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Archive for mai 2015

Sainte déconfiture* se vote avec sainte quiche dominatrice
L’histoire du calendrier remonte au temps lointain des hommes de bronze. A cette époque là, un clan venait de découvrir le sablier, un autre s’exerçait à découper le temps en tranches fines, pendant qu’un troisième inventait l’encre et le papier.
Il arrivait que les trois chefs de clan se réunissent pour discuter de l’avancée de leurs découvertes.
Mais ces réunions ne pouvaient se réaliser qu’au hasard de leurs rencontres, ce qui était cependant fort rare, leurs territoires étant distincts, en dehors du plateau « Patacaisse » frontalier.
Un jour, il fut entendu que leurs travaux avançaient trop lentement. Il fallut fixer une cadence de rencontres, et s’appuyer sur un repère commun pour être à l’heure aux rendez-vous.
C’était le début de l’ère de production et de rentabilité.
Et c’est là, qu’interviennent les saintes de cette histoire.
Sainte déconfiture vivait recluse et isolée dans son manoir de fer que la rouille avait largement attaqué. D’où son nom.
Sainte quiche dominatrice régnait sur le prieuré du tipi de bronze, bien adaptée à son époque.
Ces deux saintes avaient la réputation de dénouer les problématiques les plus insolubles.
On fit donc appel à elles.
Elle déboulèrent le 27 juin qui suivit, à 15h00 précise, et en taxi. Les frais de route furent supportés par les trois clans.
Après une heure de travail acharné, ils réussirent à eux tous à créer le calendrier patamagique* d’Alfred Jarry avec le concours de l’encre, du papier et du découpeur de temps. Le sablier permis de mesurer le temps de création, pas moins de vingt retournements, afin de donner une unité de mesure à la création.

Vous allez me dire, on s’en fiche. Tout dépend du type d’invention.
Et pourquoi pas de la vitesse de pensée de leurs créateurs, pendant que vous y êtes !
Non, il s’agissait d’être rentable, mesurable, prospère, le secret du bien-être, quoi !
Non ?
Vous n’allez pas rentrer dans l’insurrection, non plus !
Je continue mon histoire.

De façon arbitraire et à l’unanimité, les saintes furent nommées patronnes de ce jour si particulier, douzième jour du mois de Gidouille de l’an zéro sur le curseur de l’existence de la mesure du temps.
Elles furent remerciées et fêtées comme il se doit. Un banquet digne de Platon leur conféra les honneurs.
C’est ainsi que depuis, à chaque lever de soleil, les clans biffent le jour précédent d’une croix jusqu’à atteindre celui entouré d’un cercle qui marque le prochain rassemblement.
Il circule une rumeur au sujet d’une nouvelle invention : un appareil à sonner les heures d’un nombre de coucous correspondant. Mais le dressage du coucou à reconnaître les heures sur le cadran solaire semble devoir prendre beaucoup d’unités de création, nous sommes en attente d’en savoir davantage grâce à nos deux envoyés saints spéciaux, père Ubusoiff et saint inventaire hygiéniste.
La suite au prochain numéro hors série du clan des patapsychiciens réunis. Ici

Ou là : https://jobougon.wordpress.com/2015/06/10/le-banquet-quil-a-du-bon-et-quil-est-bon-1/

* 12 Ste Confiture, dévote et Ste Cliche, donatrice 
*
pataphysique : Branche de la science qui étudie les solutions imaginaires.

