
G – Oui, ce bruit, ssssssss, ça y ressemble comme deux gouttes d’eau.
C – Deux gouttes d’eau qui zozottent…
G – Voyons si c’est un des miens ou bien un des vôtres.
C – Vous n’allez tout de même pas couper ce bruit de cheveu en quatre non plus ?
G – Et pourquoi pas ?
C – Si c’est un des miens qui zozotte ainsi, veuillez lui accorder quelques circonstances atténuantes.
G – Mais bien sûr, n’en soyez pas gênée. Lesquelles voulez-vous que je lui accorde, très chère Catherine ?
C – Accordez lui tout d’abord celle d’être clair, tout au plus invisible, par exemple. Celle de ne pas se retrouver dans la goutte d’eau, celle d’être long, mais de n’avoir pas la prétention de durer, celle de se faire discret, oublieux de son défaut et pourtant bien présent, joliment susurré sans pourtant se dire, jamais bien loin du cuir originel.
G – Mais nous parlons de ne pas couper le zozottement du cheveux en quatre, et je ne vois pas en quoi ces circonstances qui n’en sont pas vont atténuer la décision de ne pas couper ce son en quatre.
C – C’est à dire que…
G – Oui ? Dites ?
C – J’ai belle ouïe dire que ss est bien trop court, bien trop raccourci au demeurant.
G – Couper le son de la chute de cheveux en huit serait probablement préférable et sans doute moins source de…
C – C’est cela même ! Moins source de zozottis !
G – Ou source de frisottis ?
C – Source de frizozottis alors !
G – Vous cherchiez de l’eau je crois ?
C – ‘Xact ! Plus maintenant !
G – Allons, cherchons ce cheveu qui chût !
C – Le cheveu chût car le pas de côté ne se coupa pas en quatre, ni en huit, ni même en deux.
G – Le pas de côté chuchota au geai qu’il geignait drôlement bien.
C – Et le geai geignit tant et si bien que l’eau jaillit.
G – De vertes prairies germèrent en quelques heures tant la sécheresse fut longue et entière.
C – De blancs moutons arrivèrent nombreux, poussés par les vents de la magie du rêve, et les bergers suivirent, d’un pas de montagnard.
G – Et alors il y eut une averse soudaine et le soleil se mit à briller à travers les gouttes.
C – Et l’arche apparut.
G – Et les bergers et les troupeaux passèrent sous l’arche du ciel.
C – Et ils arrivèrent en Arcadie.
G – J’espère que nous avons répondu correctement à la demande de Martine !
C – Allons lui poser la question.
G – Martine ? Martine ? Houhou, Martine ?
C – Elle doit être encore en communication avec Jacques, vous savez, le poète…
G – Oui, j’ai vu ça, il est chouette son pote, il écrit des trucs pas trop moche hein ?
C – C’est de celui-là dont tu veux parler, Georges ?
Jacques Prévert : Soyez poli
G – C’est bien celui-là. Mais l’Arcadie, on n’en a rien dit ? Et puis tu me tutoies, maintenant ?
C – C’est que je suis polie, moi, Monsieur !
G – peut- être que les bergers d’Arcadie nous en apprendront un peu plus si nous les suivons de près ?
G et C en chœur – Suivons les alors !
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Agenda ironique de janvier chez carnetsparesseux
https://carnetsparesseux.wordpress.com/2019/01/03/la-recette-de-la-jumeleine/

Agenda ironique de février chez ecriturbulente
https://ecriturbulente.com/2019/02/03/fevrier-on-en-reve/