Sur une idée de Valentyne :

https://lajumentverte.wordpress.com/2015/05/28/concours-agenda-ironique-juin-et-aujourdhui-pris-entre-deux/

Concours agenda ironique juin et « Aujourd’hui Pris entre deux »
Publié le 28 mai 2015
Après la Saint Valentin de février chez Différence Propre, mars et l’écho chez Carnetsparesseux, avril et ses quiproquos chez Leodamgan, mai et la paresse chez Rebecca, voici venu mon tour de vous proposer un petit concours d’écriture.
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J’ai appris que notre calendrier était grégorien il y a peu.
Je me suis donc penchée sur les autres calendriers en vigueur ici et là…
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Et j’ai découvert ce calendrier instauré par Alfred Jarry, le calendrier pataphysique (1)
Il est composé de 13 mois (douze de 28 jours et un de 29) . Pour les curieux tout est expliqué ici.
Je vous propose donc d’écrire une histoire, un conte, un poème…..autour du joli mois de …Gidouille
J’ai longtemps hésité entre Gidouille et Merdre :
Merdre (du 18 mai au 14 juin),
Gidouille (du 15 juin au 13 juillet = 29 jours)
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J’ai choisi Gidouille d’une part parce que le 3 on fête ma patronne (l’amazone Dondon) et aussi parce que la rime en « ouille » est beaucoup plus riche que la rime en « erdre ».
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Voici la liste des saints de ce beau mois :
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1 Ste BOUZINE, ESPRIT 2 / St Lucullus, amateur (Bloomsday) /
3 Ste Dondon, amazone / 4 Ste Tripe, républicaine /
5 St Ugolin, mansuet / 6 St Dieu, retraité / 7 St Bébé Toutout / évangéliste / 8 Ste BOUDOUILLE, BAYADÈRE / 9 Ste Outre, psychiatre / 10 St Boudin, recteur/ 11 Sacre de Talou VII, empereur du Ponukélé /
12 Ste Confiture, dévote et Ste Cliche, donatrice / 13 Sts Instintestins, conseillers intimes / 14 St Colon, artilleur/ 15 Ste GIBORGNE, VÉNÉRABLE / 16 St Inventaire, poète 30 / 17 Ste Femelle, technicienne / 18 VISITATION DE MÈRE UBU / 19 St Sein, tautologue / 20 St Périnée, zélateur / 21 St Spéculum, confesseur / 22 FÊTE DE GIDOUILLE / 23 St Ombilic, gymnosophiste / 24 St Gris-gris, ventre / 25 St Bouffre, pontife 26 Ste Goulache, odalisque / 27 Ste Gandouse, hygiéniste / 28 Poche du Père Ubu / hunyadi 29 NOM D’UBU
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En résumé : le sujet est « Gidouille et ses saints »
Pas de mots imposés, pas de longueur limite et autorisation de republier un texte déjà paru.
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Pour les dates :
Dépôt du lien vers le texte ici même jusqu’au 13 juin ce qui fait 15 jours (par mail valentyned at gmail point com si vous voulez participer et que vous n’avez pas de blog )
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Vote du 14 Au 26 juin
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Proclamation de l’heureux vainqueur le 27 juin (Sts Instintestins, conseillers intimes) ou le 28 juin (St Colon, artilleur)
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(1) Branche de la science qui étudie les solutions imaginaires.
La pataphysique, qui s’étend aussi loin au-delà de la métaphysique que la métaphysique au-delà de la physique, est la science des solutions imaginaires, qui accorde symboliquement aux linéaments les propriétés des objets décrits par leur virtualité. — (Alfred Jarry, Gestes et opinions du docteur Faustroll, pataphysicien, 1911)



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Un guéridon, des étagères,
Ton regard clair,
Dans le jardin de la lumière.
Le flou vaporeux qui t’habille,
Tant de douceur où s’entortille,
Dans l’invisible mon désir,
Comment le dire,
Si ce n’est de le reconnaître,
Calmer mes craintes au millimètre,
En décalant dans son horloge,
Le rêve d’une vie où je loge.

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Le virus de la déviance

Pas d’abandon poussin,
La ouatié du chemin,
N’est pas la fin.

Ce que l’on cherche n’est pas toujours là où nous cherchons. C’est lorsqu’on le trouve que l’on s’en rend compte.