Je vais tenter de résumer brièvement (à ma façon) ce que Martine ce mois-ci nous propose de turbuler :
« La péripétie d’une extravagante jumeleine de janvier inspira à ce point (.) les moutons qu’ils se prirent à rêver d’un rêve alors qu’ils se faisaient compter par des somnambules. Ce dernier (le rêve du rêve) était absolu, rêvé par un loup en butte avec la réalité*(1), et qui rêvait la réelle réalité de plus en plus intensément ».
J’ai cru comprendre que l’agenda de février consistait, (il me semble), à écrire un rêve absolu avec pour consigne de terminer le rêve par cette citation de Groucho Marx, comédien américain faisant partie des Marx Brothers, et qui dit ceci :
« Le meilleur moyen d’éviter la chute des cheveux, c’est de faire un pas de côté. »
Rien ne disait par quelle phrase le rêve devait commencer, alors j’ai appelé la jumeleine qui a appelé Marx Groucho qui a appelé son éditeur qu’avait lu tous ses ouvrages et qui a ressorti une citation de Groucho en personne, qu’il lui a refilée, le Groucho l’a fait passer à la jumeleine, et je l’ai retrouvée sur mon bureau ce matin en me levant.
Mon rêve absolu va commencer comme ça.
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Le meilleur moyen de s’endormir est de s’imaginer qu’il est l’heure de se lever. 

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Comment savoir lorsqu’un rêve rencontre le point de jonction de sa réalisation ?
Lorsque le rêve est absolu !
Autant de rêves que d’êtres vivants sur Terre me dit une petite voix au centre de mon âme.
Et s’il appartenait à chacun de le réaliser ? Et si le destin était l’outil de l’univers pour faire vivre ce rêve ?
Et si l’ensemble des rêves réalisés construisaient la réalisation d’un monde nouveau ?
Voilà bien le challenge, celui de reconnaître l’arcane du rêve absolu et de s’y atteler lorsqu’il se présente.
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C’est ce qu’ont fait Georges et Catherine.
Voyez plutôt.
Georges est entrepreneur architecte. Catherine est oiseleuse, elle élève des geais pour en faire des geais d’eau et repeupler la capitale des mots cœur complètement désertée par les eaux.
Georges envisage de construire une grotte naturelle au bord de la « Semeuse », la rivière asséchée qui traverse la capitale.
Il vient donc ce jour là repérer les tracés, les dimensions de son ouvrage, et remarque que le château qui surplombe le pont suinte.
Alors il se dit quoi, le Georges ? Il se dit, l’eau est là.
Et c’est là qu’elle arrive, la Catherine.
Elle porte un béret basque et une capuche assortie. Elle marche au milieu du cours asséché, et elle observe les traces pour en faire un récit. Elle tient une cage à la main droite, et elle écoute le bruit que fait le geai qui geint sans gélatine et sans jasmin, mais lorsque l’eau est là.
Le geai geint.
Catherine sait que l’eau est là.
Elle lève la tête.
Et tombe nez à nez sur le Georges.
Qui de surprise et ne sachant quoi dire bafouille.
G – Bonjour, vous cherchez un rêve ?
C – Comment vous savez ça vous ?
G – Parce-que vous êtes dans la même histoire que moi.
C – Ah ! Oui ! C’est vrai !
G – Vous savez comment vous y prendre ?.
C – Je ne suis pas sûre de le savoir mais j’essaie.
G – C’est déjà ça, c’est déjà ça !
C – Et vous, c’est par carnetsparesseux que vous en êtes arrivé là ?
G – Non, carnetsparesseux, c’était le mois dernier.
C – Ah ! C’est qui alors ce mois-ci ?
G – Vous n’êtes pas au courant ?

C – Non, pas encore.
G – Mais qu’est-ce que vous f..tez ici alors !
C – J’ai croisé un loup qui rêvait, il m’a demandé d’aller voir si le rêve était plus absolu ici que dans le rêve des moutons, je suis venue voir…
G – Et vous cherchez quoi ?
C – De l’eau !
G – Dans le rêve ?
C – Pas dans l’eau, le cours est à sec.
G – Avec le geai ?
C – C’est un fait !
G – Non, c’est un geai !
C – Je n’ai jamais dit le contraire.
G – Vous venez de dire que c’est un fait.
C – N’en parlons plus.
G – Vous ne trouvez pas que l’intensité est plus intense ici ?
C – Si.
G – Vous pensez que si le geai geint l’eau est là ?
C – Oui.
G – Vous avez quoi comme argument pour défendre cette théorie ?
C – C’est un geai d’eau.
G – C’est un fait !
C – C’est un fait d’eau vous voulez-dire ?
G – Je n’ai jamais dit une chose pareille.
C – Non, c’est moi qui vient de le dire.
G – Ah bon !
C – Sinon dans la vie vous faites quoi ?
G – Je suis entrepreneur architecte.
C – Vous allez construire ?
G – Une grotte naturelle, c’est un rêve.
C – Est-ce qu’il y aura de l’eau dedans ?
G – Je ne sais pas, elle n’est pas encore construite.
C – Comment vous allez choisir l’endroit ?
G – Je ne sais pas.
C – Il paraît que le rêve se renifle à mille lieues.
G – Je ne suis pas à mille lieues.
C – Non, nous sommes à la capitale des mots cœur.
G – Vous vous moquez, là.
C – Non !
G – J’ai entendu le geai geindre.
C – C’est un geai mot cœur.
G – Un geai d’eau qui se moque, les bras m’en tombent !
C – Le meilleur moyen d’éviter que les bras vous en tombent, c’est de faire un pas de côté !
G – Ah non ! Ça c’est du Groucho !
C – Amélioré.
G – Vous êtes fan ?
C – Et pas qu’un peu !
G – Alors vous savez !
C – Oui, je sais.
G – Vous avez exactement la bonne formule !
C – ‘Xactement !
G et C en chœur – Le meilleur moyen d’éviter la chute des cheveux, c’est de faire un pas de côté !
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geai bleu-Isabelle-Marozzo

Piou-piou

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*(1) La réalité, ce sont les moutons qui comptent les somnambules.

 

« Quand un fou paraît tout à fait raisonnable, il est grandement temps, croyez-moi, de lui mettre la camisole »
Edgar Allan Poe
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Lorsqu’ils sont ciselés par l’amour
Les mots nous ouvrent sur le jour
D’un éclairage chaleureux
Qui nous rend tellement plus heureux
Qu’une fois la direction donnée
Le cœur l’emprunte enthousiasmé.
Ceux qui nous ouvrent le chemin
Sont des étoiles et des gardiens
Pour les feux sacrés de la joie
Et les vents d’ange des esprits droits.

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Allégorie de la Spiritualité

Allégorie de la spiritualité

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Il y eut un silence d’amour et la porte s’est ouverte sur le ventre des mots. Ils étaient doux comme de la soie, certains plus ronds que d’autres retenaient mon attention. Celui de la tendresse semblait parcouru de vagues lentes et quelque chose par endroit pointait du doigt l’élasticité de sa paroi. J’ai cru discerner une ligne évanescente évaporer son message à travers la peau tendue, une ligne qui écrivait viens, viens dans le ventre de mon mot, entre dans la joie de ma délicatesse, de mes rêves, de mes rires, de mes jeux d’enfants prêts à inventer ce nouveau monde qui n’appartient qu’à nous et où se déploient d’autres notions chatoyantes comme l’irisé de nos deux âmes unies vers le bonheur.
Je suis entrée, et le moelleux délice du mot amour caché à l’intérieur m’a accueillie dans sa chaleur, et bien que la porte d’entrée soit restée grande ouverte sur le reste des éclatants rires de bonheur des mots soyeux ou mordorés, je suis restée, et j’ai compris à la croissance de l’aube que le mot ne ferait que grandir.