Maintenant que la porte est ouverte,
Au bourgeon de la poésie,
Que la prose qui s’est découverte,
Luit dans un rayon de magie,
Recueille ses perles de rosée,
C’est un breuvage bienfaisant,
Qui te conduira à plus grand,
Que tu ne l’as imaginé.
Pense à ceux qui t’ont protégé,
En te montrant la direction,
Et continue de travailler,
Et de te poser des questions.
Si d’aventure sur ton chemin,
Tu reçois une bénédiction,
N’en fait aucune vénération,
Mais reconnais-y ton prochain.

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Moutonne moi un plat de côtes,
Sans points d’côtés, sans faire de faute.
J’ai la vertèbre empanachée,
Quand tu friponnes à mes côtés.
Clavicule moi dans le pâté,
Ne cherche pas à la plâtrer.
Mon lumbago du nerf bancal,
A le tibia tout emmêlé,
La seule suture me retrousse l’âme,
Rien qu’à l’idée d’être bloquée.
Tiens moi les côtes où tu ronronnes,
Et métacarpe sous fontanelle,
Jusqu’à toucher dans la consonne,
Le glauque bleu de ma prunelle.
J’irai jusqu’à miauler de rire,
Au point exquis du cartilage,
Pour peu que le verbe périr,
Se conjugue avec tes ramages.
La cuisine de chat j’en conviens,
Sort des sentiers du plat moyen.

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Il est parfois d’autres lumières,
Qui viennent poser sur mes fenêtres,
Leurs éclairs de poissons d’argent,
Quand ils remontent le courant.
Ils surfent en surface à fleur d’air,
Tentent un envol, plongent et ressortent,
Miroitent un peu d’un clignement,
Sous le reflet des feuilles claires.
Puis doucement, tout doucement,
S’effacent pour atteindre la porte.
Ouvre la grande, laisse y entrer,
Son doux rayon de poésie.
C’est là que tout fardeau usé,
Disparaîtra à son profit.

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Heure en fusion, écho critère,
La contorsion était sévère.
Heure de tricot, tisse le vers,
Comme si le pull restait à faire,
Alors que le chandail déjà,
Siège au comptoir de son dégât.
Clic clic, font les anguilles à tricoter.
Et si l’ouvrage se défait,
J’assure au mouton de le tondre,
Pour faire une laine à morfondre,
D’avoir osé une allumette,
Qui mit le feu à l’escampette.
Heure en fusion, écho critère,
La contorsion était sévère.
Ne confondez pas les vainqueurs,
Ni les aiguilles, ni les moteurs.
Sans moquerie il cliqueta,
Les clefs serrées dans sa parka.
Il boulonna les boutons d’or,
Sur le col pour serrer le cou,
Du coup sa glotte sursauta,
Faisant tomber sous la pression,
Le précieux bouton de fusion,
Qui mit le feu à son plastron.
Cliquetis cliquetas serrés,
Bordure des yeux empanachés,
Voici qu’une anguille glisse à terre,
Que faut-il faire, que faut-il faire ?
Pêchez là au brin de lainage,
Piquez là au vinaire brun,
Une pointe de cuissot de chandail,
Une manche à ne pas leur laisser.
La vertèbre était déplacée,
Juste assez pour rester pliée.
Pliée de ne pas rire assez,
Du plastron qui s’est enflammé.
Heure en fusion, écho critère,
La contorsion était sévère.

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Tout s’écrit sur l’évidence des malentendus. Que savons nous d’eux sinon bien peu de choses. S’il m’arrive de penser que penser ne suffit pas, vivre ne suffit pas non plus. Alors dans l’étroitesse du cheminement de la conscience, je dérive, indolente, insolente, jusqu’à la sonorité sereine du silence, dans l’évidence. La singularité de la fidélité à soi-même n’est jamais gagnée d’avance. Mais c’est pourtant bien là que réside le secret de la parité. S’y acheminer, c’est oser le risque de quitter toute forme d’appartenance.

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Cosmos

Le monde secoue ses plumes, qui volettent, légères,
Jusqu’à la lettre mille et une fois première.
Mille lettres voletteront à la millième seconde,
Une fois la plume posée sur les lettres du monde.
Première plume envolée, la lettre est solitaire,
Deuxième à la volée, les mille fois d’hier,
Il règne un grand silence dans la ligne profonde,
Qu’une plume envolée dessine au fil de l’onde.
Le monde secoue ses plumes il pleut des gouttes d’encre,
Sur le papier les flaques s’écoulent en ruisseaux,
Le flot porte la lettre à rejoindre le centre,
De l’océan des mots quand ils portent l’oiseau.

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lettre-a-un-jeune-artiste-1544022

Lettre à un jeune artiste

5 janvier 1949

Cher J.K.,

Merci pour ton message de nouvel an. Il est triste et déprimé et je ne comprends cela que trop bien. Cependant, il y a aussi cette phrase où tu te dis hanté par l’idée qu’un sens et une mission ont été assignés à ta personne et à ta vie et tu souffres de n’avoir pas révélé ce sens ni rempli cette tâche. Voilà qui est très encourageant malgré tout, car c’est littéralement vrai et je te prie de te rappeler et de méditer de temps en temps les quelques remarques que je vais faire à ce sujet. Ces réflexions ne sont pas de moi, elles sont vieilles comme le monde et appartiennent à ce que les hommes ont exprimé de plus positif sur eux-mêmes et sur leur mission.
Ce que tu fais dans la vie, je veux dire non seulement comme artiste, mais aussi en tant qu’homme, époux et père, ami, voisin, etc., tout cela s’apprécie en fonction du « sens » éternel du monde et d’après les critères de la justice éternelle, non par référence à quelque mesure établie, mais en appliquant à tes actes ta propre mesure, unique et personnelle. Quand Dieu te jugera, il ne te demandera pas : « As-tu été un Hodler, un Picasso, un Pestalozzi, un Gotthelf ? » Il te demandera en revanche : « As-tu été et es-tu réellement le J.K. En vue duquel tu as hérité certaines dispositions ? » Questionné de la sorte, aucun homme n’évoquera jamais sans honte et sans effroi son existence et ses errements ; tout au plus pourra-t-il répondre : « Non, je n’ai pas été cet homme, mais je me suis du moins efforcé de le devenir dans la mesure de mes forces. » Et s’il peut le dire sincèrement, il sera alors justifié et sortira vainqueur de l’épreuve.
Si tu es gêné par des images telles que « Dieu » ou « juge éternel », tu peux tranquillement les laisser de côté, car elles importent peu. La seule chose qui compte, c’est le fait que chacun de nous est le dépositaire d’un héritage et le porteur d’une mission ; chacun de nous a hérité de son père et de sa mère, de ses nombreux ancêtres, de son peuple, de sa langue certaines particularités bonnes ou mauvaises, agréables ou fâcheuses, certains talents et certains défauts, et tout cela mis ensemble fait de nous ce que nous sommes, cette réalité unique dénommée J.K. en ce qui te concerne. Or, cette réalité unique, chacun de nous doit la faire valoir, la vivre jusqu’au bout, la faire parvenir à maturité et finalement la restituer dans un état de perfection plus ou moins avancé. A ce propos, on peut citer des exemples qui laissent une impression ineffaçable et qu’on trouve en abondance dans l’histoire universelle et l’histoire de l’art. Ainsi, comme on le voit dans beaucoup de contes de fées, il y a souvent un personnage qui est l’idiot de la famille, le bon à rien, et il se trouve que c’est à lui qu’incombe le rôle principal et c’est précisément sa fidélité à sa propre nature qui fait paraître médiocres, par comparaison, tous les individus mieux doués que lui et favorisés par le succès.