L’acajou divagador

Aller, tiens, une petite divagation du matin.
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moineau_et_cerises___estampe_-chadel_jules_clafouti céleste et jumeleine
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L’acajou divagador
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J’ai relu
Mépatou
Et partout par contre
Le culinaire vocabulé
Du vocabulaire cuisiné
Exhale un parfum d’encrier
Dans la craie de mon tableau fou
Et l’encre collée au papier
Sur la peinture où crisse la craie
Tente bien de déshabiller
Le vocabulaire cuisiné
Sous la purée des mots cajous
Ceux à la noix touchent la joue
Du cœur de l’ambre d’avant-goût
Il s’impose à moi l’avant-goût
Prémice d’une syntaxe ordonnée
Sur l’abscisse de la volonté.
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Ecrit pour ne pas oublier d’aller voter l’agenda ironique de janvier chez carnetsparesseux.

Les plumes d’Asphodèle pérégrinent du côté despetitscahiersdemilie, et le premier texte à construire avant vendredi 18 janvier 2019 décline une liste de treize mots à utiliser qui sont :

OCEAN
DESERT
ENJAMBEE
PASSERELLE
TRAVERSIN
RUE
VOYAGE
PASSAGE
FRANCHIR
HORIZON
VACANCE
VOILURE
VIEILLIR

 

 


Oui, vendredi 18 janvier 2019 c’était hier, mais qu’importe, puisque l’agenda ironique de janvier chez carnetsparesseux ne se clôture que le 24 janvier, alors autant faire de deux ricochets un hors-délai qui fait passer l’information et un dans-l’jeu qui fait passer la transformation.
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En vous souhaitant bonne lecture à tous.

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L’épaisseur d’un mystère se mesure à la jumeleine
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La science n’aura jamais fini de surprendre les chercheurs. Ces derniers temps, l’association du cercle des hypothèses farfelues (l’ACHF) fondait tous ses espoirs sur les récentes découvertes concernant les trous noirs. Tous les yeux des adhérents étaient tournés vers les immenses espaces de notre galaxie au centre de laquelle un trou noir de taille intermédiaire sensiblement semblait évoluer.
La spectrométrie signait la présence d’une portion de ciel trouble et la longue vue du maître de confrérie du cercle laissait apparaître une légère oscillation à proximité de la géante rouge fumeuse la plus proche.
Une spectroscopie illuminale fut donc demandée aux services de la transition spaciotemporelle de l’état du Minnesota spécialisés dans le domaine.
Le rapport établi en ces termes nous semble aussi surprenant qu’un désert qui enjamberait une passerelle rue du traversin vertical et dont le passage à l’horizon serait visible à la voilure vacante d’un océan en voyage initiatique chez les Gaulois.
Autant dire que pas un chat n’y retrouve ses petits.
Il ressort de l’étude luminale que le mode impératif de l’évolution de l’épaisseur d’un mystère nécessite la fabrication d’une longue vue spéciale dont la portée retrouvera les petits chats de la galaxie, permettant ainsi de
franchir l’espace du vieillir sans se presser, comme un citron mis au green.
Les techniciens de la lunette sont soi donc sur le projet de fabrication d’un nouvel appareil à retrouver les chats de hasard perdus dans le voile de la brume de fumée (CHPVBF). Cet appareil portera le nom de jumeleine, car il sera binoculaire, couplant deux longues vues, et associé à un projet de longue haleine.
Il s’agit de mesurer le mystère de leur disparition (Les CHPVBF).
Le dernier article du nouvel observateur fait état d’un état de neuf illustre qui passerait par le conduit de l’obscurantisme, le traverserait en suivant la règle de trois, et ressortirait de l’autre côté du trou noir en ayant identifié son fonctionnement et déjoué ses chausse-trapes.
En attendant, l’oscillation augure de la présence du filament qui éclairera l’ampoule de demain. Et si aujourd’hui la géante rouge est fumeuse, elle récupérera toute la clarté du jour très bientôt en dissipant le mystère aussi sûrement qu’un coup de Zéphyr.
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Robin Dax
Envoyé spécial inter-galactique
De la planète Vitriol
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dalai lama
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