C’est ainsi qu’au commencement du siècle dernier vivait à Francfort la famille Brentano, riche en individualités supérieurement douées. Sur la vingtaine d’enfants qu’elle comptait alors, deux sont célèbres aujourd’hui encore : les poètes Clemens et Bettina Brentano. Eh bien, ces nombreux frères et sœurs étaient tous des gens très doués, intéressants, supérieurs à la moyenne, des esprits étincelants, des talents de premier ordre. Seul l’aîné était et demeura simple d’esprit et passa toute sa vie dans la maison paternelle, paisible génie du foyer dont on ne pouvait rien faire ; catholique, il observait tous les devoirs de la piété ; en tant que fils et frère, il se montrait patient et débonnaire et, au milieu de la joyeuse et spirituelle bande de ses frères et sœurs où l’excentricité se donnait souvent libre cours, il devint toujours plus le centre silencieux et calme de la famille, une sorte d’étrange joyaux domestique d’où rayonnait la paix et la bonté. Ses frères et sœurs parlent de ce simple d’esprit, de cet être infantile, avec un respect, une affection qu’ils ne témoignent à personne d’autre. Donc, à lui aussi, à ce bêta, à cet idiot, il avait été donné d’avoir un sens et une charge, et il les avait assumées d’une manière plus complète que tous ses brillants frères et sœurs.
Bref, lorsque quelqu’un éprouve le besoin de justifier sa vie, ce n’est pas le niveau général de son action, considérée d’un point de vue objectif, qui compte, mais bien le fait que sa nature propre, celle qui lui a été donnée, s’exprime aussi sincèrement que possible dans son existence et dans ses activités.
D’innombrables tentations nous détournent continuellement de cette voie ; la plus forte de toutes est celle qui nous fait croire qu’au fond, on pourrait être quelqu’un de tout à fait différent de celui que l’on est en réalité et l’on se met à imiter des modèles et à poursuivre des idéaux qu’on ne peut et ne doit pas égaler ni atteindre. C’est pourquoi la tentation est particulièrement forte pour les personnes supérieurement douées, chez qui elle présente plus de dangers qu’un simple égoïsme avec ses risques vulgaires parce qu’elle a pour elle les apparences de la noblesse d’âme et de la morale.
A un certain moment de sa vie, tout jeune garçon a rêvé de conduire une voiture à cheval ou une locomotive, d’être chasseur ou général et, plus tard, de devenir un Goethe ou un don Juan ; c’est une tendance naturelle, inhérente au développement normal de l’individu et un moyen de faire sa propre éducation  : l’imagination, pour ainsi dire en tâtonnant, prend contact avec les possibilités du futur. Mais la vie ne satisfait pas ces désirs et les idéaux de l’enfance et de la jeunesse meurent d’eux-mêmes. Néanmoins, on continue à souhaiter faire des choses pour lesquelles on n’est pas fait et l’on se tracasse pour imposer à sa propre nature des exigences qui la violentent. C’est ainsi que nous agissons tous. Mais en même temps ,dans nos moments de lucidité intérieure, nous sentons toujours davantage qu’il n’existe pas de chemin qui nous conduisent hors de nous-mêmes vers quelque chose d’autre, qu’il nous faut traverser la vie avec les aptitudes et les insuffisances qui nous sont propres et strictement personnelles et il nous arrive alors parfois de faire quelque progrès, de réussir quelque chose dont nous étions jusque là-incapables et, pour un instant, sans hésiter, nous nous approuvons nous-mêmes et nous sommes contents de nous. Bien sûr, ce contentement n’a rien de durable ; cependant, après cela, la part la plus intime de notre moi ne tend à rien d’autre qu’à se sentir croître et mûrir naturellement. C’est à cette seule condition que l’on peut être en harmonie avec le monde et s’il nous est rarement accordé, à nous autres, de connaître cet état, l’expérience qu’on en peut faire sera d’autant plus profonde.
En rappelant la mission confiée à tout individu et qui diffère pour chacun d’eux, je ne dois pas oublier que je ne songe pas du tout à ce que les dilettantes de l’art, jeunes ou vieux, appellent la défense et l’affirmation de leur individualité et de leur originalité. Il va de soi qu’un artiste, lorsqu’il fait de l’art sa profession et sa raison d’être, doit commencer par apprendre tout ce qui peut être appris dans le métier ; il ne doit pas croire qu’il devrait esquiver cet apprentissage à seule fin de ménager son originalité et sa précieuse personnalité. L’artiste qui, dans l’exercice de sont art, se dérobe à la nécessité d’apprendre et de peiner durablement aura la même attitude dans la vie ; il ne sera équitable ni envers ses amis, ni envers les femmes, ni à l’égard de ses enfants et de la communauté bourgeoise, il sera mis à l’écart avec son originalité intacte et se laissera déchoir sans être utile à personne. Les exemples de ce genre ne manquent pas. L’effort personnel pour assimiler ce qui peut être appris est un devoir aussi élémentaire dans le domaine de l’art que dans celui de la vie courante. Il faut que l’enfant apprenne à manger, à être propre, il faut lui enseigner la lecture et l’écriture. L’étude de tout ce qui est susceptible d’être enseigné ne fait pas obstacle au développement de l’individualité, elle le favorise et l’enrichit, au contraire. J’éprouve quelque honte à écrire noir sur blanc de pareilles évidences mais nous en sommes arrivés à ce point où personne ne semble plus avoir l’instinct d’agir selon des règles naturelles et remplace cet instinct par un culte primitif de l’extraordinaire et du saugrenu. En art, je ne suis nullement ennemi de la nouveauté, au contraire et tu le sais bien, mais dans le domaine moral, c’est-à-dire lorsqu’il s’agit du comportement de l’homme à l’égard de la tâche qui lui incombe, les modes et les innovations me sont suspectes et je suis plein de méfiance lorsque j’entends les gens raisonnables parler de nouvelles morales, de nouvelles éthiques, comme on parle de mode ou de style dans l’art.
On exige encore autre chose de l’homme, dans le monde actuel, et cette exigence est propagée par les partis politiques, les patries ou les professeurs de morale universelle. On exige de l’homme qu’il renonce une fois pour toute à lui-même et à l’idée qu’à travers lui, quelque chose de personnel et d’unique pourrait être signifié ; on lui fait sentir qu’il doit s’adapter à un type d’humanité normale ou idéale qui sera celle de l’avenir, qu’il doit se transformer en un rouage de la machine, en un moellon de l’édifice parmi des millions d’autres moellons exactement pareils. Je ne voudrais pas me prononcer sur la valeur morale de cette exigence : elle a son côté héroïque et grandiose. Mais je ne crois pas en elle. La mise au pas des individus, même avec les meilleures intentions du monde, va à l’encontre de la nature et ne conduit pas à la paix et à la sérénité, mais au fanatisme et à la guerre. Au fond, il s’agit d’une exigence monastique et elle n’est légitime que lorsqu’on a affaire à des moines, à des hommes qui sont entrés librement dans les ordres. Cependant, je ne crois pas que cette exigence, liée à une mode, pourrait constituer un danger pour toi.
Je m’aperçois que ma lettre est presque devenue une dissertation. J’en ferai donc tirer des copies et, à l’occasion, je la ferai lire aussi à d’autres personnes. Je pense que tu n’y verras pas d’objection.

Herman Hesse

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L’être aux multiples facettes,
En haute définition,
C’est la profondeur qui halète,
Aux jointures des fragmentations,
Dans la gratitude émotion.

On le sait, le bonheur est une bulle de savon qui éclate au moindre dessèchement. Sa légèreté factice recouvre le labyrinthe de l’insondable. Nous ne pourrions nous réduire à cette bulle sans nous amputer de toutes ces plus belles parts qui nous y conduisent. C’est en aveugle que le voyage se fait. La progression n’a pas de temps, elle ne se chiffre pas, elle croît. Elle nous invite à avancer en livrant une à une ses clochettes blanches et parfumées, Dessine moi le visage du bonheur nous susurre-t-elle.

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